Anthologie poetique

Anthologie poetique

ANTHOLOGIE POETIQUE La Pleiade est un groupe d’auteurs ne vers 1549, son but est de faire reculer le « Monstre Ignorance ». Les membres de La Pleiade cherchent a faire de la poesie dans leur langue, le francais : « La poesie doit parler la langue du poete ». Cependant, ils remarquent alors que la langue est pauvre et decident de l’enrichir en inventant d’autres mots. Dans leurs poesies, les auteurs abordent les quatre principaux themes de la poesie : l’amour, la mort, la fuite du temps et la nature.

La Pleiade a partcipe au developpement et a la standardisation du francais et a joue un grand role dans l’oeuvre de « l’illustration de la langue francaise » et de la renaissance litteraire. Ronsard (1524-1585) est page de beaucoup d’aristocrates mais une maladie grave le rend a moitie sourd donc il se consacre pleinement a la poesie. En 1544, il s’installe a Paris, il apprend sous l’influence de Jean Dorat qui est son maitre au college. Il frequente des poetes, des humanistes, des clercs, des gens de cour et participe a l’activite de l’Academie de poesie et de musique. En 1558, il devient poete officiel de la cour, il prone un style savant.

Vu que tu es

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plus blanche Vu que tu es plus blanche que le lis, Qui t’a rougi ta levre vermeillette D’un si beau teint ? Qui est-ce qui t’a mis Sur ton beau sein cette couleur rougette ? Qui t’a noirci les arcs de tes sourcils ? Qui t’as bruni tes beaux yeux, ma maitresse ? O grand beaute remplie de soucis, O grand beaute pleine de grand liesse ! O douce, belle, honnete cruaute, Qui doucement me contraint de te suivre, O fiere, ingrate et facheuse beaute, Avec que toi je veux mourir et vivre. Celui qui boit Celui qui boit, comme a chante Nicandre, De l’Aconite, il a l’esprit trouble, Tout ce qu’il voit lui semble estre double,

Et sur ses yeux la nuit se vient espandre. Celui qui boit de l’amour a Cassandre, Qui par ses yeux au coeur est ecoule, Il perd raison, il devient afole, Cent fois pour la Parque le vient prendre. Mais la chaut vive, ou la rouille, ou le vin Ou l’or fondu peuvent bien mettre fin Au mal cruel que l’Aconite donne : La mort sans plus a pouvoir de garir Le coeur de ceux que Cassandre empoisonne, Mais bien heureux qui peut ainsi mourir. Du Bellay (1522-1560) s’interesse aux lettres apres une courte carriere militaire, il etudie la litterartue grecque au college Coqueret avec Jean Dorat comme maitre.

En 1553, Joachim Du Bellay va a Rome avec son cousin qui est eveque, il y compose ses plus beaux poemes. De retour en France en 1557, il fait publier ses oeuvres et tente de s’imposer a la cour mais sans succes. Les regrets Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. Ou comme celui-la qui conquit la Toison, Et puis est retourne, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son age ! Quand reverrai-je, helas, de mon petit village Fumer la cheminee, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison. Qui m’est une province et beaucoup davantage ?

Plus me plait, le sejour qu’ont bati mes aieux, Que des palais romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plait l’ardoise fine, Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin, Plus mon petit Lire que le mont Palatin, Et plus que l’air marin la douceur angevine. Plainte France, mere des arts, des armes et des lois, Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle. Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle, Je remplis de ton nom les antres et les bois. Si tu m’as pour enfant avoue quelquefois, Que ne me reponds-tu maintenant, o cruelle ? France, France, reponds a ma triste querelle !

Mais nul, sinon Echo, ne repond a ma voix. Entre les loups cruels, j’erre parmi la plaine, Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine D’une tremblante horreur fait herisser ma peau. Las! tes autres agneaux n’ont faute de pature. Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure, Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau. La poesie romantique est un mouvement ne vers 1820, dans ces poesies, les auteurs vont exprimer leur mal de vivre et leurs souffrances affectives en meditant sur la mort, sur Dieu, sur l’amour, la fuite du temps, la nature et la gloire en se montrant melancoliques.

Les poetes cherchent une musicalite dans leurs vers et les textes sont plus longs, parfois en prose. La generation d’apres va trouver ce genre pesant mais ceratins de ces poemes constituent cependant des pieces de reference qui touchent encore le lecteur aujourd’hui. Lamartine (1790-1869) entre dans les gardes du corps de Louis XVIII apres avoir acheve ses etudes au college des Jesuites en 1814. Tres vite, il s’ennuit mais s’adonne a l’ecriture, en 1820 grace a ses textes, il est considere comme un grand poete et neuf ans plus tard, il est elu a l’Academie Francaise.

