Commentaire monologue ionesco

Commentaire monologue ionesco

Le monologue final, Rhinoceros, Ionesco, p. 243-245 Selon Ionesco lui-meme, sa dixieme piece, Rhinoceros, representee en France en 1960 est une piece antinazie et plus largement, contre toutes les ideologies qui servent d’alibis aux « hysteries collectives ». Au fil de la piece, toute la population d’une petite ville de province et tous les personnages se sont transformes en rhinoceros : violents, galopants, barrissant. La derniere metamorphose vient d’avoir lieue : celle de Daisy, la jeune femme qu’aimait Berenger. C’est donc un monologue qui termine la piece.

Que signifie ce denouement ? I/ Difficulte d’etre seul contre la totalite des autres Le monologue est impose par la progression dramaturgique car Berenger est le dernier homme, le seul qui parle au lieu de barrir. Le monologue, dans cette piece, souligne la solitude absolue de Berenger et le conflit interieur que celle-ci provoque. A) L’angoisse de l’individu absolument seul a. Brusque affolement de Berenger quand il se retrouve seul C’est l’angoisse face a l’echec du couple, souligne par la reprise de l’apostrophe « Daisy ». Il multiplie les appels suppliants.

Un comique du derisoire c’est-a-dire tragique avec des mots tendres, ses tentatives de se raccrocher a un passe que la metamorphose de Daisy vient d’annihiler. Les didascalies theatralisent le monologue : la gestuelle

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marque l’affolement. En gradation, l’angoisse d’etre seul contre tous. b. Difficulte d’admettre que cette solitude est definitive A propos de Daisy, les contradictions dans le propos revelent le conflit interieur. L’angoisse de ne pas comprendre s’oppose a la culpabilite de n’avoir pas su convaincre. A propos de tous les autres.

L’individu qui n’adhere pas a l’hysterie collective voudrait croire que celle-ci est reversible. Ceci est marque par les questions angoissees de Berenger. Puis prise de conscience progressive : ceux que Berenger a connus n’existent plus. Ils sont devenus des etrangers. B) De l’affirmation de l’individualite au doute de soi a. Berenger revendique sa singularite par les pronoms employes Opposition entre le « je » individuel et la masse collective. La revendication du moi individuel, du droit a penser contre les autres s’oppose aux autres, tous rhinoceros. . La mise en doute progressive de soi, de ses valeurs d’homme Le doute de la capacite de communiquer, de sa raison et de son identite. Ce dernier est marque par le rapport au miroir et par la recherche de soi dans les photos et les tableaux. C’est aussi la mise en doute de la validite de son refus : et si les autres avaient raison ? Ceci est marque par la rupture de la concordance des temps qui marque un doute de plus en plus profond et par la multiplication des phrases interrogatives. II/ La tentative d’abdiquer

La piece entiere nous a montre qu’il etait plus facile de se refugier dans l’anonymat de la pensee commune, de se liberer du fardeau de la liberte de penser : la proliferation des rhinoceros s’est accelerer, des personnages aussi differents que Botard, Dudard et Daisy ont cede a la tentation. A) La masse devient la reference a. S’y conformer garantit l’appartenance au groupe social La solitude est culpabilisante. b. Ne pas pouvoir s’y conformer est source de honte Berenger a honte de sa laideur. Il utilise un vocabulaire devalorisant pour evoquer son physique. B) A l’inverse, admiration des rhinoceros

Berenger utilise un vocabulaire valorisant. Il ressent un echec et le regret de n’avoir pas su etre comme eux. III/ La revolte A) Irreflechie, elle monte des « profondeurs » de l’etre a. Berenger ressent l’exterieur, la rhinocerite comme une menace Spontanement, il tente de s’en proteger. Cela apparait dans la symbolique de l’espace avec le haut, le bas et l’encerclement. Berenger est cerne par les rhinoceros. Il tente donc de s’en proteger en se calfeutrant dans son appartement et face a lui-meme. L’espace scenique et les deplacements dans l’espace deviennent signifiants : le monde exterieur est une menace de destruction. . Berenger, meme quand il refuse spontanement, n’a pas d’argument Il a seulement des certitudes profondes, marquees par des phrases asservies. Des certitudes sur la beaute de l’homme et sur son identite profonde : l’homme. c. Ce refus, issus de l’etre profond, l’emporte soudain sur ses doutes, balayant la tentation d’abdiquer. Il assume sa condition d’homme : seul, impuissant, autre. B) Une revolte concretement vaine, mais humainement grande a. Concretement vaine Il est menace de toutes parts. Cerne. Incapable de se faire entendre. Son acte n’aura pas de consequence concrete. . Humainement grande Avec le passage au futur, le vocabulaire de l’absolu. Toutes les phrases sont exclamatives et enfin, l’ultime affirmation. Il est celui qui ose dire non a l’ordre etabli, aux troupeaux de monstres. Il nous propose un modele. Un denouement dont la forme originale, le monologue est signifiante, avec une theatralisation tragique du conflit interieur du personnage. Un denouement qui souligne les enjeux de la piece : difficulte d’etre soi face a la montee d’une ideologie de masse ; necessite profonde de la revolte meme si elle est historiquement vaine.

