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CORPUS 1 Document 1: Jean-Marc LEVY-LEBLOND, Impasciences, Coll. Points Sciences, Seuil, 2003 Qu’est-ce qu’on risque? Jadis, Ihumanité était collectivement soumise à des aléas redoutables et peu nombreux: prédateurs, maladies, famines, catastrophes climatiques – les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Aujourd’hui, chaque individu fait face à des périls multiples, mais dont chacun en définitive est statistiquement peu probable: accidents de voiture, cancer du fumeur, sida, maladies professionnelles, pollutions graves.

Et là où nos ancêtres n’en pouvaient mais et devaient subir passivement les coups d’un ort extérieur et indif comportements qu pèsent sur nous. Ain petit nombre de dan l’appréhension de ce sommes responsables. Swip next page ui nos propres s menaces qui de la crainte d’un inévitables ? certains, dont nous On n’a sans doute pas pris la pleine mesure de la mutation anthropologique ainsi à l’œuvre, ni de notre impuissance encore à lui faire face, faute de représentations adaptées.

Certes, de subtiles études socio-techniques se sont développées et font émerger une nouvelle discipline qui s’est même trouvé un nom la « cyndinique » (du grec kundinos, « danger »). Mais os mythes, nos valeurs, nos réactions sont encore tributaires de la situation archaïque pourtant largement dépassée. Le montre la terminologie communément employée: nous parlons

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désormais des risques (industriels, technologiques, etc,) avec une connotation de soumission négati Sv. ipe to négative et passive, alors que la notion de risque, récemment encore, était celle d’un danger assumé et souvent volontairement encouru – le risque affronté par l’explorateur, l’aventurier, le héros. Le comble du paradoxe est atteint quand ce vocabulaire est étendu aux événements Incertains peut-être mais néluctables, comme les séismes, les inondations, les cyclones. Parler à leur propos de « risques naturels » a sans doute un effet en retour pervers qui nous fait alors considérer les risques -« artificiels » cornme également inévitables.

Ce n’est donc rien moins qu’une nouvelle culture du danger – ou plutôt des dangers – qu’il s’agit de développer. Elle exige le développement d’une intelligence des faibles risques, et donc d’ une maîtrise collective de certains aspects de la théorie des probabilités dont on sait combien elle est rétive au développement de formes spécifiques d’intuition, y compris chez es experts. Mais il s’agit aussi d’explorer et de transformer – les ressorts de l’imaginaire social et des représentations du monde qui fondent, de façon trop implicite, nos évaluations des risques, ceux que nous négligeons comme ceux que nous surévaluons.

Jean-Marc LEW-LEBLOND, Impasciences, coll. ponts sciences, seuil, 2003 Document 2: Hans JONAS, Une éthique pour la nature (1993), trad. S. Courtine- Denamy, éd. Desclée de Brouwer, 2000 Avantages de la peur Il n’existe pas de formule passe-partout à notre problème, aucune panacée à la maladie dont nous souffrons. Le syndrome echnologique est beaucoup trop complexe pour cela et il ne saurait être non plus question de s’en échapper. Quand bien même effectuerions-nous une im artante 2 être non plus question de s’en échapper.

Quand bien même effectuerions-nous une importante conversion et réformerions- nous nos habitudes, le problème fondamental ne disparaîtrait pas pour autant. Car l’aventure technologique elle-même doit se poursuivre; d’ores et déjà les correctifs susceptibles d’assurer notre salut exigent inlassablement un nouvel enjeu du génie technique et scientifique, lequel engendre de nouveaux risques qui lui sont propres. ?loigner le danger est ainsi une tâche permanente, dont faccomplissement est condamné à demeurer un ouvrage décousu et souvent même un ouvrage de rapiéçage.

Cela signifie que, quel que soit Pavenir, nous devons effectivement vivre dans l’ombre d’une calamité menaçante. Mais, être conscients de cette ombre, comme tel est déjà le cas aujourd’hui, voilà en quoi consiste paradoxalement la lueur de l’espoir: c’est elle en effet qui empêche que ne disparaisse la voix de la responsabilité. Cette lueur ne brille pas à la manière de l’utopie, mais son avertissement éclaire notre chemin tout omme la foi dans la liberté et la raison.

Ainsi le principe responsabilité et le principe espérance se rejoignent-ils finalement, même s’il ne s’agit plus de l’espoir exagéré d’un paradis terrestre, mais d’un espoir plus modéré quant à la possibilité de continuer à habiter le monde à Pavenir et quant à une survie qui soit humainement digne de notre espèce, compte tenu de l’héritage qui lui a été confié, et qui, s’il n’est certes pas misérable, n’en est pas moins limité. Cest cette carte que je souhaiterais jouer.

