Candide chap 1,3,6 et 19

Candide chap 1,3,6 et 19

?Commentaire du chapitre I de Candide Introduction : Voltaire est reste a la prosperite comme l’un des plus grands hommes du mouvement des Lumieres. Il denoncera sans relache et en utilisant differentes formes l’injustice, les inegalites et l’intolerance. Il ecrira des contes philosophiques comme Candide et Micromegas, mais aussi des traites, des essais, des lettres, ainsi que des articles de l’Encyclopedie. Candide est donc un conte philosophique, une des formes possibles de l’apologue, qui se doit d’etre un recit divertissant comprenant une moralite, un enseignement explicite ou non.

Ce conte est representatif de l’esprit des Lumieres et de ses grands combats puisque Voltaire y denonce en particulier la philosophie Leibnizienne, mais egalement diverses formes d’injustices, comme les abus de la religion, du pouvoir, ainsi que l’esclavage… Le chapitre I de Candide joue un role d’exposition : comme tous les incipits, il a pour fonction de presenter le contexte, les personnages et le sujet de l’intrigue. Voltaire y presente des personnages par une succession de paragraphes, pourtant le lecteur, attentif, verra facilement les distorsions dans cette presentation ou finalement apparait une perspective philosophique et critique.

I. Un chapitre d’exposition : presentation du cadre spatio-temporel et des personnages. La cadre spatio-temporel est defini en quelques

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mots des les premieres phrases. Il s’agit de la Westphalie et d’un chateau. L’utilisation des temps du passe annonce une action passee, impossible a dater de facon precise. Les personnages sont presentes successivement : Candide, le baron, la baronne, Cunegonde, le fils du baron et enfin Pangloss. L’organisation et la longueur des paragraphes montrent donc que l’auteur accorde une place privilegiee au premier et au dernier des personnages, a savoir Candide et Pangloss.

Candide est presente des la premiere phrase. L’accent est mis sur sa jeunesse, « un jeune garcon » ligne 2. Voltaire associe le portrait physique et le portrait moral : « sa physionomie annoncait son ame » ligne 2. Son caractere est defini par « les m? urs les plus douces » ligne 2, et ses capacites intellectuelles par « le jugement assez droit » ligne 3. On peut noter une ambiguite de « simple » qui suggere la modestie et la naivete. A travers les lignes 3 et 4, l’accent est mis sur sa candeur et sa naivete : « je crois » met le narrateur en retrait de l’histoire.

La fin du paragraphe est consacree aux origines de Candide : c’est un fils naturel, il se situe en dehors de la baronne. Cela fait deja de lui un etre marginal. La presentation du baron s’exprime a travers des propositions courtes qui visent a decrire l’etendue des ses possessions. La presentation de ce personnage met en avant son pouvoir, sa puissance. Il est caracterise par les signes exterieurs de richesse : « chateau » ligne 10, « tapisserie » ligne 11, « tous les chiens » ligne 11… Les apparences de ce personnage sont celles de la puissance, de la richesse, ce qui en fait l’homme le plus important du domaine.

La baronne est tout d’abord decrite par la particularite de son aspect physique : « trois cent cinquante livres ». Ensuite elle apparait comme etant une excellente maitresse de maison, et on insiste sur les notions de respect qu’elle inspire : « dignite qui la rendait encore plus respectable » ligne 15. Cunegonde est decrite en une phrase simple, elle est caracterisee par son age, et surtout par une accumulation d’adjectifs : « haute en couleur, fraiche, grasse, appetissante » ligne 16. Elle suscite donc le desir et est caracterisee par ce desir qu’elle inspire.

La presentation du fils est sommaire, elle s’effectue en une ligne. Il est presente comme le fils de son pere et n’a aucun caractere propre, aucune personnalite. Pangloss est decrit en dernier, c’est lui qui a la description la plus longue, la plus elogieuse. Cette presentation est mise en valeur par sa position. Elle est elogieuse, le ton est admiratif : « admirablement » ligne 21. Il est compare a un oracle. Cette presentation des personnages permet au lecteur de connaitre les protagonistes du recit et permet de mettre en valeur un contexte qui s’apparente au conte.

II. Les elements traditionnels du conte L’univers presente dans le chapitre offre l’image d’un microcosme protege ou tout est pour le mieux dans une sorte de monde merveilleux decrit a travers un ton elogieux, des superlatifs, des hyperboles. On trouve dans cet extrait de nombreuses formules traditionnelles propres au conte : Le roman commence comme un conte merveilleux : « Il y avait… » faitechos a « Il etait une fois », qui vise a susciter l’imaginaire. La notion d’intemporalite caracterise cette formule.

