Commentaire du poeme « strophes pour se souvenir » d’aragon

Commentaire du poeme « strophes pour se souvenir » d’aragon

Lecture analytique n°5 : Aragon, « Strophes pour se souvenir », Le Roman inacheve, 1956. Introduction : ? Rappels biographiques et bibliographiques concernant Aragon (en reference au poete que vous allez etudier ! ) ? Presentation du poeme : circonstances d’ecriture, structure, theme, importance de la graphie : Eloge funebre, transmission des dernieres volontes et rappel du sacrifice : le poeme aborde un episode historique qui doit rester dans les memoires. ? Problematique : Comment le poete fait-il a travers son art le travail de memoire et un hommage poignant au groupe Manouchian ? Annonce du plan I. Un poeme commemoratif, a la memoire des hommes du groupe Manouchian 1. Le rappel du passe a) le contexte de l’ecriture : Des variations de temps verbaux qui correspondent a l’evocation de moments differents du passe : – passe compose : renvoie par rapport au moment de l’ecriture, au moment de la mort. – le plus-que-parfait et l’imparfait : « vous vous etiez servi » (v. 4) ; « vous aviez » (v. 6) ; « semblait » (v. 8 et 11) ; « cherchait, allaient, etaient, avait » (v. 10, 12, 14, 15, 16) – le present : « cela passe vite onze ans » (v. ) : c’est le moment de l’ecriture du poeme, a savoir en 1955 et le calcul rapide des annees nous renvoie bien a 1944, annee

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de l’execution. >>> les variations de modalites de discours et de temps donnent l’impression que le poete se place sur des plans successifs et qu’il s’efforce de rendre compte, au plus pres de la realite, de cette condamnation injuste. Il est a la fois celui qui raconte en 1955, mais aussi celui qui se rappelle et qui rappelle aux lecteurs les circonstances de l’execution, et le porte-parole des dernieres volontes de Manouchian. b) Systeme enonciatif different dans les strophes : « vous » designe un ou des interlocuteurs (vers 4, 6, 11, 12, 18) : ce pronom designe ceux a qui s’adresse le poete pour parler, comme s’il leur parlait directement. Il leur rappelle ce qu’ils ont fait et ce qu’ils etaient. – « je » dans les passages en italique : le « je » qui parle designe celui que Aragon designait sous l’expression « l’un d’entre vous » v. 18. Ici le poete reprend la derniere lettre de Manouchian avant son execution : c’est le « je » de Manouchian qui s’adresse a sa femme (on le saura lorsque l’on decouvre le prenom de Melinee, vers 29, qui etait bien la femme de Missak Manouchian). « tu » : c’est la destinataire de la lettre : Melinee Manouchian – dans la derniere strophe : « ils » designe toujours ceux a qui le poeme s’adressait initialement sous la forme du « vous »  MAIS ici l’interlocuteur du poete n’est plus le meme : il s’adresse en designant les « vingt et trois » aux lecteurs, aux francais. 2. faire revivre le propos d’un execute et susciter l’emotion ? La graphie du poeme attire l’attention : 3eme strophe comporte en maj. « MORTS POUR LA FRANCE » qui se detache comme un titre, ou une inscription de monument aux morts. Une modification apparait a partir du vers 19 jusqu’au vers 30 : en italique. Le verbe « dire » au vers 18 signale un changement de modalite de discours : le poete rapporte les paroles d’un des condamnes ? Vers 17 : seule ponctuation du poeme : le point marque une sorte de rupture, juste avant le passage de la lettre reprise en italique de paroles rapportees. + effet de rupture avec le verbe « dire » au passe simple + « et c’est alors » : valeur de rebondissement, forte pause. ? La reprise des paroles de Manouchian : – les propos en italique se detachent et montrent qu’ils n’appartiennent pas au poete lui-meme. v. 19 : repetition de Bonheur, avec une majuscule qui insiste sur le mot + « adieu la peine » v. 21 + « sois heureuse » v. 23 >> message d’espoir – « sans haine en moi pour le peuple allemand » v. 20 : refus de la haine – « quand tout sera fini plus tard » v. 25 + « la justice viendra sur nos pas triomphants » v. 28 : espoir d’un avenir de justice et de paix >> Le fait meme d’avoir insere les derniers mots de Manouchian adresses a sa femme le jour de l’execution, sous une forme qui les fait passer de la prose a la poesie, et les transforme en paroles, constitue un eloge.

