Bac gnral – 2009 – preuve anticipe de franais – toutes sries

Bac gnral – 2009 – preuve anticipe de franais – toutes sries

BACCALAUREAT GENERAL Session 2009 EPREUVE ANTICIPEE DE FRANCAIS TOUTES SERIES Duree de l’epreuve: 4 heures Coefficient: 2 en series S – ES 3 en serie L L’usage des calculatrices est interdit. Le candidat s’assurera qu’il est en possession du sujet correspondant a sa serie. 9FRGEIN1 1/8 Objet d’etude: Le roman et ses personnages: visions de l’homme et du monde. Texte Texte Texte Texte Texte A : Guy de Maupassant (1850-1893), Une Vie, chapitre XIV (1883). B : Emile Zola (1840-1902), Germinal, septieme partie, chapitre VI (1885).

C : Jean Giono (1895-1970), Regain, deuxieme partie (1930). D: Andre Malraux (1901-1976), La Condition humaine, septieme partie (1933). E : Albert Camus (1913 – 1960), La Peste, cinquieme partie, chapitre 5 (1947). 9FRGEIN1 2/8 Texte A – Guy de Maupassant (1850-1893), Une Vie, chapitre XIV (1883). 5 10 15 20 Rosalie repondit: ({ Eh bien, elle est morte, c’te nuit. Ils sont maries, v’la la petite. » Et elle tendit l’enfant qu’on ne voyait point dans ses linges. Jeanne la recut machinalement et elles sortirent de la gare, puis monterent dans la voiture. Rosalie reprit: « M.

Paul viendra des l’enterrement fini. Demain a la meme heure, faut croire. » Jeanne murmura ({ PauL .. )}

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et n’ajouta rien. Le soleil baissait vers l’horizon, inondant de clarte les plaines verdoyantes, tachees de place en place par l’or des colzas en fleur, et par le sang des coquelicots. Une quietude infinie planait sur la terre tranquille ou germaient les seves. La carriole allait grand train, le paysan claquant de la langue pour exciter son cheval. Et Jeanne regardait droit devant elle en l’air, dans le ciel que coupait, comme des fusees, le vol cintre des hirondelles.

Et soudain une tiedeur douce, une chaleur de vie traversant ses robes, gagna ses jambes, penetra sa chair; c’etait la chaleur du petit etre qui dormait sur ses genoux. Alors une emotion infinie l’envahit. Elle decouvrit brusquement la figure de l’enfant qu’elle n’avait pas encore vue: la fille de son fils. Et comme la frele creature, frappee par la lumiere vive, ouvrait ses yeux bleus en remuant la bouche, Jeanne se mit a l’embrasser furieusement, la soulevant dans ses bras, la criblant de baisers. Mais Rosalie, contente et bourrue, j’arreta: ({ Voyons, voyons, madame Jeanne, finissez; vous allez la faire crier. ) Puis elle ajouta, repondant sans doute a sa propre pensee: ({ La vie, voyez-vous, ca n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. » 9FRGEIN1 3/8 Texte B – Emile Zola (1840-1902), Germinal, septieme partie, chapitre VI (1885). [ Etienne Lantier a ete l’un des principaux artisans de la revolte et de la greve des mineurs fatigues de la misere} de l’exploitation et de la souffrance. Mais le mouvement a echoue et la repression a eu raison des revendications ouvrieres: le heros est oblige de quitter le bassin minier. ]

Mais Etienne, quittant le chemin de Vandame, debouchait sur le pave. A droite, il apercevait Montsou qui devalait et se perdait. En face, il avait les decombres du Voreux, le trou maudit que trois pompes epuisaient sans relache. Puis, c’etaient les autres fosses a l’horizon, la Victoire, Saint-Thomas, Feutry-Cantel ; tandis que, vers 5 le nord, les tours elevees des hauts fourneaux et les batteries des fours a coke fumaient dans l’air transparent du matin. S’il voulait ne pas manquer le train de huit heures, il devait se hater, car il avait encore six kilometres a faire.

Et sous ses pieds, les coups profonds, les coups obstines des rivelaines » continuaient. Les camarades etaient tous la, il les entendait a chaque enjambee. 10 N’etait-ce pas la Maheude, sous cette piece de betteraves, l’echine cassee, dont le souffle montait si rauque, accompagne par le ronflement du ventilateur? A gauche, a droite, plus loin, il croyait en reconnaitre d’autres, sous les bles, les haies vives, les jeunes arbres. Maintenant, en plein ciel, le soleil d’avril rayonnait dans sa gloire, echauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les ourgeons 15 crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussee des Herbes. De toutes parts, des graines se gonnaient, s’allongeaient, gercaient la plaine, travaillees d’un besoin de chaleur et de lumiere. Un debordement de seve coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s’epandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapproches du sol, les 20 camarades tapaient. Aux rayons enflammes de l’astre, par cette matinee de jeunesse, c’etait de cette rumeur que la campagne etait grosse.

