Corpus

Corpus

La conque Par quels froids Océans, depuis combien d’hivers, – Qui le saura jamais, Conque frêle et nacrée ! – La houle sous-marine et les raz de marée T’ont-ils roulée au creux de leurs abîmes verts ? Aujourd’hui, sous le ciel, loin des reflux amers, Tu t’es fait un doux lit de l’arène dorée. Mais ton espoir est vain. Longue et désespérée, En toi gémit toujours la grande voix des mers. Mon âme est devenue une prison sonore . Et comme en tes repli La plainte du refrain Ainsi du plus profond Sourde, lente, insensé p g orée ‘Elle, Gronde en mol l’orageuse et lointaine rumeur.

La Cloche fêlée Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver, D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume, Les souvenirs lointains lentement s’élever Au bruit des carillons qui chantent dans la brume. Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante, Jette fidèlement son cri religieux, Ainsi qu’un Vieux soldat qui veille sous la tente! Moi, mon âme est fêlée, et lorsque ses ennuis Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits, ange, sous un grand tas de morts Et qui meurt, sans bouger,

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dans d’immenses efforts Spleen J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans, De vers, de billets doux, de procès, de romances, Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances, Cache moins de secrets que mon triste cerveau. C’est une pyramide, un immense caveau, Qui contient plus de morts que la fosse commune. -Je suis un cimetière abhorrer de la lune, Où comme des remords se traînent de longs vers Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.

Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées, Où gît tout un fouillis de modes surannées, Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher, Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché. Rien n’égale en longueur les boiteuses journées, Quand sous les lourds flocons des neigeuses années L’ennui, fruit de la morose incuriosité, Prend les proportions de l’immortalité. – Désormais tu n’es plus, ô matière vivante! Qu’un granit entouré dune vague épouvante, Assoupi dans le fond d’un assura brumeux; Un vieux sphinx ignoré du cieux.