Biographie de marcel proust

Biographie de marcel proust

Marcel Proust est ne a Auteuil, dans la maison de son grand-oncle maternel, Louis Weil, au 96, rue La Fontaine. Sa mere, nee Jeanne Weil, fille d’un agent de change juif d’origine alsacienne, lui apporte une culture riche et profonde, et lui voue une affection parfois envahissante. Son pere, Adrien Proust, fils d’un commercant d’Illiers (en Eure-et-Loir), professeur a la faculte de Medecine de Paris apres avoir commence ses etudes au seminaire, est le premier grand hygieniste francais, conseiller du gouvernement pour la lutte contre les epidemies.

Marcel est baptise a l’eglise Saint-Louis-d’Antin a Paris. Or la Commune fait rage a Paris en mai 1871. « Peu avant la naissance de Marcel Proust, pendant la Commune, le docteur Proust avait ete blesse par la balle d’un insurge, tandis qu’il rentrait de l’hopital de la Charite. Madame Proust, enceinte, se remit difficilement de l’emotion qu’elle avait eprouvee en apprenant le danger auquel venait d’echapper son mari. L’enfant qu’elle mit au monde bientot apres, naquit si debile que son pere craignit qu’il ne fut point viable.

On l’entoura de soins; il donna les signes d’une intelligence et d’une sensibilite precoces, mais sa sante demeura delicate. » Marcel est fragile et le printemps devient pour lui

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la plus penible des saisons : les pollens liberes par les fleurs dans les premiers beaux jours provoquent chez lui de violentes crises d’asthme. A neuf ans, alors qu’il rentre d’une promenade au Bois de Boulogne avec ses parents, il etouffe, sa respiration ne revient pas. Son pere le voit mourir. Un ultime sursaut le sauve.

Voila maintenant la menace qui plane sur l’enfant, et sur l’homme plus tard : la mort peut le saisir des le retour du printemps, a la fin d’une promenade, n’importe quand, si une crise d’asthme est trop forte. Apres des etudes au lycee Condorcet, au cours desquelles il se lie avec Jacques Bizet, le fils du compositeur Georges Bizet, et avec Lucien Daudet, fils du romancier Alphonse Daudet, il devance l’appel sous les drapeaux et accomplit son service militaire a Orleans, au 76e regiment d’infanterie.

Rendu a la vie civile, il suit a l’Ecole libre des sciences politiques les cours d’Albert Sorel (qui le juge « pas intelligent » lors de son oral de sortie) et d’Anatole Leroy-Beaulieu ; a la Sorbonne ceux d’Henri Bergson, son oncle par alliance, au mariage duquel il sera garcon d’honneur et dont l’influence sur son uvre a ete parfois jugee importante, ce dont Proust s’est toujours defendu. En 1894, il publie Les Plaisirs et les Jours, un recueil de poemes en prose, portraits et nouvelles dans un style fin de siecle ou son art se montre plein de promesses.

Illustre par Madeleine Lemaire, dont Proust frequente le salon avec son ami le compositeur Reynaldo Hahn, le livre passe a peu pres inapercu et la critique l’accueille avec severite – notamment l’ecrivain Jean Lorrain, repute pour la ferocite de ses jugements. Il en dit tant de mal qu’il se retrouve au petit matin sur un pre, un pistolet a la main. Face a lui, egalement un pistolet a la main : Marcel Proust. Tout se termine sans blessures, mais non sans tristesse pour l’auteur debutant.

Ce livre vaut a Proust une reputation de mondain dilettante qui ne se dissipera qu’apres la publication des premiers tomes de A la recherche du temps perdu. La fortune familiale lui assure une existence facile et lui permet de frequenter les salons du milieu bourgeois et de l’aristocratie. Il y accumule le materiau necessaire a la construction de son uvre : une conscience plonge en elle-meme, recueille tout ce que le temps vecu y a laisse intact, et se met a reconstruire, a donner vie a ce qui fut ebauches et signes.

Lent et patient travail de dechiffrage, comme s’il fallait en tirer le plan necessaire et unique d’un genre qui n’a pas de precedent, qui n’aura pas de descendance : celui d’une cathedrale du temps. Pourtant, rien du gothique repetitif dans cette recherche, rien de pesant, de roman – rien du roman non plus, pas d’intrigue, d’exposition, de n ud, de denouement. La premiere pierre, la premiere phrase de l’ uvre entiere est posee en 1907 – Longtemps, je me suis couche de bonne heure… La derniere phrase existe-t-elle ?

Pas vraiment : c’est le lecteur qui la choisit, jugeant qu’elle clot une recherche interne, la plongee dans une atmosphere du faubourg Saint-Germain ou bien a travers Sodome et Gomorrhe, dans Les Intermittences du c ur – premier titre envisage. Pendant quinze annees, dans sa chambre tapissee de liege, portes fermees, Proust ecrit, ne cesse de modifier et de retrancher, d’ajouter en collant sur les pages initiales les « paperolles » que l’imprimeur redoute. Plus de deux cents personnages vont vivre sous sa plume, couvrant quatre generations.