Des hommes poussaient, une armee noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les recoltes du siecle futur, et dont la germination allait faire bientot eclater la terre. * rivelaine: pic de mineur. 9FRGEIN1 4/8 Texte C – Jean Giono (1895-1970), Regain, deuxieme partie (1930). [ Le village abandonne et son dernier habitant sont presque revenus a l’etat sauvage; mais Pan tu rie, en fondant une famille avec sa compagne qui attend un enfant et en reprenant son activite d’agriculteur, va faire renaItre le bonheur et la civilisation paysanne.

J Maintenant Panturle est seul. Il a dit: Fille, soigne-toi bien, va doucement; j’irai te chercher l’eau, le soir, maintenant. On a bien du contentement ensemble. Ne gatons pas le fruit. 5 Puis il a commence a faire ses grands pas de montagnard. 11 marche. 11 est tout embaume de sa joie. Il a des chansons qui sont la, entassees dans sa gorge a presser ses dents. Et il serre les levres. 10 C’est une joie dont il veut macher toute l’odeur et saliver longtemps le jus comme un mouton qui mange la saladelle du soir sur les collines.

Il va, comme ca, jusqu’au moment ou le beau silence s’est epaissi en lui et autour de lui comme un pre. Il est devant ses champs. Il s’est arrete devant eux. Il se baisse. Il prend une poignee de cette terre grasse, pleine d’air et qui porte la graine. C’est une terre de 15 beaucoup de bonne volonte. Il en tate, entre ses doigts, toute la bonne volonte. Alors, tout d’un coup, la, debout, il a appris la grande victoire. Il lui a passe devant les yeux, l’image de la terre ancienne, renfrognee et poilue avec ses aigres genets et ses herbes en couteau.

Il a connu d’un coup, cette lande terrible qu’il etait, lui, large ouvert au grand vent enrage, a toutes ces choses qu’on ne peut pas combattre sans l’aide de la vie. Il est debout devant ses champs. Il a ses grands pantalons de velours brun, a cotes; il semble vetu avec un morceau de ses labours. Les bras le long du corps, il ne bouge pas. Il a gagne: c’est fini. Il est solidement enfonce dans la terre comme une colonne. 20 25 9FRGEIN1 5/8 Texte 0 – Andre Malraux (1901-1976), La Condition humaine, septieme partie (1933) Kyo, jeune revolutionnaire communiste responsable d’un groupe de combat charge de prendre le pouvoir a Shangai en 1927, a ete arrete et execute. Sa femme Mayet son pere Gisors, amateur d’opium, se retrouvent apres sa mort. ]) Vous fumez beaucoup? repeta-t-elle. Elle l’avait demande deja, mais il ne l’avait pas entendue. Le regard de Gisors revint dans sa chambre: Croyez-vous que je ne devine pas ce que vous pensez, et croyez-vous que je ne le sache pas mieux que vous? Croyez-vous meme qu’il ne me serait pas facile de vous demander de quel droit vous me jugez?

Le regard s’arreta droit sur elle: N’avez-vous aucun desir d’enfant? Elle ne repondit pas: ce desir toujours passionne lui semblait maintenant une trahison. Mais elle contemplait avec epouvante ce visage serein. Il lui revenait en verite du fond de la mort, etranger comme l’un des cadavres des fosses communes. Dans la repression abattue sur la Chine epuisee, dans l’angoisse ou l’espoir de la foule, l’action de Kyo demeurait incrustee comme les inscriptions des empires primitifs dans les gorges des fleuves.

Mais meme la vieille Chine que ces quelques hommes avaient jetee sans retour aux tenebres avec un grondement d’avalanche n’etait pas plus effacee du monde que le sens de la vie de Kyo du visage de son pere. Il reprit: La seule chose que j’aimais m’a ete arrachee, n’est-ce pas, et vous voulez que je reste le meme. Croyez-vous que mon amour n’ait pas valu le votre, a vous dont la vie n’a meme pas change? Comme ne change pas le corps d’un vivant qui devient un mort … Il lui prit la main: Vous connaissez la ptlrase : « Il faut neuf mois pour faire un homme, et un seul jour pour le tuer ».