D’emblee nous entrons dans un chateau (decors de conte de fees). Quant a l’indication de la Westphalie, bien que le lieu existe, l’histoire se place dans des contrees mysterieuses. Cet extrait reprend egalement toutes les tendances langagieres du conte : l’auteur utilise des superlatifs, « les m? urs les plus douces » ligne 2, « l’esprit le plus simple » ligne 3, le plus beau des chateaux, la meilleure des baronnes possibles, qui doivent participer a la mise en place d’un monde manicheen, ce qui explique l’interet de prendre des reperes simples.

De meme le texte est litteralement envahi par une caracterisation positive qui passe par la multiplication d’adjectifs melioratifs comme « beau », « bon », « honnete », « douce »… On retrouve aussi le temps de la description du conte, l’imparfait, « avait », « soupconnaient » : cet imparfait souligne la vocation de presenter la situation initiale avant d’evoquer l’element perturbateur, qui amenera l’utilisation du passe simple. Ensuite, si le lecteur trouve d’emblee le langage du conte, il y retrouve aussi tous les elements.

En effet, les lieux sont dignes d’un conte de fee, le recit commence dans un pays peu connu, la Westphalie, et surtout se deroule dans un chateau, lieu emblematique du conte de fee, ou l’on trouve bien-sur, une « grande salle » avec sa « tapisserie ». Non seulement les personnages font pratiquement tous partie de la noblesse, on trouve ainsi le « baron », la « baronne » et leurs enfants, mais de plus cette noblesse est mise en relief par le refus de la s? r du baron d’epouser un « bon et honnete gentilhomme du voisinage » car celui-ci « n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre genealogique avait ete perdu par l’injure du temps ». La noblesse est donc a la fois la caracteristique principale des personnages mais elle commande aussi leurs actions. La presence d’un precepteur va dans ce sens, en faisant partie des attributs inseparables de la noblesse. De meme, Voltaire choisit l’intemporalite propre a l‘univers du conte et l’absence de precision pour plus d’irrealite.

L’univers qu’il construit est clos sur lui-meme et fantasmatique, il permet de placer une philosophie au centre de ce microcosme et sa cloture meme fait de cette philosophie la seule explication du monde connue, donc valable pour les habitants du chateau : « Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effets sans causes, et que dans ce meilleur des mondes possibles, le chateau de monseigneur le baron etait le plus beaux des chateaux…». On peut lire en filigrane dans cette description, une image du paradis qui sera confirmee par l’exclusion de Candide. III. L’ironie Si dans un premier temps, le lecteur emble plonge dans un univers qui lui rappelle celui des contes de fee, il se rend rapidement compte que la presence d’un certain nombre de « grincements » invite a une lecture ironique du texte et que derriere une facade idyllique le monde du baron n’est pas ce qu’il semble. Cet incipit deconstruit donc plus encore qu’il ne construit un univers merveilleux. Le premier element qui doit laisser entendre au lecteur que le monde presente n’est peut-etre pas aussi simple et caricaturale qu’une lecture au premier degre le laisse entendre est l’intervention repetee et dissonante du narrateur.

Ainsi, les noms propres peuvent etre vus comme une annonce de l’ironie du texte, du fait qu’ils sont particulierement signifiants. La durete du nom du baron souligne ainsi sa cruaute puisqu’il va chasser Candide et le livrer a lui-meme sans scrupules, la consonance allemande de « Thunder-ten-tronkh » se justifiant egalement par le fait que le conte se deroule en Westphalie. De meme, le nom de « Candide » resume le personnage et l’enferme dans une naivete qui confine a la betise.

Le choix des noms ne serait qu’une annonce de l’ironie que souligne les interventions directes du narrateur, lorsque, par exemple, dans la phrase « c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide », il feint le doute alors qu’il insiste sur sa simplicite et sa douceur avec l’utilisation du superlatif. Les phenomenes de rencherissement et d’insistance vont dans ce sens et donnent a l’ironie un ton plus mordant : « sa grande salle meme »/ « admirablement ».

Si par moment ce sont les interventions du narrateur qui mettent en valeur l’ironie, il arrive aussi que le choix de l’effacement de celui-ci soit egalement significatif, par exemple, le choix du discours direct pour la presentation de la philosophie de Pangloss est une facon pour le narrateur de ne pas reprendre a son compte les stupidites de Pangloss et de laisser le personnage montrer l’etendue de sa betise. Enfin, l’ironie passe egalement par le point de vue de Candide, puisque la scene semble etre vue par un regard qui se contente de constater et donner les faits a voir mais est incapable de les interpreter.

