Commentaire de texte

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Philosophie de la connaissance L3 S6 SUJET : Texte de Canguilhem, « Modeles et analogies dans la decouverte en biologie », in Etudes d’histoire et de philosophie des sciences, Paris, Vrin 1968, reimp. 1994, p. 311-316. La construction de modele, si courante dans la pratique et si presente dans les discours scientifiques est bien souvent ignoree en philosophie des sciences. Fort heureusement, font exception des textes comme celui de Canguilhem que nous allons etudier aujourd’hui. Il designe alors la representation simplifiee, qui recourt frequemment au symbolisme mathematique, des relations et des fonctions intervenant entre les elements d’un ensemble ou d’un systeme. De ce point de vue, on peut affirmer que l’elaboration de modeles est devenue une pratique presente dans toutes les disciplines scientifiques. Le modele est en son sens le plus courant, ce que l’on imite. Modele vient de modellus en latin qui signifie «mesure », mais nous verrons plus tard le rapprochement que nous pouvons operer entre ces deux notions.

En effet, ce terme de «modele » repose sur deux ensembles primordiaux. Il y a en premiere instance l’idee que le modele n’est qu’un simple moule, n’etant ainsi qu’une copie de l’original, mais aussi il y a une autre notion qui se rattache au modele, celle

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du module. Ce dernier est principalement une unite de mesure notamment utilisee en architecture ou encore pour la construction. Ainsi le modele dont nous parle Canguilhem dans cet extrait des Etudes d’histoire et de philosophie des sciences est la relation d’une certaine maniere qui lie ces deux definitions que nous venons d’expliciter.

Il est lie a la theorie de la representation que ce soit en esthetique ou dans la theorie de la connaissance. Ou encore comme l’affirme Minsky «pour un observateur B, un objet A’ est un modele d’un objet A dans la mesure ou B peut utiliser A’ pour repondre a des questions au sujet de A ». Nous verrons donc dans un premier temps que le systeme de Canguilhem a propos de la theorie des modeles, est tout d’abord un probleme d’ordre definitionnel entre les deux grandes notions : analogie et homologie.

Ensuite nous expliquerons en quoi le modele de l’auteur est une illustration en vue d’une explication bien plus qu’une representation ou un simple canon. Enfin nous terminerons notre expose sur l’idee majeur qui justifie une telle theorie des modeles. Il faut d’abord nous rendre compte que la premiere partie traite de la question importante qui separe la biologie et la physique. En effet, Canguilhem expliquera qu’il est soit disant plus simple de modeliser des theories biologiques que physiques, alors que des scientifiques, comme Achinstein, montrent le contraire.

En effet nous explique l’auteur la modelisation en biologie «peut passer legitimement pour plus «naturel » qu’ailleurs ». Des le debut du texte nous pouvons voir que Canguilhem, et Achinstein ne vont pas dans le meme sens. En effet, pour l’auteur du texte la methode des modeles sert a comparer des totalites indecomposables, et en biologie la decomposition est une liberation de plus petites parties que la totalite initiale, nous explique l’auteur, et cela nous pouvons tres bien le comprendre avec l’exemple meme de l’homme. Mais pour Achinstein ce n’est qu’une analogie.

Pour ce dernier une analogie n’est rien d’autre qu’une comparaison entre objets ou proprietes qui se fondent sur une correspondance alors que le modele est une representation a part entiere. Mais plus loin nous verrons aussi que l’auteur du texte utilise cette expression de «representation » pour identifier ce qu’est le modele, mais nous l’expliquerons plus tard. Les modeles de Canguilhem, par analogie a Achinstein, sont des «modeles representationels » et ainsi permettent l’explication, cela nous le constatons dans le troisieme paragraphe du texte.

L’analogie est un detour pour representer et expliquer, elle peut etre consideree comme une etape de la modelisation, mais elle ne peut pas etre un modele, dans la mesure ou elle necessite une operation de transfert. Les modeles en general sont associes a l’etude des objets ou des phenomenes caracterises par leur dimension, petit en ce qui concerne l’etude moleculaire (physique, biologie) ou trop grande (pour la geologie par exemple ou bien encore pour les constructions monumentales tel un pont ou un navire), pour etre observable.

