Comptabilité

Comptabilité

Le jeune autocritique, magistrat légitimité dont l’évolution de carrière s’est trouvée compromise par le changement de régime intervenu en juillet 1830, saisit l’occasion qui lui est offerte pour s’éloigner de la capitale en compagnie d’un allégué et ami, gustative de bombement, qu’il associe à son projet page 1 sur 10 Nul n’ignore non plus que autocritique a largement débordé du cadre initial de cette étude, en proposant une vue d’ensemble sur la société américaine de son temps.

Ce nouveau monde fait pour lui figure de laboratoire social, dont il décrit le fonctionnement avec d’autant plus d’acuité qu’il est persuadé de se trouver en face d’un modèle d’organisation inédit et voué à s’étendre, voire à dominer le reste du monde. Shetland, on le sait, raillait le nouveau monde avec des mots d’esprits assassins, dont les nombreuses érosions qui circulent se ramènent à l’idée selon laquelle il est insupportable de vivre dans un pays où le respect des usages impose de faire la cour à son bottier. autocritique, pour sa part, manifeste une attention beaucoup plus détaillée, et plus profonde, à son objet.

Persuadé du caractère inévitable de l’émergence et de l’affirmation de sociétés démocratiques et égalitaires, et ce même si les

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
sociétés d’ordre et de hiérarchies dominent encore largement dans le monde européen de la première moitié du sixième siècle, il étudie l’influence de l’esprit démocratique sur l’organisation de la société ‘un des premiers 2 0 constitutifs des sociétés modernes et poste modernes qui, avec la diffusion des acquis démocratiques, ont gagné en bien-être et en sécurité ce qu’elles ont peut-être perdu en noblesse et en grandeur.

Le mouvement qui pousse à l’égalisation des conditions dans les sociétés démocratiques est irréversible selon autocritique qui écrit : « Pense-t-on qu’après avoir détruit la féodalité et vaincu les rois, la démocratie reculera devant les bourgeois et les riches ? » dans l’introduction de son ouvrage. autocritique a souvent été salué comme un visionnaire capable, dès les années 40 du sixième siècle, de pressentir l’importance des tyrannies majoritaires.

Et le passage proposé cette année aux candidats, fin des plus célèbres de l’ouvrage, figure parmi ceux les plus souvent cités lorsqu’ s’agit d’illustrer cette dimension visionnaire de cette ?ouvre. Ce texte développe en outre une première approche de la notion centrale du corpus, qui évoque (textes 1 et 3) des sociétés modernes saisies par le doute, incapables de vivre selon les normes en vigueur dans d’autres temps, et dont les auteurs décrivent (quand c’est autocritique qui tient la plume) ou dénoncent fermement (quand c’est mura ui prend la parole) les évolutions, les régressions, les décadence.

Après les temps hè[email protected] et cruels (ceux de la orme antique évoqués au début du texte), vient l’époque du repli sur la sphère privée, le règne des petits calculs et des intérêts mesquins, sous la houlette de pouvoirs tatillons, attachés à régner sur de petits détails pour faire oublier l’inexistence de grands projets. Fin de l’Histoire ? On sait que l’anti ont de gel et fut reprise, 3 20 vient de gel et fut reprise, avec le succès que l’on sait, par cogéré et par bien d’autres, dont effectua fait partie.

Mais c’est aussi à une réponse cette question qu’il serait possible de ramener le texte de autocritique si l’on souhaitait aborder d’emblée la question de la cohérence de ce corpus : en effet, si la démocratie moderne fait régner un monde apaisé, n’inaugure-t-elle pas aussi la fin de l’Histoire, au sens où elle instaurer un monde prévisible, médiocre, voué à reproduire en mode mineur – quand ce n’est pas à le caricaturer – le monde d’avant ?

Formuler le problème ainsi, c’est donner une profondeur historique au corpus, et montrer que les débats dans lesquels s’inscrivent les perspectives de mura ou de effectua plongent leur racine dans n passé plus lointain. Français effectua (né en 1952) incarne pour sa part une figure contemporaine, propulsée sur le devant de la scène à la fin des années 80 du siècle dernier, dont on sait qu’elles ont vu l’effondrement du modèle d’organisation politique élaboré à la suite de la Révolution russe.

