Commentaire d’un extrait de nietzsche

Commentaire d’un extrait de nietzsche

« Ce n’est pas la conscience des hommes qui determine leur existence, c’est au contraire leur existence socialequi determine leur conscience » ecrit Karl Marx au XIXe siecle. La conscience est la seule chose qui demarque l’Homme de l’animal. C’est sa faculte de penser, de raisonner, d’evaluer et d’analyser. Or ici Marx sous entend que cette conscience ne forge pas l’essence humaine, mais qu’au contraire la vie en societe forgerait notre esprit. Ici nous etudierons la philosophie de Nietzsche dans un extrait de « La Genealogie de la morale » u il reflechit sur la conscience morale et sur le chatiment de celle-ci. Nous pouvons des lors nous demander d’ou provient cette mauvaise conscience ? en quoi serait-elle un dechirement interieur de l’homme ? et enfin nous nous demanderons si Nietzsche n’ecrirait pas au XIXe siecle les premisses de la philosophie contemporaine. Ainsi nous etudierons dans un premier temps la nature primitive de l’homme confronte a la societe, avant d’elucider les consequences de cette confrontation, et enfin nous verrons si Nietzsche n’ecrivait pas en son temps le fondement de la pensee contemporaine.

Selon Nietzsche, a l’origine l’Homme est un etre solitaire, de ce faite, il se place aux antipodes de la societe

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et ainsi de toutes ses regles. Cet homme nous est decrit comme un etre bien different de la vision commune de l’homme civilise, moderne, sociable. En effet l’auteur nous le montre comme l’evolution d’un animal plus intelligent mais egalement beaucoup plus cruel et indeniablement violent ( « l’homme sauvage, libre et vagabond » , « la rancune, la cruaute, le besoin de la persecution »).

Pourtant l’Homme etre originairement violent possede le premier degre de la conscience, il sent qu’il existe, eprouve des sensations comme la faim, le froid ou le chaud, et enfin ce qui le distingue d’un animal, c’est sa faculte de ressentir des emotions, comme la peur, ou la colere. Pourtant cet homme ne peux exister, l’homme vie en societe, et qui dit societe dit autrui, education, lois et m’ urs. Lorsque l’homme accepte la vie en societe, il ne peut qu’acquiescer les interdits que cela entraine, et par agrandissement, il retrecit les libertes dont il jouissait en l’absence de celle-ci.

Mais meme s’il amenuit le terrain d’etendue de sa liberte, il ne se revolte pas ( « il se trouva definitivement enchaine dans le carcan de la societe et de la paix ». Etrangement sa nature primaire ne le force pas a se revolter, il s’accommode de ce « carcan ». Mais il avance egalement vers une conscience plus haute, le deuxieme degre, la conscience reflexive. L’homme n’est plus seulement conscient de son corps, de ses besoins ou de ses emotions, il s’analyse lui-meme comme s’il se scrutait dans un miroir en tentant de juxtaposer l’image que la societe dicte de l’homme, et l’image qu’il a de lui.

Mais souvent en tentant de faire rentrer le « moi » dans le moule des m’ urs, l’homme fait emerger ses defauts. Ainsi a cause de l’education, de la societe et des interdits, il decouvre souvent qu’il n’est pas comme il devrait etre, comme les m’ urs (Habitudes, naturelles ou acquises, relatives a la pratique du bien ou du mal) lui ordonnent d’etre. De ce sentiment de rejet des defauts decoule l’interiorisation (« Tous les instincts …de l’homme »),l’homme retourne ses defauts exterieurs vers l’interieur de son etre.

Ce jugement subjectif qui assimile bien ou mal aux comportements de l’homme est le degre final de la conscience selon Nietzsche, la conscience morale. L’homme doue de ce degre ne s’analyse plus seulement en fonction des m’ urs de la societe ou d’autrui, il ne se compare plus, il se juge en termes de bien et de mal, lorsque le jugement tend vers le mal, il interiorise. Or en interiorisant, il ne resout pas ses ennuis, il ne s’en debarrasse pas. Selon Nietzsche c’est tout le contraire, car de tout cela nait la mauvaise conscience. Et contrairement a son nom, Je n’en ai pas conscience.

Cette mauvaise conscience se traduit par un mal etre ou « profond etat morbide » plongeant l’homme dans un monologue interieur qui se manifeste souvent par la culpabilite. L’homme se sent coupable. Et s’il ne se revolte pas comme dit precedemment, il lui est impossible d’echapper a sa nature primitive. La mauvaise conscience nait des lors ou l’homme ne peut plus refrener sa nature. Ainsi nous pouvons assimiler la naissance de la societe avec celle de la mauvaise conscience, l’homme n’etant plus libre de ce qu’il est et devant etre ce qu’il doit etre, il culpabilise.

La mauvaise conscience ne serait pas la cause d’un dechirement mental ? En effet nous avons vu que la societe serait comme la genese de la mauvaise conscience et que celle-ci conduisait le sujet a culpabiliser. Mais qu’est ce que la culpabilite ? Celle-ci est une emotion attachee a la vie en communaute (oui, nous avons prouve qu’un sujet associable ne ressent pas cela) qui repose sur la certitude d’etre responsable dans un evenement aux suites regrettable. Mais nous ne sommes pas toujours responsable directement, bien au contraire c’est souvent par une non-action que ce malaise intervient.

En cela cet « etat morbide » devient le centre d’une pression inouie pesant sur le patient, de la peut surgir obsession ou meme nevrose. Et c’est la que l’auteur reprouve cette mauvaise conscience. Il va meme jusqu’a rapprocher mauvaise conscience a une maladie incurable propre a l’Homme ( « l’humanite n’est pas encore guerie »). Mais cette « maladie » n’est pas le resultat de la penetration d’un corps etranger dans celui du sujet, bien au contraire, elle emane de son corps, ou plus exactement de son esprit.

