conte de noel

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Contes de Noël BeQ Coppée – Lemonnier – Dickens – Daudet Le Braz — Stevenson… La Bibliothèque électronique du Québec Collection À tous les vents Volume 289 : version 1 2 38 p g 3 François Coppée 4 Les sabots du petit Wolff Il était une fois, — il y a si longtemps que tout le monde a oublié la date, — dans une ville du nord de l’Europe, – dont le nom est si difficile ? prononcer que personne ne s’en souvient, – il était une fois un petit garçon de sept ans, nommé Wolff, orphelin de père et de mère, et resté à la charge d’une vieille tante, personne dure et avaricieuse, qui n’embrassait son neveu qu’au

Jour de rAn et qui poussait un grand soupir de regret chaque fois qu’elle lui servait une écuellée et le bonnet d’âne, et excitait même contre lui ses camarades, tous fils de bourgeois cossus, qui faisaient de l’orphelin leur souffre-douleur. Le pauvre mignon était donc malheureux comme les pierres du chemin et se cachait dans tous les coins pour pleurer, quand arrivèrent les fêtes de Noël. La veille du grand Jour, le maitre d’école devait conduire tous ses élèves à la messe de

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minuit et les ramener chez leurs parents.

Or, comme l’hiver était très rigoureux, cette année-là, et comme, depuis plusieurs jours, il ?tait tombé une grande quantité de neige, les écoliers vinrent tous au rendez-vous chaudement empaquetés et emmitouflés, avec bonnets de 6 fourrure enfoncés sur les oreilles, doubles et triples vestes, gants et mitaines de tricot et bonnes grosses bottines à clous et à fortes semelles. Seul, le petit Wolff se présenta grelottant sous ses habits de tous les jours et des dimanches, et n’ayant aux pieds que des chaussons de Strasbourg dans de lourds sabots.

Ses méchants camarades, devant sa triste mine et sa dégaine de paysan, firent sur son compte mille risées ; mais l’orphelin était tellement ccupé à souffler sur ses doigts et souffrait tant de ses engelures, qu’il n’y prit pas garde. – Et la bande de gamins, marchant deux par deux, magister en tête, se mit en route pour la paroisse. Il faisait bon dans l’église, qui était toute resplendissante de cierges allumés ; et les écoliers, excités par la douce chaleur rofitèrent du tapage de l’orgue et d bavarder 2 38 de l’orgue et des chants pour bavarder à demi-voix.

Ils vantaient les réveillons qui les attendaient dans leurs familles. Le fils du bourgmestre avait vu, avant de partir, une oie monstrueuse, que des truffes tachetaient de points noirs comme un léopard. Chez le premier 7 échevin, il y avait un petit sapin dans une caisse, aux branches duquel pendaient des oranges, des sucreries et des polichinelles. Et la cuisinière du tabellion avait attaché derrière son dos, avec une épingle, les deux brides de son bonnet, ce qu’elle ne faisait que dans ses jours d’inspiration, quand elle était sûre de réussir son fameux plat sucré.

Et puis, les écoliers parlaient aussi de ce que leur apporterait le petit Noël, de ce qu’il déposerait dans leurs souliers, que tous auraient soin, bien entendu, de laisser dans la cheminée avant d’aller se mettre au lit ; – et dans les yeux e ces galopins, éveillés comme une poignée de souris, étincelait par avance la joie d’apercevoir, à leur réveil, le papier rose des sacs de pralines, les soldats de plomb rangés en bataillon dans leur boite, les ménageries sentant le bois verni et les magnifiques pantins habillés de pourpre et de clinquant. petit Wolff, lui, savait bien, par expérience, que sa vieille avare de tante l’enverrait se coucher sans souper ; mais, naiVement, et certain d’avoir été, toute l’année, aussi sage et aussi laborieux 8 que possible, il espérait que le petit Noël ne l’oublierait pas, et il comptait bien tout à l’heure, lacer sa paire de sabots s du 3 38 bien, tout à l’heure, placer sa paire de sabots dans les cendres du foyer. La messe de minuit terminée, les fidèles s’en allèrent, impatients du réveillon, et la bande des écoliers, toujours deux par deux et suivant le pédagogue, sortit de l’église.

Or, sous le porche, assis sur un banc de pierre surmonté d’une niche ogivale, un enfant était endormi, un enfant couvert d’une robe de laine blanche, et pieds nus, malgré la froidure. Ce n’était point un mendiant, car sa robe était propre et neuve, et, près de lui, sur le sol, on voyait, liés dans une serge, une équerre, une hache, une isaiguë, et les autres outils de l’apprenti charpentier. Éclairé par la lueur des étoiles, son visage aux yeux clos avait une expression de douceur divine, et ses longs cheveux bouclés, d’un blond roux, semblaient allumer une auréole autour de son front.

