Anthropologie dans les societes modernes

Anthropologie dans les societes modernes

LA DEMARCHE ANTHROPOLOGIQUE, SON APPLICATION AUX SOCIETES MODERNES, INDUSTRIALISEES. ———————————————————————————————————————– George Marcus disait que toutes les tentatives pour creer un corps de recherches coherents sur les societes occidentalisees, sont des tentatives relativement recentes. Dans « Comment la curiosite anthropologique consomme ses propres lieus d’origine » dans la revue Ethnologie Francaise en 2000.

Il constate alors qu’il existe encore beaucoup d’anthropologues qui considerent qu’il n’est pas la mission de l’anthropologue de soumettre a nos propres societes un regard anthropologique. Pour lui, le fait d’etudier nos societes conduit a devoir repenser la totalite du projet de l’anthropologie. Il est difficile d’incorporer dans le champ anthropologique disciplinaire nos propres societes. Dans cet article, George Marcus se pose la question suivante :

Peut –on se contenter d’ajouter les terrains occidentaux aux champs anthropologique sans que cela modifie la discipline ou est-ce que l’interet des societes occidentales doit amener a repenser d’une maniere nouvelle la discipline, de maniere incorporee ces nouveaux terrains ? En Angleterre le terme « anthropologie » est exclusivement reserve aux societes exotiques, lointaines. Ainsi, lorsqu’ils s’attachent aux societes proches, ils ont recours au terme « community studies », terme equivalent de l’anthropologie du proche. La question de George Marcus a te reformulee par Alain Testard « L’objet de l’anthropologie sociale » dans le numero

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97/98 de l’Homme en 1986. Il se demande alors si l’on doit considerer que cet objet doit demeurer identique, ou bien a l’inverse si l’on peut accepter que les transformations du monde se repercutent sur la discipline. En d’autres termes, si l’on doit modifier l’objet de la discipline. Celui precise sa position, qui est favorable a l’anthropologie classique et va considerer que ces remises en cause de l’anthropologie conduisent a un affaiblissement de la discipline, a une crise.

Les societes traditionnelles ont en quelques sortes disparues, alors vaincues par la mondialisation. Les rapports commerciaux, monetaires, capitalistes ont transformes ces societes et par la modifie l’objet de l’anthropologie de base. Ces modifications ont eues pour consequences d’affecter l’adequation entre l’objet de la discipline (societes primitives) et la methode. Il s’agit de soit : conserver l’objet mais d’abandonner la methode conserver la methode (l’observation) mais on abandonne l’objet. Il constate que l’on a conserve la methode (l’observation) et que l’on a conserve l’objet.

Pour Testard c’est une constatation deplorable qui devrait conduire a une remise en cause. Desormais nous pouvons voir que l’anthropologie persiste et qu’effectivement on a garde la methode en abandonnant l’objet mais que la discipline existe encore. Il y a alors une contradiction interessante a etudier. Le premier facteur souligne par Alain Testart, est un facteur reel, c’est celui de la fermeture des terrains lointains, ce qui explique alors le rapatriement des anthropologues. Les ethnologues ont longtemps ete des africanistes, lesquels etaient encourages a aller dans les pays africains.

Les pays colonises sont des pays ou l’on parle francais, ainsi les anthropologues francais sont alle en Afrique (terrain privilegie des anthropologues). Ces pays, sont par ailleurs entres en crises au moment des decolonisations. Ainsi, les anthropologues, n’etant plus les bienvenus, n’ont plus eu la possibilite d’etudier dans ces pays lointains et se sont rabattues sur les terrains accessibles, a savoir les terrains occidentaux. Ce retour aux terrains accessibles, occidentaux, Marc Auge parle « d’anthropologie par defaut ».

Une autre raison du retour des ethnologues dans la societe occidentale, celle du fait que les societes se sont transformees, modifiees, industrialisees. L’exode rural par exemple, qui a veritablement provoque une hemorragie demographique, a provoque la disparition des coutumes et modes de vie des campagnes, des paysans. Tout cela a amene a ce que se developpe une « ethnologie du sauvetage » laquelle etait censee sauver les modes de vies et des savoir faire. En effet, cette « ethnologie du sauvetage » s’est presentee comme une sorte d’action preventive contre la perte d’identite culturelle.

Martine Segalen, quant a elle, montre qu’a travers « l’ethnologie du sauvetage », les modes de vie et les savoir faire presentent des caracteristiques, des connotations exotiques. En effet, etant tellement aux antipodes de la modernite, etudier ces modes de vie exotiques en France n’etait pas si absurde. Ce qui marque egalement le retour des ethnologues en France, c’est aussi parce que l’un des objectifs de l’anthropologie est de comparer les societes entre elles. En effet, si l’anthropologie a pour objectif d’expliquer l’Homme, il n’y a aucune raison que notre societe ne soit pas traitee comme les autre.