Puis il se met a la politique, il est depute de Bergues en 1833, il gravit des echelons et est nomme a l’Assemblee nationale en 1848. La tristesse L’ame triste est pareille Au doux ciel de la nuit, Quand l’astre qui sommeille De la voute vermeille A fait tomber le bruit ; Plus pure et plus sonore, On y voit sur ses pas Mille etoiles eclore, Qu’a l’eclatante aurore On n’y soupconnait pas ! Des iles de lumiere Plus brillante qu’ici, Et des mondes derriere, Et des flots de poussiere Qui sont mondes aussi ! On entend dans l’espace Les choeurs mysterieux Ou du ciel qui rend grace, Ou de l’ange qui passe,

Ou de l’homme pieux ! Et pures etincelles De nos ames de feu, Les prieres mortelles Sur leurs brulantes ailes Nous soulevent un peu ! Tristesse qui m’inonde, Coule donc de mes yeux, Coule comme cette onde Ou la terre feconde Voit un present des cieux ! Et n’accuse point l’heure Qui te ramene a Dieu ! Soit qu’il naisse ou qu’il meure, Il faut que l’homme pleure Ou l’exil, ou l’adieu ! L’Occident … Et l’astre qui tombait de nuage en nuage, Suspendait sur les flots son orbe sans rayon, Puis plongeait la moitie de sa sanglante image, Comme un navire en feu qui sombre a l’horizon ;

Et la moitie du ciel palissait, et la brise Defaillait dans la voile, immobile et sans voix, Et les ombres couraient, et sous leur teinte grise Tout sur le ciel et l’eau s’effacait a la fois ; Et dans mon ame aussi palissant a mesure, Tous les bruits d’ici-bas tombaient avec le jour, Et quelque chose en moi, comme dans la nature, Pleurait, priait, souffrait, benissait tour a tour ! … O lumiere ! ou vas-tu ? Globe epuise de flamme, Nuages, aquilons, vagues, ou courez-vous ? Poussiere, ecume, nuit ; vous, mes yeux ; toi, mon ame, Dites, si vous savez, ou donc allons-nous tous ?

A toi, grand Tout, dont l’astre est la pale etincelle, En qui la nuit, le jour, l’esprit vont aboutir ! Flux et reflux divin de vie universelle, Vaste ocean de l’Etre ou tout va s’engloutir ! Musset (1810-1857) commence des etudes de droit et de medecine qu’il ne termine pas car a partir de 18 ans, il frequente le Cenacle romantique. Precoce et brillant, il rencontre un succes immediat a 19 ans quand il publie son premier recueil et la mort de son pere en 1832 l’entraine a faire de la litterature son metier. Un an plus tard, il rencontre celle qui doit etre le grand amour de sa vie : la romanciere Georges Sand.

En 1852, il est elu a l’Academie Francaise alors que le public se desinterresait de lui et que ses pieces n’etaient plus jouees. Sur une morte Elle etait belle, si la Nuit Qui dort dans la sombre chapelle Ou Michel-Ange a fait son lit, Immobile peut etre belle. Elle etait bonne, s’il suffit Qu’en passant la main s’ouvre et donne, Sans que Dieu n’ait rien vu, rien dit, Si l’or sans pitie fait l’aumone. Elle pensait, si le vain bruit D’une voix douce et cadencee, Comme le ruisseau qui gemit Peut faire croire a la pensee. Elle priait, si deux beaux yeux, Tantot s’attachant a la terre,

Tantot se levant vers les cieux, Peuvent s’appeler la Priere. Elle aurait souri, si la fleur Qui ne s’est point epanouie Pouvait s’ouvrir a la fraicheur Du vent qui passe et qui l’oublie. Elle aurait pleure si sa main, Sur son coeur froidement posee, Eut jamais, dans l’argile humain, Senti la celeste rosee. Elle aurait aime, si l’orgueil Pareil a la lampe inutile Qu’on allume pres d’un cercueil, N’eut veille sur son coeur sterile. Elle est morte, et n’a point vecu. Elle faisait semblant de vivre. De ses mains est tombe le livre Dans lequel elle n’a rien lu. Madrid Madrid, princesse des Espagnes,

Il court par tes mille campagnes Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs. La blanche ville aux serenades, Il passe par tes promenades Bien des petits pieds tous les soirs. Madrid, quand tes taureaux bondissent, Bien des mains blanches applaudissent, Bien des echarpes sont en jeux. Par tes belles nuits etoilees, Bien des senoras long voilees Descendent tes escaliers bleus. Madrid, Madrid, moi, je me raille De tes dames a fine taille Qui chaussent l’escarpin etroit ; Car j’en sais une par le monde Que jamais ni brune ni blonde N’ont valu le bout de son doigt ! J’en sais une, et certes la duegne

