Commentaire d’extrait des esquisses pyrhoniennes, livre ii, paragraphes 85-87

Commentaire d’extrait des esquisses pyrhoniennes, livre ii, paragraphes 85-87

Philosophie Explication du texte de Sextus Empiricus Texte : Les dogmatiques disputent entre eux sur le Vrai : quelques uns disent qu’il y a quelque chose de Vrai ; et d’autres qu’il n’y a rien de vrai. Cela etant on ne peut point decider cette controverse, parce que si celui qui dit qu’il y a quelque chose de vrai, le dit sans demonstration, on ne le croira pas, a cause que cela est conteste : et s’il veut apporter une demonstration et qu’il avoue qu’elle est fausse, il se refutera lui-meme : mais s’il dit que sa demonstration est vraie, il tombera dans le Diallele. Car il prouvera qu’il y a quelque chose de vrai par une demonstration qu’il dit etre vraie mais qu’il ne peut prouver etre vraie a moins qu’il n’ait prouve qu’il y a quelque chose de vrai. ) De plus on lui demandera une demonstration pour prouver que sa premiere demonstration est vraie, et encore une demonstration de cette seconde, et ainsi a l’infini. Mais on ne peut point demontrer ainsi a l’infini ; et par consequent il faut dire qu’on ne peut connaitre en aucune maniere qu’il y ait quelque chose de vrai. Bien plus.

Ce quelque chose,

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qu’ils disent etre le genre generalissime de toutes choses, est ou vrai ou faux ; ou bien, il n’est ni vrai ni faux ; ou bien il est vrai et faux tout ensemble. S’ils disent qu’il est faux, ils avoueront que toutes choses sont fausses: car comme, de ce que cette chose, qui est animal, est animee, il s’enfuit que tous les animaux en particulier sont animes; de meme, si le quelque chose qui est le genre generalissime de toutes choses est faux, toutes les choses particulieres seront fausses aussi, et il n’y aura rien de vrai ; mais de la on conclura aussi qu’il n’y a rien de faux.

Car cette proportion, toutes choses sont fausses, sera fausse aussi parce qu’elle est quelque chose : et comme cette proposition particuliere, il y a quelque chose de faux, est comprise dans la generale qui est fausse, elle fera fausse aussi, et par consequent|etant faux que toutes choses soient fausses, et qu’il y ait quelque chose de faux, il n’y aura rien de faux. Que si le quelque chose generalissime est vrai:, toutes choses seront vraies ; mais on inferera de la, qu’il n’y a rien de vrai, parce que cette proposition, il n’y a rien de vrai, etant quelque chose, sera vraie aussi.

Si ce quelque chose est vrai et faux tout ensemble, toutes les choses particulieres qui sont fous ce genre feront aussi vraies et fausses en meme temps : d’ou on conclura qu’il n’y a rien qui soit vrai de sa nature, parce que ce qui est vrai par sa nature, ne peut en aucune maniere etre faux. Enfin si ce quelque chose n’est ni vrai ni faux, il faudra avouer que toutes les choses particulieres, qui sont sous ce genre n’etant ni vraies ni fausses, ne feront rien et n’existeront point. Voila donc des raisons qui nous empechent de savoir evidemment si le Vrai existe. Commentaire :

La verite, par definition, consiste a realiser l’accord de la pensee et du reel quand on veut rendre compte du monde exterieur : le vrai est la correspondance du discours a la realite. Connaitre les choses telles qu’elles sont en elles-memes, c’est posseder la verite. Tout le monde semble d’ailleurs s’accorder sur cette correspondance depuis le XIIIeme siecle. Mais plus rares sont ceux qui se sont poses la question de l’existence de la verite, et donc du vrai. Pourtant, si certains admettent la possibilite d’une connaissance de la realite, donc de l’existence du vrai, d’autres sont persuades du contraire.