Aragon a conserve et rassemble tout ce qui constitue un message d’espoir, le refus de la haine, l’evocation du bonheur, un avenir de justice. En faisant savoir par la typographie que le texte appartient a un autre, et en conservant ce qui ressemble et renvoie a ses propres termes d’inspiration, Aragon transforme le texte en poeme lyrique et emouvant. 3. Les executes : De nombreux implicites qui designent les personnes que le lecteur connait deja : a) des partisans etrangers : qqs elements d’info. peuvent etre retrouves dans le texte signalant le statut des hommes qui composaient le groupe : pas de noms, mais le mot « Partisans » v. 5 avec sa majuscule designe bien le groupe communiste des FTP-MOI (Franc Tireur Partisans, Main d’? uvre immigree) dont faisait partie Manouchian et ses amis. + « armes » v. 4 designe leurs actions. >> renvoi a la periode de la Resistance et des mouvements actifs et clandestins du Parti communiste. – v. 9 « Parce qu’a prononcer vos noms sont difficiles » : rappel qu’ils sont etrangers + « vingt et trois etrangers » v. 33 – « vingt et trois » : designe le nombre des combattants – des references a leur choix de defendre la France : « Francais de preference » v. 1 + v. 35 « qui criait la France en s’abattant. » + « donnaient leur c? ur »v. 33 et « nos freres pourtant » b) le contexte de l’execution : – l’evocation de la modestie et la simplicite du comportement des condamnes : enumeration de termes nies : « gloire », « larmes », « orgue », « priere » (v. 1 et 2) – le mot « affiche » v. 8 est associe a un contexte de propagande et de peur : images et comparaison mettent l’accent sur la representation tendancieuse de cette fameuse Affiche rouge, denoncee ici : « noirs de barbe et de nuit hirsutes menacants »v. 7 + « une tache de sang » (ref.

A la couleur de l’affiche qui accentue les images violentes presentees dans l’affiche : les impacts de balles dans les corps des executes). Le poete denonce l’exploitation de la peur du sang, connotant le crime et la violence venue d’etrangers menacants aux visages inquietants. – evocation aussi de la reaction non programmee par les Occupants qui avaient fait cette affiche de propagande : l’inscription nocturne «  MORTS POUR LA FRANCE » v. 14, anonyme mais qui rectifie le sens de ces morts et redonne espoir. Le vers 15, simple, fait eclater la signification d’une reconnaissance, d’une sympathie et de l’echec de la propagande. la reprise des derniers mots de Manouchian dans la lettre qu’il a adressee a sa femme : contenu a peine modifie d’une lettre testament (voir texte complementaire) >> on note une absence de termes reellement historiques : l’Affiche rouge n’est pas nommee par son titre, et aucun nom n’est donne. Les evocations passent par des metaphores, des implicites, a demi-mot, ce qui peut s’expliquer par les circonstances de sa composition : le poeme est en effet ecrit en 1955 lors d’une inauguration d’une rue au nom du groupe Manouchian, donc la realite est connue de tous.

La poesie transpose ici un evenement historique : la realite n’est pas edulcoree, elle prend une forme differente. Il s’agit ici de faire un acte de memoire, un eloge, non de mettre la mort en evidence. II. Un poeme au service d’une lecon de fraternite et de courage : « pour se souvenir » 1. L’eloge des combattants Tout au long du texte, sous des formes diverses, c’est un eloge des combattants du groupe Manouchian qui se met en place. a) la mort simple et sobre : 2 premiers vers soulignent une mort presque anonyme et sans pathos, une mort courageuse, sans aide.