Qui la surveille et qui la peigne N’ouvre sa fenetre qu’a moi ; Certes, qui veut qu’on le redresse, N’a qu’a l’approcher a la messe, Fut-ce l’archeveque ou le roi. Car c’est ma princesse andalouse ! Mon amoureuse ! ma jalouse ! Ma belle veuve au long reseau ! C’est un vrai demon ! c’est un ange ! Elle est jaune, comme une orange, Elle est vive comme un oiseau ! Oh ! quand sur ma bouche idolatre Elle se pame, la folatre, Il faut voir, dans nos grands combats, Ce corps si souple et si fragile, Ainsi qu’une couleuvre agile, Fuir et glisser entre mes bras ! Or si d’aventure on s’enquete

Qui m’a valu telle conquete, C’est l’allure de mon cheval, Un compliment sur sa mantille, Puis des bonbons a la vanille Par un beau soir de carnaval. Vigny (1797-1863) est une figure emblematique du romantisme, il frequente le Cenacle romantique, il ecrit parrallelement a une carriere militaire debutee en 1814 et publie ses premiers poemes en 1822. Il a une vision pessimiste du monde et desenchantee de la societe. Il se fait elire au bout de la cinquieme tentative a l’Academie Francaise. Il passe les cinq derniees annees de sa vie reclus, agonisant d’un cancer de l’estomac. L’esprit parisien Esprit parisien ! emon du Bas-Empire ! Vieux sophiste epuise qui bois, toutes les nuits, Comme un vin dont l’ivresse engourdit tes ennuis, Les gloires du matin, la meilleure et la pire; Froid niveleur, moulant, aussitot qu’il expire, Le platre d’un grand homme ou bien d’un assassin, Leur mesurant le crane, et, dans leur vaste sein, Poussant jusques au coeur ta levre de vampire ; Tu ris ! – Ce mois joyeux t’a jete trois par trois Les fronts guillotines sur la place publique. – Ce soir, fais le chretien, dis bien haut que tu crois. A genoux ! roi du mal, comme les autres rois ! Pour que la Charite, de son doigt angelique,

Sur ton front de damne fasse un signe de croix. L’age d’or de l’avenir Le rideau s’est leve devant mes yeux debiles, La lumiere s’est faite et j’ai vu ses splendeurs ; J’ai compris nos destins par ces ombres mobiles Qui se peignaient en noir sur de vives couleurs. Ces feux, de ta pensee etaient les lueurs pures, Ces ombres, du passe les magiques figures, J’ai tressailli de joie en voyant nos grandeurs. Il est donc vrai que l’homme est monte par lui-meme Jusqu’aux sommets glaces de sa vaste raison, Qu’il y peut vivre en paix sans plainte et sans blaspheme, Et mesurer le monde et sonder l’horizon.

Il sait que l’univers l’ecrase et le devore ; Plus grand que l’univers qu’il juge et qui l’ignore, Le Berger a lui-meme eclaire sa maison. Hugo (1802-1885) est un ecrivain francais qui fait ses etudes a Paris au lycee Louis Legrand, en 1830, il devient le chef du romantisme. Il est l’auteur de nombreux ecrits tres connus de nos jours tels que « Notre Dame de Paris » ou encore « Les Miserables ». Depute en 1848, il s’oppose au coup d’Etat du 2 decembre 1851 puis s’exile en Belgique. J’aime l’araignee J’aime l’araignee et j’aime l’ortie, Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout chatie Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chetives, Noirs etres rampants ; Parce qu’elles sont les tristes captives De leur guet-apens ; Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ; O sort ! fatals noeuds ! Parce que l’ortie est une couleuvre, L’araignee un gueux; Parce qu’elles ont l’ombre des abimes, Parce qu’on les fuit, Parce qu’elles sont toutes deux victimes De la sombre nuit… Passants, faites grace a la plante obscure, Au pauvre animal. Plaignez la laideur, plaignez la piqure, Oh ! plaignez le mal ! Il n’est rien qui n’ait sa melancolie ; Tout veut un baiser. Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie

De les ecraser, Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe, Tout bas, loin du jour, La vilaine bete et la mauvaise herbe Murmurent : Amour ! Paris bloque O ville, tu feras agenouiller l’histoire. Saigner est ta beaute, mourir est ta victoire. Mais non, tu ne meurs pas. Ton sang coule, mais ceux Qui voyaient Cesar rire en tes bras paresseux, S’etonnent : tu franchis la flamme expiatoire, Dans l’admiration des peuples, dans la gloire, Tu retrouves, Paris, bien plus que tu ne perds. Ceux qui t’assiegent, ville en deuil, tu les conquiers. La prosperite basse et fausse est la mort lente ;

Tu tombais folle et gaie, et tu grandis sanglante. Tu sors, toi qu’endormit l’empire empoisonneur, Du rapetissement de ce hideux bonheur. Tu t’eveilles deesse et chasses le satyre. Tu redeviens guerriere en devenant martyre ; Et dans l’honneur, le beau, le vrai, les grandes moeurs, Tu renais d’un cote quand de l’autre tu meurs. Gerard de Nerval (1808-1855) s’interesse a la litterature allemande dont il sera un excellent traducteur : en effet, a l’age de vingt ans, il traduit le Faust de Goethe pendant ses etudes parisiennes. Ensuite, il travaille pendant dix ans dans l’edition et le journalisme.

