Chapitre du ventre de paris

Chapitre du ventre de paris

Quand une marchande de légumes le découvrit sous le grand chou blanc, elle poussa un tel cri de surprise, que les voisines accoururent, émerveillées ; et ui, il tendait les mains, encore en robe, roulé dans un morceau de couverture. Il ne put dire qui était sa mère. Il avait des yeux étonnés, en se serrant contre l’épaule d’une grosse tripier qui l’avait pris entre les b Il s’était rassuré, il m 1 femmes. La grosse tri p g un mois plus tard, il c demandait : « Où est pp le marché. Ait à toutes les asa a une volent ; me.

lorsqu’ lui este adorable : sa main faisait le tour, montrant les marchandes toutes à la fois. Il fut rendant des Halles, suivant les jupes de l’une ou de l’autre, trouvant toujours un coin dans un lit, mangeant la soupe un peu routa, habillé à la grâce de Dieu, et ayant quand même des sous au fond de ses poches percées. Une belle fille rousse, qui vendait des plantes officinales, rivait appelé Marjolaine, sans qu’on su siège toi nixe page sut pourquoi. Marjolaine allait avoir quatre ans, lorsque la mère changements fit à son tour la trouvaille

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d’une petite fille, sur le trottoir de la rue Saint-dénis, au coin du marché.

La petite pouvait avoir deux ans, mais elle bavardait déjà comme une pie, écorchant les mots dans son babil d’enfant ; si bien que la mère changements crut comprendre qu’elle s’appelait caddie, et que sa mère, la veille u soir, vivait assise sous une porte, en lui disant de l’attendre. L’enfant avait dormi là ; elle ne pleurait pas, elle racontait qu’on la battait. Puis, elle suivit la mère changements, bien contente, enchantée de cette grande place, où il y avait tant de monde et tant de légumes.

La mère changements, qui vendait au petit tas, était une digne femme, très-bourrue, touchant déjà à la soixantaine ; elle adorait les enfants, ayant perdu trois garçons au berceau. Elle pensa que « cette roulée-là semblait une trop mauvaise gale pour crever, » et elle adopta caddie. Mais, un soir, comme la mère changements s’en allait, tenant caddie de la main droite, Marjolaine lui prit sans façon la main gauche. ? eu ! Mon garçon, dit la vieille en s’arrêtant, la place est donnée… Tu n’es donc plus avec la grande éthérées ! Tu es un fameux coureur, sais-tu ?

Il la regardait, avec son rire, sans la lâcher. Elle ne put rester grondées, tant il était joli et bouclé. Elle murmura : Allons, venez, marmaille… Je vous coucherai ensemble. Et elle arriva rue au Lard, où elle demeurait, avec un enfant de chaque main. Marjolaine s’oublia chez la mère changements. Quand ils faisaient par FO n avec un enfant de chaque main. Marjolaine s’oublia chez la mère changements. Quand ils faisaient par trop de tapage, elle leur allongeait quelques taloches, heureuse de pouvoir crier, de se fâcher, de les débarbouiller, de les fourrer sous la même couverture.

Elle leur avait installé un petit lit, dans une vieille voiture de marchand des quatre-saisons, dont les roues et les brancards manquaient. C’était comme un large berceau, un peu dur, encore tout odorant des légumes qu’elle y avait longtemps tenus frais sous des linges mouillés. caddie et Marjolaine dormirent là, à quatre ans, aux bras l’un de rature. Alors, ils grandirent ensemble, on les vit toujours les mains à la taille. La nuit, la mère changements les entendait qui bavardaient doucement. La voix flûte de caddie, pendant des heures, racontait des choses sans fin, que Marjolaine écoutait avec des étonnements plus sourds.