Dans une perspective comparative, elle doit etre consideree. Il ne s’agit pas d’abandonner l’objet initial de l’anthropologie, mais il faut aussi bien s’interesser a l’autre exotique mais egalement « l’autre de l’autre ». Si l’on pousse la demarche comparative jusqu’au bout, nous sommes des objets d’etudes legitimes. >> Comment est nee cette anthropologie du proche ? Dans le texte important d’Horace Miner, datant de 1956 et publie dans la revue « American Anthropologist », celui ci aborde, decrit un certains nombres de rituels lies au corps, qualifies d’etranges.

Ce texte est en realite un canular. « Nacirema : histoire d’un hoax a l’ethnologie » en 2006, denonce alors le repli ethnologique, l’absurdite de l’ethnocentrisme, le refus de la diversite et a pour objectif de se demander pourquoi l’anthropologie ne pourrait pas porter son regard sur nos propres societes. En somme demontrer la legitimite d’etudier l’autre de nos societes. L’anthropologie classique s’est principalement interessee a des societes qui etaient definies primitivement, c’est-a-dire de « sans ecriture, sans histoire, sans religion ».

Toutes les societes etudiees par l’anthropologie etaient qualifiees de maniere primitive. Les societes caracterisees positivement avec religion, economie, ont ete reservees aux sociologues, aux economistes et aux historiens. Cette division a conduit a considerer qu’il y avait d’un cote des societes sans et des societes avec. Cette separation s’appelle « le grand partage » et consiste, dans la croyance, qu’il existerait des societes primitives radicalement opposees aux societes occidentales. Au fond, ce grand partage marque bien la division entre les societes civilisees et non civilisees.

Cours n°2 : 15/09/2010 ;; Les enjeux epistemologiques du grand partage. Notion forgee en 1919 par un anthropologue, Jack Goody, dans l’un de ses ouvrages. Il considere que cette notion est sous jacente dans les representations de l’anthropologie classique. Tendance generalement observee a distribuer les societes humaines et les systemes de pensees en deux classes qui seraient exclusives de l’une de l’autre ? Il souligne dans son texte cette tendance a separer et organiser quelque chose que l’on retrouve de facon recurrente dans le domaine de l’anthropologie.

Ces categorisations dualistes se retrouvent depuis le 19eme siecle : primitive / civilise sauvage / domestique traditionnelle / moderne ouverte / fermee prelogique / logique sous developpee / developpee Ce principe charpente ces oppositions. Cette expression a ete reprise pour qualifier la separation de la division entre des societes qualifiees de moderne/scientifiques (nous) des societes traditionnelles (les autres). Il montre que cette categorisation dualiste des societes a pendant tres longtemps organise les representations de la diversite culturelle, jusqu’au 19e s.

Cependant, on pense qu’il existe encore un certain dualisme de nos jours (ex. : l’emploi… ) meme si ce grand partage persiste encore aujourd’hui, depuis le 18e siecle, on considere qu’il existe une unite de langue. Philosophiquement on ne remet pas en cause l’unite de l’homme. Mais pour autant, cette unite ne signifie pas egalite. Jack Goody montre que c’est cette idee du grand partage qui c’est progressivement edifie. L’anthropologie. Elle s’est donne un objectif qui est les societes primitives, qui se definissent par opposition a notre propre societe.

Parmi les traits qui caracterisent ces autres societes, il y a l’idee que contrairement a nos propres societes, ce sont des societes dans lesquelles les differents niveaux de la vie sociale seraient imbriques dans la vie sociale des uns et des autres. L’un de ceux qui a veritablement promut cette idee c’est Lewis Morgan (1918-1981). On le considere comme le theoricien de l’evolutionnisme et a qui l’on doit la notion de parente. Il disait que l’ethnologie etait la science des societes regies par la parente. Tous les aspects de la vie sociales etaient imbriques les uns dans les autres, ou la parente dominaient. Par exemple, le politique ’adossait au systeme de parente. A partir des travaux de Morgan et l’evolutionnisme, on a considere que les societes dans lesquelles les rapports de parente sont predominants, sont des societes qui relevent de l’analyse anthropologique. A partir de ces questions la, les anthropologues tels que Alain Testard, se sont interroges sur ce que pouvait definir l’anthropologie. Mais alors, comment definir l’anthropologie ? Levi-Strauss, en particulier dans son ouvrage « Anthropologie Structurale » et Gerard Lenclud, vont affirmer l’un comme l’autre que l’anthropologie ne se laisse definir ni par ses objets ni par ses methodes.