A partir de 1853, Nerval souffre d’acces de demence et fait des sejours repetes en clinique. En 1855, il est retrouve pendu a une grille de fer a Paris. Avril Deja les beaux jours, – la poussiere, Un ciel d’azur et de lumiere, Les murs enflammes, les longs soirs ; Et rien de vert : – a peine encore Un reflet rougeatre decore Les grands arbres aux rameaux noirs ! Ce beau temps me pese et m’ennuie. – Ce n’est qu’apres des jours de pluie Que doit surgir, en un tableau, Le printemps verdissant et rose, Comme une nymphe fraiche eclose Qui, souriante, sort de l’eau. Laisse-moi! Non, laisse-moi, je t’en supplie ;

En vain, si jeune et si jolie, Tu voudrais ranimer mon coeur : Ne vois-tu pas, a ma tristesse, Que mon front pale et sans jeunesse Ne doit plus sourire au bonheur ? Quand l’hiver aux froides haleines Des fleurs qui brillent dans nos plaines Glace le sein epanoui, Qui peut rendre a la feuille morte Ses parfums que la brise emporte Et son eclat evanoui ! Oh ! si je t’avais rencontree Alors que mon ame enivree Palpitait de vie et d’amours, Avec quel transport, quel delire J’aurais accueilli ton sourire Dont le charme eut nourri mes jours. Mais a present, O jeune fille ! Ton regard, c’est l’astre qui brille

Aux yeux troubles des matelots, Dont la barque en proie au naufrage, A l’instant ou cesse l’orage Se brise et s’enfuit sous les flots. Non, laisse-moi, je t’en supplie ; En vain, si jeune et si jolie, Tu voudrais ranimer mon coeur : Sur ce front pale et sans jeunesse Ne vois-tu pas que la tristesse A banni l’espoir du bonheur ? La poesie Parnassienne est un mouvement poetique ne en 1866 qui veut « remonter » l’art poetique car pour eux, Lamartine l’avait fait descendre. Les parnassiens se vantent de vers recherches et travailles contrairement a l’inspiration immediate du romantisme.

Ces poetes sont amateurs de rigueur technique, de mots rares et de perfection formelle. J-M De Heredia (1875-1963) est une romanciere et poete francaise ; enfant, elle frequente deja des poetes et des artistes, elle ecrit ses premiers vers dans une bibliotheque ou son pere est le directeur. A partir de 1894, elle publie ses premiers poemes et son premier roman paru en 1903. En 1918, elle recoit le 1er prix de litterature de l’Academie francaise pour l’ensemble de son oeuvre. Soleil couchant Les ajoncs eclatants, parure du granit, Dorent l’apre sommet que le couchant allume ; Au loin, brillante encor par sa barre d’ecume,

La mer sans fin commence ou la terre finit. A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid Se tait, l’homme est rentre sous le chaume qui fume. Seul, l’Angelus du soir, ebranle dans la brume, A la vaste rumeur de l’Ocean s’unit. Alors, comme du fond d’un abime, des traines, Des landes, des ravins, montent des voix lointaines De patres attardes ramenant le betail. L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre, Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre, Ferme les branches d’or de son rouge eventail. Medaille Seigneur de Rimini, Vicaire et Podesta. Son profil d’epervier vit, s’accuse ou recule

A la lueur d’airain d’un fauve crepuscule, Dans l’orbe ou Matteo de’ Pastis l’incrusta. Or, de tous les tyrans qu’un peuple detesta, Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule, Qu’il ait nom Ezzelin, Can, Galeas, Hercule, Ne fut maitre si fier que le Malatesta. Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe, Mit a sang la Romagne et la Marche et le Golfe, Batit un temple, fit l’amour et le chanta ; Et leurs femmes aussi sont rudes et severes, Car sur le meme bronze ou sourit Isotta, L’Elephant triomphal foule des primeveres. Gautier (1811-1872) est un poete, romancier, peintre et critique d’art francais.

Des son plus jeune age il se passione pour la litterature latine mais sa rencontre avec Victor Hugo precipite sa carriere d’ecrivain. En 1830, son pere publie le premier recueil de vers mais il passe sous silence. Puis, il travaille pour Balzac au journal La chronique de Paris, pour un magazine de Charles Malo : La France litteraire, et pour un quotidien : La Presse. En 1862, il est elu president de la Societe nationale des Beaux-Arts puis finit ses jours, ronge par la maladie. L’aveugle Un aveugle au coin d’une borne, Hagard comme au jour un hibou, Sur son flageolet, d’un air morne,