Ainsi comme nous l’explique l’auteur dans ce texte le modele est un moyen de rendre intelligible et comprehensible un phenomene observe. Et c’est donc pour l’une de ces raisons que Canguilhem nous explique, qu’il nous apparait plus naturel en biologie d’assimiler des modeles. Car nous pouvons etudier des parties plus petites et toujours de plus en plus petite car l’heuristique biologique avance encore et toujours, et cela nous amene souvent a decouvrir des entites toujours plus petites et a vouloir mieux comprendre, et pour cela le scientifique fait appelle aux modeles car il est bien plus evident de se representer une entite invisible a l’? l nu, et par-la de mieux comprendre l’ensemble du phenomene. Le modele permet donc l’experience mais sur des objets autres que ce sur quoi il porte reellement. Ainsi les modeles ont essentiellement pour fonction de rendre compte et d’expliquer, comme nous verrons plus tard, une realite non accessible. Cette fonction comme nous l’avons vue plus haut peut etre associe au schema, maquette, modele reduit. Dans la suite du texte Canguihem traite d’un autre aspect de la theorie du modele ou plutot de sa naissance. Ainsi avant l’ere de la cybernetique, l’idee d’affirmer que le c? r etait une pompe semblait etre inadequate. Mais c’est grace, plus precisement, a Bertalanffy nous expliqe Canguilhem, que nous depassons ce probleme, car il depasse les idees admises et fonde la theorie generale des systemes qui elle-meme a influence le mouvement cybernetique et cela il le fait a travers son ? uvre General System Theory. Le «but de cette theorie generale etait de degager des principes explicatifs de l’univers considere comme systeme a l’aide desquels on pourrait modeliser la realite », Berlalanffy declarait donc : « il y a des systemes partout ».

Ceci revient a dire que l’on peut observer et reconnaitre en tous lieux des objets possedant les caracteristiques de systeme. C’est a dire des totalites dont les elements sont en interactions. En ce qui concerne la cybernetique, elle est une science du controle de systeme, vivant ou non-vinant. Et cela nous montre aussi en quel sens cette methode est ce en quoi nous nous rapprochons de la theorie des modeles. En effet, un modele est en lui-meme un tout pouvant representer des parties, mais la theorie des modeles peut aussi «etre appliquee a l’etude des organismes parce qu’ils representent des proprietes generales de systeme ».

Ainsi nous pouvons dire que la cybernetique rend possible la theorie des modeles. Ce qui nous conduit a discuter sur l’idee apportee par Canguilhem au sujet de Bertalanffy, c’est a dire celle de la distinction entre homologie et analogie ou encore «similitudes apparentees » et «correspondance fonctionnelle ». L’homologie etablie des similitudes apparentees par exemple elle donne les differentes similitudes qui peuvent exister entre des organes d’animaux d’espece differente, en accord avec une meme structure ou position.

L’analogie est posee, elle, comme correspondance fonctionnelle, ainsi contrairement a l’homologie, elle evalue des similitudes existantes, outre les organes des animaux pour reprendre notre exemple, en rapport a leur fonctionnalite ou dans certain cas leur apparence externe. Cette definition de l’analogie est en proche de l’idee que developpe Wittgenstein au sujet de «l’air de famille » Ici nous pouvons dire que nous nous rapprochons de la definition du «modele analogue vrai » de Achinstein. Mais selon Canguilhem ce qui s’apparente le plus au modele serait la definition de l’homologie.

En effet, «c’est sur l’homologie que repose l’elaboration de modele conceptuel ». Bien que nous venions d’expliquer que le modele aurait plus facilement tendance a etre percu comme une simple representation de phenomenes, car il serait plus proche du patron et du «modele schematique » et eloigne de la simulation. L’auteur de cet extrait nous precise qu’il est certain que le modele ne pretend pas a la valeur de «representation figurative des phenomenes ». Mais le modele a tendance a l’explication. Il n’est pas representation, ni simulation mais explication pour l’auteur. Mais a la suite de cette affirmation nous constatons que ’auteur avec l’aide de Maxwell donne une definition a la notion de modele : illustration. En effet, l’illustration ne figure et ne represente pas, elle apporte des connaissances supplementaires sur une chose en particulier. « On illustre une science par une autre » on tend, donc, a expliquer une science par une autre science. Par l’illustration nous pouvons dire que nous «annotons » une theorie, un objet ou encore un phenomene modelisable. Nous pouvons, il est clair, tenter d’expliquer une science par une autre science en illustrant un phenomene biologique par un rapport mecaniste, tel l’exemple du c? ur qui est une pompe.