Un denouement qui souleve des questions plus qu’il n’offre de solution : a chaque lecteur (spectateur) de s’interroger : que ferait-il dans es circonstances semblables ? Cederait-il ? Resisterait-il ? Donc une piece engagee, certes mais surtout une fable atemporelle, donc toujours vraie et toujours derangeante : « L’apologue de Rhinoceros sera vrai pour tous les temps. (Pierre Aime Touchard). Le monologue final, Rhinoceros, Ionesco, p. 243-245 Que signifie ce denouement ? I/ Difficulte d’etre seul contre la totalite des autres A) L’angoisse de l’individu absolument seul a. Brusque affolement de Berenger quand il se retrouve seul . Difficulte d’admettre que cette solitude est definitive B) De l’affirmation de l’individualite au doute de soi a. Berenger revendique sa singularite par les pronoms employes b. La mise en doute progressive de soi, de ses valeurs d’ho II/ La tentative d’abdiquer A) La masse devient la reference a. S’y conformer garantit l’appartenance au groupe social b. Ne pas pouvoir s’y conformer est source de honte B) A l’inverse, admiration des rhinoceros III/ La revolte A) Irreflechie, elle monte des « profondeurs » de l’etre a. Berenger ressent l’exterieur, la rhinocerite comme une menace . Berenger, meme quand il refuse spontanement, n’a pas d’argument c. Ce refus, issus de l’etre profond, l’emporte soudain sur ses doutes, balayant la tentation d’abdiquer. B) Une revolte concretement vaine, mais humainement grande a. Concretement vaine b. Humainement grande |Monologue de Berenger – p. 243-245 | | |BERENGER, se regardant toujours dans la glace. | | Ce n’est tout de meme pas si vilain que ca un |Jean ? ou moi, peut-etre ! (Il se precipite de nouveau | |homme. Et pourtant, je ne suis pas parmi les plus |vers le placard d’ou il sort deux ou trois tableaux. ) Oui, | |beaux ! Crois-moi Daisy ! (Il se retourne. ) Daisy ! |je me reconnais; c’est moi, c’est moi ! (Il va rac- | |Daisy ! Ou es-tu, Daisy ? Tu ne vas pas faire ca ! |crocher les tableaux sur le mur du fond, a cote des tetes | |(Il se precipite vers la porte. Daisy ! (Arrive sur le |des rhinoceros. ) C’est moi, c’est moi. (Lorsqu’il | |pallier, il se penche sur la balustrade. ) Daisy ! remonte ! |accroche les tableaux, on s’apercoit que ceux-ci representent | |reviens, ma petite Daisy ! Tu n’as meme pas |un vieillard, une grosse femme, un autre homme. La lai- | |dejeune ! Daisy, ne me laisse pas tout seul ! Qu’est-ce |deur de ces portraits contraste avec les tetes de rhinoce- | que tu m’avais promis ! Daisy ! Daisy ! (Il renonce |ros qui sont devenues tres belles. Berenger s’ecarte pour | |a l’appeler, fait un geste desespere et rentre dans sa |contempler les tableaux. ) Je ne suis pas beau, je ne | |chambre. ) Evidemment. On ne s’entendait plus. |suis pas beau. (Il decroche les tableaux, les jette par | |Un menage desuni. Ce n’etait plus viable. Mais elle |terre avec fureur, il va vers la glace. ) Ce sont eux qui | n’aurait pas du me quitter sans s’expliquer. (Il |sont beaux. J’ai eu tort ! Oh ! comme je voudrais | |regarde partout. ) Elle ne m’a pas laisse un mot. Ca |etre comme eux. Je n’ai pas de corne, helas ! Que | |ne se fait pas. Je suis tout a fait seul maintenant. |c’est laid un front plat. Il m’en faudrait une ou | |(Il va fermer la porte a cle, soigneusement, mais avec |deux, pour rehausser mes traits tombants.

