Camus

Camus

A. S. L 1 Deux mots fonctionnent comme des termes des de la citation : la ? douleur? et la ? contradiction ?. Ce qui est mis en avant dans cet extrait de Science de la logique, c’est le r6le majeur de la ? contradiction ? qui a pour correlat necessaire la ? douleur? , la souffrance. Vivre, c’est se confronter a I’inconciliable, faire I’experience intime de I’antino-mie*. Vivre, c’est ressentir la douleur qu’entrafne la confrontation des contraires. Toute la question est de savoir a qui s’applique cette phrase. Qui, pre-cisement, en fait I’experience dans Une femme?

Deux possibility interpretatives s’offrent au lecteur : il peut s’agir d’une experience relevant de la narratrice ou de la mere. Toutes deux sont, de fait, des figures liees a la ? douleur? et a la ? contradiction ?. La lecture de la suite du texte pourra nous aider a choisir. Mais plus qu’une interpretation tranchee, l’6pigraphe* appelle une mise en eveil de nos sens. Les mots ? souffrance? , ? contradiction)) et la tournure ? douleur du vivant? qui se detachent de cette epigraphe resonnent, au seuil du texte, comme une invitation au oyage dans les meandres de tout ce qui fait la complexite de

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I’humain. Incipit: le lieu strategique de la mise en texte Selon une definition etroite, I’incipit designe les premiers mots d’un texte, par reference a la locution latine des manuscrits latins du Moyen Age, incipit liber (? ici commence le livre ? ). Avant d’envisager une conception plus large de I’incipit, conformons-nous a la definition ety-mologique* du terme et prenons en compte la premiere phrase du texte. La premiere phrase – II s’agit d’un debut in medias res*.

Pas de tem-porisation, le recit commence directement avec I’annonce du deces de la mere, element fondateur du texte s’il en est. Le sujet du texte est donne. La figure de la mere qui sera au centre de I’ceuvre est introduite. Ma m6rc est morto le lundi 7 avril a la maison de retraite de I’hdpital de Pontoise, ou je I’avals placee il y a deux ans. Regardons, au moyen d’une analyse grammaticale precise, comment est construite cette phrase. Elle comporte deux propositions : une principal a laquelle s’adjoint une subordonnee relative, L’instance de A. S. L I I’enonciation ‘apparait que dans la relative. Le ? je? est d’emblee mis au second rang. II n’est pas anodin que le texte s’ouvre en premier lieu sur la ? mere ? et ne donne qu’en second lieu le ? je ?. Cette configuration met en place la dimension autobiographique, mais sans placer le ? je? au centre de I’ceuvre. Notons d’ailleurs que le pronom ? je? se trouve dans une proposition relative non determinative, c’est-a-dire qu’elle pourrait etre facilement otee sans nuire au sens de I’enonce. Dans cet incipit, I’accent est done mis sur la mere. ?Ma mere? et non pas ? maman?.

La phrase debute effectivement avec I’expression neutre ? Ma mere?. La mise a distance qui s’opere releve d’un choix esthctique : celui d’une ecriture ? la plus neutre possible ? (p. 64). Les premieres pages – Nous venons d’envisager I’incipit au plus proche de sa definition etymologique, mais une definition plus large est permise. On peut considerer que I’incipit est constitue de plusieurs paragraphes et attendre un changement focal, narratif ou thematique pour le delimiter. Ainsi serait-il possible de prendre en compte, ou bien le seul premier paragraphe ou bien I’ensemble qui va jusqu’a ?

Tout a ete vraiment fini? p. 28, voire I’ensemble que forme le premier mouve-ment sur lequel porte notre Arret sur lecture. Le plus important est de pouvoir justifier le choix. Si on prend en compte, pour delimiter I’incipit, la rupture formelle que constitue le changement de page et le ? blanc ? typographique des pages 28 a 29, on voit qu’il s’organise en deux temps. Tout d’abord la narratrice annonce le deces de sa mere (premier paragraphe), puis elle relate sa venue dans la chambre de I’hdpital et narre les activites liees aux obseques (demarches administratives, choix d’un cercueil… ainsi que I’inhumalion, Tout tourne autour du cadavre qui va disparaitre. L’ensemble forme ainsi une sorte d’unite close (ce qui est signale par ? tout a ete vraiment fini? p. 28), quasi autosuffisante. Si Ton pense a un lecteur faisant une premiere lecture, force est de constater que I’incipit ne peut que susciter sa curiosite : quelle direction la suite du texte va-t-elle prendre? L’incipit remplit ici une fonction ? seductive ? : il ouvre un espace d’incertitude. 31 35