Commentaire composé : L’Echange de Paul Claudel

Commentaire composé : L’Echange de Paul Claudel

Poète et dramaturge français, Paul Claudel habita aux quatre coins du monde en raison de son statut de diplomate. C’est en 1894, lors de son premier séjour aux États-Unis, que vit le jour L’Échange, une pièce en trois actes où interagissent quatre personnages illustrant chacun l’un des aspects des sentiments, du caractère et des tentations de Claudel. En 1951 fut publiée une deuxième version dont est tiré l’extrait étudié. Dans celui- ci, l’actrice Lechy Elbernon donne sa notion du théâtre.

Nous nous demanderons ainsi comment le dramaturge, à travers le ersonnage de l’actrice, offre•t-il une réflexion sur le théâtre. Pour cela, il conviendra dans un premier temps de nous intéresser au page personnage de Lechy aspects du théâtre la fle L’actrice Lechy Elber ensuite sur quels parler de son métier, le théâtre s’invitant ainsi dans le théâtre. Lechy Elbernon est tout d’abord un personnage qui se distingue des autres. Elle possède de nombreuses répliques dont des tirades, tandis que ses compagnons n’ont que de courtes phrases.

Elle est également la seule à avoir des didascalies, elle détient ainsi toute l’action : « elle prend position et en avant la usique ! « montrant Marthe Elle possède également une grande connaissance du théâtre, un

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art encore peu maîtrisé voire totalement inconnu pour les trois autres person Swipe to Wew next page personnages. En effet, ceux-ci ont souvent des phrases interrogatives ou négatives en réplique : « Quoi ? Qu’est-ce qu’ils regardent puisque tout est fermé ? » (l. 10), « Un autre rideau ? » (l. 1 7) « Je ne sais pas. » (1,5).

A l’inverse, Lechy ne parle qu’en phrases affirmatives ou exclamatives. Elle va ainsi éclairer ses compagnons dans un registre didactique, caractérisé par le hamp lexical de la connaissance « je connais » (l. 1), « savez » (l. 4), « ce que nous appelons » (l. 18). Lechy se met très en avant, par un emploi récurrent du pronom personnel « je Son haute estime d’elle-même se ressent dès les premières répliques, comme dans l’hyperbole « j’ai été partout » (l. 1). Son dédain pour Marthe est perceptible lorsqu’elle parle de cette dernière sans s’adresser à elle : « Voulez-vous que je joue son rôle ? ? (1. 56-57). Elle affirme même : « Je le jouerai mieux qu’elle ! » (1*58). Cette déclaration, sous-entendant que Marthe joue un rôle, rappelle ue derrière ce personnage se dissimule une comédienne. Le théâtre dans le théâtre est ICI pleinement perçu. Lechy se distingue également du public par l’emploi du pronom personnel « nous » désignant les acteurs qui s’oppose au « vous » rendu méprisant par la redondance de « votre vie à vous » (1. 20). Ainsi, Lechy se distingue volontairement des autres personnages.

Lechy Elbernon est également un personnage entièrement dévoué à son métier : le théâtre. Caractérisé par les nombreuses phrases exclamatives de l’actrice 2 son métier : le théâtre. Caractérisé par les nombreuses phrases l’emploi répété exclamatives de l’actrice, son omniprésence du pronom personnel « je » et la répétition de la phrase« c’est moi, c’est moi ! » (1. 30) – ainsi que les allitérations en « v » « dans votre vie à vous, rien n’arrive » (1. 20), le registre lyrique révèle sa passion pour le théâtre, lui permettant de l’exprimer et de la partager aux trois autres personnages.

Son engouement est physiquement visible : « comme ses yeux brillent ! » (1. 69-70), « ces yeux dévorants » (1. 71), où le verbe et l’adjectif qualificatif révèlent son plaisir presque fiévreux. Plus que son regard, ‘est son corps entier qui devient la fenêtre de son âme. Elle est entièrement dévouée au théâtre, voire possédée, comme l’insinuent l’emploi du pronom « me » dans la phrase « le moindre mot qui me sort » (135) ainsi que l’allusion à la pythie, oracle ? travers lequel s’exprime Appolon, qui devient ainsi son double.