Cet éminent universitaire, actuellement professeur d’économie politique internationale l’Université joins piochions de assainiront, s’est fait connaître au monde entier par un texte intitulé thé onde Fo histoire? Publié durant l’été 1989 dans la revue thé National intérêts, et traduit en français dès l’automne 1989 dans la revue Commentaire. Ce sont les idées contenues dans ce texte fondateur qui sont reprises et développées dans La fin de l’histoire et le dernier homme ? dont était extrait le texte 2 proposé aux candidats cette année.

la 4 20 fondateur de 1989 tout comme le livre de 1 992 constituent autant d’amplification d’un ensemble de thèses que l’on peut résumer ainsi, en reprenant les mots de effectua lui-même (La fin de l’histoire et le dernier homme, p. 11 de la traduction française publiée dans la collection Champs-flairions) : Un consensus assez remarquable semblait apparu ces dernières années concernant la démocratie brimbaler comme système de gouvernement, bisexuelle avait triomphé des idéologies rivales ? monarchie héréditaire, fascisme et, tout récemment, communisme. Ai démocratie libérale pourrait bien constituer le « point final de l’évolution idéologique de l’humanité » et la « forme finale de tout gouvernement humain », donc être en tant que telle « la fin de l’histoire Alors que les anciennes formes de gouvernement étaient caractérisées par de graves défauts et des rationaliste qui finissaient par entraîner leur effondrement, [on peut] prétendre que la démocratie libérale [est] exempte de ces contradictions indémontables.

Le titre de l’ouvrage (La fin de l’histoire et le dernier homme) entre d’ailleurs parfaitement en résonance avec des thèmes et des problèmes déjà perceptibles dans l’approche du texte de autocritique. Après la grandeur, l’aura médiocratie, la précieuse médiocrité. Après la tragédie, la farce, disait marc citant ironiquement gel au début de son Dix-huit primaire. Après les grandes idées, leur reprise par effectua dont le titre de l’ouvrage reprend des formules a arrêtant à d’illustres prédécesseurs. 0 complexe en quelques phrases relève de la gageure, on peut avancer sans trop de riante d’être repris que le grand maître d’aîné désigne par là le moment où la Raison, parfois au prix de ruses non moins célèbres que cette fin de histoire elle-même, affirme son emprise sur le monde, au terme d’une série de processus dialectiques dont on peut dire qu’ils aboutissent, même s’il est peut-être mal aisé d’en donner des équivalents concrets et immédiatement intelligibles, à la mise en place d’un univers que ne viendraient plus travailler en profondeur les forces de la négative.

effectua, lui, reprend ces idées qu’il traduit en références immédiatement contemporaines. La négative, c’était le bloc de l’Est, et son effondrement prévisible laisse entrevoir la « fin de l’Histoire » entendue comme l’avènement d’un consensus universel sur les bienfaits et le bien fondé de la démocratie marchande. Au-delà de la différence d’époque, la parenté thématique est donc forte avec le texte de autocritique, puisque les deux auteurs évoquent bien des formes de « fin de l’Histoire de fin des contradictions, de fin des tensions susceptibles de générer des conséquences imprévisibles.

Mais si le texte de autocritique est teinté d’ironie et de nostalgie (il juge la démocratie déroder « en aristocrate vaincu et convaincu que son vainqueur a raison » selon le célèbre mot de guise), aucune réserve de quelque ordre que ce soit n’apparaît sous la plume de effectua qui reprend dans le même esprit la référence interviennent au « dernier homme L’expression, on le sait, vient de la bouche de surajoutera qui s’en sert pour dénoncer le 6 0 prosaïsme et la petitesse d’une modernité incapable de la moindre grandeur héroïque : « Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur !

Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même. Voici. Je vous montre le dernier homme énonce le personnage entichées dans une injonction à dépasser justement la psychologie médiocre de ce « dernier homme » satisfait de la quiétude dans laquelle il est englué. Là encore, nulle trace de mépris ni de la moindre contestation de l’expression dans la perspective de effectua : l’expression « le dernier homme » contient les mots qui servent à désigner positivement le citoyen apaisé d’un monde moderne débarrassé de la crainte du lendemain et des incertitudes du passé.

Page 3 sur 10 philtre mura (1945-2006), est un intellectuel français qui doit la autorité dont il a joui durant les quinze dernières années de sa courte vie à une série de textes de circonstances rassemblés dans des recueils tels que Après postière (Les Belles Lettres, 1999) ou Exorcismes spirituels (Les Belles Lettres, 1997-2005). On peut voir en lui un moraliste impitoyable ; il est aussi un implacable dénonciateur de notre monde désenchanté et médiatisé.

