Commentaire le clezio ville

Commentaire le clezio ville

Le theme de la ville est surtout apparu dans la litterature au XIX eme siecle au moment de la revolution industrielle, alors que les villes prenaient leur essor. Elles sont generalement decrites comme des lieux ou l’homme perd son identite. J M G Le Clezio dans son uvre La ronde et autres faits divers d’ou est tire l’extrait qui nous est presente, ne fait pas exception a la regle et nous presente une ville, certes moderne puisqu’il s’agit d’une HLM, mais qui va elle aussi detruire l’homme, puisqu’il s’agit d’un milieu ou la vie est quasiment impossible.

Toutefois on peut s’interroger sur la realite d’une telle ville qui apparait fantastique par de nombreux aspects. La ville qui nous est presentee dans ce texte est remarquable en effet par son caractere inhumain lie a sa taille et a son aspect carceral. L ‘homme semble disparaitre au profit du batiment dont le champ lexical est omnipresent : “ cite ”, “ immeubles ”, “ beton ”, “ goudron ”, “ routes ”, “ pont ”, “ fenetres ”, “ cages d’escalier ”, “ parking ”…L’auteur insiste sur la grandeur avec l’adjectif “ grand ” aux lignes 2 et 9, l’immensite avec la metaphore “

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falaises de beton gris ” et le nombre avec “ des dizaines d’immeubles ”.

L’individu ne peut que se sentir perdu, depasse dans un tel espace. De plus la ville peut etre assimilee a une prison. On retrouve des termes qui evoquent un espace ferme “ cages d’escalier ” “ ascenseur ”, “ appartements ”, “ caves ”. Les “ falaises de beton ”, “ les murailles grises”, “ les fenetres et les portes […] murees ” semblent enfermer l’espace, un espace dont finalement “ plus personne ne peut sortir ”.

La presence du ciel et des “ avions ” ligne 21 connote certes la liberte mais cette liberte est inaccessible, elle reside hors de la ville , a l’exterieur et renforce donc l ‘impression d’enfermement. Cette conception de la ville n’est pas sans consequences sur l’etre humain qui semble perdre toute individualite. En effet l’auteur insiste dans un premier temps sur l’image paradoxale d’une ville a la fois deserte et peuplee de “ non personnes ” incapables de vivre et de communiquer.

Les termes de “ ville desertee ” sont presents a la ligne 8. La repetition du pronom “ personne ”aux lignes 9,10,11, les pronoms “ on ” aux lignes 6, les tournures impersonnelles “ il y a ” lignes 1, 9, montrent que l’individu disparait au mieux au profit d’un groupe non differencie comme en temoignent les termes generiques dans l’enumeration “ hommes, femmes, enfants, chiens ” ligne 15.

La negation est extremement presente dans le texte sous differentes formes, prefixe privatif comme dans “ insaisissable ” ou “ introuvable ” ,adverbe “ ne pas ” aux lignes 9 , 13, 15, 24 “ jamais ” ligne 17, “ ne plus ”, pronom “ personne ”… Si on ne peut parler de ville reellement desertee, ceux qui l ‘habitent ne peuvent etre veritablement consideres comme des individus a part entiere. Les habitants sont d’abord designes par le pronom demonstratif “ ceux ” puis par la troisieme personne “ ils ”.

Ils sont vivants puisqu’ils sont doues de mouvement et “ vont et viennent ” mais ils ne semblent ne faire que passer sans qu’il y ait le moindre echange entre eux ; ils ne communiquent pas comme le prouve l’affirmation “ Ils ne peuvent jamais se rencontrer, jamais se trouver ” lignes 17/18 Enfin a travers la comparaison “ comme des fantomes sans ombre ” , l’auteur nous montre que les habitants ont perdu tout semblant de vie , ils ne font plus qu’errer a travers la ville tels des morts vivants . Ils ont meme perdu ce qui symbolise l’identite : le nom “ comme s’ils n’avaient pas de vrai nom ”..

Cette derniere comparaison nous incite a voir dans le texte une certaine tonalite fantastique. On peut finalement se demander si la ville qui nous est decrite est une ville bien reelle ou s’il s’agit d’une ville utopique. Il est vrai que cette ville correspond etymologiquement au terme d’utopie dans la mesure ou elle ne se situe nulle part. Aucun nom de lieu ne vient preciser sa situation. De plus la repetition du terme “ loin ” dans l’expression “ loin de la mer, loin de la ville, loin de la liberte, loin de l’air meme ” renforce cette idee d’un espace inexistant.

Aucunes indications temporelles ne viennent situer cette ville dans le temps. Le present utilise dans le texte la rend intemporelle. Nous retrouvons egalement en filigrane dans le texte un theme cher au fantastique : celui de la mort. La mort est explicitement presente a travers les termes de “ cremation ” et “ fantome ”, mais elle est aussi connotee par les couleurs de cette ville , le gris notamment. Il semblerait que la mort rode dans cette ville sous la forme d’un “ nuage qui descend de la cheminee de l ‘usine de cremation ”.