Levi Strauss dans son ouvrage precise que « l’anthropologie ne se distingue pas des autres sciences humaines et sociales par un sujet d’etude qui lui serait propre ». Il va avancer plusieurs arguments a l’appui de sa these. Plusieurs arguments vont etre avances a la suite de cette these : Les objets sur lequel s’exerce le regard anthropologique ne forme pas une classe d’objets commune a l’ensemble des societes soumises au regard anthropologique. Il constate que l’on a souvent tendance a considerer que les societes dites primitives se caracteriseraient par un type specifique d’organisation politique.

Elles se caracteriseraient aussi par un point essentiel selon Morgan, c’est-a-dire l’absence d’ecriture, ce seraient donc des societes dans lesquelles l’oralite a une place preponderante, a l’inverse de nos societes. Finalement, pour Levi-Strauss, on n’arrive pas a trouver d’objets communs entre ces societes. Les differences observees par exemple par Lewis Morgan au 19eme siecle, fondees sur une relative observation, ont evoluees et se sont attenuees par rapport a nos societes (processus de mondialisation).

Par exemple, s’il est vrai que pendant une longue periode ces societes possede peu de traces ecrites, elles ont progressivement constitue des archives et se sont rapprochees de notre societe. Se demande donc si l’objet de la sociologie ne serait pas finalement l’alterite elle meme ? Donc l’alterite serait un attribut commun a l’ensemble des societes. Ils montrent que c’est en realite confondre la genese de la discipline avec sa definition. En effet, il est vrai que quand l’anthropologie emerge, elle se confronte a l’alterite. C’est par la decouverte de population ayant des m? urs ou des langues differentes que nee l’anthropologie.

Ce que objet Levi-Strauss et Lenclud c’est que ca ne veut pas dire pour autant que le champ de l’anthropologie se reduit a l’alterite. de plus, l’un et l’autre souligne que le point de vue qui consisterait a dire que l’objet de l’anthropologie est l’alterite est un point de vue ethnocentrique parce que cela supposerait que l’on pose l’alterite par rapport a nous meme donc c’est par rapport a notre propre regard que l’autre apparait comme different. Or l’alterite n’est pas un attribut mais est une caracterisation qui est toujours relative puisque si l’autre est un inconnu pour nous, nous sommes un inconnu pour lui. e plus, il faut aussi noter que derriere la notion d’alterite, il y a des realites diverses. L’alterite peut prendre une multitude de figures differentes. Par exemple : alterite sexuelle (homme/femme), alterite de classes, etc. , on peut donc considerer que l’alterite creuse des differences entre les individus. l’alterite n’est pas une caracteristique bien definie, elle est relative. du coup, elle n’est pas un critere pertinent pour definir l’anthropologie. Si ce n’est pas l’alterite au sens large, est-ce que ca serait l’alterite strictement ethnique ?

Il y a un certain nb d’objections. D’abord, si on considere que ce qui caracterise l’anthropologie est quelle etudie les societes qui sont autres ethniquement par rapport a notre, c’est encore de l’ethnocentrisme. si on considere que l’anthropologie est une science, il faut alors considerer quelle est universelle. Il se trouve qu’en realite, nous sommes aussi ethnologiquement autres par rapport a un tout. donc de la meme maniere, l’alterite, dans la mesure ou elle est commune a toutes les societes, la question qui se pose est la place ou l’on parle.

Habermas dit qu’ « il faut remplacer la comprehension egocentrique du monde par celle d’un membre dune des societes qui l’etude » L’alterite change donc de place. On est tous l’autre de quelqu’un. cela ouvre donc toute legitimite a un ressortissent dune societe differente de la notre a nous etudier egalement. Cela semble aller de soi. Cela s’est impose recemment car, dans les annees 1980 encore, un ressortissant d’une societe africaine qui serait venu nous etudie aurait etait mal percu. Derniere question que pose Levi-Strauss : est-ce que l’eloignement dans l’espace, la distance geographique serait la propriete de l’objet anthropologique ?

Il dit que la distance geo n’est pas fondamentale mais est circonstancielle. donc il invite a dissocier ce qui releve de l’histoire economique, social et culturelle des societes modernes. l’eloignement doit donc etre considere comme une qualite de l’approche. Pierre Bourdieu disait que la distance n’est pas la ou on la cherche habituellement mais se situe plutot dans l’ecart, entre deux rapports au monde theorique et pratique. La distance est donc associee a une distance sociale. l’eloignement n’est donc pas un element pertinent. ;; Est-ce que, ce qui distingue l’anthropologie est la methode ? L’outil ne fait pas le metier.

