Capitalisme Histoire

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CAPITALISME – Histoire Article écrit par Patrick VERLEY Prise de vue La notion d’« économie de marché bien que d’un usage fréquent à partir de la fin du XXe siècle où elle a progressivement remplacé celle de « capitalisme », n’a une signification ni clairement définie ni universellement acceptée par les historiens : il n’existe pas d’« histoire de l’économie de marché Elle est surtout définie négativement par rapport à ses différents antonymes, ce qui explique la pluralité des contenus qui lui sont soit anciennes, soit c prlmitives qui ne con d’organisation évolu ?conomies du XXe si or 22 Sni* to view à des économies tte forme nt aux alisée. Malgré les assertions des conomistes classiques, le marché n’est pas une forme « naturelle » et spontanée de fonctionnement de l’économie, mais une construction sociale, politique, organisationnelle et institutionnelle.

Historiens de l’Antiquité, du Moyen Âge et ethnologues ont pu s’efforcer de prouver l’existence de marches, clairement distincts des économies du don ou du troc, il n’en reste pas moins que des marchés sans coordination ne forment pas une économie de marché, notion qui implique un système énéral et cohérent de marchés coordonnés, régulé par un système de prix, permettant l’ajustement quantitatif de

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toutes les variables économiques et la circulation de l’information au travers des « signaux » que sont les prix, réalisant une adéquation qualitative entre la question du rapport de l’économie de marché avec le capitalisme, notion qui met en avant le critère du capital, élément régulateur et structurant du système de production, plutôt que l’organisation de la confrontation entre offre et demande et la fonction des prix dans la régulation économique. ‘économie de marché se définit alors omme un synonyme approximatif du capitalisme selon l’usage courant, ou en opposition avec lui si l’on en croit Braudel.

Pour les contemporanéistes, le XIXe siècle peut sembler, selon l’intuition de Karl Polanyi, le moment historique où se réalise le mieux un idéal de l’économie de marché, entre un « avant » où elle n’existe pas encore, et un XXe siècle où une partie du monde s’oriente vers une planification centralisée, alors que dans les pays « développés d’économie de marché » les formes de concurrence imparfaite et la régulation économique par l’État l’emportent. Avec l’échec des conomies socialistes et la mise en œuvre dans la plupart des pays de politiques actives de libéralisation, la fin du XXe siècle a pu sembler avoir consacré le marché. ? l’aune de l’instabillté et des inégalités engendrées se trouve pourtant de nouveau posée la question dune régulation économique internationale associant étroitement au marché, l’Étatt et les grandes institutions. l- Capitalisme et économie de marché : de Braudel ? Polanyi Fernand Braudel (1902-1985) est l’héritier et le continuateur de cette première génération d’auteurs, héritiers de l’historisme allemand comme Max Weber et surtout Werner Sombart, l’auteur du Capitalisme moderne, qui étaient à la fois économistes, sociologues et historiens. Il ajoute à leur ap roche la rigueur érudite de la méthode his matique de son œuvre PAGF 7 OF approche la rigueur érudite de la méthode historique. La thématique de son œuvre majeure, Civilisation matérielle, économie et capitalisme.

XVe-XVllle siècle, est révélatrice d’une tentative de relier en une séquence logique ce qui pouvait sembler une succession ou plutôt un recouvrement entre l’apparition de marchés, qui s’est faite lointainement, puisque aux sociétés primitives ont succédé des ?conomies fondées sur des marchés (au pluriel) et le développement d’opérations nouvelles, d’un esprit nouveau, de catégories sociales nouvelles, que l’on qualifie de capitalistes. Braudel distingue trois niveaux dans son analyse. Le premier est celui des masses immobiles qui seraient hors marché et pour lesquelles il ne décrit pas de processus d’accès progressif à l’économie de marché. Celle-ci est le deuxième niveau, décrit comme une « très imparfaite économie d’échange » aux frontières floues avec le précédent : une activité traditionnelle et peu évolutive, celle de milliers de petites gens, une orte d’organisation « naturelle » dont il ne décrit pas la genèse.

On appellerait volontiers cette structure, peu différente de l’Asie à l’Europe, une « économie marchande » c’est-à-dire une économie où existent des marchés segmentés par produits et localités -, plutôt qu’une « économie de marché » impliquant que les prix sont variables d’ajustement et vecteurs d’information, et qu’il existe un grand marché qui coordonne tous les autres. Le niveau qui progresse est, selon Braudel, le troisième, celui du capitalisme. Il entend par là une superstructure, construite sur le « marché » ui en serait la base nécessaire, mais non suffisante, une excroissance plus ou moins saine à dimension internationale. « L’économie-monde » est son espace. Son rais PAGF excroissance plus ou moins saine à dimension internationale. « L’économe-monde » est son espace.

