Commentaire acte i scene 1, dom juan

Commentaire acte i scene 1, dom juan

Dom Juan, acte I scene 1, la tirade de Sganarelle Situation C’est le debut de la piece. Sganarelle, valet de DJ discute avec Gusman, valet de done Elvire. Gusman s’inquiete du depart brutal de DJ qui vient d’epouser sa maitresse. Sganarelle lui apprend que DJ est un seducteur. Dans cette tirade, il trace le portrait de son maitre, et ce faisant, trace aussi le sien. C’est un passage qui fait le point sur l’action. I. Portrait de Don Juan par Sganarelle 1. Le portrait prepare l’arrivee du personnage principal. Dans certaines pieces, ce dernier n’apparait que tardivement.

Par ex, Tartuffe, 1669 : acte III sc. 2. Ou Britannicus, 1669, Racine : Britannicus I, 3 mais Neron, veritable personnage principal, II 1. Cela cree une attente chez le spectateur. Ces 3 personnages ont quelque chose d’inquietant, voire de monstrueux, ils sont puissants et mechants. 2. Sganarelle enonce un jugement moral sur son maitre, une phrase le resume : « je t’apprends inter nos que tu vois en DJ, mon maitre, le plus grand scelerat que la terre ait jamais porte, un enrage, un chien, un diable, un turc, un heretique… ».

Sganarelle accumule les expressions qui lui viennent a l’esprit dans son emotion. On

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peut les classer ainsi : – DJ se comporte comme le ferait un animal : « chien, pourceau, bete brute », voire mi-homme, mi-bete : « loup garou » : il n’a aucune morale, il suit ses instincts. Un scelerat est etymologiquement un criminel (scelus, le crime). – DJ ne respecte pas la religion commune : « heretique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer », « pourceau d’Epicure », « vrai Sardanapale ». Heretique : qui soutient une doctrine contraire au dogme de l’Eglise catholique.

Epicure (50-130), philosophe grec qui fait des sensations le critere des connaissances et de la morale, et des plaisirs qu’elles procurent le principe du bonheur, a condition d’en rester maitre. Dans l’esprit populaire, un epicurien est celui qui ne recherche que les plaisirs, en particulier la bonne chere et le sexe, sens proche de libertin. Sardanapale est un roi legendaire d’Assyrie. Designe un personnage puissant qui mene une vie luxueuse et dissolue. [ La Mort de Sardanapale, celebre tableau de Delacroix en 1827]. Ce comportement s’oppose a « tout ce que nous croyons » : « nous » designe les etres humains normaux pour Sganarelle. 3. Pour illustrer ce jugement, il decrit ses differents mariages a partir de la l. 15 : le caractere monstrueux de DJ s’accentue. Il peut epouser n’importe qui : « toi, son chien et son chat », ce qui le rapproche de l’animal, homosexualite incluse. Autre aspect : l’aspect social « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne », donc des aristocrates mariees ou non, ou des femmes appartenant a d’autres classes que la sienne, c’est de la decheance de la part d’un aristocrate qui doit rester dans sa classe.