Mais ses pieds d’enfant, bleuis par le froid de cette nuit cruelle de décembre, faisaient mal à voir. 9 Les écoliers, si bien vêtus et chaussés pour l’hiver, passèrent indifférents devant l’enfant Inconnu ; quelques-uns même, fils des plus gros notables de la ville, jetèrent sur ce vagabond un regard où se lisait tout le mépris des riches pour es pauvres, des gras pour les maigres. Mais le petit Wolff, sortant de l’église le dernier, s’arrêta tout ému devant le bel enfant qui dormait. – « Hélas ! se dit l’orphelin, c’est affreux ! ce pauvre petit va sans chaussures r un temps si rude…

Mais, ce qui est en ême 4 38 pis, il n’a même pas, ce soir, un soulier ou un sabot à laisser devant lui, pendant son sommeil, afin que le petit Noël y dépose de quoi soulager sa misère ! » Et, emporté par son bon coeur, Wolff retira le sabot de son pied droit, le posa devant l’enfant endormi, et, comme il put, tantôt à cloche-pied, tantôt boitillant et mouillant son chausson dans la eige, il retourna chez sa tante. – « Voyez le vaurien ! s’écria la vieille, pleine de fureur au retour du déchaussé. Qu’as-tu fait de ton sabot, petit misérable ? ? 10 e petit Wolff ne savait pas mentir, et bien qu’il grelottât de terreur en voyant se hérisser les poils gris sur le nez de la mégère, il essaya, tout en balbutiant, de conter son aventure. Mais la vieille avare partit d’un effrayant éclat de rire. – « Ah ! monsieur se déchausse pour les mendiants ! Ah ! monsieur dépareille sa paire de sabots pour un va-nu-pieds Voilà du nouveau, par exemple Eh bien, puisqu’il en est ainsi, je ais laisser dans la cheminée le sabot qui te reste, et le petit Noël y mettra cette nuit, je t’en réponds, de quoi te fouetter à ton réveil…

Et tu passeras la journée de demain à l’eau et au pain sec… Et nous verrons bien si, la prochaine fois, tu donnes encore tes chaussures au premier vagabond venu ! » Et la méchante femme, après avoir donné au pauvre petit une paire de soufflets, le fit grimper dans la soupente où se trouvait son galetas. Désespéré, l’enfant se coucha dans l’obscurité et s’endormit bientôt sur so 38 s’endormit bientôt sur son oreiller trempé de larmes. 11 Mais, le lendemain matin, quand la vieille, réveillée par le froid et secouée par son catarrhe, descendit dans sa salle basse, —ô merveille ! elle vit la grande cheminée pleine de jouets étincelants, de sacs de bonbons magnifiques, de richesses de toutes sortes ; et, devant ce trésor, le sabot droit, que son neveu avait donné au petit vagabond, se trouvait à côté du sabot gauche, qu’elle avait mis là, cette nuit même, et où elle se disposait à planter une poignée de verges. Et, comme le petit Wolff, accouru aux cris de sa tante, s’extasiait ingénument devant les splendides présents de Noël, voilà que de grands ires éclatèrent au dehors.

La femme et l’enfant sortirent pour savoir ce que cela signifiait, et virent toutes les commères réunies autour de la fontaine publique. Que se passait-il donc ? Oh ! une chose bien plaisante et bien extraordinaire ! Les enfants de tous les richards de la ville, ceux que leurs parents voulaient surprendre par les plus beaux cadeaux, n’avaient trouvé que des verges dans leurs souliers Alors, l’orphelin et la vieille femme, songeant 12 à toutes les richesses qui étaient dans leur cheminée, se sentirent pleins d’épouvante.

Mais, tout à coup, on vit arriver M. le curé, la figure bouleversée. Au-dessus du banc placé près de la porte de l’église, à rendrait même où, la veille, un enfant, vêtu d’une robe blanche et ieds nus, malgré le grand froid, avai S 38 avait posé sa tête ensommeillée, le prêtre venait de voir un cercle d’or, incrusté dans les vieilles pierres.

Et tous se signèrent dévotement, comprenant que ce bel enfant endormi, qui avait auprès de lui des outils de charpentier, était Jésus de Nazareth en personne, redevenu pour une heure tel qu’il était quand il travaillait dans la maison de ses parents, et ils s’inclinèrent devant ce miracle que le bon Dieu avait voulu faire pour récompenser la onfiance et la charité d’un enfant. 13 Camille Lemonnier 14 La Noël du petit joueur de violon – Jean, dit à son domestique M.

Cappelle de la maison Cappelle et Cie, allez donc voir quel est ce tapage à la porte de la rue. – Je n’ai pas besoin de me déranger, monsieur Cappelle, pour savoir que c’est le petit mendiant à qui vous m’avez fait donner deux sous ce matin, répondit Jean en regardant par la fenêtre du bureau. – Ces mendiants ne nous laisseront donc jamais tranquilles, s’écria M. Cappelle- Tous les ans, je donne cent francs au bourgmestre pour les pauvres de la ville. Dites-lui cela, Jean, de ma art, et faites-le partir.

