Catharsis

Catharsis

CATHARSIS 1) L’origine du concept par Aristote La catharsis est la purgation des passions par le moyen de la representation dramatique : en assistant a un spectacle theatral, l’etre humain se libere de ses pulsions, angoisses ou fantasmes en les vivant a travers le heros ou les situations representees sous ses yeux. Pour Aristote, le terme est surtout medical, mais il sera interprete ensuite comme une purification morale. En s’identifiant a des personnages dont les passions sont punies par le destin, le spectateur de la tragedie se voit delivre, purge des sentiments inavouables dont il peut eprouver secretement au fin fond de lui.

Plus largement, la catharsis consiste a se delivrer d’un sentiment encore inavoue. D’apres les theoriciens, le theatre est une valeur morale, une fonction importante. 2) Les representations dominantes de la « katharsis » Il existe deux dominantes de la « katharsis » : sur l’enjeu de la purgation et sur la cause de la purgation. La premiere s’agit dans un cas de s’appuyer sur la morale, et dans l’autre sur l’esthetisme. La deuxieme dans un cas joue sur des exemples montres sur la scene, et dans l ‘autre par la representation theatrale.

Historiquement, l’interpretation morale de la katharsis a longtemps

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ete la seule defendue. L’interpretation purement esthetique est la plus utilisee de nos jours. 3) Interpretation morale de la catharsis Dans l’interpretation classique, la katharsis est une methode de « purgation des passions », ou purification emotionnelle, utilisant les spectacles ou histoires tragiques considerees comme etant incroyables. En psychanalyse, la catharsis est un concept utilise par Sigmund Freud pour designer le rappel a la conscience d’une idee refoulee.

Utilisee notamment par le cinema, le theatre et la litterature, elle montre le destin tragique de ceux qui ont cede a ces pulsions. En vivant ces destins malheureux par procuration, les spectateurs ou lecteurs sont censes prendre en attention les passions qui les ont provoquees. Pour que cette catharsis soit possible, il faut que les personnages soient en imitation (mimesis) des passions humaines, le meilleur exemple, pour Aristote, est  »dipe Roi de Sophocle. 4) La dualite entre catharsis et criminogene

La catharsis fait donc intervenir une representation d’un acte reprime (par la morale, voire par la Loi), et c’est cette representation qui permet au spectateur de se « defouler ». On peut cependant opposer le fait que la representation de l’acte peut aussi inspirer le spectateur, lui donner l’idee de commettre l’acte, ou bien peut rendre l’acte acceptable : puisqu’il est represente en public, il est accepte par l’assemblee, par la societe. Ainsi, on peut comprendre que la representation puisse entrainer le passage a l’acte au lieu de l’empecher, et que cette representation soit criminogene.

Ce debat sur la dualite catharsique et criminogene de la representation touche quasiment tous les medias, et en particulier les jeux video, les fictions diffusees a la television et les jeux de role. 5) Interpretation esthetique de la catharsis Aujourd’hui, on considere que la « katharsis » n’a pas un enjeu moral, mais exclusivement esthetique. Le spectateur ne se purge pas de ses emotions en voyant des exemples edifiants, mais c’est plutot le dispositif scenique, la representation, qui purge le spectateur de ses emotions. L’homme peut « prendre plaisir aux representations ».

En outre, dans la Poetique, Aristote declare que : « nous prenons plaisir a contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est penible dans la realite, comme les formes d’animaux les plus meprises et des cadavres » (Aristote, Poetique, 1448b10). Ainsi, par exemple, le spectateur serait horrifie en voyant une mere massacrer ses enfants, mais il peut assister, sans bouger de son siege, a une tragedie sur Medee : c’est ce dispositif theatral qui l’aide a purger ses emotions qu’il aurait eues alors hors de ce dispositif. 6) L histoire d’oedipe La meilleure catharsis dont on pourrait trouver est :  »dipe Roi de Sophocle (cite dans le 3° ). En effet, cette tragedie retrace le destin sanglant d’ »dipe. La ville de Thebes, qui avait ete fondee par Cadmos, epoux d’Harmonie, avait pour roi Laios, leur descendant. Il avait epouse Jocaste, mais le couple demeurait sterile. Il consulta secretement l’oracle d’Apollon a Delphes qui lui declara que tout enfant ne de Jocaste serait l’instrument de sa mort. Aussi, lorsqu’elle eut un fils, il l’exposa sur le mont Cytheron.

Un berger le trouva et l’emmena dans son pays, a Corinthe, aupres du roi Polybos, qui l’adopta et l’appela  »dipe. Par la suite,  »dipe, adulte, consulta egalement l’oracle qui lui annonca qu’il tuerait son pere et epouserait sa mere. Decide a eviter ce destin, il ne retourna pas a Corynthe et partit a l’aventure. Sur la route de Thebes, il se prit de querelle avec un voyageur et le tua. C’etait le roi Laios qui se rendait a Delphes pour demander a l’oracle comment debarrasser sa ville du Sphinx. Ce monstre avait une tete de femme, un corps de lion, une queue de serpent et les ailes de l’aigle.

