Colloque sentimental

Colloque sentimental

« Colloque sentimental », écrit par Paul Verlaine en1869, est le poème qui clôt le recueil des Fêtes galantes. Alors que le recueil est placé sous le signe de la légèreté des plaisirs et de la séduction, ce poème final porte un regard beaucoup plus sombre sur la relation amoureuse. « Colloque sentimental » met en scène deux personnages fantomatiques qui évoquent le passé dans un dialogue stérile et douloureux. Derrière ce titre de « colloque », qui désigne un entretien plutôt formel, on peut déjà percevoir l’ironie du poète et sa réflexion sur p g le sentiment amoureux.

Problématique : Comment Verlaine d du rendez-vous senti amoureuse ? Annonce de plan: Après avoir étudié co tique traditionnel ésillusion scène de manière funèbre un rendez-vous sentimental, on se penchera sur la dénonciation de Pillusion amoureuse à travers l’incommunicabilité des personnages. – La mise en scène funèbre d’un rendez-vous sentimental A- Un poème construit comme une scène de théâtre « Colloque sentimental » de Verlaine suit une construction qul rappelle legenre théâtral.

Cette mise en scène passe notamment par la description initiale du cadre spatio-temporel et le choix du dialogue direct. La structure générale du poème est composée de trois strophes descriptives, suivies de

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quatre strophes de dialogue entre les deux personnages, et enfin d’une strophe finale qui clôt la scène. 1 – Description du cadre spatio-temporel (3 strophes) Dès la première strophe, des éléments précisent le décor dans le vieux parc », v. V. I ) et Indiquent un temps Imprécis mais proche (« tout ? l’heure v2), ce qui immerge d’emblée le lecteur dans la description.

Au vers 4, le poète utilise le pronom indéfini « on » l’on entend à peine ») qui lui permet de s’inclure en ême temps que le lecteur-spectateur dans la scène qu’il décrit. Ce dernier a l’impression que les personnages, comme au théâtre, sont entrés sur scène et qu’il faut tendre l’oreille pour entendre les paroles qu’ils échangent. 2 — Le dialogue direct (4 strophes) Le sentiment d’assister à une scène de théâtre est prolongé par le passage audialogue au style direct à partir de la quatrième strophe, avec des tirets indiquant les répliques de chacun des deux personnages.

L’utilisation de verbes au présent voulez-vous v. 8 ; « vois- tu v. 10) donne également l’impression d’assister directement ? ette conversation. 3— La « sortie de scène » (1 strophe) Après l’entrée des personnages et leur dialogue, « Colloque sentimental »s’achève sur leur « sortie de scène » avec un retour à la description par l’utilisation d’un imparfait : « Tels ils marchaient » (v. 15). Transition : Cette mise en scène permet à Verlaine de décrire mais aussi de détourner le thème de la rencontre amoureuse dans ce poème.

B Le détournement du topos du rendez vous amoureux… En littérature, un topos est un thème qui revient dans de nombreuses œuvres et qui suit certains codes et éléments écurrents. Ainsi, la description d’un rendez-vous amoureux entre deux personnages, souvent dans la nature, est un thème qui revient de manière fréquente dans la littérature – et dans la poésie en particulier. Verlaine en reprend ici plusieurs éléments • 2 littérature – et dans la poésie en particulier. Il s’agit ici d’une rencontre entre deux personnages dans un cadre naturel(« parc V.

I et 3 ; « avoines folles v. 15). Ce rendez-vous est bien de nature sentimentale, comme l’indique le titre du poème, « Colloque sentimental On retrouve le thème des sentiments ton cœur bat-il b, v. 7) Le thème de la fuite du temps. Par exemple « l’espoir a fui » (v. 14) et le terme « passé », qui est évoqué à deux reprises, d’abord comme verbe (« ont passé v. l) puis comme nom (« le passé v. 6). Transition : Cependant, Verlaine n’est pas un poète romantique et s’il utilise cethérltage du romantisme c’est à la fois pour l’approfondir et le détourner.

Dans ce poème, le « colloque sentimental » est aussi une promenade funèbre, évoquant la mort et le déclin. devenu rendez-vous funèbre c- remblée, le poème place la scène décrite sous le signe de la vieillesse et de lamort. – Une scène lugubre La nature n’est pas un havre de paix mais un lieu à l’abandon : les avoines sont « folles » (donc non entretenues, V. 1 5), le « vieux » parc est « solitaire et glacé » (v. 1). Caccumulation de ces trois adjectifs dans le même vers permet d’insister sur son caractère lugubre. Le champ lexical de la mort (« glacé », V.

I ; « morts v. 3) se prolonge dans la description métaphorique de personnages- fantômes : « Deux formes ont passé » (v. 2), « Deux spectres » (v. 6). 2 — Des personnages fantomatiques Ces personnages fantomatiques ne sont plus que l’ombre e ceux qu’ils ont été, ils semblent errer sans but dans ce décor sinistre qui fait écho à leur propre état. 3 été, ils semblent errer sans but dans ce décor sinistre qui fait écho à leur propre état. Leurs paroles sont d’ailleurs presque inaudibles l’on entend à peine v. 4). Leurs corps sont usés par la vieillesse.

Le vers 3 insiste sur cette image avec une double description autour du « et » central : « Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles » Tout au long de cette strophe, les allitérations en « m » et en « I » renforcent cette impression de mollesse et de fuite, d’écoulement irréversible ? Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles / Et l’on entend à peineleurs paroles 3 – Une structure cyclique et lancinante Le poème tout entier est construit selon une structure qui évoque cette errance confuse, cyclique et oppressante Très peu d’éléments sont donnés sur les deux personnages, on ne connait ni leurs noms, ni leurs situations, ni même des traits physiques pouvant les caractériser. Cette impression de flou se retrouve dans l’indication temporelle « tout à l’heure » qui évoque un temps proche mais indéterminé.