Son raisonnement conduit à deux définitions du capitalisme. D’abord un processus d’abstraction de la marchandise : le capitalisme, en fait, c’est la « spéculation Ensuite un état de monopole ou d’oligopole qui s’opposerait à l’économie de marché fondée sur la concurrence : il serait « l’antimarché Les descriptions de Braudel montrent que ce qu’il appelle capitalisme était un état encore peu structuré du marché international, un marché de pénurie, où les différentiels de prix étaient importants entre pays et où les demandes étaient vite saturées : des varlations marginales de l’offre et de la demande entraînaient des fluctuations de prix brutales.

Sur un marché aussi imparfait, la rapidité et la qualité de l’information étaient des atouts essentiels pour les négociants dont le succès dépendait de leurs réseaux d’information. Si l’on reconnaît que le marché international était une construction rogressive, était-il fondamentalement différent d’un marché intérieur présenté comme « naturel » ? Sa formation n’était-elle pas seulement plus précoce que celle des marchés nationaux ? La tripartition de Braudel se fonde moins sur l’analyse économique que sur l’analyse sociale : un fossé séparait en effet les marchands locaux ou régionaux, marchands-fabricants, et les grands négociants.

Les intuitions de Karl Polanyi (1886-1964), l’anthropologue économiste américain d’origine hongroise, auteur de la Grande Transformation et des Systèmes économques dans l’histoire et dans la théorie, etrouvent une perspective plus conforme à l’évidence historique : les marchés ne sont pas l’économie de marché, et l’économie de marché ou capitaliste, marchés ne sont pas l’économie de marché, et l’économie de marché ou capitaliste, aux origines sans doute lointaines, s’est peu à peu développée pour ne dominer vraiment la société et l’économie qu’au XIXe siècle. Selon lui, l’économie était jusqu’alors immergée dans les relations sociales.

Le marché des produits de base, comme celui des céréales ou du pain, fut longtemps régi par des systèmes complexes, qui cherchaient à assurer l’approvisionnement n évitant les troubles sociaux et/ou à assurer des revenus conformes à leur place dans la société aux producteurs et aux intermédiaires. Le travail, à l’époque moderne, n’était que partiellement objet d’un marché. La réalisation de l’économie de marché se fit, selon Polanyi, en écartant toutes les réglementations qui empêchaient son libre jeu. Le marché « autorégulateur » du XIXe siècle, auquel l’équilibre général walrassien devait apporter une formalisation théorique, aurait alors remplacé un ensemble de marchés régulés socialement.

L’intuition de Polanyi redonne au XIXe siècle ne place centrale dans l’histoire du marché entre un avant, où les marchés auraient été mal coordonnés en une économie de marché peu susceptible d’être analysée par la théorie économique, et un après, au XXe siècle, où la réglementation de l’État, édictée pour compenser ses excès, marquerait son déclin. Polanyi fournit des hypothèses riches à l’historien, en incitant ? étudier la genèse des marchés de produits, l’évolution des marchés du travail et plus généralement des facteurs de production. Entre les réglementations anciennes et les réglementations nouvelles, y ut-il jamais une « économie de marché h, sans normes ni institutions ?

Il-La construction d’un marché des roduits, une construction sociale PAGF s OF ni institutions ? Il-La construction d’un marché des produits, une Au XVIIe siècle encore les marchés de produits présentaient un caractère dualiste, reflet d’une structure sociale très discontinue. À la base, les marchés de céréales et de quelques produits industriels, achetés dans le cadre local, ne concernaient qu’une marge d’une production pour l’essentiel autoconsommée. Les variations d’offre en étaient amplifiées, les courbes de demande ouvent affectées d’effets de substltution d’un produit à un autre dès qu’il y avait modification d’un seul prix.

Ces produits de nécessité avaient une faible élasticité-prix, mais une forte élasticité de substitution entre eux. une ébauche de système d’économie de marché existait donc précocement, puisque les mécanismes de substitution reposent sur un système des prix, mais elle existait à un niveau social déterminé. Ces marchés de biens de nécessité étaient coupés des marchés de produits de luxe, lesquels, destinés à une minorité, jouaient un rôle de marqueur social, ontrant de manière ostentatoire la richesse. Leur prix élevé était un élément important de leur contenu symbolique. Leur demande n’avait donc pas d’élasticité-prix.

Pour les produits manufacturés – draps ou soieries -, la concurrence se faisait par la qualité et la réputation. La réglementation corporative, les marques officielles garantes de qualité et le soutien des gouvernements étaient déterminants dans une concurrence d’autant plus vive que les débouchés étaient étroits. Aucun de ces deux types de marchés, inélastiques par rapport aux prix et socialement cloisonnés, ‘incitait à diminuer les prix en accroissant l’échelle de production ou du travail. PAGF OF accroissant l’échelle de production ou la productivité du travail. Mais, dès l’époque moderne, des marchés de produits industriels d’un niveau intermédiaire construisaient peu à peu une continuité sociale du marché.