Les indices de l’ironie sont ensuite confortes par l’usage d’une serie de justifications absurdes, qui au lieu de conforter la superiorite et la dignite du baron et de sa famille souligne l’absence de causes reelles qui doivent les justifier. Ainsi, lorsque la puissance du baron se mesure au fait que son chateau « avait une porte et des fenetres », et que « sa grande salle meme etait ornee d’une tapisserie » ou que la baronne s’attire une grande consideration du fait de ses « trois cent cinquante livres ».

Le seul merite de la baronne serait donc son obesite, ce qui rend ironique l’insistance sur la dignite et l’omnipresence de son lexique. De meme, la justification du refus de la s? ur du baron d’epouser « un bon et honnete gentilhomme du voisinage » pour une raison absurde et superficielle montre l’attachement de la famille du baron aux apparences : « parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre avait ete perdu par l’injure du temps », d’autant plus qu’il n’est pas impossible qu’il soit suffisamment noble, ce qui lui manque c’en est la preuve.

De plus, non seulement la justification de la noblesse ne tient qu’aux apparences mais celles-ci sont fausses et trompeuses, ce que l’on voit a travers les rapprochements de termes : « sa meute » n’est qu’en fait « les chiens de ses basses cours », ses « piqueurs » ne sont autres que ses « palefreniers » et son « grand aumonier », le « vicaire du village ». Ces trois rapprochements soulignent la confusion entre la realite et les apparences et le fait que le baron, en apparence un aristocrate fortune n’est en fait qu’un petit hobereau de province.

Enfin, Pangloss, dont le nom signifie « tout langage » met a valeur la vacuite de sens profond dans son discours, ainsi que sa philosophie sont egalement denonces de maniere ironique. Le choix de nommer « metaphycico-theologo-cosmolonigologie » sa « science » indique qu’elle n’est qu’un vaste fourre tout qui s’appuie surtout sur la naivete de son public : ce que met en relief le mot « nigaud » contenu dans son nom. Tout son savoir se contente d’etre un tissu de banalites et d’evidences dites sur un ton docte : « Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effets sans causes », et que dans ce meilleur des mondes possibles, le hateau de monseigneur le baron etait le plus beaux des chateaux et madame la meilleurs des baronnes possibles ». Le verbe « prouver » met en valeur par son ironie le fait que justement s’il soutient un certain nombre d’idees, il n’en prouve aucune, comme le montre les justifications absurdes contenues dans les phrases suivantes : « les nez ont ete faits pour porter des lunettes ; aussi avons-nous des lunettes », « les jambes sont visiblement instituees pour etre chaussees, et nous avons des chausses », ou encore « les cochons etant faits pour etre manges, nous mangeons du porc toute l’annee ».

De meme, quand les justifications ne sont pas absurdes, elles sont inexistantes. Pangloss utilise ainsi une petition de principe, qui prend comme presuppose ce qui est a demontrer, lorsqu’il dit : « Il est demontre, disait-il que les choses ne peuvent etre autrement : car, tout etant fait pour une fin, tout est necessairement pour la meilleure », son raisonnement n’en est pas un mais se contente d’en avoir l’apparence.

Conclusion : L’incipit de Candide, a l’image du reste de l’? uvre, reprend de nombreux elements du conte traditionnel pour mieux les subvertir. En effet, si l’on trouve le langage du conte, avec ses formules, ses superlatifs et son vocabulaire melioratif, les elements tels qu’un contexte irreel et indefini ou des personnages caricaturaux qui ne sont que des types, ce texte est surtout le lieu de la denonciation des apparences trompeuses. La denonciation se ait par le choix d’un ton ironique dont les noms, le point de vue et les interventions du narrateur sont autant d’indices, qu’amplifient les justifications absurdes de la dignite du baron et sa famille et celles qui doivent signifier la validite de la philosophie de Pangloss qui repose en realite uniquement sur une apparence de raisonnement, vide de tout contenu et de toute logique. Commentaire du chapitre III de Candide Introduction : Apres avoir ete chasse du paradis de Thunder-Ten-Tronk, le premier malheur de Candide ayant ete de se faire enroler de force dans l’armee, il semblait inevitable qu’il ait a experimenter la guerre.

C’est pour Voltaire l’occasion de concilier les imperatifs logiques du conte, a savoir une succession d’episodes auxquels est mele le jeune heros) et l’objectif philosophique du conte : montrer que rien n’est « pour le mieux ». Le chapitre III fait donc de Candide un « heros » malgre lui d’un episode de la guerre entre les Bulgare et les Abares. Ce choix permet a Voltaire, a travers une double vision, faussement elogieuse d’abord, puis realiste, de denoncer une pratique qu’il a deja violement stigmatisee dans Micromegas et qu’il denoncera encore dans son dictionnaire philosophique.