Attendez un peu que j’aie fini d’épousseter votre grand fauteuil, monsieur Ca elle, et vous 15 38 le marché que je n’ai pas le temps de courir du matin au soir après des rien-du-tout, des gueux, des rats, monsieur Cappelle… Et Jean donnait de si furieux coups de son plumeau sur le fauteuil que les plumes se détachaient par poignées… – Oui, monsieur Cappelle, des rats. Cent francs par an ! vous badinez, je pense. – Doucement, s’il vous pla•t, Jean, vous allez déchirer le cuir de mon fauteuil. J’entends de nouveau le violon.

Sortirez-vous à la fin ? – Oui, monsieur Cappelle, fit Jean, en passant on plumeau sous son bras. Mettez-vous seulement un peu à la fenêtre pour entendre comment je vais l’arranger. Puis il se planta au milieu du bureau, croisa ses bras, et regardant son maître d’un air attendri, la tête sur le côté, s’écria 16 – Est-il Jésus Dieu possible que des rien-dutout, des gueux. des rats, oui, des rats, monsieur Cappelle, viennent ennuyer jusque dans sa maison un monsieur si honnête, et qui donne cent francs par an aux pauvres de la ville ?

Non, monsieur, cela n’est pas croyable Ayant ainsi parlé, Jean se dirigea lentement du côté de la porte, les bras croisés et le nez en terre, vec de petits hochements de tête, comme un homme qui médite sur ce qu’il vient de dire, mais, au moment de sortir, il releva les yeux, et interpellant son maitre : – Ainsi donc, monsieur Cappelle, je lui dirai de votre part… Qu’est-ce qu’il faudra dire, s’il vous plaît, monsieur ? – Jean ! attendez un peu, ent 8 38 de petite fille.

Et Hélène, que tout le monde appelait Leentje dans la maison, entra en sautillant dans le bureau de son père. Oh ! la jolie enfant ! Elle avait dix ans, les Joues roses, les cheveux blonds, les yeux bruns, et sa grande tresse serrée dans des noeuds de soie bleue battait son dos, comme une gerbe 7 d’épis tressés. – Père, supplia-t-elle, un petit sou pour le joueur de violon qui est devant la porte de la maison. Jean ira le lui porter. Mais M. Cappelle lui répondit avec humeur : – Qu’as-tu à t’occuper de cet affreux petit drôle ?

J’en ai assez de sa manivelle. – Ah ! père, il est SI gentil, fit l’enfant en joignant les mains, très doucement, et il joue si bien ; il n’a peut-être plus de père, car enfin… Est-ce que tu me laisserais aller jouer du violon aux portes des maisons, père ? Leentje, voilà une sotte question… Qu’y a-til de commun entre nous et les pauvres gens ? Tu s la fille de Jacob Cappelle, de la maison Cappelle et Cie. La plus riche maison de la ville, Leentje, dit Jean en crachant derrière sa main, dans le corridor. – Eh bien, père… Tiens ! e voulais te dire quelque chose de très raisonnable et voilà que j’ai oublié… Attends. Ah ! je sais maintenant… Je ne 18 voudrais jamais que ma poupée manquât de rien tant que je serai vivante, et ourtant ‘e ne suis que lait, sa maman. Voyons, un pe 38 c’est le dernier qu’aura ce petit mendiant. À votre âge, mademoiselle, j’étais déjà plus sérieux : je m’occupais des intérêts de la maison, au lieu de rendre attention à des coureurs de rue. – Je suis pourtant bien sage, père. Je sais tous les jours ma leçon et j’ai eu hier encore trois bons points pour mon écriture. Oui, ma chérie, mais tu es pendue tout le jour à ma poche. un sou est un sou, et dix sous font un franc, et un franc avec d’autres francs font au bout de l’année un joli intérêt. Crois-tu qu’on nous donnerait comme cela des sous à la porte des maisons si nous étions pauvres ? Ici Jean crut devoir intervenir, et crachant encore une fois derrière sa main, dans le corridor, il s’ecria 19 – Ah bien, non, Leentje, qu’on ne nous les onnerait pas. Un si bon monsieur et qui, tous les ans, donne cent francs aux pauvres !

Ah bien, non, et pour ma part, monsieur Cappelle, je vous dirais : Allez-vous-en ; nous avons bien assez déjà de nos pauvres, auxquels nous payons cent francs par an. Est-ce que je mendie, moi ? Je suis domestique chez monsieur Cappelle et je travaille. Eh bien, travaillez aussi. Voilà ce que je dirais. M. Cappelle haussa les épaules, et poussant du doigt Leentje vers la porte : – Allons, fillette, dit-il, va avec Jean. Voici la fin de l’année et j’ai à revoir mes livres de comptes. Ils descendirent et brusq mit ? IDOF