Une demonstration n’est-elle pas alors necessaire ? Pour Sextus Empiricus, le desaccord au sujet du vrai ne peut etre tranche car une telle demonstration est impossible et l’existence du vrai ne saurait etre prouvee. En effet, ligne 1 a 3, il y a un desaccord opposant ceux qui affirment qu’il existe quelque chose de vrai a ceux plaidant qu’une telle verite est inexistante. Cependant, ligne 3 a 12, est-il possible qu’une demonstration validant l’une ou l’autre des theses soit apportee ? Pour ller plus loin, ligne 13 a 30, on peut faire l’experience de toutes les combinaisons, a partir du vrai et du faux, pouvant s’appliquer a un ensemble general, et en observer l’aboutissement. Si Sextus Empiricus a voulu montrer l’impossibilite a demontrer l’existence du vrai, c’est avant tout car un desaccord existe a ce sujet. Selon l’auteur, un tel « desaccord » existe « parmi les dogmatiques ». Or, le dogmatisme est la doctrine selon laquelle l’esprit humain est capable de connaitre la verite, selon laquelle il est possible de demontrer des verites certaines ou memes absolues.

Suivant cette definition, il peut paraitre surprenant qu’il y ai une opposition « au sujet du vrai » au sein meme de l’ecole dogmatique: Sextus Empiricus parle bien ici d’un desaccord au niveau de ce qui semble etre la base meme et le fil conducteur de toute l’ideologie dogmatique, a savoir la possibilite de la demonstration du vrai. On peut se demander alors si ce desaccord n’oppose pas plutot les dogmatiques aux sceptiques. Le scepticisme ne nie-t-il pas que l’on puisse saisir la verite ? D’ailleurs, ne qualifie-t-on pas les sceptiques de non-dogmatiques ?

Cependant, on peut aussi suggerer qu’il est possible de demontrer la faussete de quelque chose. Ainsi, certains philosophes, qui appliquent neanmoins la doctrine dogmatique, on pu penser qu’il etait possible de demontrer l’unique existence du faux, et donc la non-existence du vrai. Cela etablirai bien une verite, car la verite est l’affirmation de ce qui existe ou la negation de ce qui n’existe pas. De plus, notre connaissance de la realite exterieure, possibilite admise par les dogmatiques, se verrai accroitre.

On peut comprendre alors la division au sein meme de l’ecole dogmatique en ce qui concerne l’existence du vrai : pour les uns il existe quelque chose de vrai, pour les autres il n’existe rien de vrai, et pourtant ils s’appuient sur la meme idee de demonstration possible de la verite. On peut donc se demander sur quoi s’appuient ceux qui « disent quelque chose de vrai » pour croire cela, et qu’est-ce que la preuve de ce qu’ils avancent nous apporterait ? Croire en l’existence du vrai n’est-ce pas croire en la capacite de bien penser de l’etre humain?

En effet, bien penser, c’est connaitre la verite, ou diriger son entendement par le chemin qui mene a la verite. Le philosophe, qui se veut bon penseur, peut donc etre amener a croire en l’existence du vrai : c’est bien le cas de certains dogmatiques dont parle Sextus Empiricus. Le vrai n’est pas le reel, c’est la realite des choses. Connaitre les choses telles qu’elles sont en elles-memes, connaitre les proprietes physiques qui leur sont propres, c’est posseder la verite donc l’existence du vrai ne permettrai pas de prouver l’existence d’un monde exterieur reel.

Neanmoins, la recherche de la preuve de l’existence du vrai n’est pas vaine : l’effort de l’esprit humain pour parvenir a une authentique verite peut etre couronnee de succes. Ainsi, cette preuve, apportee, serait une concretisation. De plus, cela permettrait d’officialiser, en quelque sorte, les theories qui nous regissent: elles ne seraient plus attaquables sur le fait qu’on ne peut dire qu’elles sont vraies car on ne sait si le vrai existe. Aussi, juger, c’est affirmer mentalement qu’une chose est ou n’est point.