La denonciation se fait essentiellement a travers deux procedes : le spectacle des armees rangees puis en action est l’occasion d’un tableau esthetique ou la violence se trouve valorisee egalement par un effet de comptabilite arithmetique. Ensuite, l’envers du tableau donne la realite de la guerre et des populations civiles. De l’ordre et de l’esthetique on passe au desordre et a l’horreur. Ainsi se trouve mise en relief l’opposition qui parcoure le texte, entre la vision philosophique que Pangloss a transmise a Candide, et la vision realiste que Candide decouvre seule, et qui apporte un element flagrant a la premiere.

I. La valorisation de la guerre : un aspect esthetique et « philosophique » Le texte s’ouvre sur une vision esthetique : celle des deux armees rangees en ligne de bataille. L’accent est mis sur l’aspect heroique et sur la vision philosophique qui permettent la justification de la « boucherie ». 1. L’aspect esthetique de la guerre Le combat se presente comme une fete, un spectacle, de par l’utilisation du champ lexical de la musique : « les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours » ligne 1 et 2. Le vocabulaire utilise est tres valorisant « beau », « leste », « brillant ».

De plus tous ces adjectifs sont intensifies par l’adverbe d’intensite « si » : « si beau, si leste, si brillant » ligne 1. On note ici une gradation meliorative pour decrire les deux armees. Il s’agit en effet d’un veritable tableau. L’utilisation des quatre instruments de musique et du terme « harmonie » ligne 2, insistent sur un aspect de veritable concert. 2. Un massacre moralement, socialement et philosophiquement justifie Le narrateur presente ce massacre comme quelque chose de moralement et socialement ustifie de par l’utilisation d’un vocabulaire pejoratif pour presenter les victimes : ce sont des « coquins » ligne 4, qui « en infectaient la surface » ligne 5 (du meilleur des mondes). Leur disparition parait donc pour une bonne chose. D’un point de vue philosophique, l’expression « la raison suffisante » ligne 5, qui appartient au vocabulaire de Pangloss, fait entrer la guerre dans un systeme ou l’on retrouve des causes et des effets. Cela peut donc suffire pour que la mort trouve aussitot une justification. 3. Une logique comptable La guerre se presente ici comme une succession d’operations mathematiques.

On observe donc un caractere comptable de la guerre. On observe des additions de morts : « se monter a », des soustractions de soldats : « reverserent », « ota ». Cependant ces expressions restent imprecises : « a peu pres », « environ », « quelques milliers ». Tous ces calculs se font sans aucune emotion particuliere, tout se passe comme si l’importance des chiffres pouvait a elle seule souligner un succes, une victoire et valoriser ainsi la guerre a travers de communiques triomphants faisant etat du plus grand nombre de morts possibles. II.

Une vision realiste a travers les images de la boucherie L’eloignement volontaire du glorieux champ de bataille conduit Candide a l’arriere, ou il decouvre les effets de la « boucherie heroique » sur les populations civiles. La denonciation prend alors la forme d’une vision realiste de l’horreur. 1. L’innocence des victimes Voltaire cherche maintenant a persuader son lecteur en attirant sa compassion et sa pitie devant le spectacle macabre du massacre des civils. Ces « heros » s’en prennent aux etres les plus faibles : femmes, enfants et vieillards.

Il aura aussi recours au champ lexical de la violence : « mort », « mourante », « brulee », « criblee », « egorgee » … La scene est pathetique : Voltaire utilise des details crus et anatomiques (champ lexical des membres) pour montrer ce spectacle de l’horreur. On note l’assonance en « e » qui entraine d’une part un effet de rimes internes, et cree une reprise obsessionnelle qui attire donc l’attention du lecteur sur la nature du mot et sur son sens, soulignant les actions subies. L’auteur s’acharne tout au long sur paragraphe sur les details anatomiques subis par les civils : « eventres », « egorgees », « violees »… . La reciprocite de l’action Notons egalement la reciprocite de l’action : on note la quasi-impossibilite d’echapper au massacre et au conflit, quelque soit la population visee. « C’etait un village Abare que les Bulgares avaient brules » ; « il appartenait a des Bulgares, et les heros Abares les avaient traites de meme » : ces deux phrases montrent bien que le sort des victimes etait deja trace bien avant que la guerre ne commence. Les etres humains sont reduits en morceaux et n’ont plus d’ages, ni de sexes. Picasso peindra Guernica et presentera les memes scenes. III. L’efficacite de la denonciation

Le realisme du tableau des horreurs, des conflits, suffirait a rendre la guerre insupportable, condamnable, cependant Voltaire a utilise d’autres moyens qui sont la double vision et l’ironique, d’ailleurs liees. En attirant l’attention sur les effets de decalage, essentiellement reveles par le langage, il souligne les anomalies qui apportent une inacceptable justification de la guerre. 1. Une apparence de legitimite esthetique Cette apparence est donnee par le cote esthetique de la guerre qui en fait un spectacle qui rappelle une certaine conception theatrale de la guerre.