Dans l’amour courtois, il devait meme aimer une femme plus haut placee que lui et entreprendre des actions heroiques pour la meriter. Dernier aspect : il se marie souvent, or le mariage est un sacrement et ne peut etre rompu. C’est un sacrilege. Sganarelle utilise un langage hyperbolique, par ex « ce serait un chapitre a durer jusques au soir », qui laisse comprendre le caractere hors du commun, demesure, du personnage. 4. Sganarelle conclut : c’est une « ebauche du personnage pour en achever le tableau, il faudrait bien d’autres coups de pinceau ». Cela suggere encore la dimension hors du commun de DJ. difficile a cerner. Surtout, Sganarelle resume la situation tragique de la situation : « un grand seigneur mechant homme est une terrible chose ». Cette expression oppose deux aspects : le grand seigneur, celui qui a le pouvoir et devrait proteger les faibles dans la tradition ; le mechant homme, celui qui est foncierement mauvais. L’association des deux cree d’habitude une situation tragique, comme Neron par ex. II. Portrait indirect de Sganarelle En s’exprimant, Sganarelle revele sa propre personnalite : 1. Un bavard, un homme spontane. Il est en veine de confidence, il libere son c? r : « je t’ai fait cette confidence avec franchise et cela m’est sorti un peu vite de la bouche ». C’est pourquoi, il parle longuement. 2. Un naif, un homme credule. Il melange les croyances populaires, sans distinguer celles qui relevent de la religion catholique et celles qui relevent de la superstition : « ni Ciel, ni enfer, ni loup-garou ». Le loup-garou est un etre malfaisant, homme le jour, qui peut se transformer en loup la nuit. On verra plus tard qu’il tient tete a DJ sur la medecine : « Quoi, vous ne croyez pas au sene, ni a la casse, ni au vin hemetique ? …]Vous avez l’ame bien mecreante » (III1). Ou sur les croyances : il tient plus au moine bourru qu’au Ciel ou a l’enfer. 3. Un peureux Malgre tout ce qu’il a dit de DJ, il avoue qu’il ne peut s’opposer a lui et que son maitre lui fait peur : « il faut que je lui soit fidele en depit que j’en aie : la crainte fait en moi l’office du zele, bride mes sentiments et me reduit d’applaudir bien souvent a ce que mon ame deteste ». Il est pret a nier tout ce qu’il a dit en voyant arriver DJ. III Une tirade articulee sur l’action [valeur dramatique]

La tirade fait le point sur l’action : – passee : la vie aventureuse de DJ : « Il ne se sert point d’autres pieges pour attraper les belles, si je te disais le nom de toutes celles qu’il a epousees en divers lieux, ce serait un chapitre… » ; les relations de Sganarelle avec son maitre. – En cours : « Je ne te dis pas qu’il ait change de sentiments pour done Elvire… tu sais que sur son ordre je partis avant lui ». La piece s’ouvre sur une action en cours, c’est deja une situation de rupture, non une situation de crise avant rupture. A venir : on ne connait pas les intentions de DJ « je n’ai pas de certitude encore…il ne m’a pas entretenu », il y a du suspense. Mais Sganarelle enonce la fin sous la forme d’une premonition : 27 « Suffit qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour ; que je souhaiterais qu’il fut deja je ne sais ou ». – La tirade comprend aussi l’annonce de l’arrivee de DJ qui fait le lien avec la scene suivante ou DJ enoncera sa conception de l’amour. Conclusion Cette tirade plonge le spectateur dans l’action, elle a une fonction d’exposition mais va au-dela de celle-ci et suggere la suite (seduction de paysannes, mort).

Elle dresse un portrait du seducteur immoral, qui ne respecte rien ni personne. Mais le portrait est fait par Sganarelle, personnage naif et peureux, cela le discredite. On est deja dans l’ambiguite du message de Moliere : DJ est-il un monstre ou un etre libere des contraintes des croyances ? Il est certain, en tous cas, que le libertinage amoureux est etroitement associe par Sganarelle au libertinage philosophique. [Aujourd’hui, on parlerait davantage de « libre penseur pour ce dernier aspect], ce qui donne un enjeu inhabituel a la comedie.

ETUDE 2 Dom Juan, I 2 : Don Juan expose sa conception de l’amour Situation : Repondant aux inquietudes de don Gusman sur le depart precipite de don Juan, Sganarelle lui a dit qu’il craignait que celui-ci ait abandonne sa maitresse done Elvire apres l’avoir epousee. Il lui a explique que son maitre est « un grand seigneur mechant homme » sans aucun scrupule. DJ arrive, une explication s’esquisse avec son valet qui lui dit qu’il « trouve fort vilain d’aimer de tous cotes ». DJ replique dans une longue tirade et lui expose son point de vue.