Nous l’avons su autant qu’on peut le savoir l’un et l’autre … May, ecoutez: il ne faut pas neuf mois, il faut soixante ans pour faire un homme, soixante ans de sacrifices, de volonte, de … de tant de choses! Et quand cet homme est fait, quand il n’y a plus en lui rien de l’enfance, ni de l’adolescence, quand vraiment il est un homme, il n’est plus bon qu’a mourir. Elle le regardait atterree; lui regardait de nouveau dans les nuages: – J’ai aime Kyo comme peu d’hommes aiment leurs enfants, vous savez …

Il tenait toujours sa main: il l’amena a lui, la prit entre les siennes: – Ecoutez-moi; il faut aimer les vivants et non les morts. – Je ne vais pas la-bas pour aimer. Il contemplait la baie magnifique, saturee de soleil. Elle avait retire sa main. – Sur le chemin de la vengeance, ma petite May, on rencontre la vie … – Ce n’est pas une raison pour l’appeler. Elle se leva, lui rendit sa main en signe d’adieu. Mais il lui prit le visage entre les paumes et l’embrassa. Kyo l’avait embrassee ainsi, le dernier jour, exactement ainsi, et jamais depuis, des mains n’avaient pris sa tete. Je ne pleure plus guere maintenant, dit-elle avec un orgueil amer. 5 10 15 20 30 35 40 9FRGEIN1 6/8 Texte E – Albert Camus (1913 – 1960) – La Peste, V, 5 (1947) [ La peste a ravage la ville d’Oran pendant presque un an, faIsant des milliers de morts; voulant sans cesse soulager la souffrance des hommes, le docteur Rieux a lutte de toutes ses forces contre l’epidemie, qui paraIt desormais s’eloigner, ce qui donne lieu a de grandes rejouissances dans la cite. ] Mais cette nuit etait celle de la delivrance, et non de la revolte. Au loin, un noir rougeoiement indiquait l’emplacement des boulevards et des places illumines.

Dans la nuit maintenant liberee, le desir devenait sans entraves et c’etait son grondement qui parvenait jusqu’a Rieux. 5 Du port obscur monterent les premieres fusees des rejouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celles que Rieux avait aimes et perdus, tous, morts ou coupables, etaient oublies. Le vieux avait raison, les hommes etaient toujours les memes. Mais c’etait leur force et leur innocence et c’est ici que, par-dessus toute douleur, Rieux sentait qu’il les rejoignait, 10 Au milieu es cris qui redoublaient de force et de duree, qui se repercutaient longuement jusqu’au pied de la terrasse, a mesure que les gerbes multicolores s’elevaient plus nombreuses dans le ciel, le docteur Rieux decida alors de rediger le recit qui s’acheve ici, pour ne pas etre de ceux qui se taisent, pour temoigner en faveur de ces pestiferes, pour laisser du moins un souvenir de l’injustice et de la 15 violence qui leur avaient ete faites, et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fleaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses a admirer que de choses a mepriser.

Mais il savait cependant que cette chronique ne pouvait pas etre celle de la victoire definitive. Elle ne pouvait etre que le temoignage de ce qu’il avait fallu 20 accomplir et que, sans doute, devraient accomplir encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgre leurs dechirements personnels, tous les hommes qui, ne pouvant etre des saints et refusant d’admettre les fleaux, s’efforcent cependant d’etre des medecins. Ecoutant, en effet, les cris d’allegresse qui montaient de la ville, Rieux se 25 souvenait que cette allegresse etait toujours menacee.

Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparait jamais, qu’il peut rester endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-etre, le jour viendrait ou, pour le malheur et 30 l’enseignement des hommes, la peste reveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cite heureuse. 9FRGElN1 7/8 ECRITURE ) Apres avoir lu tous les textes du corpus, vous repondrez a la question suivante (4 points) : Quelle conception de la vie chacune de ces fins de roman vous parait-elle transmettre? Quels rapprochements peut-on faire entre ces textes? Il) Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des trois sujets suivants. (16 points) 1. Commentaire Vous ferez le commentaire du texte de Jean Giono (texte C). 2. Dissertation Le but d’une derniere page de roman est-il uniquement de donner un denouement a l’histoire?

Vous repondrez dans un developpement organise, en vous appuyant sur les textes du corpus, les oeuvres etudiees en classe et vos lectures personnelles. 3. Invention Les textes du corpus livrent la meditation finale d’un personnage sur ce qu’il a vecu. Vous decidez de reecrire la derniere page d’un roman que vous avez apprecie et 1 ou etudie. Apres en avoir rappele en quelques lignes le titre et l’essentiel du denouement, vous imaginez la meditation du personnage principal qui revient sur l’ensemble de son itineraire. 9FRGEIN1 8/8