L’utilisation par Verlaine de distiques (strophes courtes de eux vers) et derimes plates accentue cette lourde monotonie. La reprise exacte du vers 1 au vers 5 (« Dans le vieux parc solitaire et glacé ») puis en partie celle du vers 4 au vers 16 (« Et l’on entend à peine leurs paroles » devient « Et la nuit seule entendit leurs paroles ») crée un cycle lancinant. es personnages semblent piégés dans leur errance et dans leur passe. Il – L’incommunicabilité pour illustrer la désillusion amoureuse A — Un dialogue déséquilibré C’est dans les strophes 4 à 7 que se trouve le contenu du « colloque sentimental Pentreti 4 déséquilibré ? colloque sentimental », l’entretien entre les deux personnages.

Mais ce dialogue estdéséquilibré, dans la forme comme dans le fond. Dès le début de l’échange à la strophe 4, un décalage est saisissant : le premier personnage utilise le tutoiement (« Te souvient-il y) tandis que le second lui répond par le vouvoiement Pourquoi voulez-vous »). Le premier personnage a également des répliques beaucoup plus longues(notamment dans les strophes 5 et 6) que son interlocuteur, qui lui répond trèsbrièvement. La familiarité et la complicité que cherche à créer l’un des personnages sontbrisées par le second, comme le prouve a césure brutale du vers 10séparant les neuf première syllabes de la dernière : « – Toujours vois-tu mon âme en rêve – Non. ? Ce ton très expéditif s’oppose aux longues phrase et au lyrisme du premier interlocuteur, qui utilise ainsi de nombreuses exclamations (« Ah ! Les beaux jours nos bouches ! v. 12-1 3). Transition : Ce déséquilibre témoigne de l’incommunicabilité entre les personnages décrits, qui parlent sans s’accorder ni même vraiment s’écouter l’un l’autre. Cette Impossibilité de communication réelle est d’autant plus cruelle que les personnages ont partagé dans le passé ne histoire d’amour désormaisrévolue —et reniée par l’un d’entre eux. B – L’opposition des personnages 1 — L’opposition nostalgie / désillusion Tout au long de leur dialogue, les deux interlocuteurs s’opposent sur la manière dont ils appréhendent leur passé sentimental.

Le premier, très exalté, accumule des lieux communs sur la passion amoureuse à travers des ré étitions enthousiast S des lieux communs sur la passion amoureuse à travers des répétitions enthousiastes, comme « toujours » au vers 9 puis 10, et des hyperboles bonheur indicible », V. 1 1). Il évoque l’amour à la fois sentimental vois-tu mon âme en êve v. IO) etphysique (« Où nous Joignions nos bouches ! v. 12) pour exalter un passé idéalisé. Le second refuse le poids de ces souvenirs passionnés (v. 8) et répond de manière prosaïque C’est possible. », v. 12) à son interlocuteur. A la nostalgie lyrique, il oppose la désillusion et ramertume. — La désillusion amoureuse l’emporte Cette opposition culmine dans Favant-dernière strophe du poeme. L’exaltation du vers 13 se traduit dans le rythme haché et emphatique : « Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir ! » (4/2/2/2). La césure centrale permet de mettre en parallèle le ciel et l’espoir, hacun renforcé par un adjectif. Ce thème romantique d’association de la grandeur des sentiments et de Ianature est renforcé par la tournure exclamative. Le vers suivant sert de réponse, comme le prouve la reprise du mot « espoir » au début, tandis que l’évocation « ciel noir » à la fin fait écho au début du vers précédent.

Le ciel bleu est symboliquement devenu noir et l’espoir a donc disparu, « vaincu » (v. 14). Cette image du ciel noir se prolonge dans la dernière strophe, puisque la nuitengloutit les personnages Et la nuit seule entendit leurs paroles Il semble donc que c’est la désillusion amoureuse qui l’emporte sur le souvenir nostalgique et romantique. C- L’ironie et le pessimisme du poète Verlaine joue dans « Colloque sentimental » de certains codes de la poésie amoureuse et romantique. Au lieu d’exalter la « Colloque sentimental » de certains codes de la poésie amoureuse et romantique. Au lieu d’exalter la rencontre et la passion amoureuses, il montre que le temps a raison de tout, des hommes comme de leurs sentiments.

II parait donc inutilede vivre dans des souvenirs idéalisés, comme le prouve le vers 8 : « Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ? Cependant, le poète ne reprend pas de manière traditionnelle ces thèmes de la fuite du temps et de la désillusion amoureuse : il choisit l’ironie et la mise à distance pour les évoquer. Ainsi, il s’amuse à « forcer le trait », en brossant par moment un tableau excessivement sombre (les spectres, le ciel noir) ou au contraire ridiculement Idyllique les beaux jours de bonheur indicible», V. 1 1). Il tourne en dérision la manière qu’a Pun des interlocuteurs d’évoquer le passé amoureux uniquement par des clichés généraux (et non des souvenirs personnels), comme le cœur qui bat (v. 0) ou l’âme vue en rêve (V. 1). Les personnages se sont tellement effacés derrière ce passé idéalisé -mais creux- qu’ils en sont, symboliquement, devenus des fantômes. L’ironie du poète est ici au service d’une réflexion pessimiste sur l’impossibilité d’un amour profond et durable. « Colloque sentimental » : conclusion A travers cette mise en scène sombre et Ironique d’un « colloque sentimental Verlaine dénonce les mensonges et les excès de l’illusion amoureuse. ‘impossible communication entre les personnages et l’usure du temps sont impitoyablement représentées, mettant fin de manière amère et pessimiste auxFêtes galantes du recueil.