L’auteur insiste sur la « beaute » de la guerre, l’ « harmonie musicale ». Il utilise meme le terme « heroique » repris dans l’expression « des heros Abares ». L’auteur fait meme une allusion au theatre de la guerre. Le choix de ces differents termes et le rapprochement avec l’horreur font coexister deux visions inconciliables de la guerre, resumees dans l’oxymore « boucherie heroique » ligne 7. 2. Une justification legale et religieuse. Le cote inacceptable et revoltant de la guerre est souligne par les allusions au « droit de guerre » et par les references religieuses.

Il y a en effet quelque chose de profondement inacceptable a considerer que la guerre trouve une justification dans une religion qui est la meme dans les deux camps (allusion au « Te Deum »). 3. Les phenomenes de distorsions Comme dans le chapitre I, Voltaire place dans le texte, ici et la, des indices qui attirent le lecteur et le previennent qu’il ne faut pas prendre les choses « au pied de la lettre ». Ainsi on voit se glisser dans l’enumeration des instruments de musique les « cannons » qui viennent rappeler la realite de la guerre.

La chute de la deuxieme phrase « telle qu’il n’y en a jamais eu en enfer » joue exactement le meme role. On peut egalement remarquer l’utilisation de periphrases qui evitent d’evoquer certaines realites : « ota » signifie tua, et « raisonner ailleurs » veut simplement dire deserter. Conclusion : Le lecteur, meme plus de deux siecles apres, reste sidere par la force de cette evocation de la guerre. Ce passage essentiel de Candide, parce qu’il est son premier pas dans le monde, sera determinant pour le personnage a la fin du recit. C’est aussi celui qui l’aura prepare aux autres atrocites qu’il rencontrera.

C’est enfin l’un des textes les plus connus de la litterature francaise, peut-etre rebattu mais qui, a l’envisager honnetement, ne perd pas de sa force. Sa force persuasive n’a certes pas empeche la guerre, mais sa simplicite et sa densite ont permis qu’il reste ancre dans les memoires de lecteurs devenus ecrivains, ayant aussi denonce la guerre. Il est devenu ainsi un hypertexte : objet de souvenirs, de reecriture. Celle de Louis Ferdinand Celine dans Voyage au bout de la nuit est la plus reussie. Le tableau que son heros, Bardamu, livre du charnier de la guerre de 14 s’enrichit de cette evocation-citation.

L’hommage d’un chef-d’? uvre a l’autre souligne combien le theme de la denonciation de la guerre est fructueux en litterature. Commentaire du chapitre VI de Candide Introduction : Apres avoir ete chasse du chateau de Thunder-Ten-Tronkh, Candide a ete confronte a de nombreux malheurs tels que l’enrolement, la guerre, la cruaute humaine, la tempete, et enfin le tremblement de terre de Lisbonne. Le heros se retrouve donc ici a la prise de l’inquisition, ce qui donne a Voltaire l’occasion de denoncer de facon assez severe l’intolerance alliee a la superstition.

En effet, ce chapitre nous raconte la ceremonie d’un autodafe dont Candide et Pangloss sont les involontaires victimes. Nous verrons que ce texte, en plus de respecter un certain art du recit, denonce l’intolerance religieuse a l’aide d’une ironie omnipresente. I. L’art du recit Ce chapitre constitue une reelle unite narrative : il s’agit du recit d’un episode dans son integralite. Ce recit est un recit court et dense, qui concentre un tres grand nombre d’elements en un nombre reduit de lignes. De maniere traditionnelle, le narrateur precise les circonstances de l’evenement, qui en sont les acteurs, et les consequences. . Un schema narratif Ce texte presente a lui seul les caracteristiques d’un recit complet, et cela se note avec la presence d’un schema narratif dans son integralite. 2. Les circonstances de l’evenement Les circonstances de l’autodafe sont donnees dans le premier paragraphe. Les circonstances temporelles, « apres le tremblement de terre… » permettent de rattacher ce chapitre au precedent avec une allusion au tremblement de terre et a sa gravite. Le fait de les dire permet aussi d’expliquer les raisons de la decision qui a ete prise et la nature des personnes qui ont prise cette decision : « les sages du pays ».