En effet, «la modelisation est une facon de rendre une theorie representable de la maniere la plus familiere a l’esprit » nous explique Nagel. Le modele n’est rien d’autre que sa fonction nous rappelle l’auteur, mais quelle est justement cette fonction ? Celle-ci nous explique t-il «consiste a preter son type de mecanisme a un objet different », en d’autre terme nous attribuons des qualites a un objet ou un phenomene qui ne possede pas en lui-meme ces qualites, et elles peuvent meme appartenir a un tout autre domaine ou registre de representation ou de figuration, afin justement de mieux comprendre le phenomene que l’on veut modeliser.

Mais pour preciser encore nous pouvons illustrer cette explication par la notion de metaphore. En effet, cette derniere procede dans une modification des termes sans pour autant compromettre le sens, et donc changer la realite, mais elle illustre, bien plutot, et rend «plus familiere a l’esprit » les phenomenes ou les objets de l’etude. Elle donne un terme concret dans un contexte abstrait. Nous pouvons ici parler de la virtualite meme de la conception de modele.

En effet, nous construisons des modeles fictifs afin de mieux expliquer des phenomenes et de les comprendre. Le systeme de virtualite joue un role essentiel dans la representation des differentes realites. Gilles Gaston Granger affirme que «le reel tel que le represente la science comporte indissolublement ces deux concepts : actualites observables et systemes de virtualites abstraitement figurees dans un modele ». Mais ajoute l’auteur le modele fait tout cela mais sans pour autant «s’imposer comme canon ».

En effet nous ne devons pas considerer le modele comme un canon c’est a dire comme quelque chose d’immuable qui ne change pas et qui ne devrait pas l’etre, le modele pour Canguilhem n’est pas a considerer comme un exemple, il ne doit pas etre celui que l’on suivra toujours et auquel on se fie les yeux fermes. En effet le modele est susceptible d’etre modifie. Mais nous retrouvons un probleme majeur lie a cette idee que nous venons de developper au sujet des canons.

En effet, Canguilhem s’interesse a l’idee meme qu’en biologie, il est souvent le cas que nous nous laissions porter par des canons, c’est a dire des «modeles representatifs » de type tel qu’ils sont percus comme necessaires et absolument vrais en tant que figuration du phenomene de notre etude. L’auteur du texte nous met, donc, en garde ici contre cette facilite que nous pourrions a developper a l’egard de ces modeles qui serait etre pris comme immuables, et ainsi a cause de cela nous creerions des prejuges. Il en va de meme, nous dira Canguilhem apres, pour les modeles cybernetiques.  L’attitude magique » dont nous parle Canguilhem serait celle qui fait que les modeles ont pour pouvoir de rassembler, d’unifier differentes structures par des relations. En effet, un modele est une structure «plus abstraite » que ce dont elle est le modele, mais dont les proprietes formelles correspondent a des proprietes concretes des objets, ainsi par ce biais elle plus generale que la theorie. Les modeles sont des «structures formalisees pour rendre compte d’un ensemble de phenomenes qui possedent entre eux certaines relations », mais permettent aussi d’expliquer et de prevoir, nous explique Canguilhem a la fin de ce texte.

Les modeles sont elabores a partir d’hypotheses explicatives, leur validite est mise a l’epreuve par confrontation avec le reel, ils sont modifiables, ils ont un pouvoir explicatif et predictif, conditions favorables a l’observation et a la comprehension. Le modele doit etre adequat, mais cela ne revient pas a dire que le modele est vrai, peut etre vrai une theorie mais pas un modele, car il peut y avoir differents modeles pour un meme phenomene ou objet, et tous peuvent etre adequats c’est a dire valoir.