Tatonne en se trompant de trou, Et joue un ancien vaudeville Qu’il fausse imperturbablement ; Son chien le conduit par la ville, Spectre diurne a l’oeil dormant. Les jours sur lui passent sans luire ; Sombre, il entend le monde obscur, Et la vie invisible bruire Comme un torrent derriere un mur ! Dieu sait quelles chimeres noires Hantent cet opaque cerveau! Et quels illisibles grimoires L’idee ecrit en ce caveau ! Ainsi dans les puits de Venise, Un prisonnier a demi fou, Pendant sa nuit qui s’eternise, Grave des mots avec un clou. Mais peut-etre aux heures funebres, Quand la mort souffle le flambeau,

L’ame habituee aux tenebres Y verra clair dans le tombeau ! Pluie Ce nuage est bien noir : – sur le ciel il se roule, Comme sur les galets de la cote une houle. L’ouragan l’eperonne, il s’avance a grands pas. – A le voir ainsi fait, on dirait, n’est-ce pas ? Un beau cheval arabe, a la criniere brune, Qui court et fait voler les sables de la dune. Je crois qu’il va pleuvoir : – la bise ouvre ses flancs, Et par la dechirure il sort des eclairs blancs. Rentrons. – Au bord des toits la frele girouette D’une minute a l’autre en grincant pirouette, Le martinet, sentant l’orage, pres du sol

Afin de l’eviter rabat son leger vol ; – Des arbres du jardin les cimes tremblent toutes. La pluie ! – Oh ! voyez donc comme les larges gouttes Glissent de feuille en feuille et passent a travers La tonnelle fleurie et les frais arceaux verts ! Des marches du perron en longues cascatelles, Voyez comme l’eau tombe, et de blanches dentelles Borde les frontons gris ! – Dans les chemins sables, Les ruisseaux en torrents subitement gonfles Avec leurs flots boueux meles de coquillages Entrainent sans pitie les fleurs et les feuillages ; Tout est perdu : – Jasmins aux petales nacres,

Belles-de-nuit fuyant l’astre aux rayons dores, Volubilis charges de cloches et de vrilles, Roses de tous pays et de toutes famines, Douces filles de Juin, frais et riant tresor ! La mouche que l’orage arrete en son essor, Le faucheux aux longs pieds et la fourmi se noient Dans cet autre ocean dont les vagues tournoient. – Que faire de soi-meme et du temps, quand il pleut Comme pour un nouveau deluge, et qu’on ne peut Aller voir ses amis et qu’il faut qu’on demeure ? Les uns prennent un livre en main afin que l’heure Hate son pas boiteux, et dans l’eternite Plonge sans peser trop sur leur oisivete ;

Les autres gravement font de la politique, Sur l’ouvrage du jour exercent leur critique ; Ceux-ci causent entre eux de chiens et de chevaux, De femmes a la mode et d’operas nouveaux ; Ceux-la du coin de l’oeil se mirent dans la glace, Debitent des fadeurs, des bons mots a la glace, Ou, du binocle armes, regardent un tableau. – Moi, j’ecoute le son de l’eau tombant dans l’eau. Leconte de Lisle (1818-1894) est un poete francais, il est considere comme le chef de file du mouvement du Parnasse, il devient sous-bibliothecaire de la bibliotheque du Senat et est nomme officier de la Legion d’honneur en 1883.

En 1886, il est recu a l’Academie francaise par Alexandre Dumas fils. Aux morts Apres l’apotheose apres les gemonies, Pour le vorace oubli marques du meme sceau, Multitudes sans voix, vains noms, races finies, Feuilles du noble chene ou de l’humble arbrisseau ; Vous dont nul n’a connu les mornes agonies, Vous qui bruliez d’un feu sacre des le berceau, Laches, saints et heros, brutes, males genies, Ajoutes au fumier des siecles par monceau ; O lugubres troupeaux des morts, je vous envie, Si, quand l’immense espace est en proie a la vie, Leguant votre misere a de vils heritiers, Vous goutez a jamais, hotes d’un noir mystere,

L’irrevocable paix inconnue a la terre, Et si la grande nuit vous garde tout entiers ! L’albatros Dans l’immense largeur du Capricorne au Pole Le vent beugle, rugit, siffle, rale et miaule, Et bondit a travers l’Atlantique tout blanc De bave furieuse. Il se rue, eraflant L’eau bleme qu’il pourchasse et dissipe en buees ; Il mord, dechire, arrache et tranche les nuees Par troncons convulsifs ou saigne un brusque eclair ; Il saisit, enveloppe et culbute dans l’air Un tournoiement confus d’aigres cris et de plumes Qu’il secoue et qu’il traine aux cretes des ecumes, Et, martelant le front massif des cachalots,

Mele a ses hurlements leurs monstrueux sanglots. Seul, le Roi de l’espace et des mers sans rivages Vole contre l’assaut des rafales sauvages. D’un trait puissant et sur, sans hate ni retard, L’oeil darde par dela le livide brouillard, De ses ailes de fer rigidement tendues Il fend le tourbillon des rauques etendues, Et, tranquille au milieu de l’epouvantement, Vient, passe, et disparait majestueusement. La poesie symboliste est nee en 1857 avec la publication de Les Fleurs du mal de Baudelaire. Les themes abordes dans cette poesie sont : l’analogie universelle, le sacre et le secret.