L’essence meme du jugement comporte donc qu’il soit vrai ou faux : tout jugement est en soi et a priori determine, decide quant a la verite ou la faussete. Ainsi, un jugement ne peut etre vrai qu’a la condition que le vrai existe, donc que son existence soit demontree. Mais, a l’oppose de cette croyance en la possibilite de la demonstration de l’existence du vrai, se trouvent ceux qui « disent qu’ils n’existe rien de vrai » : que pronent ces derniers, et pourquoi pensent-ils cela ? Ceux qui pensent qu’il existe un demonstration de la non existence du vrai peuvent avoir plusieurs raisons de penser cela.

Il est possible qu’ils aient adopte cette position par simple esprit de contradiction en vers ceux qui pensent que le vrai existe. D’ailleurs, la philosophie sceptique, qui renonce a la possibilite de la demonstration de l’existence du vrai, a pour principe de s’opposer a la philosophie dogmatique, ou tout du moins de la mettre en doute. Peut-etre encore pourrait-on penser que certains philosophes croient qu’ils n’existent rien de vrai par depit, car ils ne parviennent a un aboutissement dans la quete de la preuve de la verite.

Cependant, on peut attaquer cet argument sur le fait qu’ils n’arrivent pas non plus a demontrer la non-existence du vrai. La cause la plus probable pour expliquer que certains philosophes « disent qui n’existe rien de vrai » est surement la suivante : etant donne que notre rapport avec le monde depend de la connaissance que nous en avons, et que notre connaissance de la realite peut s’averer etre exacte ou non, alors nous entretenons avec le monde un rapport de verite.

Or, les images que nous percevons de l’univers exterieur sont multiples et variables. La verite est pourtant caracterisee par sa permanence et son universalite. Ainsi, une correspondance entre ma pensee et le reel est impossible, ou tout du moins improbable, puisque je n’en percois pas l’exactitude. De la, on conclurait qu’il n’existe rien de vrai, puisque posseder la verite c’est connaitre les choses en elles-memes. Mais, en tenant compte de cette demonstration, comment expliquer que certains pronent encore qu’il existe quelque chose de vrai ?

La reponse est simple : cette demonstration est elle-meme basee sur des incertitudes. En effet, peut-etre que nos sens se jouent de nous et faillent a nous montrer la realite telle qu’elle est vraiment, ou peut-etre que notre raisonnement nous amene a posseder de l’univers exterieure des representations qui lui sont incoherentes. On peut egalement se demander ce qu’apporterait la preuve que rien n’est vrai. En effet, cela irai a l’encontre de nos agissements car, comme nous l’avons dit plus haut, notre rapport avec le monde est un rapport de verite.

Si la preuve de la non-existence du vrai etait apportee, notre rapport avec l’univers exterieur deviendrai fictif, ce qui engendrerait en l’homme une perte de reperes. D’autant plus que, comme nous serions conscient que rien de vrai n’existe, nous serions conscients de vivre dans un univers fictif. Aussi, toutes les theories et les sciences, qui se disent etre exactes (notamment les mathematiques) seraient aneanties. En effet, toute science a besoin d’un point d’appui : c’est le fondement sur lequel l’architecte sur lequel l’architecte eleve son edifice.

Il s’agit en fait d’evidences difficilement incontestables, que l’on nomme axiomes. Or, s’il est demontre qu’il n’existe rien de vrai, ces points d’appui se reveleront automatiquement faux, car ce qui n’est pas vrai est faux, et tout le raisonnement logique qui en decoulera sera egalement inexacte. De plus, nos jugements seraient transformes car, si rien n’est vrai, alors ils seront etablis comme etant faux et nos certitudes deviendront incertitudes. Il serai donc plutot en faveur de nos agissements que ce soit la preuve de l’existence du vrai qui soit apportee.