L’allégorie du théâtre, « cette espèce de sacrée mâchoire ouverte pour vous engloutir rend cette Idée encore plus marquante. La répétition du complément circonstanciel de manière « avec art avec furie » et de l’adjectif qual’ficatif « terrible ainsi que ’emploi du verbe « arracher » (1,46) renforcent la violence de sa passion, une violence qui effraye : « J’ai peur ! Le personnage lui sort par tous les pores ! » s’exclame Louis Laine(l. 47), loin d’être réceptif à la verve de son amante. Ainsi, Lechy est un personna 3 Louis Laine(l. 7), loin d’être réceptif à la verve de son amante. Ainsi, Lechy est un personnage à part, dévoué corps et âme au théâtre. Cest à travers ses tirades que le dramaturge offre une véritable réflexion sur le théâtre. À travers la voix de l’actrice, c’est le dramaturge qui s’exprime sur le théâtre. théâtre est tout d’abord une illusion du réel. Si le rideau sépare la scène et la salle, tout comme il distingue la réalité du théâtre, cette séparation devient vite floue. En effet, Lechy décrit le théâtre comme « quelque chose de pas vrai comme si c’était vrai » (1. 3). Ces deux termes, pourtant opposés, sont rapprochés par une comparaison, créant une certaine confusion chez le lecteur. Le théâtre prend ainsi l’apparence de son opposé, la réalité, tout en la surpassant. Car si la vie quotidienne est dénuée d’action, un vide souligné par l’anaphore « Rien » (1. 20-21), le théâtre la upplante par ses nombreuses péripéties. Cette supériorité se retrouve dans l’affirmation de Lechy : « Je le (le rôle de Marthe) jouerai mieux qu’elle » (1. 58). Cemploi du futur de l’indicatif traduit la certitude de l’actrice. ? travers Fénumération de tous ses rôles ( « l’épouse vertueuse », « la jeune fille », « la courtisane trompée « la pythie » 1,60-64), Lechy montre que le théâtre reproduit la vie dans toutes ses composantes. Ainsi, le théâtre est un art de l’illusion, renvoyant une image du monde plus vraie que celui-ci. Le théâtre est également un art aux différentes renvoyant une image du monde plus vraie que celui-ci. Le théâtre est également un art aux différentes visées. Tout d’abord, il permet de réunir le public.

Celui-ci est pourtant très diversifié, comme le montre l’énumération 1. 39-44 où les préoccupations des spectateurs sont bien différentes : « la mère adultère dont l’enfant vient de tomber malade » (1. 41-42), « celui qui vient de voler pour la première fois » (1. 43). Cependant, ces différences sont vite oubliées. En effet, les spectateurs ne font plus qu’un, comme l’exprime Louis Laine : « on est quelqu’un ous ensemble » (1,25). Les spectateurs ne sont plus qu’une seule entité vivante, agissent à l’unisson : « qui attend » regarde » (1. 7). Ils ne sont pas seulement unis entre eux, ils ne font également plus qu’un avec l’actrice : « toutes ces âmes qui se forgent, se reforgent à grands coups de marteau sur la mienne » (1. 36-38). Cette symbiose est également représentée par la conjonction de coordination «Et » (1. 45) après l’énumération des spectateurs, rapprochant ainsi ces derniers de l’actrice. Le théâtre a un autre rôle : permettre au public de s’extraire de sa ie morne et d’oublier la réalité quotidienne « la mère adultère dont l’enfant vient de tomber malade » (1. 1-42) ou le lendemain « qui sait que demain/On lui vérifiera ses livres » (1. 40-41). Plus qu’un divertissement, le théâtre remédie à l’ignorance humaine quant à sa destinée. En effet, en donnant à voir une vie dans son intégralité, il lui do S à sa destinée. En effet, en donnant à voir une VIe dans son intégralité, il lui donne un sens et atténue l’angoisse du public en permettant à celui-ci de voir quelque chose « qui commence et qui finisse » (1. 23). Le théâtre a donc de multiples buts.

I s’agit enfin d’un art poétique. En effet, la mise en page des passages 1,39-46 et 62-68, avec ses retours à la ligne, rappelle les versets d’un poème. De plus, les nombreuses répétitions « regardant »(1. 8-9), « attention» (1. 12) « quelque chose ! 12-13), « rien » (1. 20,21) donnent un rythme binaire et saccadé à la tirade de l’actrice. Les anaphores, telles que la conjonction de coordination« Et » (1. 3545) ou le déterminant « la » (1. 62-64) renforcent cette apparence de refrain que confère la mise en page.

Ainsi, le dramaturge s’exprime à travers le personnage de chy Elbernon, pythie décalée des temps modernes, afin doffrir une réflexion tant sur les visées du théâtre que sur ses différents aspects. Lechy donne ainsi le point de vue subjectif des comédiens et du dramaturge, permettant au lecteur de voir « derrière le masque » mais aussi en coulisses. L’originalité de cette mise en abyme résulte de la mise en scène dun personnage, non par un autre, mais par lui-même, ainsi que par sa poésie. Ce « théâtre dans le théâtre » n’est-il pas une version moderne de celui mis en scène dans la Double Inconstance de Marivaux ?