Elle était très-méchante, elle inventait des histoires pour lui faire peur, lui disait que, l’autre nuit, elle avait vu un homme tout blanc, au pied de leur lit, qui les regardait, en tirant une grande langue rouge. Marjolaine suait d’angoisse, lui demandait des détails ; et elle se moquait de lui, elle finissait par l’appeler « grosse bête. D’autres fois, ils n’étaient pas sages, ils se donnaient des coups de pied, sous les couvertures ; caddie repliait les jambes, étouffait ses rires, quand Marjolaine, de toutes ses forces, la manquait et allait taper dans le mur.

Il fallait, ces fois-là, que la mère changements se levant pour border les couvertures ; elle les endormait tous les deux d’une cal 3 FO n changements se levant pour border les couvertures ; elle les endormait tous les deux d’une calotte, sur l’oreiller. Le lit fut longtemps ainsi pour eux un lieu de récréation ; ils y emportaient leurs joujoux, ils y mangeaient des carottes et des navets volés ; que matin, leur mère adoptive était toute surprise d’ trouver des objets étranges, des cailloux, des feuilles, des trognons de pommes, des poupées faites avec des bouts de chiffon.

Et, les jours de grands froids, elle les laissait là, endormis, la teignais noire de caddie mêlée aux boucles blondes de Marjolaine, les bouches si près l’une de l’autre, qu’ils semblaient se réchauffer de leur haleine. Cette chambre de la rue au Lard était un grand galetas, délabré, qu’une seule fenêtre, aux vitres dépolies par les pluies, éclairait. Les enfants y jouaient à cache-cache, dans la haute armoire de ère et sous le lit colossal de la mère changements. Il y avait encore deux ou trois tables, sous lesquelles ils marchaient quatre pattes.

C’était charmant, parce qu’il n’ faisait pas clair, et que des légumes traînaient dans les coins noirs. La rue au Lard, elle aussi, était bien amusante, étroite, peu fréquentée, avec sa large arcade qui s’ouvre sur la rue de la Lingerie. La porte de la maison se trouvait à côté même de l’arcade, une porte basse, dont le battant ne s’ouvrait qua demi sur les marches grasses d’un escalier tournant. Cette maison, à auvent, qui se reniflait, ôté sombre d’humidité, avec la caisse verdie des plombs, chaque étage, devenait, elle aussi, un grand joujou.

caddie et Marjolaine passaient élu plombs, à chaque étage, devenait, elle aussi, un grand joujou. caddie et Marjolaine passaient leurs matinées à jeter d’en bas des pierres, de façon à les lancer dans les plombs ; les pierres descendaient alors le long des tuyaux de descente, en faisant un tapage très-réjouissant. Mais ils cassèrent deux vitres, et ils emplirent les tuyaux de cailloux, à tel point que la mère changements, qui habitait la maison depuis quarante-trois ans, faillit recevoir congé. caddie et Marjolaine s’attaquèrent alors aux tapissiers, aux hoquets, aux camions, qui stationnaient dans la rue déserte.

Ils montaient sur les roues, se balançaient aux bouts de chaîne, escaladaient les caisses, les paniers entassés. Les arrière- magasins des commissionnaires de la rue de la Poterie ouvraient là de vastes salles sombres, qui s’emplissaient et se vidaient en un jour, ménageant à chaque heure de nouveaux trous charmants, des cachettes, où les gamins s’oubliaient dans l’odeur des fruits secs, des oranges, des pommes fraîches. Puis, ils se lassaient, ils allaient retrouver la mère changements, sur le aura des Innocents.

Ils y arrivaient, bras dessus, bras dessous, traversant les rues avec des rires, au milieu des voitures, sans avoir peur d’être écrasés. Ils connaissaient le pavé, enfonçant leurs petites jambes jusqu’ genoux dans les fanes de légumes ; ils ne glissaient pas, ils se moquaient, quand quelque routier, aux souliers lourds, s’étalait les quatre fers en Pair, pour avoir marché sur une queue d’artichaut. Ils étaient les diables roses et familiers de ces rues grasses. On ne voyait qua n d’artichaut. Ils étalent les diables roses et familiers de ces rues grasses.