Hans JONAS, Une éthique pour la nature (1993), trad. S. Courtine- Denamy, 3 Hans JONAS, Une éthique pour la nature (1993), trad. S. Courtine- Denamy, éd. Desclée de Brouwer, 2000 Document 3: Roy LEWIS, Pourquoi j’ai mangé mon père , éd. Babel, Titre original : The Evolution « Pourquoi j’ai mangé mon père » est un roman « préhistorique » plein d’humour qui relate les inventions et mésaventures d’un hominien de génie, Edouard, et de sa famille (dont Oncle Vania, sorte d’ « écolo » de la préhistoire).

Quand le repas fut terminé, père se leva et prit la parole. — Parents, compagnes, fils et filles ! commença-t-il. Je ne veux pas laisser passer cette heureuse et faste occasion sans n dégager, en quelques mots, la signification, sans passer en revue nos résultats passés et nos tâches futures. Ce soir, nous souhaitons officiellement la bienvenue aux charmantes demoiselles qui viennent partager, avec les quatre ainés de nos jeunes mâles, la vie de notre horde. Mais la portée de l’événement dépasse le simple accueil.

Car leur arrivée parmi nous inaugure une nouvelle coutume: désormais le jeune pithécanthrope ne prendra plus sa femme au sein de sa propre famille, mais il devra partir la conquérir dans d’autres hordes; tandis que de leur côté les filles subhumaines quitteront père t mère pour suivre l’élu de leur cœUr. Cette noble institution, n’en doutons pas, va libérer des énergies nouvelles, accélérer le rythme du progrès moral et matériel au sein des sociétés subhumaines.

Je suis convaincu déjà qu’après cette magistrale expérience, si pénible qu’elle pût être au début, ceux qui l’ont fai 4 expérience, si pénible qu’elle pût être au début, ceux qui l’ont faite n’ont eu qu’à s’en féliciter. — Oui, oui, très bien ! approuvèrent à gauche Oswald, Tobie, Alexandre et les femmes. Père se tut un moment pour leur laisser le temps d’applaudir, ‘inclina et reprit — Dans le domaine technologique, les résultats aussi sont en bonne voie. La production des outils de silex excède les plans prévus, et si leur amélioration reste encore un peu lente, elle est incontestable et continue.

D’autre part, la maîtrise du feu constitue dans notre économie une véritable révolution, elle nous assure un avenir brillant et une arme invincible pour la suprématie mondiale. Hou ! hou ! scandaleux ! l’interrompit à droite oncle Vania. Tobie, vois donc si tu peux fendre ce fémur pour moi, mon garçon. La moelle manque de cuisson et ne veut pas sortir. Vania, dit père, je pensais bien que tu réagirais, mais cet avenir n’est-il pas évident ? Crois-tu que nous pourrions nous contenter d’avoir jeté les ours hors de cette caverne ? Ce n’était que la première victoire d’une longue guerre sans fin.

Tous les jours, des pithécanthropes tombent au champ d’honneur, mangés par des carnassiers, écrabouillés par des éléphants et des mastodontes, transpercés par des rhinocéros, piqués à mort par les serpents doués de venin et comprimés à mort par ceux qui ne le sont pas. Et ce qui survit de notre espèce à ces cornes, ces crocs, es sabots, ce venin, tombe sous les atteintes d’autres ennemis mortels, dont beaucoup sont si minuscules qu’ils échappent ? la vue, en nombre si infini qu’il nous est – pour le moment – impossible de les vaincre.

Le temps est bref que passe u S qu’il nous est – pour le moment – impossible de les vaincre. Le temps est bref que passe un sous-homme sur terre et le genre subhumain est constamment en danger de s’éteindre, A toute cette menace, à cette hostilité, quelle est notre réponse ? Le défi ! Nous nous appliquerons à exterminer toutes les espèces qui nous ravagent, à n’épargner que celles qui se soumettront. A toutes nous proclamerons : ‘Prenez garde ! Ou bien vous serez nos esclaves, ou bien vous disparaîtrez !

Car nous serons vos maîtres par notre supériorité en tout: dans un supercombat nous vous stuperéliminerons par la superpensée, de superruses, un superpeuplement, une superévolution ! Voilà notre politique, et il n’y en a pas d’autre.  » Si, il y en a, jeta oncle Vanla. Laquelle? — Back to the trees — C’est ça, dit père avec mépris. Retour au myocène. Qu’est-ce que tu lui reproches, au bon vieux myocène ? grommela oncle Vania. Les gens savaient se tenir à leur place. ?? Oui, et que sont-ils maintenant ? dit père. Des fossiles!

On peut avancer ou reculer, Vania, rester sur place est impossible – même dans les arbres. Je dis que le pithécanthrope ne peut avoir qu’un seul devoir: de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. En avant vers plus d’histoire, plus de civilisation ! Donc, mes amis, décidons-nous dès ce soir. Roy LEWIS, Pourquoi j’ai mangé mon père , éd. Babel, Titre original : The Evolution Man (1960). Document 4: Reproduction du tableau de BRUEGEL La Chute d’ Icare (1558). http://www. ibiblio. org/wm/paint/auth/bruegel/icarus. jpg