Le modele vise a l’explication et non pas a la verite vraie, il veut expliquer un phenomene en l’illustrant comme nous l’avons deja vue plus haut avec Canguilhem, mais ici nous aussi renforcer cette idee avec les idees de Borh a ce sujet. « Le modele est une analogie lorsqu’il presente une structure de relation entre relation, nous parlons ici de correspondance biunivoque (isomorphisme) entre des relations structurelles internes du modele et celle de l’original » nous explique Nagel.

C’est donc par cela que nous pouvons distinguer la definition d’un modele homologue et analogue. Un modele repose sur l’homologie pour l’auteur lorsqu’il s’agit de conceptualiser et non d’experimenter. Et cela nous le constatons le plus souvent en mathematique. « Ce qui valide une theorie ce sont les possibilites d’extrapolation » en d’autres termes pour qu’une theorie scientifique soit considerer comme vrai ou valide, il faut qu’elle puisse anticiper et prevoir tout en appliquant une chose connue a un autre domaine pour en deduire des consequences ou des hypotheses.

Le caractere de validite d’une theorie n’est donc pas reellement dans le resultat mais plutot dans le fait que, chaque fois qu’un phenomene « P » se produit, il s’ensuit « A ». Parfois la validite d’une theorie n’est pas evidente et certaine formes de modeles ou de modes, comme nous en avons l’exemple dans la logique des stoiciens, nous renseignent plus aisement sur le critere de justesse ou plutot de verite d’une proposition, il en va de meme en mathematique ou encore en physique.

Ainsi, comme le dit l’auteur de cet extrait nous pouvons affirmer que les modeles nous permettent d’atteindre une certaine comprehension des phenomenes mais aussi de nous approcher d’une certaine verite. Par la suite il faut nous demander s’il est exact qu’une theorie des modeles, telle celle exposee ici par Canguilhem, peut etre un instrument de prediction en science. En effet nous dira l’auteur, a la fin de ce texte, le modele «prophetise » et donc devoile en quelque sorte ce qui se passera dans l’avenir si tel phenomene se produit, apparait.

Le modele, du fait qu’il a pour capacite d’illustrer un objet ou un phenomene ou encore de le representer, non pas par figuration mais par illustration comme nous l’avons deja vu, peut pretendre devoiler les consequences, et encore Canguilhem va plus loin en affirmant que ces modeles vont meme jusqu’a «deceler des proprietes jusqu’alors inapercues ». Enfin l’auteur nous ramene a l’idee que finalement les modeles ne sont pas si eloignes que les theories mathematiques, car comme elles, ils sont des instruments de prediction.

Et cela nous pouvons aussi le voir grace a l’explication que fait l’auteur au sujet de la validite du modele par la relation dialectique qui existe entre l’experience et l’interpretation. En effet, le modele n’est seulement pure illustration et representation il est aussi une experience a part entiere d’un systeme ou encore d’un phenomene observable ou pas, ainsi qu’une representation d’une theorie et cela nous le voyons aussi avec Achinstein.

Et a la suite de cela il nous faut interpreter et donc comprendre le modele pour pouvoir en degager la verite, le modele unifie les theories mais pour l’auteur on ne peut construire des modeles que lorsque nous avons des theories. Ainsi comme nous le fait remarquer l’auteur la theorie des modeles «ne constitue par une revolution dans l’heuristique », mais elle aide neanmoins a la comprehension, et sert d’illustration en science.

Comme nous l’avons montrer le modele repose sur deux definitions celle de l’analogie mais aussi de l’homologie, l’une s’apparentant a «l’air de famille » et l’autre elabore les concepts. Mais ce que nous devons retenir de ce texte est principalement la fonction qu’a le modele dans la science. En effet, il illustre, represente sous certaines conditions, mais il est avant tout predictif. Grace a cette theorie des modeles, qui est bel et bien une theorie, nous pouvons prevoir ce qui se passera. Ainsi les theories des modeles sont un instrument de prediction, voila ce qu’affirme Canguilhem dans ce texte.