L’approche directe que l’on associe a la methode anthropologique n’est qu’un moyen de recueillir des donnees mais n’est pas constitutif a la discipline. Si on a accorde une place importante au terrain, ce n’est pas parce que l’anthropologie est la « methode du terrain » mais parce que les societes etudiees a l’epoque etaient principalement depourvues d’ecrit. La methode n’est pas la propriete de la discipline. Des lors que les conditions changent, la methode s’adapte. C’est ce que montre Daniel Fabre dans « l’Ethnologue et ses Sources», en effet, tout depend des societes sur lesquelles on pose le regard.

Apres la decolonisation, l’ethnologie s’est tournee vers les traces ecrites, ainsi de nos jours il n’y aurait pas d’anthropologues qui refuserait d’utiliser des traces ecrites parce que ce n’est pas la methode. Lenclud definie l’anthropologie comme une «conjonction d’une tradition problematique et par une ambition qui en regie les orientations generales». Ce que cherche l’anthropologie c’est la diversite des formes socio- culturelles, et donc la singularite. Mais cette tradition problematique est egalement indissociable d’un projet ambitieux, celui de mettre des logiques sociales et symboliques communes a l’ensemble des societes.

Le projet ultime de l’anthropologie est l’unite du genre humain a travers ses determinations sociales. Levi-Strauss donnera comme tache a l’ethnologue de connaitre et juger l’homme pour l’abstraire a des contingences particulieres a telles societes ou telles civilisations et decouvrir une forme commune aux diverses manifestations sociales. L’anthropologie cherche des invariants sociaux, communs a l’ensemble des societes. Par consequent, Lenclud souligne qu’une anthropologie qui exclurait l’etude des societes complexes serait une anthropologie qui se priverait de l’une des composantes de la diversite humaine.

Non seulement la connaissance anthropologie de l’homme implique l’etude de l’ensemble des societes et pas seulement des societes eloignees de la notre et si, effectivement, on exclu les societes occidentales du champ anthropologique, c’est que l’on considere notre societe comme de nature differente des autres societes, ce qui n’est pas le cas. Une science des societes doit donc necessairement etudier toutes les societes sans aucune exception. La pertinence de la demarche comparative est liee au fait que l’anthropologue confronte les societes les unes aux autres, et y compris a la notre.

L’anthropologie repose sur une triple exigence, une exigence qui sera satisfaite aussi bien dans l’etude des societes traditionnelles que dans nos societes modernes. Elle repose en premier lieu sur une exigence qui se qualifie de minutie : c’est-a-dire que l’anthropologue essaie de saisir le phenomene qu’il etudie dans la totalite de ses dimensions. Ce phenomene ne prend veritablement un sens anthropologie que lorsqu’il est relie aux societes dans lequel il s’inscrit. Cette exigence de minutie va etre remplie de la meme maniere dans les societes occidentales et traditionnelles.

Ce qu’on croyait etre propre aux autres se rencontrent egalement chez nous. Pour atteindre la neutralite vis a vis de l’objet etudie, il faut de la distance (spatiale, culturelle). Levi-Strauss a considere que le meilleur moyen d’atteindre cette distance maximale etait que le sujet et l’objet soit dans une relation reciproque d’etranger. Pour produire une connaissance de l’autre, il faut que celui ci soit exterieur a soi. Pour Levi-Strauss, si l’ethnologue enquete dans un milieu familier, il est incapable de se debarrasser de la complicite qui le lie aux gens qu’il etudie.

Il est prisonnier des representations qu’il partage avec eux et ne peut pas satisfaire cette exigence de neutralite. Le regard eloigne qu’il prend n’est pas necessairement un regard eloigne dans l’espace mais une maniere de pose l’autre comme different de soi. Il considere que la troisieme exigence est celle de la comparaison : c’est l’etude de la variabilite des cultures humaines. L’anthropologue doit ne pas se contenter d’etudier une societe isolee mais doit la mettre en perspective avec d’autres societes. C’est justement dans la comparaison qu’emerge les traits culturels qu’il cherche a mettre en evidence.

Nos societes sont marquees par une opposition extremement importante : l’opposition entre modernite et tradition. Cette opposition reprend en partie le schema du grand partage. D’un cote il y aurait une modernite que nous incarnons, face a laquelle il y aurait la tradition, incarne par les societes primitives. Cette opposition repose sur l’idee que les societes modernes seraient des societes qui ont vu emerger une rationalite (a partir du 18eme siecle) qui est capable de depasser les frontieres culturelles, d’integrer les elements provenant d’autres cultures, civilisations a l’inverse des societes traditionnelles.

On voit donc que ce partage repose essentiellement sur des affirmations ideologiques. Par exemple, les societes traditionnelles ne seraient pas capables d’operer des distinctions abstraites, au contraire de nos societes…. le concept de modernite est un concept engendre dans nos societes occidentales et qui a donne naissance a d’autres notions remise en cause (progres, evolution, arrieration… ).