L’ampleur de la catastrophe justifie une intervention scientifique, d’ou les sages. Enfin, on a la nature de la decision : « le spectacle de quelques personnes brulees » qui fait immediatement penser a l’inquisition. Toutes ces differentes precisions occupent seulement quelques lignes, seuls les details indispensables sont donnes, ce qui n’empeche pas le lecteur de tout savoir sur l’action : les acteurs, les motivations… En revanche, le fait que les victimes ne soient pas encore designees cree un effet de suspens et met en jeu l’imagination du lecteur. 2. Les « heros » et le deroulement

La continuite du recit est assuree par une liaison consecutive : « en consequence » l6. Les victimes sont un biscayen, deux portugais, Pangloss et Candide. Le temps se retrouve reduit a quelques indications : « 8 jours apres » mais rien n’est dit a propos du sejour en prison. Presque aussitot apres, la presentation des personnages est donnee ainsi que la description de la ceremonie. Ce passage comporte successivement une description rapide mais precise des personnages. Leur aspect vestimentaire, le deroulement de la ceremonie avec une insistance sur le decor : musique, harmonie et rythme. On emarque un ralentissement assez complaisant avec des groupes de mots. La fin du paragraphe donne assez brutalement le chatiment. C’est comme si le chatiment etait le point d’aboutissement du spectacle. 3. Les consequences La 1ere consequence est integree pour des raisons d’efficacite au paragraphe concerne au spectacle. Cette consequence releve du cataclysme et souligne l’echec total de la ceremonie. L’autre fait reference a Candide et est donnee sous la forme d’un discours direct. Le contenu et les paroles que Candide s’adresse a lui meme sont tres agitees : interjections, interrogations qui traduisent le plus complet desarroi.

On note une accumulation tres rapide, concentree, de questions sans reponse. Les 2 dernieres lignes permettent d’articuler le chapitre aux 2 chapitres suivants. Le recit est mene sur un rythme rapide avec une accumulation de faits, de decisions, d’actions et de realisations. La ponctuation est abondante et variee et morcelle le texte en episodes. Il n’y a pas beaucoup de mots de liaison, mais Voltaire se sert de la ponctuation. La tonalite dominante est l’ironie. Il s’agit de minimiser ce qui est grave, de raconter avec desinvolture ce qui est grave, ce qui permet de faire apparaitre des incoherences.

II. La tonalite ironique du texte L’ironie du chapitre est creee par un certains nombre de moyens stylistiques. A noter le choix d’une certaine distanciation : Voltaire semble prendre les choses en apparence sans porter de jugements. En realite, cette pseudo objectivite est une maniere de mettre en relief tout ce qui est contestable, critiquable, horrible. 1. Une attitude et une decision valorisees Tout ce qui touche a la decision d’organisation de la ceremonie est presente de maniere apparemment elogieuse avec une insistance particulierement admirative sur ce qui ne merite aucune admiration.

On peut ainsi remarquer l’insistance sur la sagesse et le savoir : « les sages » l1, « moyen plus efficace » l2 et « secret infaillible » l4. 2. Une fausse logique Elle se revele sur plusieurs plans differents. D’abord la logique par les mots de l’articulation qui reunit les paragraphes 1 et 2 : « en consequence ». Elle apparait aussi dans les chefs d’accusation qui sont donnes a propos des condamnes : ces 4 raisons ne sont pas acceptables. Elles s’integrent dans un systeme de relation de cause a effet, presente logiquement.

Les accusations sont : avoir epouse sa commere pour un biscaien, refus de manger le lard du porc pour le portugais, avoir parle pour Pangloss, et avoir ecoute pour Candide. Ces accusations sont presentees comme des raisons suffisantes pour condamner a mort les 5 personnes. 3. La presentation esthetique de la ceremonie Comme dans le chapitre consacre a la guerre, Voltaire utilise un procede de decalage ironique propre a attirer l’attention du lecteur. L’auto-da-fe est une execution presentee comme un spectacle. On peut relever l’utilisation d’un champ lexical de ’esthetique : « spectacle, bel auto-da-fe, belle ceremonie, cadence, on chantait, grande ceremonie ». On remarque aussi le souci de l’esthetique dans la description de l’apparence vestimentaire des condamnes : precision concernant les mitres = sert a orner, « les san- benito ». Ils insistent sur des details presentes comme important sur le plan visuel alors que leur signification est autre. Cette facon de proceder ainsi que l’insistance sur le deroulement harmonieux de la ceremonie releve du processus de detournement. Il consiste a valoriser ce qui est en realite horrible en attirant l’attention sur ce qui n’est pas essentiel.