Mais, si ce desaccord persiste, n’est-ce pas qu’aucune demonstration de l’existence ou non du vrai n’est possible ? En effet, il semble impossible de pouvoir demontrer l’une ou l’autre des croyances qui constituent le desaccord. Dans le texte, Sextus Empiricus ne developpe seulement le cas de ceux qui « disent qu’il existe quelque chose de vrai » car ceux qui « disent qu’il n’existe rien de vrai » ne peuvent demontrer leur position. Supposons qu’ils parviennent a demontrer qu’il n’existe rien de vrai, alors leur demonstration meme devrait etre vraie, or elle montre que rien ne peut etre vraie.

Il y a donc une incoherence, et une telle demonstration ne peut se faire. En ce qui concerne les philosophes qui affirment l’existence du vrai, l’auteur decompose leurs possibilites de demonstration en trois cas. Leur premiere option serait tout simplement de scander que le vrai existe sans meme apporter de demonstration, en se basant sur la simple observation : il semble bien, dans notre vie quotidienne, que le vrai existe, puisque je parviens a etablir des correspondances entre mon discours et la realite que je percois.

Seulement, cela n’est que croyance, puisque leurs adversaires sont parvenus a soutenir la these contraire. Voila pourquoi « celui qui dit qu’il existe quelque chose de vrai n’emportera pas la conviction s’il le dit sans demonstration, a cause du desaccord ». Une autre situation possible est la suivante: le philosophe apporte une demonstration de sa these, mais il se trouve qu’elle est fausse. Alors cela reviendra au meme que si aucune demonstration n’avait ete apportee.

En effet, la demonstration n’est-elle pas le raisonnement au moyen duquel la verite de la conclusion est etablie selon des raisons necessaires ? Or, si, comme l’enonce Sextus Empiricus, « il convient qu[e la demonstration] est fausse », c’est-a-dire qu’il y a dans la logique du raisonnement un element faux, alors la conclusion du raisonnement sera etablie comme etant fausse. Ainsi, celui qui aura realise cette demonstration, et qui sera arrive a la conclusion qu’ « il existe quelque chose de vrai » , n’aura rien demontre, et l’existence du vrai ne sera toujours pas prouvee.

La troisieme possibilite est de loin la plus interessante. Si le philosophe parvient a demontrer qu’il existe quelque chose de vrai, alors la conclusion de son raisonnement, a savoir que quelque chose de vrai existe, sera, par definition, etablie comme etant vraie. Or quel etait le but de cette demonstration ? Prouver que quelque chose de vrai existe. Pour conclure, le philosophe a donc utilise ce qu’il voulait demontre. La demonstration ne peut alors s’averer vraie qu’a la condition d’etre demontree elle-meme…

On est bien dans le cas ou, pour fonder en verite un enonce, il faut un critere dont il faudra encore etablir la validite (critere du critere), donc le demontrer, puis de nouveau legitimer le critere du critere du critere, etc. La proposition demontree ne peut en fait etre prouvee qu’a l’aide de cette meme proposition. C’est pourquoi le philosophe « tombe dans l’argument du diallele », ou dans une sorte de cercle vicieux. Alors, apres avoir realise sa demonstration, « on lui demandera aussi une demonstration » prouvant que « cette demonstration est vraie ».

Mais, quand bien meme il apportera une telle demonstration, il lui sera de nouveau demander de demontrer cette derniere… Et ce jusqu’a l’infini. Or l’infini ne se definit-il pas comme ce qui n’a pas de limite ? Ainsi, l’infini est impossible a atteindre pour l’homme, et donc le philosophe qui aura effectue la premiere demonstration ne parviendra a prouver que celle ci est vraie, puisqu’il ne parviendra a en demontrer une infinite (et ce meme si plusieurs generations perpetue sans cesse les demonstrations).

Donc, comme « il est impossible de demontrer a l’infini », le philosophe ne pourra etablir la verite de la conclusion a laquelle il sera parvenu a la fin de sa premiere demonstration, c’est a dire qu’il ne pourra affirmer avec certitude l’existence d’un element vrai. On comprend maintenant la conclusion de Sextus Empiricus : « il est [… ] impossible de savoir s’il existe quelque chose de vrai ». Il est alors impossible de mener un raisonnement concluant, puisque son but premier est de fixer une verite. Mais un paradoxe ne sous-tend-il pas cette demonstration de l’auteur ?

