Bronislaw Malinowski

Bronislaw Malinowski

Conditions propres au travail ethnographique Elles consistent surtout, nous venons de le dire, à se couper de la société des Blancs et à rester le plus possible en contact étroit avec les indigènes, ce qui ne peut se faire que si l’on parvient à camper dans leurs villages. Il est très agréable, pour les provisions, de disposer d’un pied-à-terre chez un résident blanc et de savoir qu’on y trouvera refuge en cas de mal le ors il doit se trouver suffisamment éloign permanence et Sni* to View a vie indigène.

Mais milieu où l’on vit en ont on ne sort qu’à des heures bien d terminées pour « faire le village Il ne sera même pas assez proche pour qu’on puisse y aller à tout instant pour se détendre. Car l’indigène n’est pas un compagnon normal pour le Blanc, et après avoir travaillé avec lui plusieurs heures durant, regardé comment il cultive ses jardins, écouté le récit de quelque fait folklorique, discuté de ses coutumes, vous avez une grande envie, bien naturelle, de retrouver un de vos semblables.

Mais puisque vous ne pouvez satisfaire ce désir du fait de votre isolement, vous partez pour une romenade d’une heure ou deux, et au retour,

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vous recherchez tout normalement la société pallier la solitude. Et par ces relations naturelles qui se trouvent ainsi créées, vous apprenez à connaître votre entourage, à vous familiariser avec ses mœurs et ses croyances, cent fois mieux que si vous vous en rapportiez à un informateur rétribué et dont les Comptes rendus manquent sauvent d’intérêt.

Là réside toute la différence entre des apparitions de temps à autre au milieu des indigènes et un contact réel avec eux. Qu’entendre par ce dernier terme? Pour l’ethnographe, cela signifie que sa vie au village, qul est d’abord une aventure étrange, quelquefois désagréable, quelquefois terriblement passionnante, suit bientôt son cours normal en parfait accord avec le voisinage.

Aussitôt que je me fus établi à Omarakana (îles Trobriand), je commençai ? participer, à ma façon, à la vie du village, à attendre avec plaisir les réunions ou festivités importantes, à prendre un intérêt personnel aux palabres et aux petits incidents journaliers; lorsque je me levais chaque matin, la journée s’annonçait pour oi plus ou moins semblable à ce qu’elle allait être pour un indigène.

Je n’avais qu’à m’arracher à ma moustiquaire pour voir, autour de moi, les gens commencer a s’affairer- à moins qu’ils ne fussent, comme cela arrivait, déjà fort avancés dans leur tâche quotidienne suivant l’heure et aussi la saison, car ils préparent et commencent leur besogne de bonne heure ou plus tardivement, selon que le travail presse ou non. Au cours de ma promenade matinale à travers le village, j *AGF 9 rif s que le travail presse ou non.

Au cours de ma promenade matinale à travers le village, je pouvais observer es détails intimes de l’existence famillale, de la toilette, de la cuisine, des repas; je pouvais voir les préparatifs pour le travail de la journée, des personnes partant faire leurs courses, ou des groupes d’hommes et de femmes occupés ? quelque fabrication. Les querelles, les plaisanteries, les scènes de famille, les incidents souvent sans importance, parfois dramatiques, mais toujours significatifs, formaient l’atmosphère de ma vie de tous les jours, tout autant que de la leur.

Parce qu’ils me voyaient tout le temps parmi eux, les indigènes n’étaient plus intrigués, inquiets u genes par ma présence; dès lors, je cessais d’être un élément perturbateur dans la vie tribale que j’étudiais, je ne faussais plus tout du fait de mon approche, comme cela se produit toujours quand un nouveau venu se présente dans une communauté de primitifs.

En réalité, comme ils savaient que je fourrerais mon nez partout, même là où un indigène bien éduqué ne songerait pas à s’immiscer, ils finissaient par me regarder comme une part et un élément de leur existence, un mal ou un ennui nécessaires, atténués par les distributions de tabac.

Plus tard, dans la journée, tout ce qui se déroulait à proximité n’avait aucune chance d’échapper à mon alertes déclenchées au par l’approche du sorcier, les une ou deux grandes querelles et ruptures vraiment importantes au sein de la communauté, les cas de maladie, les remèdes essayés, les morts, les rites magiques qui doivent être célébrés, pour assister à tous ces événements, je n’avais pas à courir avec la crainte de les manquer, mais ils se présentaient là, sous mes yeux, au seuil de ma porte, si je puis dire.

Et, insistons bien, chaque fois que quelque chose de dramatique ou de capital se roduisait, il importait de procéder à l’enquête sur-le-champ, car les indigènes ne peuvent s’empêcher de commenter ce qui se passe et ils sont alors trop excités pour s’exprimer avec réserve, trop intéressés pour que leur imagination se prive d’ajouter des détails. Aussi, à maintes reprises, me rendis-je coupable de manquements à l’étiquette que les indigènes, assez familiers avec moi, ne tardèrent pas à relever.

Je dus apprendre comment me conduire et, dans une certaine mesure, J’acquis le « sens » des bonnes et des mauvaises manières propres aux natifs de ce pays. Grâce ? ela, et aussi parce que j’étais arrivé à me plaire en leur compagnie et à partager quelques-uns de leurs jeux et amusements, je commençai à me sentir vraiment proche d’eux, et c’est certainement la conditlon préalable de tout succès dans le travail de prospection.

Mais l’ethnographe n’a pas *AGF placer ses filets au bon à attendre qui viendra sy jeter. Il doit se montrer chasseur dynamique, talonner sa proie, la diriger vers les rets et la poursuivre jusqu’en ses derniers retranchements. Ceci nous conduit aux méthodes plus actives pour la recherche des documents ethnographiques. Nous avons indiqué à la fin de la division Ill que l’ethnographe doit s’inspirer des résultats les plus modernes de Pétude scientifique, de ses principes et de ses buts.

Je ne m’étendrai pas sur ce sujet et ne ferai qu’une remarque à ce propos, pour éviter tout malentendu. Un bon entraînement portant sur la théorie et la connaissance de ses données les plus récentes ne consiste pas à avoir l’esprit farci « d’idées préconçues n. Si un homme s’embarque pour une expédition, décidé à prouver certaines hypothèses, et qu’il se montre incapable de modifier sans cesse ses vues ou e les quitter de bonne grâce sous l’effet des témoignages, inutile de dire que son travail sera sans aucune valeur.

Mais, plus les problèmes qui Phabitent lors de son enquête sont nombreux, plus il s’accoutume à conformer ses théories aux faits et à vair dans ces derniers le moyen d’étayer une théorie, mieux il est équipé pour sa tâche. Les opinions préfabriquées sont néfastes à toute œuvre scientifique, mais les conjectures sont le bien le plus précieux du savant, et elles n’apparaissent d’abord ? l’obseNateur que grâce à ses études théoriques. 2