On ne voyait qu’eux. Ar les temps de pluie, ils se promenaient gravement, sous un immense parasol tout en loques, dont la marchande au petit tas avait abrité son éventaire pendant vingt ans ; ils le plantaient gravement dans un coin du marché, ils appelaient ça « leur maison. » Les jours de soleil, ils galoperaient, à ne plus pouvoir remuer le soir ; ils prenaient des bains de pieds dans la fontaine, faisaient des écluses en barrant les ruisseaux, se cachaient sous des tas de légumes, restaient là, au frais, à bavarder, comme la nuit, dans leur lit.

On entendait souvent sortir, en passant à côté d’une montagne de laitues ou de amines, un caquetage étouffé. lorsqu’ écartait les salades, on les apercevait, allongés côte à côte, sur leur couche de feuilles, l’?il vif, inquiets comme des oiseaux découverts au fond d’un buisson. Maintenant, caddie ne pouvait se passer de Marjolaine, et Marjolaine pleurait, quand il perdait caddie. Sels venaient à être séparés, ils se cherchaient derrière toutes les jupes des Halles, dans les caisses, sous les choux.

Ce fut surtout sous les choux qu’ils grandirent et qu’ils s’aimèrent. Marjolaine allait avoir huit ans, et caddie six, quand la mère changements leur fit honte de leur paresse. Elle leur dit qu’elle les associait à sa vente au petit tas ; elle leur promit un sou par jour, s’ils voulaient l’aider à éplucher ses légumes. Les premiers jours, les enfants eurent un beau zèle. Ils s’établissaient aux deux côtés de l’éventaire, avec des couteaux étroits, très 6 FO n eurent un beau zèle.

Ils s’établissaient aux deux côtés de l’éventaire, avec des couteaux étroits, très attentifs à la besogne. La mère changements avait la spécialité des légumes épluchés ; elle tenait, sur sa table tendue d’un bout de lainage noir mouillé, des alignements de pommes de terre, de navets, de carottes, ‘oignons blancs, rangés quatre par quatre, en pyramide, trois pour la base, un pour la pointe, tout prêts à être mis dans les casseroles des ménagères attardées.

Elle avait aussi des paquets ficelés pour le pot-au-feu, quatre poireaux, trois carottes, un pansais, deux navets, deux brins de céleri ; sans parler de la joliment fraîche coupée très fine sur des feuilles de papier, des choux taillés en quatre, des tas de tomates et des tranches de potiron qui mettaient des étoiles rouges et des croissants d’or dans la blancheur des autres légumes lavés à grande eau.

caddie e montra beaucoup plus habile que Marjolaine, bien qu’elle fût plus jeune ; elle enlevait aux pommes de terre une pelure si mince, qu’on voyait le jour à travers ; elle ficelait les paquets pour le pot-au-feu d’une si gentille façon, qu’ils ressemblaient à des bouquets ; enfin, elle savait faire des petits tas qui paraissaient très-gros, rien qu’avec trois carottes ou trois navets.

Les passants s’arrêtaient en riant, quand elle criait de sa voix pointue de gamme ? Madame, madame, venez me voir… À deux sous, mon petit tas ! Elle avait des pratiques, ses petits tas étaient très-connus. La ère changements, assise entre les deux enfants, riait d’un rire intérieur, qui lui faisait mont FO n changements, assise entre les deux enfants, riait d’un rire intérieur, qui lui faisait monter la gorge au menton, à les voir si sérieux à la besogne.