On note les 4 termes nies dans le poeme, que l’on peut regrouper (voir plus haut) : « gloire » et « orgue » peuvent dire l’absence de celebration de ces morts ; « larmes » et « priere » montrent l’absence de manifestation affective (tous les termes sont nies, « vous n’avez reclame la gloire ni les larmes » + le dernier vers de la strophe est encore donne dans la negative : « la mort n’eblouit pas les yeux des Partisans » + On note le mot « simplement » vers 4 qui designe leur action de resistance : « vous vous etiez servi simplement de vos armes » ) des heros denigres puis reconnus : dans la presentation des hommes (strophes 2 et 3) il faut lire un eloge derriere la presentation mensongere de l’affiche. Par antiphrase, par allusion aux noms difficiles a prononcer, parce qu’etrangers, Aragon met en relief cette origine non francaise de ceux qui ont donne leur vie pour la France. Utilisee sur l’affiche dans un objectif xenophobique, l’inscription anonyme « MORTS POUR LA France » a corrige l’accusation et fait acte de reconnaissance. 2. Rehabilitation des etrangers : l’eloge du courage. La reaction face a l’Affiche rouge : MORTS POUR LA France ? Anaphore finale « vingt et trois » comme un martelement obsessionnel, afin d’impregner les memoires du souvenir des hommes abattu. >> rappel le titre du poeme « strophes pour se souvenir » : hommage persuasif et insistant + metaphore « les fusils fleurirent » qui attenue la mort, mais surtout qui glorifie le sacrifice de ces hommes + on note l’injustice de leur mort dans l’expression « qui donnaient leur c? ur avant le temps », ce qui rappelle la jeunesse des hommes de ce groupe. gt;> leur mort et leurs actes sont donc un modele de courage. Tous associes dans la meme celebration, tous anonymes, les 23 membres du groupe se trouvent dans cette derniere strophe, donnes en exemple et enfin reconnus, remercies. 3. L’art poetique au service de la memoire Poeme de celebration adresse a des Partisans, le texte d’Aragon comporte en filigranes plusieurs lecons. Il fait sortir de l’ombre et rehabilite ceux que la propagande a voulu faire passer pour des criminels, et prend position pour la Resistance.

Le choix de la poesie de la part d’Aragon sert l’evocation et l’eloge funebre, mieux peut-etre que la prose : a) Rimes et rythme : la composition en strophes donne une regularite soulignee par la disposition, toujours la meme, des rimes. On note que ces rimes sont peu nombreuses, puisque le rime en –an est quasi constante tout au long du poeme (3 fois par strophe). Les vers 21 a 35 se terminent sur ce meme son sourd et c’est sur cette meme rime que se clot notre poeme. On remarque que cette rime vient sur des mots cles du texte : « agonisants » ; « onze ans » ; « Partisans » ; « menacants », « sang », etc. >> tous ces mots sur lesquels s’arrete le vers permettent de comprendre le sens du poeme. Place et son de ces mots font qu’ils se detachent comme un refrain, en sensibilisant le lecteur et en impregnant sa memoire de ces images fortes. + L’absence de ponctuation (mis a part le vers 17) et le fait que les vers coincident avec des propositions completes de phrases, accentue cet effet de rythme lancinant ou les sonorites sont encore plus importantes. cf. chanson) b) La transposition poetique : grace a son art, Aragon transcende et rend hommage a la grande humanite des hommes du groupe. En particulier, il transpose dans une parole poetique la derniere lettre de Manouchian. Il gomme en effet le contexte epistolaire, mais ne transforme par pour autant la parole de Missak/Michel Manouchian : il revele son aspect poetique – on note l’anaphore de « Bonheur » qui accentue le registre lyrique et pathetique de cette ultime lettre de condamne a mort. de meme, l’anaphore de « Adieu » est accompagnee de l’enumeration de ce qui a fait le sens et la beaute de la vie pour cet homme. (le mot est repris 4 fois). Par ailleurs l’absence de ponctuation rend encore plus pathetique cet adieu aux beautes innombrables de la vie. – Aragon fait se terminer le passage du discours rapporte sur les mots « Et je te dis d’avoir un enfant » : Le poete garde du message de la lettre ce qu’il peut transformer en lyrisme et en chant d’espoir.