Ce texte fonctionne comme un texte argumentatif destine a persuader. Il expose une conception et esquisse le portrait du seducteur. I. Un discours pour convaincre Analyse du fonctionnement du discours : A. L’enonciation DJ s’adresse a son valet Sganarelle. Le « tu » est present seulement dans la 1ere phrase : « tu veux » puis il parle longuement sans interpeller a nouveau son interlocuteur (a la difference de Sganarelle en parlant a Gusman). On dirait qu’emporte par son discours, il l’oublie ; en realite, le discours s’adresse aux spectateurs (double communication theatrale), il st destine a mettre en valeur le personnage qui trace son portrait en contraste avec celui fait par Sganarelle. Il utilise le « je » entre « Pour moi » Hachette 55 et « le changement » 65 : une 10° d’occurrences, puis en fin de tirade « j’ai sur ce sujet » 4 occurrences. Dans ces passages, le discours prend un tour personnel, il decrit son penchant irrepressible. Mais ailleurs il utilise « on » ou « nous » : le premier en sujet, le 2° en objet. Donc des le debut, puis en alternance avec le « je », il fait de sa conception une verite generale.

Le present a ici une valeur generale, alors que dans les autres, il decrit des traits de caractere. DJ considere donc sa conception comme justifiee, valable pour le plus grand nombre. C’est une verite presentee comme une evidence. En fait, il hesite entre cette verite generale (« La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’etre fidele ») et l’affirmation de sa propre liberte (« Pour moi, la beaute ma ravit partout »). B. La construction de l’argumentation et les types de phrases soulignent sa conviction et son desir de persuader. 1.

Il commence par une question rhetorique doublee d’une exclamation (« Quoi, tu veux qu’on se lie… ») qui traduit sa surprise devant la position de Sganarelle et l’evidence de sa propre conception. Puis il enchaine par une exclamation qui renforce le mepris qu’il a pour la fidelite. La 3° ph commence par le redoublement de l’exclamation « non » qui conclut le rejet de la these adverse tout en inserant la sienne en cours de ph apres la virgule « toutes les belles ont droit de nous charmer ». Une sorte de maxime ou d’aphorisme se detache vers la fin de cette partie : « la constance n’est bonne que pour les ridicules ».

Il utilise une metaphore devalorisante « ensevelir, etre mort » qui assimile la fidelite a une mort sentimentale. 2. « Pour moi » introduit l’exposition de sa propre position. Il y a une succession de ph declaratives ou alternent affirmations et negations, les secondes evoquant toujours le rejet de la these adverse « l’amour que j’ai pour une belle n’engage pas mon ame » 55, « je ne puis refuser mon c? ur » 60. Une nouvelle maxime se detache « tout le plaisir de l’amour est dans le changement ». Ces 2 maximes ressemblent a des alexandrins si on ne compte pas les e muets [vers blancs]. 3. 5 Retour au « on » et aux generalites, pour definir et justifier sa conception. Ici commence une periode oratoire construite sur la proposition principale en tete : « On goute une douceur extreme a » qui contient une serie de complements « reduire … » 66, « voir » 67, « combattre » 68, « vaincre » 71, « mener » 72 qui abordent les differentes phases de la seduction ; a l’interieur, des subordonnees decrivent l’attitude de la femme « les resistances qu’elle nous oppose » 71, « les scrupules dont elle se fait un honneur » 72 et enfin la victoire du seducteur « ou nous avons envie de la faire venir ».

Cette periode est eloquente, elle suit les detours de la strategie du seducteur, exprime le plaisir de la tactique. Celebre metaphore de la conquete. Elle est suivie d’une ph commencant par « mais » qui decrit au contraire la suite de la conquete. La ph est coupee en deux, la 1ere partie comporte des propositions negatives qui reprend la metaphore de la mort de facon plus legere (« endormons »), la 2° partie rebondit sur l’evocation d’une nouvelle conquete. 4. « Enfin » indique le bilan. L’enthousiasme grandit, il termine par une comparaison audacieuse entre ses conquetes amoureuses et celles d’Alexandre le grand. IV° s avant JC, conquit le monde grec, l’Egypte et l’Asie jusqu’a l’Inde]. Le texte est donc bien un discours construit qui oppose deux theses, la fidelite et l’amour conquete, en mettant en valeur cette derniere par la place qu’elle occupe dans le plan, les types de phrases, les images. II. Conception de l’amour et portrait du seducteur 1. Le rejet de la fidelite DJ Recuse l’idee de l’honneur lie a la fidelite. Les deux notions appartiennent aux valeurs de la noblesse. « faux honneur d’etre fidele », « la constance n’est bonne que pour les ridicules ».