La poesie symboliste donne a voir et a sentir le mysterieux dedoublement du monde, revele l’invisible derriere le visible, l’inconnu derriere le connu : « la poesie est l’expression, par le langage humain ramene a son rythme essentiel, du sens mysterieux des aspects de l’existence ». Verlaine (1844-1896) quitte Metz pour Paris en 1851, il y obtient son baccalaureat en 1864. A l’age de 29 ans, il publie ses premiers poemes, sa rencontre avec Rimbaud va bouleverser sa vie, en effet, il lui tire dessus et fait de la prison. A sa sortie, il est seul et va enseigner en Angleterre puis revient en France en 1877.

En 1884, il publie un essai et sa celebrite devient incontestable malgre une vie de debauche a cause de l’alcool. L’amour de la Patrie est le premier amour L’amour de la Patrie est le premier amour Et le dernier amour apres l’amour de Dieu. C’est un feu qui s’allume alors que luit le jour Ou notre regard luit comme un celeste feu ; C’est le jour baptismal aux paupieres divines De l’enfant, la rumeur de l’aurore aux oreilles Frais ecloses, c’est l’air emplissant les poitrines En fleur, l’air printanier rempli d’odeurs vermeilles. L’enfant grandit, il sent la terre sous ses pas Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit,

Et douce, desaltere encore ses repas D’une liqueur, delice et gloire de l’esprit. Puis l’enfant se fait homme ou devient jeune fille Et cependant que croit sa chair pleine de grace, Son ame se repand par-dela la famille Et cherche une ame soeur, une chair qu’il enlace ; Et quand il a trouve cette ame et cette chair, Il nait d’autres enfants encore, fleurs de fleurs Qui germeront aussi le jardin jeune et cher Des generations d’ici, non pas d’ailleurs. Le clown Bobeche, adieu ! bonsoir, Paillasse ! arriere, Gille ! Place, bouffons vieillis, au parfait plaisantin, Place ! tres grave, tres discret et tres hautain,

Voici venir le maitre a tous, le clown agile. Plus souple qu’Arlequin et plus brave qu’Achille, C’est bien lui, dans sa blanche armure de satin ; Vides et clairs ainsi que des miroirs sans tain, Ses yeux ne vivent pas dans son masque d’argile. Ils luisent bleus parmi le fard et les onguents, Cependant que la tete et le buste, elegants, Se balancent sur l’arc paradoxal des jambes. Puis il sourit. Autour le peuple bete et laid, La canaille puante et sainte des Iambes, Acclame l’histrion sinistre qui la hait. Rimbaud (1854-1891) est brillant des le college mais renonce au baccalaureat pour se consacrer a la poesie.

Il veut a tout prix rejoindre Paris pour participer au soulevement de la Commune mais se fait arreter dans le train sans titre de transport. Il est invite a Paris chez Verlaine ou l’absinthe et le haschisch jouent un role important, ils cherchent le dereglement de tous les sens. En 1873, Verlaine lui tire dessus et en 1875, il acheve son oeuvre. Cinq ans plus tard, il voyage en Afrique ou il y fait du trafic d’arme puis revient a Marseille dans un hopital a cause d’une tumeur au genou. Sensation Par les soirs bleus d’ete, j’irai dans les sentiers, Picote par les bles, fouler l’herbe menue :

Reveur, j’en sentirai la fraicheur a mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tete nue. Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’ame, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohemien, Par la Nature, – heureux comme avec une femme. La maline Dans la salle a manger brune, que parfumait Une odeur de vernis et de fruits, a mon aise Je ramassais un plat de je ne sais quel met Belge, et je m’epatais dans mon immense chaise. En mangeant, j’ecoutais l’horloge, – heureux et coi. La cuisine s’ouvrit avec une bouffee, – Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,

Fichu moitie defait, malinement coiffee Et, tout en promenant son petit doigt tremblant Sur sa joue, un velours de peche rose et blanc, En faisant, de sa levre enfantine, une moue, Elle arrangeait les plats, pres de moi, pour m’aiser ; – Puis, comme ca, – bien sur, pour avoir un baiser, – Tout bas :  » Sens donc, j’ai pris ‘une’ froid sur la joue…  » Mallarme (1842-1898) est mis en pension a l’age de dix ans, puis il est employe de bureau avant d’etre professeur d’anglais. Il se fait connaitre de la poesie grace a Verlaine qui parle de lui dans ses poesies. On dit qu’il a ete l’inspirateur du mouvement symboliste.