Il s’agit la des themes chers a Aragon : la simplicite de la vie, le bonheur, la beaute de la nature, en images a la fois simples et recherchees (vers 26-27) >> emotion provoquee par le sens de la lettre repris ici, mais aussi par la transposition poetique qui en revele davantage le lyrisme et l’espoir que l’aspect pathetique CONCLUSION : On peut dire ici que le choix de la poesie permet a l’eloge du groupe, au recit de l’execution et a la reprise des paroles de Manouchian de prendre une forme plus accessible que ne erait le texte en prose : moins ceremonieuse, touchant davantage la sensibilite, s’adressant aux perceptions et aux sentiments par les images, rythmee et capable de mettre en relief les mots qui font tout le sens et la beaute de cet episode sombre de l’histoire francaise. Le texte poetique transpose le reel et en revele la beaute, et il participe davantage au travail de memoire et a l’eloge des hommes du groupe Manouchian. |Quelques remarques sur l’Affiche rouge : |

La strophe 2 fait reference a l’Affiche rouge, affichee sur les murs de Paris et qui representait une serie de portraits d’hommes hirsutes, barbus, inquietants. La strophe rappelle par l’expression « tache de sang » la couleur du fond, rouge, et signale que les noms indiques sont des noms difficiles a prononcer, non francais. L’objectif de l’affiche etait de faire peur. Si l’on regarde l’affiche, on voit qu’elle presente en effet 10 portraits d’hommes dont certains peuvent paraitre rudes et patibulaires. Les photos representent pour certaines le meme fond, qui est sans doute le mur de l’execution.

Ces portraits sont en noir et blanc, fortement contrastes. A cote de chacun d’entre eux apparaissent, en blanc sur fond noir, le nom, l’origine religieuse (juif), nationale (Polonais, Hongrois, Italien, Espagnol, Armenien), l’appartenance politique (communites) de ces hommes. Ces informations comportent aussi le nombre d’attentats que ces hommes sont censes avoir organises ou auxquels ils auraient participe. Manouchian est presente comme « un chef de bande ». Les portraits, disposes dans un triangle inverse, suivent la pointe d’une fleche qui semble venir du ciel.

La ligne des 5 portraits de haut se trouve en dessous d’une inscription interrogative : « des Liberateurs ? », a laquelle repond, en bas de l’affiche en grandes lettres rouges sur fond noir, une inscription exclamative « La liberation par l’armee du crime ! ». Entre la pointe de la fleche et l’inscription du bas de l’affiche, les 6 photos montrent des images d’attentats : deraillements de trains, explosions, armes saisies, corps cribles de balles. Le rapprochement de tous ces elements, tres dramatises par le jeu des couleurs, noir, rouge, blanc, delivre un message : les supposes liberateurs sont des criminels etrangers.

En presentant des etrangers, les auteurs de l’affiche (propagande allemande) attirent l’attention sur la menace de mort supposee venir de ces gens et developpent la xenophobie. Assimiler ces hommes a des assassins developpe l’idee que les resistants sont eux aussi des criminels dont il faut se mefier. L’affiche vise a persuader que ceux qui se disent des liberateurs sont en realite des assassins et que leur execution est un juste chatiment. L’affiche rouge est un exemple tres illustratif de ce qu’etait la Propagande.