Elle leur donnait religieusement leur sou par jour. Mais les petits tas finirent par les ennuyer. Ils prenaient de l’âge, ils rêvaient des commerces plus lucratifs. Marjolaine restait enfant très-tard, ce qui impatientait caddie. Il n’avait pas plus d’idée qu’un chou, disait-elle. Et, à la vérité, elle avait beau inventer pour lui des moyens de gagner de l’argent, il n’en gênait point, il ne savait pas même faire une commission. Elle, était très-rouée. huit ans, elle se fit enrôler par une de ces marchandes qui s’assoient sur un banc, autour des Halles, avec un panier de citrons, que toute une bande de gamines vendent sous leurs ordres ; elle offrait les citrons dans sa main, deux pour trois sous, courant après les passants, poussant sa marchandise sous le nez des femmes, retournant s’approvisionner, quand elle avait la main vide ; elle touchait deux sous par douzaine de citrons, ce qui mettait ses Journées jusqu’ cinq et six sous, dans les bons temps.

L’année suivante, elle plaça des bonnets à neuf sous ; le gain était plus fort ; seulement, il fallait avoir l’?il vif, car ces commerces en plein vent sont défendus ; elle flairait les sergents de vie à cent pas, les bonnets disparaissaient sous ses jupes, tandis qu’elle croquait une pomme, d’un air innocent. Puis, elle tint des gâteaux, des galettes, des tartes aux cerises, des croquets, des biscuits de maïs, épais et jaunes, sur des claies d’osier ; mais marjolaine lu 8 FO n d’osier ; mais Marjolaine lui mangea son fonds. Enfin, à onze ans, elle réalisa une grande idée qui la tourmentait depuis longtemps.

Elle économisa quatre francs en deux mois, fit l’emplette d’une petite hotte, et se mit marchande de mouron. C’était toute une grosse affaire. Elle se levait de bon matin, achetait aux vendeurs en gros sa provision de mouron, de millet en branche, d’échaudés ; puis elle partait, passait l’eau, courait le quartier Latin, de la rue Saint-jacquet à la rue dauphins, et jusqu’ luxerons. Marjolaine l’accompagnait. Elle ne voulait pas même qu’il porta la hotte ; elle disait qu’il n’était bon qua crier , et il criait sur un ton gras et traînant : ? Mouron pour les petits oiseaux !

Et elle reprenait, avec des notes de flûte, sur une étrange phrase musicale qui finissait par un son pur et filé, très haut Ils allaient chacun sur un trottoir, regardant en l’air. À cette époque, Marjolaine avait un grand gilet rouge qui lui descendait jusqu’ genoux, le gilet du défunt père changements, ancien cocher de fiacre ; caddie portait une robe à carreaux bleus et blancs, taillée dans un tardant usé de la mère changements. Les serins de toutes les mansardes du quartier Latin les connaissaient.

Quand ils passaient, répétant leur phrase, se jetant l’écho de leur cri, les cages chantaient. caddie vendit aussi du cresson. « À deux sous la botte ! À deux sous la botte ! » Et c’était Marjolaine qui entrait dans les boutiques pour offrir « le beau deux sous la botte ! » Et c’était Marjolaine qui entrait dans les boutiques pour offrir « le beau cresson de fontaine, la santé du corps ! » Mais les Halles centrales venaient d’être construites ; la petite restait en extase devant l’allée aux fleurs qui traverse le pavillon des fruits.

Là, tout le long les bancs de vente, comme des plates-bandes aux deux bords d’un sentier, fleurissent, épanouissent de gros bouquets ; c’est une moisson odorante, eux haies épaisses de roses, entre lesquelles les filles du quartier aiment à passer, souriantes, un peu étouffées par la senteur trop forte ; et, en haut des étalages, il y a des fleurs artificielles, des feuillages de papier où des gouttes de gomme font des gouttes de rosée, des couronnes de cimetière en perles noires et blanches qui se omirent de reflets bleus.

caddie ouvrait son nez rose avec des sensualité de chatte ; elle s’arrêtait dans cette fraîcheur douce, emportait tout ce qu’elle pouvait de parfum. Quand elle mettait son chignon sous le nez de Marjolaine, il sait que ça sentait l’??illet. Elle jurait qu’elle ne se servait plus de pommade, qu’il suffisait de passer dans l’allée. Puis, elle intrigua tellement, qu’elle entra au service d’une des marchandes.