Ca vien- | |colere. ) On ne m’aura pas, moi. (Il ferme soigneuse- |dra peut-etre, et je n’aurai plus honte, je pourrai | |ment les fenetres. ) Vous ne m’aurez pas, moi. (Il |aller tous les retrouver. Mais ca ne pousse pas ! (Il | |s’adresse a toutes les tetes de rhinoceros. ) Je ne vous |regarde les paumes de ses mains. ) Mes mains sont | |suivrai pas, je ne vous comprends pas !

Je reste ce |moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enleve son | |que je suis. Je suis un etre humain. Un etre humain. |veston, defait sa chemise, contemple sa poitrine dans la | |(Il va s’asseoir dans le fauteuil. ) La situation est |glace. ) J’ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, | |absolument intenable. C’est ma faute, si elle est |et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure | partie. J’etais tout pour elle. Qu’est-ce qu’elle va |et cette magnifique couleur d’un vert sombre, une | |devenir ? Encore quelqu’un sur la conscience. |nudite decente, sans poils, comme la leur ! (Il | |J’imagine le pire, le pire est possible. Pauvre |ecoute les barrissements. ) Leurs chants ont du charme, | |enfant abandonnee dans cet univers de monstres ! |un peu apre, mais un charme certain ! Si je pou- | Personne ne peut m’aider a la retrouver, personne, |vais faire comme eux. (Il essaye de les imiter. ) Ahh, | |car il n’y a plus personne. (Nouveaux barrissements, |ahh, brr ! Non, ca n’est pas ca ! Essayons encore, | |courses eperdues, nuages de poussiere. ) Je ne veux pas |plus fort ! Ahh, ahh, brr ! non, non, ce n’est pas | |les entendre. Je vais mettre du coton dans les |ca, que c’est faible, comme cela manque de vigueur ! |oreilles. (Il se met du coton dans les oreilles et se parle a |Je n’arrive pas a barrir. Je hurle seulement. Ahh, | |lui-meme dans la glace. ) Il n’y a pas d’autre solution |ahh, brr ! Les hurlements ne sont pas des barris- | |que de les convaincre, les convaincre, de quoi ? Et |sements ! Comme j’ai mauvaise conscience, j’au- | |les mutations sont-elles reversibles ? Hein, sont-elles |rais du les suivre a temps. Trop tard maintenant ! | |reversibles ?

Ce serait un travail d’Hercule, au-des- |Helas, je suis un monstre, je suis un monstre. Helas, | |sus de mes forces. D’abord pour les convaincre, |jamais je ne deviendrai rhinoceros, jamais, jamais ! | |il faut leur parler. Pour leur parler, il faut que |Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je vou- | |j’apprenne leur langue. Ou qu’ils apprennent la |drais tellement, mais je ne peux pas. Je me peux | |mienne?

Mais quelle langue est-ce que je parle ? |plus me voir. J’ai trop honte ! (Il tourne le dos a la | |Quelle est ma langue ? Est-ce du francais, ca ? Ce |glace. ) Comme je suis laid ! Malheur a celui qui | |doit bien etre du francais ? Mais qu’est-ce que du |veut conserver son originalite ! (Il a un brusque sur- | |francais ? On peut appeler ca du francais, si on |saut. ) Eh bien tant pis ! Je me defendrai contre | veut, personne ne peut le contester, je suis seul a |tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se | |le parler. Qu’est-ce que je dis ? Est-ce que je me |retourne face au mur du fond ou sont fixees les tetes des | |comprends, est-ce que je me comprends ? (Il va |rhinoceros, tout en criant 🙂 Contre tout le monde, | |dans le milieu de la chambre. ) Et si, comme me l’avait |je me defendrai ! Je suis le dernier homme, je le | dit Daisy, si c’est eux qui ont raison ? (Il retourne |resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! | |vers la glace. ) Un homme n’est pas laid, un homme | | |n’est pas laid ! (Il se regarde en passant la main sur |RIDEAU | |sa figure. ) Quelle drole de chose ! A quoi je res- | | |semble alors ?

A quoi ? (Il se precipite vers un placard, | | |en sort des photos; qu’il regarde. ) Des photos ! Qui | | |sont-ils tous ces gens-la ? M. Papillon, ou Daisy | | |plutot ? Et celui-la, est-ce Botard ou Dudard, ou | |