Mais l’essentiel est egalement donne : « Furent brules et fut pendu ». Le decalage entre les deux est fait pour souligner a quel point l’inquisition fait peu de cas de la vie humaine au profit d’un ceremonial impressionnant. Les commodites des cachots relevent egalement du detournement : « appartement d’une extreme fraicheur… ». Cela permet de releguer en second plan leur nature reelle. 4. L’ironie passe par l’effet de rupture de la derniere phrase Sur un ton tres detache, Voltaire rappelle que tout le ceremonial n’a servi a rien : « le meme jour la terre trembla ».

Comme on le voit, l’ironie releve encore ici de tout un processus de detournement qui utilise certains elements alors que l’on en attendrait d’autres. On remarque aussi le decalage entre les mots utilises et les realites qu’ils recouvrent. On peut rappeler que l’ironie voltairienne correspond tout a fait a la definition de l’ironie : affirmation du contraire de ce que l’on veut faire entendre. III. Les cibles de la denonciation L’utilisation de l’ironie se fait a des fins denonciatrices. Il s’agit pour Voltaire de faire reflechir.

Dans ce recit, la denonciation porte sur 3 plans essentiels : la superstition, l’intolerance et l’optimisme defini comme la rage de croire que tout va bien quand tout est mal. a)La denonciation de la superstition Des le debut du passage, Voltaire s’en prend aux croyances irraisonnees, irrationnelles qui etablissent des liens entre des elements qui n’ont rien a voir entre eux. Ainsi le rapprochement entre le tremblement de terre, les sages, l’universite et la decision de condamner les gens au bucher souligne un raisonnement faussement scientifique relevant de la croyance magique.

Voltaire denonce l’amalgame entre science et croyance (comme Fontenelle, Bayle). Dans le meme ordre d’idee, on peut citer le rapprochement entre les termes comme « spectacles », « bruler a petit feu », « secret infaillible », « trembler ». Ce raisonnement n’a rien de logique et la demarche qui est mise en relief par Voltaire releve de la denonciation de la superstition. La critique menee ici s’inscrit tout a fait dans le combat philosophique contre la superstition, les prejuges. b)La denonciation de l’intolerance On note une intention precise de Voltaire de situer. En placant cet episode a Lisbonne, Voltaire peut denoncer l’inquisition ui n’existait deja plus en France a cette epoque. La denonciation porte sur les points suivants : – la relation incoherente etablie entre la ceremonie et la raison officielle. La raison qui est donnee cache en realite la lute contre l’heresie. – l’arbitraire des raisons invoquees pour chaque condamnation. On note la disproportion entre le chatiment (la mort) et le chef d’accusation : le nom respect d’une pratique imposee par le catholicisme, le retour a des pratiques traditionnelles pour deux portugais issues du judaisme. En ce qui concerne Pangloss, il a tenu des propos pretendument dangereux.

Il a eu une attitude simplement attentive du disciple pour avoir ecoute. – l’horreur du chatiment (bucher) et le caractere spectaculaire qui est donne a la ceremonie. De maniere generale, la denonciation porte sur le non-respect de la liberte religieuse, sur la violence et la cruaute des chatiments, sur l’absence de justification. C’est a l’arbitraire de l’inquisition que s’attaque Voltaire comme l’avait deja fait avant lui Montesquieu. c)La denonciation de l’optimisme Les aventures dans lesquelles Voltaire place son heros ont pour finalite de lui faire comprendre que tout n’est pas au mieux.

Pour Candide la decouverte de l’arbitraire religieux et l’absurdite destructrice des superstitions doivent le conduire vers le doute. L’avant dernier paragraphe montre le debut du cheminement sous la forme d’une serie d’interrogations et d’interjections. Candide s’interroge sur l’absence de relation de cause a effet dans ce qui lui arrive : « faut-il avoir vu pendre… ? ». La recurrence de l’expression : « faut-il… ? » souligne la nature des questions. Candide est totalement enferme dans un systeme de pensee mais celui-ci commence a se lezarder. L’incomprehension devrait remettre en cause l’optimisme prone par Pangloss.

Conclusion : Le chapitre 6 de Candide est tres important sur plusieurs plans : il permet a Voltaire de traiter un certain nombre de questions qui lui tiennent a c? ur. Candide se trouve confronte a une nouvelle forme de mal et de l’incoherence, et cela a travers l’intolerance de l’inquisition. Ce chapitre 6 se revele tres efficace dans la perspective philosophique et prend tout son sens dans la bataille du XVIIIe siecle, bataille pour les droits de l’homme, pour la tolerance et pour le triomphe de la raison. Commentaire du chapitre XIX de Candide Introduction : Ce passage de situe juste apres l’episode de l’Eldorado.