A partir de l’ete 1895, il entreprend la redaction d’un roman qui relate la vie d’un jeune homme epris de litterature dans le Paris mondain de la fin du XIXe siecle. Publie en 1952, ce livre, intitule, a titre posthume, Jean Santeuil, du nom du personnage principal, est reste a l’etat de fragments mis au net, mais ne constitue pas un ensemble acheve. Proust y evoque notamment l’affaire Dreyfus, dont il fut l’un des temoins directs. Il est un des premiers a faire circuler une petition favorable au capitaine francais accuse de trahison et a la faire signer par Anatole France.

Vers 1900, il abandonne la redaction de ce roman qui nous est parvenu sous forme de fragments manuscrits decouverts et edites dans les annees 1950 par Bernard de Fallois. Il se tourne alors vers l’esthete anglais John Ruskin. Celui-ci ayant interdit qu’on traduise son uvre de son vivant, Proust le decouvre dans le texte et au travers d’articles et d’ouvrages qui lui sont consacres, comme celui de Robert de La Sizeranne, Ruskin et la religion de la beaute. A la mort de Ruskin, en 1900, Proust decide de le traduire.

A cette fin, il entreprend plusieurs « pelerinages ruskiniens », dans le Nord de la France, a Amiens, et surtout a Venise, ou il sejourne avec sa mere. Cet episode est repris dans Albertine disparue. Les parents de Marcel jouent d’ailleurs un role determinant dans le travail de traduction. Le pere l’accepte comme un moyen de mettre a un travail serieux un fils qui se revele depuis toujours rebelle a toute fonction sociale et qui vient de donner sa demission d’employe non remunere de la Bibliotheque Mazarine. La mere joue un role beaucoup plus direct.

Marcel Proust maitrisant mal l’anglais, elle se livre a une premiere traduction mot a mot du texte anglais ; a partir de ce dechiffrage, Proust peut alors « ecrire en excellent francais, du Ruskin », comme le nota un critique a la parution de sa premiere traduction, La Bible d’Amiens (1904). Si ce travail, ainsi que la deuxieme traduction, Sesame et les lys (1906), est salue par la critique, dont Henri Bergson, le choix des uvres traduites ne se revele pas heureux et l’ensemble est un echec editorial. C’est pourtant pour le futur ecrivain un moment charniere ou s’affirme sa personnalite.

En effet, il accompagne ses traductions de notes abondantes et de prefaces longues et riches qui occupent une place presque aussi importante que le texte traduit. Surtout, tout en traduisant Ruskin, Proust prend progressivement ses distances avec celui-ci, au point de critiquer ses positions esthetiques. Cela est particulierement perceptible dans le dernier chapitre de sa preface a La Bible d’Amiens qui tranche avec l’admiration parfois aveugle des trois premiers. Proust reproche notamment a Ruskin son idolatrie esthetique, critique qu’il adressa egalement a Robert de Montesquiou et qu’il fit partager par Swann et Charlus dans La Recherche.

Pour Proust, c’est devoyer l’art que d’aimer une uvre parce que tel ecrivain en parle ; il faut l’aimer pour elle-meme. « Vers 7 heures et demie arrivait chez Weber un jeune homme pale, aux yeux de biche, sucant ou tripotant une moitie de sa moustache brune et tombante, entoure de lainages comme un bibelot chinois. Il demandait une grappe de raisin, un verre d’eau et declarait qu’il venait de se lever, qu’il avait la grippe, qu’il s’allait recoucher, que le bruit lui faisait mal, jetait autour de lui des regards inquiets, puis moqueurs, en fin de compte eclatait d’un rire enchante et restait.

Bientot sortaient de ses levres, proferees sur un ton hesitant et hatif, des remarques d’une extraordinaire nouveaute et des apercus d’une finesse diabolique. Ses images imprevues voletaient a la cime des choses et des gens, ainsi qu’une musique superieure, comme on raconte qu’il arrivait a la taverne du Globe, entre les compagnons du divin Shakespeare. Il tenait de Mercutio et de Puck, suivant plusieurs pensees a la fois, agile a s’excuser d’etre aimable, ronge de scrupules ironiques, naturellement complexe, fremissant et soyeux. » (Leon Daudet, Salons et Journaux, chap. IX).

Apres la mort de ses parents, sa sante deja fragile se deteriore davantage en raison de son asthme. Il vit en reclus et s’epuise au travail. Son uvre principale, A la recherche du temps perdu, sera publiee entre 1913 et 1927, c’est-a-dire en partie a titre posthume. Tombe au Pere Lachaise. Le premier tome, Du cote de chez Swann (1913), est refuse chez Gallimard sur les conseils d’Andre Gide, qui exprimera ses regrets par la suite. Enfin, le livre est edite a compte d’auteur chez Grasset. L’annee suivante, le 30 mai, Proust perd son secretaire et ami, Alfred Agostinelli, dans un accident d’avion.

Ce deuil, surmonte par l’ecriture, traverse certaines des pages de La Recherche. Les editions Gallimard acceptent le deuxieme tome, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, pour lequel Proust recoit en 1919 le prix Goncourt. Il ne reste plus a Proust que trois annees a vivre. Il travaille sans relache a l’ecriture des cinq livres suivants de A la recherche du temps perdu, jusqu’en 1922. Il meurt epuise, le 18 novembre 1922, emporte par une bronchite mal soignee. Marcel Proust est enterre au cimetiere du Pere-Lachaise a Paris, division 85. Il fut fait chevalier de la Legion d’Honneur en 1919.