En cela L’homme peut etre percu comme deux entites. Il y a d’une part celle qui veut se conformer a la doxa et rentrer dans le moule forger par l’education, les m’ urs et l’histoire, et d’autre part une autre qui serait la pour reguler pulsions et desirs primitifs. Cette derniere se montrerait meme comme punitive. L’homme se dechirerait interieurement a cause du « chatiment » de la mauvaise conscience. Ainsi l’homme ne serait jamais capable d’etre heureux, constamment sous pression, menace par son propre interieur qui veut le mener vers l’ideal de moralite.

Malheureusement cet ideal est impossible a atteindre et c’est en cela que l’homme se ronge petit a petit. A tendre vers un ideal inapprochable, le sujet s’empeche d’y arriver, et quand bien meme il serait en accord avec celle-ci, il se pousserait toujours a refrener ses pulsions, instincts, desirs primitifs, ce qui le conduirait dans n’importe quel cas, a un chemin douloureux et sans bonheur qui serait «la consequence d’un divorce violent avec le passe animal ».

Et ceci est ineluctable, la societe bride la nature primaire de l’homme, perpetuellement celui-ci se combattra sans jamais pouvoir se vaincre, l’homme ne peut se forger unitairement dans la societe, la mauvaise conscience ne viendra jamais a bout de l’homme sauvage. Ce combat insense qui ne designera jamais de vainqueur conduit a une question, comment l’homme peut-il se debarrasser de sa mauvaise conscience ? En cela nous pouvons formuler l’hypothese d’un surhomme qui se placerait au dessus de la morale, mais cela est il vraiment possible ?

Comme le souligne Nietzsche l’homme est « l’animal domestique » de la societe, il ne peut donc s’en liberer, ce surhomme serait alors capable d’evoluer independamment de la societe sans pour autant choisir un chemin de solitude. Nietzsche disseque l’origine de la mauvaise conscience au XIXe siecle, ses dires ne seraient ils pas les premisses pour de grands penseurs ? En effet cette dichotomie entre l’homme conscient et sa mauvaise conscience rappelle etrangement la theorie freudienne.

Effectivement lorsque Sigmund Freud etudie au XXe siecle le psychique humain, il decouvre que l’homme possederait trois consciences ; Le Moi, Le Ca et le Surmoi. Selon Freud, le Moi est la partie consciente du sujet, reflet de ce que celui-ci est en societe, en quete de bonheur et qui aurait un mecanisme de defense rapidement declenche des lors que le sujet subirait des tensions trop forte de la societe. Il se defendrait en interiorisant, refoulant ou rationalisant. En cela nous pouvons faire un parallele avec la philosophie de Nietzsche de l’homme consciencieux qui interiorise.

Puis, le Ca qui se manifesterait par des pulsions agressives, sexuelles, violente. Le sujet n’est pas conscient de cette partie, en general le moi se demande pourquoi il vient de faire ca. Le ca est en faite le resultat de l’inconscience. Celle-ci serait selon Freud le fondement des phenomenes conscients mais dont l’origine echapperait au sujet. Ici nous pouvons rapprocher le ca freudien de la nature sauvage violente et cruelle de l’homme selon Nietzsche. Enfin le Surmoi, qui serait le receptacle des m’ urs, educations et interdictions apprises par la societe.

Le Surmoi serait l’autorite qui regnerait dans l’inconscience et la conscience. Il controlerait le ca et punirait le Moi de ses fautes envers la societe. Une punition qui s’incarnerait en culpabilite et remords. Cette tendance repressive du Surmoi se montrerait comme mauvaise conscience chez Nietzsche. Or si nous pouvons faire un rapprochement evident entre les deux penseurs, il est important de preciser que Nietzsche ne segmente pas l’esprit en 3 parties, selon lui la conscience a plusieurs degres, tandis que Freud lui certifie que l’Homme est resultat d’un subtil mecanisme entre trois instances bien distinctes.

Pourtant dans les deux cas l’homme resulte de la meme maniere, un etre constamment en train de refouler et de se punir lui-meme. Dans les deux cas l’homme se mutile lui-meme s’empechant d’etre heureux, devenant nevrose, ou encore depressif. L’homme est au final « maladie de l’homme, malade de lui-meme ». « Ce n’est pas la conscience des hommes qui determine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui determine leur conscience », Karl Marx rejoint ainsi la philosophie de Nietzsche.

A l’origine l’homme est un etre violent qui est oblige de se confronter a la societe. De la nait le refoulement, l’interiorisation des pulsions et instincts devenu mauvais. Decoule l’influence de la conscience du bien et du mal qui punit le sujet par la culpabilite et un malaise perpetuel. La societe qui se montre etre la genese de la mauvaise conscience conduit l’homme a se combattre lui-meme, se dissociant de ce qu’il est originairement et de qu’il doit etre socialement.

Voue a une vie nevrosee et punit sans cesse par son interieur l’homme de dechire. Nietzsche voit ainsi l’homme comme un etre bride par la societe. Il influencera peut etre meme un siecle plus tard Freud et sa theorie de l’inconscience qui segmente l’esprit en trois instances independantes. Enfin Nietzsche nous indique peut etre une autre voie a suivre que celle de Kant, l’homme qui se vouerait a la morale toute sa vie ne serait jamais heureux, faut-il devenir ce que Freud nommait l’ubermensch, un surhomme pour pouvoir enfin acceder au bonheur ?