Elle posait a tous les voyageurs une enigme et devorait ceux qui ne pouvaient repondre ; et aucun n’y parvenait… Quand  »dipe se presenta, elle lui demanda, comme aux autres : « Peux-tu me nommer l’etre unique qui marche tantot a deux pattes, tantot a trois, tantot a quatre et qui est le plus faible quand il a le plus de pattes?  »  »dipe trouva la reponse : « L’homme, parce qu’il marche a quatre pattes quand il est enfant, sur deux pieds quand il est adulte et s’appuie sur un baton quand il est vieux ». La Sphinx, vaincue, se tua et les Thebains, reconnaissants, prirent  »dipe pour roi et il epousa Jocaste.

Ils eurent deux fils, Polinyce et Eteocle et deux filles, Antigone et Ismene, qui avaient atteint l’age adulte lorsque la peste ravagea Thebes. Le devin Thiresias, appele en consultation, declara que la peste ne cesserait que lorsque le meurtrier du roi Laios serait puni. Alors, peu a peu, la verite se decouvrit et  »dipe comprit ce qui etait advenu, il avait en effet tue son pere. Jocaste se suicida et  »dipe se creva les yeux. Sophocle souligne donc la confusion des roles dans laquelle  »dipe est confronte. En effet, il devient le mari de sa mere et le pere de ses freres et s’ urs. De plus, il tue inconsciemment son propre pere. )  »dipe Roi est une catharsis Aristote cite souvent  »dipe roi dans sa Poetique, pour en faire le modele de la tragedie, faisant eprouver crainte et pitie au spectateur, et provoquant la catharsis. Le heros, tout d’abord, n’est ni juste ni injuste, puisqu’il est projete dans le malheur par une erreure involontaire car il tue son pere et epouse sa mere sans le savoir. Il est donc victime d’un destin qu’il ne peut maitriser. Le spectateur eprouve donc de la pitie pour les atroces souffrances qu’il eprouve en decouvrant la verite, et de la crainte face aux actes monstrueux qu’il a commis.

Ensuite, l’histoire voit le heros passer du bonheur le plus extreme ,  »dipe est roi, adore de son peuple, marie a une femme qui l’aime et dont il a des enfants ; au malheur le plus extreme :  »dipe apprend qu’il a tue son pere, epouse sa mere; Jocaste, sa mere et son epouse, se pend; il se creve les yeux et s’exile. Et ce passage du bonheur au malheur se fait par l’intermediaire d’une peripetie,  »dipe passe de l’ignorance a la connaissance en apprenant qui sont ses parents. Toute la piece est construite comme une enquete, qui precipite le heros dans le malheur au fur et a mesure qu’il apprend la verite.

Ce lien entre prise de conscience et renversement de situation est considere par Aristote comme le plus efficace pour faire ressentir crainte et pitie au spectateur. Le suicide de Jocaste et le chatiment qu’ »dipe s’inflige a lui-meme en se crevant les yeux ne sont pas representes sur scene. C’est un messager qui, sortant de l’interieur du palais, en fait le recit devant les spectateurs. Cette description est eminemment pathetique, et a pour but d’emouvoir le spectateur. Jocaste, terrassee par le deshonneur et la souffrance, prefere mourir; mais  »dipe, lui, choisit de rester en vie et de se crever les yeux.

Ultime acte de liberte, ce geste est aussi une facon pour lui d’assumer sa condition d’homme : a la fois coupable et innocent. 8) Le prolongement de l’histoire L’histoire d’ »dipe n’a pas ete exploitee seulement par la litterature. La philosophie, et surtout la psychanalyse se sont interessees a cet individu perdu par la complexite des roles familiaux. Le «complexe d’ »dipe» a ete defini par Sigmund Freud (1856-1939), fondateur de la psychanalyse, dans Totem et Tabou. Selon lui, le sujet est pousse par son desir, qui est une force de vie et s’oppose a la force de mort.

Ce desir, s’eveillant chez le garcon nouveau-ne, se cherche un objet, et il va naturellement vers l’etre du sexe oppose le plus proche, sa mere. Desirant sa mere, le jeune garcon prend alors automatiquement la place du pere, qui devient un obstacle a la satisfaction de ce desir. Le desir de posseder la mere devient donc desir de tuer le pere. Pour etre alors sujet adulte, le jeune garcon doit en arriver a tuer symboliquement son pere pour prendre sa place.  »dipe serait donc une image du fonctionnement de notre inconscient. [pic]  »dipe et l’enigme du Sphinx, Ingres