En effet, Sextus Empiricus nous a bien apporte la preuve de l’impossibilite a demontrer l’existence du vrai: il a donc etabli la verite d’un conclusion. Or si, comme il l’a ete dit, on ne peut prouver l’existence du vrai, comment peut-il affirmer que sa conclusion est vraie ? Il devrai, pour conclure de la sorte, demontrer l’existence du vrai : cela creerai un paradoxe puisque l’auteur souhaite montrer qu’il est impossible de prouver l’existence du vrai. Il ne peut donc conclure et sa demonstration ne peut etre validee. Si Sextus

Empiricus semble etre parvenu a prouver l’impossibilite d’une demonstration du vrai, sa conclusion ne peut etre validee et l’auteur se trouve dans une impasse. Meme s’il n’est pas certain que l’auteur eut envisage un tel renversement, il va approfondir son analyse et observer tous les etats possibles d’un ensemble general a partir du vrai et du faux. Son constat restera-t-il identique ? En effet, Sextus Empiricus va proceder d’une autre maniere afin de verifier si, effectivement, il est impossible d’atteindre la verite.

L’auteur va etre amene a considerer un ensemble, l’ensemble le plus general possible, avant d’etablir toutes ses possibilite de verite et de faussete. Cet ensemble, que les dogmatiques nomment « quelque chose », et dont ils « disent qu’il est la classe la plus generale », est en fait le regroupement de tous les elements. Au passage, cet ensemble de tous les ensembles peut paraitre paradoxal car, si cet ensemble general est un ensemble, alors il doit appartenir a l’ensemble de tous les ensembles, c’est a dire a lui meme.

Bref, Sextus Empiricus va lister les possibilites de verite ou de faussete de cet ensemble: il est « soit vrai, soit faux, soit ni faux ni vrai, soit et faux et vrai ». En effet, face a deux propositions A et B, ici « vrai » et « faux », on peut etablir que l’on est A, ou B, mais on peut aussi etre a la fois A et B, ou n’etre ni A ni B. De plus, si l’on montre que l’ensemble de tous les ensembles est A, par exemple, alors chaque element sera A, puisque l’ensemble contient tous les elements.

Ce raisonnement constitue en fait un syllogisme: L’ensemble regroupant tous les elements est A Or l’element x appartient a cet ensemble Donc l’element x est A Ainsi, de la meme maniere, si les dogmatiques disent que l’ensemble general « est faux, ils conviendront que tout est faux », puisque l’ensemble general contient « tout ». Sextus Empiricus illustre meme cela par un exemple: « tous les animaux particuliers sont animes, puisque l’animal est anime ».

Bien que la syntaxe ne facilite pas la comprehension, on retrouve bien la meme idee: ce que l’auteur appelle « l’animal » est en fait ici l’ensemble de tous les animaux, et, puisque par definition il doit etre anime, « tous les animaux particuliers » qui font partie de l’ensemble des animaux sont animes (c’est bien la condition pour laquelle ils ont ete place dans cet ensemble). Sextus Empiricus va commencer par etudier les cas ou l’ensemble general est faux, ou vrai. Supposons, comme le fait d’abord l’auteur, qu’il soit faux.

Alors tout sera faux, et donc, par definition, « rien ne sera vrai » car le vrai est le contraire du faux. Or, puisque les phrases « tout est faux » et « il existe quelque chose de faux » appartiennent au tout qui constitue l’ensemble general, alors il conviendra que ses phrases sont fausses puisqu’il a ete suppose que l’ensemble general est faux. On retrouve l’idee du syllogisme precedemment enonce : L’ensemble regroupant tout les elements est faux Or les expressions « tout est faux » et « il existe quelque chose de faux » appartiennent a cet ensemble

Donc les expressions « tout est faux » et « il existe quelque chose de faux » sont fausses Si l’expression « tout est faux » est fausse, cela signifie que tout n’est pas faux, ou que tout est vrai. De meme, si la phrase « il existe quelque chose de faux » est fausse, alors il n’existe rien de faux, ou tout ce qui existe est vrai. Dans tous les cas, on est amene a la conclusion que « rien n’est faux ». On se trouve alors en presence d’un paradoxe: partant du principe que tout est faux, nous avons montre que tout est vrai. On ne peut donc pas affirmer que tout est faux.