Une negresse Une negresse par le demon secouee Veut gouter une enfant triste de fruits nouveaux Et criminels aussi sous leur robe trouee Cette goinfre s’apprete a de ruses travaux : A son ventre compare heureuse deux tetines Et, si haut que la main ne le saura saisir, Elle darde le choc obscur de ses bottines Ainsi que quelque langue inhabile au plaisir Contre la nudite peureuse de gazelle Qui tremble, sur le dos tel un fol elephant Renversee elle attend et s’admire avec zele, En riant de ses dents naives a l’enfant ; Et, dans ses jambes ou la victime se couche, Levant une peau noire ouverte sous le crin,

Avance le palais de cette etrange bouche Pale et rose comme un coquillage marin. Angoisse Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, o bete En qui vont les peches d’un peuple, ni creuser Dans tes cheveux impurs une triste tempete Sous l’incurable ennui que verse mon baiser : Je demande a ton lit le lourd sommeil sans songes Planant sous les rideaux inconnus du remords, Et que tu peux gouter apres tes noirs mensonges, Toi qui sur le neant en sais plus que les morts. Car le Vice, rongeant ma native noblesse M’a comme toi marque de sa sterilite, Mais tandis que ton sein de pierre est habite

Par un coeur que la dent d’aucun crime ne blesse, Je fuis, pale, defait, hante par mon linceul, Ayant peur de mourir lorsque je couche seul. Corbiere (1845-1875) ne connait pas son succes de son vivant malgre la parution de son seul et unique recueil qui passe inapercu mais sera revele de maniere posthume par Verlaine qui lui consacre un chapitre de son essai. Il n’a connu qu’une vie de solitude resumee par sa maladie et ses amours decus. Bonsoir Et vous viendrez alors, imbecile caillette, Taper dans ce miroir clignant qui se paillette D’un eclis d’or, accroc de l’astre jaune, eteint. Vous verrez un bijou dans cet eclat de tain.

Vous viendrez a cet homme, a son reflet mievre Sans chaleur… Mais, au jour qu’il dardait la fievre, Vous n’avez rien senti, vous qui – midi passe – Tombez dans ce rayon tombant qu’il a laisse. Lui ne vous connait plus, Vous, l’Ombre deja vue, Vous qu’il avait couchee en son ciel toute nue, Quand il etait un Dieu ! … Tout cela – n’en faut plus. – Croyez – Mais lui n’a plus ce mirage qui leurre. Pleurez – Mais il n’a plus cette corde qui pleure. Ses chants… – C’etait d’un autre ; il ne les a pas lus. A une camarade Que me veux-tu donc, femme trois fois fille ?… oi qui te croyais un si bon enfant ! De l’amour?… – Allons : cherche, apporte, pille ! ‘aimer aussi, toi ! .. , moi qui t’aimais tant. Oh ! je t’aimais comme.. un lezard qui pele Aime le rayon qui cuit son sommeil… L’Amour entre nous vient battre de l’aile : – Eh ! qu’il s’ote de devant mon soleil ! on amour, a moi, n’aime pas qu’on l’aime ; endiant, il a peur d’etre ecoute… C’est un lazzarone enfin, un boheme, Dejeunant de jeune et de liberte. – Curiosite, bibelot, bricole ?… C’est possible : il est rare – et c’est son bien – ais un bibelot casse se recolle ; Et lui, decolle, ne vaudra plus rien ! … Va, n’enfoncons pas la porte entr’ouverte

Sur un paradis deja trop rendu ! Et gardons a la pomme, jadis verte, Sa peau, sous son fard de fruit defendu. Que nous sommes-nous donc fait l’un a l’autre ?… – Rien… – Peut-etre alors que c’est pour cela ; – Quel a commence? – Pas moi, bon apotre ! Apres, quel dira : c’est donc tout – voila ! – Tous les deux, sans doute… – Et toi, sois bien sure Que c’est encor moi le plus attrape : Car si, par erreur, ou par aventure, Tu ne me trompais.. , je serais trompe ! Appelons cela : l’amitie calmee ; Puisque l’amour veut mettre son hola. N’y croyons pas trop, chere mal-aimee… – C’est toujours trop vrai ces mensonges-la ! Nous pourrons, au moins, ne pas nous maudire – Si ca t’est egal – le quart-d’heure apres. Si nous en mourons – ce sera de rire… Moi qui l’aimais tant ton rire si frais ! La poesie surrealiste est un mouvement litteraire et artistique ne en 1917 qui est defini par une dictee de la pensee composee en l’absence de tout controle exerce par la raison. Le surrealisme prone une poesie revolutionnaire qui doit se tenir a l’ecart de toute regle et de tout controle de la raison, les vers sont « poses a l’etat brut ». Breton (1896-1966) est infirmier militaire pendant la premiere guerre mondiale a Nantes.