Il définit lui-même le projet qui anime ce recueil : « entreprendre une critique exhaustive de la nouvelle vie quotidienne ; où tout est à jeter » (p. 12). Ces textes de circonstances demeurent grâce à la alité de leur langue et de Eure style, truffé d’invention 20 de ceux-là… ). Les thèmes abordés dans ce texte font écho à la perspective des deux précédents. Le style diffère, la perspective ne prétend certainement pas l’objectivité vers laquelle tendaient autocritique et effectua.

Mais c’est toujours de la « fin de l’Histoire » qu’il s’agit, au sens où nous serions passés de la vie authentique, vraie, responsable et imprévisible, à une vie de carton pâte, fausse, qui se déroule dans des décors faux, sous la domination d’élites soucieuses d’empêcher à tout prix les individus que nous sommes de faire entendre à nouveau n discours de bon sens qui prenne en compte le monde tel qu’il est, et non tel que le reconstruisent les « événementielles » dont l’auteur fait le procès à la fois drôle et désabusé.

Le corpus et sa cohérence Une thématique commune rassemble donc les trois textes. Pour faire court, c’est celle de la fin de l’Histoire. L’idée que le monde moderne (autocritique), ou poste moderne (effectua, mura), est emporté (quand il ne l’organise pas délibérément, s’il faut en croire mura) vers toujours plus d’assimilation, d’homogénéité, de convergence. Un monde qui devient réversible, planifié, où le temps, rescapé et les diverses activités humaines font l’objet d’un contrôle strict, d’une planification sans faille, où l’on peut rationnellement tout prévoir.

Un monde où l’on aimerait en tout cas tout prévoir, aussi bien les dates de déclenchement des guerres, surtout pas pendant les Jeux Olympiques que les possibles sujets de friction entre blocs politiques (queues- eues, questions liées que telle ou telle technologie potentiellement hostile ne tombe dans de mauvaises mains… ) La difficulté de ce corpus est de deux ordres. Elle tient d’abord au fait que les problèmes évoqués relèvent d’échelles différentes.

S’il est question d’actualité et de culture franco française (pignon, les voies piétonnes congelées qui renvoient l’aménagement de grandes villes françaises et notamment de paris, dont les orientations dans ce domaine ont toujours été moquées par mura), les textes développent aussi des vues géopolitique qui supposent (notamment dans le texte de effectua) une prise de hauteur considérable.

Ensuite, parce que les perspectives des auteurs sont nettement différenciées. autocritique est le chroniqueur à la fois objectif et méfiant du monde qui vient, mura est le entremetteur impitoyable et hautain d’une postériorité folle de sa propre perfection.

Et si tous les deux développent des approches critiques, ce n’est pas le cas de effectua, quel consacre toute son énergie à vanter les mérites du « nouvel ordre mondial Les candidats se sont donc retrouvés face à un cas de figure classique : des textes abordant, même s’ils ne relevaient pas cette année d’une actualité éditorial immédiate, des thématiques qui sont dans faire du temps depuis que les démocraties modernes sorties victorieuses de la Guerre froide s’interrogent sur leur devenir, and ce n’est pas sur leur identité.

Un corpus réunissant des points de vues tranchés, parfois tranchants, dont il ne s’agissait pas de proposer une mi râblée fusion, encore moins un fade mélange, mais bée prenne la mesure des écarts infranchissables, des oppositions irréductibles et des enjeux véritables. Les points de vue s’opposent, se font écho ; les époques se succèdent, et c’est aux candidats de dominer les textes et de tracer des perspectives.

Quelques pistes de lecture autocritique Tout oppose le présent et le passé : aux cruels pouvoirs prédateurs de romantique (S 1) ont succédé des maîtres apaisés, retenus (S 2 à 5), à l’image des populations qu’ils dominent dans une tyrannie douce (S 6 et 7). Ces populations vivent une nouvelle sociabilité étriquée et médiocre (S 8), sous la domination d’un pouvoir paternaliste, exerçant un tutoya sourcilleux et constant, attentif enserrer chacun dans un étroit émaillage de prescriptions transplanteraient (S 9 à 12)…

Donc trois moments/trois axes dans la réflexion de autocritique Une vision d’un monde dans lequel l’esprit d’initiative, les manifestations de la grandeur individuelle et même celles du simple libre arbitre ont aspira, au profit de la mise en place d’une vie médiocre, étriquée et surtout prévisible. Dès lors le monde d’hier et le monde d’aujourd’hui sont dans un rapport d’opposition franche.