Cela tendrait a confirmer la these de ceux qui « disent qu’il existe quelque chose de vrai » car si rien n’est faux, tout est vrai, et donc le vrai existe. Cependant, Sextus Empiricus va developper le cas ou l’ensemble general est vrai: « si le « quelque chose » [(l’ensemble general)] est vrai, tout sera vrai ». C’est bien le meme raisonnement que precedemment : puisque l’ensemble general contient tout, alors, s’il est vrai, tout sera vrai. Or, la phrase « rien n’est vrai » appartient bien a l’ensemble general, etant donne que cet ensemble contient tout.

Ainsi, si cet ensemble est etabli comme etant vrai, tout les elements qu’il contient sont vrais, donc l’expression « rien n’est vrai » est vraie. On est encore en presence du syllogisme : L’ensemble regroupant tous les elements est vrai Or la phrase « rien n’est vrai » appartient a cet ensemble Donc la phrase « rien n’est vrai » est vraie Si « rien n’est vrai » est vrai, alors cela signifie que rien n’est vrai, ou que tout est faux. La conclusion est donc que « rien n’est vrai ». Ainsi, nous sommes de nouveau dans une situation paradoxal: supposant que tout est vrai, on montre que tout est faux.

On ne peut donc pas affirmer que tout est vrai. En conclusion, on ne peut ni affirmer que tout est vrai, ni que tout est faux en partant du principe soit que tout est faux, soit que tout est vrai. Qu’en est-il si l’on suppose que tout « est a la fois faux et vrai » ou que tout « n’est ni faux ni vrai » ? Considerons desormais que l’ensemble general « est a la fois faux et vrai ». Alors, comme « chaque chose particuliere » appartient a cet ensemble, on peut dire que « chaque chose particuliere [est] aussi a la fois fausse et vraie ». Comment serai-ce possible ?

Il faudrait relativiser: par exemple, il est vrai que cinq minutes paraissent longues sur le siege du dentiste, mais il est faux qu’elles paraissent longues dans les bras de sa dulcinee. Pourtant, c’est bien le meme element dont la verite ou la faussete est etabli, a savoir longueur d’une duree de cinq minutes. Cependant, une chose definie comme vraie et qui ne peut etre comparee a quelque autre chose peut elle etre consideree comme etant fausse ? Si j’observe empiriquement que cet homme mesure un metre quatre-vingt, je lui defini bien un attribut qui est vrai, et ne pourrait en aucun cas etre faux.

Ainsi, si l’essence, la « nature » meme d’un element, fait qu’il est vrai, il ne saurait etre faux. Et, comme le dit Sextus Empiricus, si l’on considere que l’ensemble general est a la fois vrai et faux, « on conclura que rien n’est vrai par nature », car si tel etait le cas, les « chose[s] particuliere[s] » ne serai a la fois fausses et vraies, et ne respecterai donc pas les conditions d’appartenance a l’ensemble general. Cette reflexion peut egalement etre developpee si quelque chose est faux « par nature ».

Si l’homme mesure effectivement un metre quatre-vingt, il est faux que ce meme homme mesure un metre quatre-vingt dix. Quelque chose de faux « par nature » ne saurait donc etre vrai. Et on conclura cette fois-ci que rien n’est faux par nature car, si une « chose particuliere » est fausse par nature, alors elle n’est pas a la fois fausse et vrai, ce qui est impossible etant donne que l’ensemble general est a la fois faux et vrai. En tout cas, definir l’ensemble du tout comme etant vrai et faux a la fois ne permet pas d’etablir l’existence du vrai.