La rencontre avec le negre constitue un choc brutal qui est le retour a la realite du Mal dans toute son horreur. La denonciation de l’esclavage, comme l’exemple meme de l’atteinte aux droits de l’Homme et a la liberte est un des themes recurrents de la philosophie du 18eme siecle. Dans ce passage, les lecteurs sont amenes a une realite historique que Voltaire integre dans son recit. On etudiera dans un premier temps l’expression d’un constat etabli de facon neutre, puis le registre ironique et enfin la critique et le combat de Voltaire contre l’esclavage. I. Un simple constat

La neutralite de la scene se situe sur deux plans : celui de la narration (un narrateur externe) et celui du personnage de l’esclave qui semble accepter son sort dans la moindre revolte. 1. Dans le recit Des la premiere phrase, le narrateur de l’histoire presente le personnage de facon neutre, sans aucun apitoiement pour le personnage, il ne fait qu’en donner des caracteristiques : sa position est « etendue », sa tenue est constituee d’un « calecon de toile bleu », ses « mutilations »… Tout est decrit sur le meme plan, aussi bien les vetements que les mutilations… . A travers l’esclave On note tout d’abord une opposition entre Candide, son emotion, et l’attitude d’attente passive de l’esclave, « j’attends mon maitre », « c’est l’usage » : on ne note rien de choquant dans ses propos, il n’y a aucune emotion. Le calme et la neutralite sont marques par plusieurs phrases : « on nous donne… », phrase qui reprend le code noir, de meme pour « mains et jambes ». Il y a echos de ces trois phrases avec celles du debut. On peut noter un parallelisme syntaxique « Quand… » « Quand… ».

La derniere proposition « Je me suis retrouve dans les deux cas » est tout aussi neutre : c’est comme ca, c’est l’ « usage », c’est le meme procede de neutralite : une simple affirmation qui resume la situation en expliquant de maniere logique et concise l’etat de l’esclave. De meme, « c’est a ce prix ». De maniere generale, on remarque la sobriete, l’absence d’emotivite de l’esclave, qui traduisent une resignation au code noir. Malgre ce simple constat, il ne faut pas penser que Voltaire reste froid et ne partage pas cette neutralite, bien au contraire, cette neutralite cache une certaine ironie de l’auteur.

II. L’ironie L’ironie de Voltaire se revele dans le decalage, dans la feinte d’objectivite et dans l’horreur de la situation. Des la premiere phrase, on note une priorite aberrante : l’accent est mis sur ce qui manque au costume et non pas a ce qui manque a l’esclave, cette priorite est revelatrice de l’ironie de Voltaire. On note aussi une opposition entre les paroles de Candide « etat horrible ou je te vois » et le calme de l’esclave « c’est l’usage » qui traduit l’ironie du passage.

Plus loin, l’explication des mutilations par la remarque neutre et detachee « c’est a ce prix que vous mangez du sucre en Europe » a pour objectif de faire comprendre au lecteur que l’auteur ne pense pas ce qu’il dit. L’ironie attire l’attention de maniere efficace sur les incoherences, l’horreur, le caractere inacceptable pourtant accepte. Enfin, l’ironie est rendue par les termes a double sens : « fameux » a comprendre dans un sens depreciatif, qui signifie « celebre pour sa cruaute », le nom du maitre qui se rapproche au terme vendeur, et avec l’insistance sur la cruaute du mot dendur, l’oxymore « l’honneur d’etre esclave »…

III. Les differents elements de la critique Le personnage de Candide est en quelque sorte le porte parole de la critique de par son emotion. Toutes ces expressions de tristesse de Candide n’expriment qu’une chose : l’etat de l’esclave ne peut qu’inspirer de la pitie. Voltaire fait appel a travers son heros a la sensibilite des lecteurs, ce qui donne encore plus de force a la denonciation. Ce texte vise tous les responsables de l’esclavage et du commerce triangulaire : les commercants, les consommateurs de sucre, les pouvoirs politiques, l’Eglise…

Expliquer la phrase : « les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous ». Elle resume tout le discours de l’esclave : un animal serait certainement mieux traite ! La conversion de l’esclave : « [les] Hollandais qui m’ont converti » (ligne 28). Il s’agit de sa conversion au christianisme, ce qui signifie qu’il a du changer de religion, abandonner les croyances de ses ancetres pour prendre les croyances des Blancs. Le terme fetiche ici (l. 7) est employe au figure et designe ceux pour qui sont l’objet d’un respect injustifie. Le fait que les Chretiens repetent aux esclaves qu’ils sont tous des descendants d’Adam demontre bien l’hypocrisie des esclavagistes, des colons blancs. Le clerge est egalement complice de l’esclavage car les pretres enseignent aux esclaves qu’ils sont tous freres ou cousins, les Blancs et les Noirs, mais ils laissent les maitres traiter leurs esclaves de facon tout a fait inhumaine.