Ceux qui tirèrent l’industrialisation avaient une forte élasticité-prix et une certaine élasticité-revenu. Ils répondaient à un désir d’imitation des modèles de consommation des groupes sociaux supérieurs dans une société où se développaient des couches intermédiaires. La baisse de leur prix les rendaient accessibles ? des catégories sociales à revenu plus faible. Le marché des toiles fut le premier grand marché unifié à l’échelle internationale où l’élasticité-prix de la demande provoqua entre les fabricants une concurrence qui, même s’ils cherchaient à segmenter le marché par des effets de qualité, s’exprimait par les prix.

Incités ? comprimer leurs coûts, les fabricants, qui produisaient tous avec les mêmes techniques, ne le pouvaient que par pression sur la rémunération des travailleurs dans la forme d’organisation la moins coûteuse, la roto-industrie. La cotonnade imprimée fut le premier grand produit industriel de masse, pour lequel l’incitation à produire davantage et moins cher conduisit à modifier la productivité du travail en améliorant les techniques plutôt que de seulement comprimer les salaires. Le degré d’achèvement de l’unification des marchés de produits, qui construisit une « économie de marché D, dépendit de la continuité de la répartition des revenus, de la proxlmlté des modèles de consommation des catégories sociales et de la baisse des coûts de transport dans l’espace considéré.

Il avait es mêmes déterminants que la croissance industrielle fondée durant l’industrialisation sur le cercle vertu que la croissance industrielle fondée durant l’industrialisation sur le cercle vertueux de l’élasticité-prix : l’augmentation de la production entraînait des économies d’échelle et des progrès de productivité, donc des baisses de prix, puisque les salaires réels profitaient peu des gains de productivité. Cela étendait socialement la demande et constituait de nouveau une incitation à baisser les prix. Économie de marché et croissance, allant de pair, dépendaient toutes deux de la dynamique des revenus des atégories sociales. La faiblesse des couches intermédiaires en France a favorisé le maintien plus tardif qu’en Grande-Bretagne, au XIXe siècle, d’un système productif dualiste dont une partie travaillait pour les produits communs et une autre pour le luxe et le demi-luxe.

Dans les deux cas, une certaine inégalité de la répartition du revenu, qui avait sans doute renforcé le processus d’imitation pour des produits nouveaux consommes en haut de l’échelle sociale avant d’être banalisés, finit par limiter les possibilités d’extension du marché des classes populaires. Le partage des gains de productivité se faisait urtout par baisse des prix, en faveur des consommateurs, c’est-à-dire surtout des classes moyennes et supérieures, et en faveur des profits, soit des revenus des mêmes catégories sociales. La rapide croissance de l’industrie cotonnière britannique buta ainsi sur une saturation du marché intérieur dans les années 1820, alors qu’augmentait le taux d’épargne. Le relais par les marchés extérieurs était indispensable.

Ill-La formation d’un marché international des produits Un commerce international existait dès l’Antiquité pour certains produits : sur de longues distances aur des produits de luxe de fai e les soi PAGF E OF certains produits : sur de longues distances pour des produits de luxe de faible poids comme les soieries, les épices ou l’or, dans des aires géographiques plus limitées pour des produits pondéreux qui, comme le blé, le poisson salé, le vin, le bois, pouvaient néanmoins être transportés à des coûts raisonnables grâce au bon marché des transports maritimes. Chistoire du commerce international est celle d’une extension progressive des flux à des produits plus nombreux, à des valeurs plus importantes relativement aux produits nationaux des pays concernés, à des aires plus larges. Le développement s’est fait de manière discontinue, en fonction de la productivité des transports, des relations économiques et politiques entre pays, de l’existence d’une demande dynamique.

Aux XVIe et XVIIe siècles se développèrent, à une échelle qui faisait des exportations des débouchés majeurs pour les producteurs, deux types de commerce, celui des matières premières de l’Europe du Nord transitant par la Hollande vers l’Europe de l’Ouest exportatrice de vin français et de produits manufacturés, et par ailleurs un commerce intrabranche de produits textiles entre les pays les plus avancés, ue leur concurrence conduisait à des pratiques mercantilistes. Le XVIIIe siècle vit une extension massive des échanges avec les Amériques exportatrices de sucre et de tabac, dont la consommation en Europe augmentait avec la baisse de leurs prix et la hausse des niveaux de vie, avec l’Asie productrice de coton, d’indiennes, de céramiques, et avec l’Afrique intégrée dans ce système par la traite. Désormais ces échanges portaient sur des produits de grande diffusion, toiles de lin puis, à la fin du siècle, cotonnades. pour ces industries, les marchés extérieurs représen