Il rejette ces valeurs telles qu’elles sont pratiquees : « les scrupules dont elle se fait un honneur », l’honneur de resister chez la femme, l’honneur d’etre fidele pour les deux. Au lieu d’etre la marque d’une ame forte et noble, la fidelite traduit un manque de personnalite. On sent que le grand seigneur a pris de la distance avec les representations traditionnelles telles qu’on les trouve encore a l’epoque de Louis XIII et de Louis XIV chez Corneille. C’est une epoque revolue, qui ne correspond plus aux pratiques reelles, comme par ex a la cour de Louis XIV.

Au fond, « demeurer au premier objet qui nous prend » n’est pas justifie, c’est un peu le fruit du hasard (« l’avantage d’etre rencontree la premiere » 51). 2. Le pretendu interet feminin a l’amour DJ renverse les donnees de la situation dans la premiere moitie de son discours. Il presente la femme comme seductrice, desireuse de se faire aimer ; c’est elle qui le pousse a agir ainsi. Le vocabulaire le traduit « le premier objet qui vous prend » 1-2, « beautes qui nous peuvent frapper les yeux » 49, « les justes pretentions qu’elles ont sur notre c? r » 52, « faire injustice aux autres » 57, « un beau visage me le demande » 62. Ici, le sujet des verbes designe souvent les femmes, ce sont elles qui exigent l’amour du seducteur. 3. La nature est la valeur nouvelle qui se substitue aux valeurs aristocratiques. « Les hommages et les tributs ou la nature nous oblige » 59. Cette phrase revele la reference morale du seducteur. « Hommages et tributs » sont des termes qui appartiennent au langage de la conquete guerriere que la classe aristocratique menait.

L’hommage designe l’acte par lequel le vassal se declarait l’homme de son seigneur en lui promettant une fidelite et un devouement absolus. Le tribut designait une contribution forcee imposee au vaincu par le vainqueur. La encore, DJ inverse les roles, le vainqueur serait la femme seductrice et c’est l’homme qui lui rendrait hommages et tributs, non a cause de valeurs imposees par la societe (feodale) mais a cause de la force de la nature. Dans ce passage, il souligne qu’il est soumis a une force qui le depasse : « la beaute me ravit partout », « je cede facilement », « je ne puis refuser ».

C’est au fond une pulsion naturelle dont il n’est pas maitre mais qu’il reconnait et assume. A partir de la, la conquete amoureuse remplace la conquete guerriere, il file la metaphore qui allie les termes de la bataille a ceux de la feminite et de l’amour 65 sqq. La reference a Alexandre le Grand qui termine la tirade ainsi que l’idee de conquerir d’autres mondes revele la demesure de Don Juan. On peut se demander si cette conception n’est pas une justification valorisante de simples pulsions revelatrices d’une faiblesse. En fait, DJ peut etre considere comme un guerrier degenere.

Le temps des conquetes guerrieres est fini, les qualites du guerrier sont mises au service d’une cause beaucoup plus simple et sans grand danger. Mais DJ apprecie la difficulte pour cette raison : il ne s’agit nullement d’assouvir un simple plaisir physique. C’est ce qui le differencie d’un monstre comme Gilles de Rais (1400-1440, vaillant compagnon de Jeanne d’Arc transforme en consommateur d’enfants dans la paix. (entre 140 et 300). Conclusion Ce texte celebre demontre l’habilete oratoire de DJ tout en definissant ses idees et en cernant sa personnalite.

Il revele les ambiguites du personnage : il s’adresse a son valet mais son discours est destine au public ; il utilise les qualites du gentilhomme au service d’une cause degradante ; il affirme sa liberte en avouant ne pas pouvoir agir autrement. Sorte de grandeur decadente, de charme trouble. « Nous n’avons qu’un exterieur trompeur et frivole, de l’honneur sans vertu, de la raison sans sagesse et du plaisir sans bonheur » Rousseau, Discours sur l’origine de l’inegalite, derniere page. 1755