Peut-on l’etablir en supposant l’ensemble de toutes les choses comme n’etant ni faux ni vrai ? L’auteur va envisager cette situation. Si « le « quelque chose » [(l’ensemble general)] n’est ni vrai ni faux », il convient que tous les elements particuliers ne sont ni vrai ni faux, puisqu’ils appartiennent au « quelque chose » qui designe l’ensemble regroupant tous les elements. Or, si un element n’est ni vrai ni faux, il est evident qu’il n’est entre autre pas vrai, et l’ensemble de tous les elements, lui aussi ni vrai ni faux, ne sera pas vrai non plus.

Pourtant, c’est l’existence du vrai que nous cherchions a mettre en evidence. Definir l’ensemble de tous les ensembles comme n’etant ni vrai ni faux ne permet donc pas non plus de prouver l’existence du vrai (ni celle du faux d’ailleurs, puisqu’il est aussi evident que cet ensemble n’est pas faux). Ainsi, ni en supposant l’ensemble le plus general possible comme etant a la fois faux et vrai, ni en le supposant comme etant ni faux ni vrai l’auteur ne parvient a mettre en exergue l’existence du vrai.

Il aurait egalement pu utiliser les principes aristoteliciens du tiers exclu et de la non-contradiction pour parvenir a la meme conclusion. En effet, en vertu du principe du tiers exclu, un element qui n’est pas vrai est faux et un element qui n’est pas faux est vrai. Autrement dit, un element est vrai ou faux ou les deux, il n’existe pas d’element qui ne soit ni vrai ni faux. Selon le principe de non-contradiction, un element qui est vrai n’est pas faux et un element qui est faux n’est pas vrai. Ainsi, il n’existe pas d’element qui soit a la fois vrai et faux.

La combinaison des deux principes conduit a l’affirmation selon laquelle un element est vrai si et seulement si il n’est pas faux et faux si et seulement si il n’est pas vrai : un element est soit vrai soit faux exclusivement. Sextus Empiricus aurait donc pu citer ses principes pour ne pas avoir a developper les cas ou l’ensemble general est a la fois vrai et faux, et ni vrai ni faux, mais le raisonnement aboutirai a la meme conclusion : dans aucune des deux situations on ne peut etablir l’existence du vrai.

Ainsi, tout n’est ni vrai, ni faux, ni a la fois vrai et faux, ni vrai ni faux. Mais qu’est-ce alors ? Notre esprit ne peut eclaircir ce point, puisque point d’autre possibilite ne lui est offerte, et c’est pourquoi « l’existence du vrai nous demeurera obscure ». Ainsi, en considerant les multiples et differentes possibilites de verite ou de faussete d’un tout, Sextus Empiricus nous montre que l’existence du vrai ne peut etre mise en evidence.

Que faut-il conclure de ce texte alors ? Sextus Empiricus montre bien ici que l’existence du vrai est problematique : si certains affirment que quelque chose de vrai existe, tandis que d’autres non, il n’est possible d’apporter la demonstration d’aucune des deux positions. L’auteur ne parviendra cependant point a demontrer rigoureusement l’impossibilite d’une demonstration de l’existence du vrai, puisque sa tentative le mene dans une situation paradoxale.

Pourtant, grace a differentes suppositions et suite a l’observation de leurs consequences, Sextus Empiricus met en exergue le fait que l’existence du vrai ne peut etre prouvee, puisqu’on ne peut l’etablir. Ainsi, meme si l’auteur ne peut prouve sa these, a savoir l’impossibilite d’une quelconque demonstration du vrai, il fait ressortir cet impossibilite a travers l’analyse des differentes possibilites de verite ou de faussete d’un element ou d’un ensemble d’elements. On peut donc dire que la quete de la verite est eternelle puisque son but n’est point atteignable.