Un autre motif frequemment developpe dans le fantastique, le doute, est present dans notre texte. Le narrateur, qui temoigne d’ailleurs a ce seul moment de sa presence, emet un doute sur la realite de cette ville par l’intermediaire de questions commencant par peut-etre : “ peut-etre qu’il n’y a personne en verite…. ” ligne 8 et suivantes, “ peut-etre que ces fenetres… ” ligne 12 . L’impression d’une ville inexistante est creee par la recurrence du motif de l’ombre, du flou qui distille dans le texte une sorte de mystere. Se trouvent regroupees dans le champ lexical de l’evanescence les expressions “ qui laisse flotter son nuage acre et lourd ” “ “ fantome sans ombre ” “ la brume ” “ l’epais nuage ” “ des nuees ” … Tous ces elements amenent finalement le lecteur a douter de l’existence de cette ville-la, bien qu’il puisse y reconnaitre l’impression que peuvent donner certaines banlieues bien reelles. Finalement l’auteur a travers sa description d’une cite HLM reussit a creer un sentiment de malaise chez le lecteur, malaise qui est du a l’etrange impression que laisse cette ville presque fantastique dont les habitants sont reduits a l’etat de fantomes.

On retrouve ici le role de la description dans l’utopie ou plutot l’anti-utopie qui est de critiquer la realite a travers une peinture imaginaire. Nos banlieues sont-elles si differentes de celle-ci ? Au bord du fleuve sec, il y a la cite des HLM. C’est une veritable cite en elle-meme, avec des dizaines d’immeubles, grandes falaises de beton gris debout sur les esplanades de goudron, dans tout le paysage de collines de pierres, de routes, de ponts, avec le lit de galets poussiereux du fleuve, et l’usine de cremation qui laisse flotter son nuage acre et lourd au-dessus de la vallee.

Ici, on est loin de la mer, loin de la ville, loin de la liberte, loin de l’air meme, a cause de la fumee de l’usine de cremation, et loin des hommes, parce que c’est une cite qui ressemble a une ville desertee. Peut-etre qu’il n’y a personne en verite, personne dans ces grands immeubles gris aux milliers de fenetres rectangulaires, personne dans ces cages d’escalier, dans ces ascenseurs, et personne encore dans ces grands parkings ou sont arretees les autos ? Peut-etre que ces fenetres et ces portes sont murees, aveuglees, et que plus personne ne peut sortir de ces murs, de ces appartements, de ces caves ?

Mais ceux qui vont et viennent entre les grandes murailles grises, hommes, femmes, enfants, chiens parfois, ne sont-ils pas comme des fantomes sans ombre, insaisissables, introuvables, aux yeux vides, perdus dans l’espace sans chaleur, et ils ne peuvent jamais se rencontrer, jamais se trouver, comme s’ils n’avaient pas de vrai nom. De temps en temps passe une ombre, fuyante entre les murs blancs. On voit le ciel parfois, malgre la brume, malgre l’epais nuage qui descend de la cheminee de l’usine de cremation, a l’ouest.

On voit des avions aussi, un instant echappes des nuees, tracant derriere leurs ailes etincelantes de longs filaments cotonneux. Mais il n’y a pas d’oiseaux par ici, ni de mouches ni de sauterelles. Parfois, il y a une coccinelle egaree sur les grands parkings de ciment. Elle marche sur le sol, puis elle essaie d’echapper, volant lourdement vers les bacs a fleurs pleins de terre craquelee, ou il y a un geranium brule. J. -M. G. Le Clezio, La Ronde et autres faits divers (1982). Outils Reperage Analyse Pistes d’interpretation axes Enonciation Pronom Temps utilise Tournure impersonnelle : il y a l. ,8/9,24,25,27 Recurrence du pronom “ on ” l. 6, 20,21 du pronom indefini “ personne ”l. 9,10,11,13, Present Absence de narrateur mais utilisation de discours direct Procedes lexicaux Recurrence de la forme negative : pronom “ personne ”, negation l. 8/9,13/14, 15, 17, 18, 24, adjectifs comportant des prefixes negatifs “ insaisissable, introuvables ” Champs lexicaux Cite et batiment : cite, immeuble, beton, esplanades de goudron, route, pont, ville, immeubles gris, fenetres rectangulaires ; cages d’escalier, ascenseurs, parking ;portes murees, appartement, murs, caves, murailles…

Enfermement : “ murees, muraille, personne ne peut sortir , echapper” Termes a connotation morbide :“ gris, cremation, fantomes, ombres Air : Nuage acre et lourd, air, brume, epais nuage, cheminee, nuees, Avion, volant Nature : fleuve sec, oiseau, mouche, sauterelle, coccinelle, geranium. Figures de style Enumeration Enumeration et repetition Comparaison l. 3/4, l. 15 Loin de …. L. 5 Personne… l. 9/10/11 Peut-etre Comme de fantomes sans ombres Comme s’ils n’avaient pas de vrai nom