Apres la guerre, il publie un manifeste qui propose une conseption nouvelle de la poesie et une definition theorique du surrealisme. Pendant la seconde guerre mondiale, il se refugie aux Etats-Unis et rentre en France apres la guerre ou il essai de reconstituer le grouoe surrealiste d’avant-guerre. Piece fausse Du vase en cristal de boheme Du vase en cris Du vase en cris Du vase en En cristal Du vase en cristal de boheme Boheme Boheme Boheme Heme heme oui boheme Du vase en cristal de Bo Bo Du vase en cristal de boheme Aux bulles qu’enfant tu soufflais Tu soufflais Tu soufflais Flais Flais Tu soufflais

Qu’enfant tu soufflais Du vase en cristal de boheme Aux bulles qu’enfant tu soufflais Tu soufflais Tu soufflais oui qu’enfant tu soufflais C’est la c’est la tout le poeme Aube ephe Aube ephe Aube ephemere de reflets Aube ephe Aube ephe Aube ephemere de reflets Eluard (1895-1952) connait le front en 1917 et la fin de cette guerre lui donne des idees pacifistes. Entre les deux guerres, il se lie a des poetes et a des peintres. Pendant la deuxieme guerre mondiale, il est resistant et est a la tete du Comite national des ecrivains zone Nord qui participe a la litterature clandestine durant l’occupation allemande.

Je ne suis pas seul Chargee De fruits legers aux levres Paree De mille fleurs variees Glorieuse Dans les bras du soleil Heureuse D’un oiseau familier Ravie D’une goutte de pluie Plus belle Que le ciel du matin Fidele Je parle d’un jardin Je reve Mais j’aime justement L’absence Je te parle a travers les villes Je te parle a travers les plaines Ma bouche est sur ton oreiller Les deux faces des murs font face A a ma voix qui te reconnait Je te parle d’eternite O villes souvenirs de villes Villes drapees dans nos desirs Villes precoces et tardives Villes fortes villes intimes Depouillees de tous leurs macons

De leur penseurs de leurs fantomes Campagne regle d’emeraude Vive vivante survivante Le ble du ciel sur notre terre Nourrit ma voix je reve et pleure Je ris et reve entre les flammes Entre les grappes du soleil Et sur mon corps ton corps etend La nappe de son miroir clair. Reverdy (1889-1960) est ne de parents inconnus jusqu’a ses 22 ans et la reapparition de sa mere. En octobre 1910, il arrive a Paris et pendant seize annees, il vit pour creer des livres et devient l’un des concepteurs du mouvement surrealiste. A 37 ans, ils se retire dans une abbaye et y este jusqu’a sa mort. La liberte des mers

Je suis dur Je suis tendre Et j’ai perdu mon temps A rever sans dormir A dormir en marchant Partout ou j’ai passe J’ai trouve mon absence Je ne suis nulle part Excepte le neant Mais je porte cache au plus haut des entrailles A la place ou la foudre a frappe trop souvent Un coeur ou chaque mot a laisse son entaille Et d’ou ma vie s’egoutte au moindre mouvement Homme assis Le tapis vert couche sous l’atre c’est un piege. L’homme au profil perdu s’ecarte du mur blanc. Est-ce le ciel qui pese aux bras du fauteuil ou une aile. L’espace devient noir. Les murs sortent des lignes et coupent l’horizon.

Apres la course au faite des maisons. Apres l’espoir de revenir au signe on tombe dans un trou qui creuse le plafond. Les mains sortent a l’air. Le visage s’affine et tout rentre dans l’ordre, le cadre, le repos aux reflets d’encre et d’or. Desnos (1900-1945) est un poete francais et un eleve fort doue puisqu’il s’impose immediatement par ses capacites verbales. Dans les annees 1924-1929, Robert Desnos est redacteur de « La Revolution surrealiste » et comptable de la Librairie Bailliere. Il est attire par la litterature et ecrit ses premiers poemes d’amour pour Yvonne Goerge, une chanteuse de music-hall.

A partir de 1927, il s’eloigne du mouvement surrealiste. En 1936, il s’efforce de composer chaque jour un poeme. Durant l’occupation, il continue a ecrire dans la presse mais il est arrete le 22 fevrier 1944 par la Gestapo ou il va finir ses jours dans un camp de concentration. Demain Age de cent-mille ans, j’aurais encore la force De t’attendre, o demain pressenti par l’espoir. Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses, Peut gemir: neuf est le matin, neuf est le soir. Mais depuis trop de mois nous vivons a la veille, Nous veillons, nous gardons la lumiere et le feu, Nous parlons a voix basse et nous tendons l’oreille

A maint bruit vite eteint et perdu comme au jeu. Or, du fond de la nuit, nous temoignons encore De la splendeur du jour et de tous ses presents. Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore Qui prouvera qu’enfin nous vivons au present. Vent nocturne Sur la mer maritime se perdent les perdus Les morts meurent en chassant des chasseurs dansent en rond une ronde Dieux divins! Hommes humains! De mes doigts digitaux je dechire une cervelle cerebrale. Quelle angoissante angoisse! Mais les maitresses maitrisees ont des cheveux chevelus Cieux celestes terre terrestre Mais ou est la terre celeste?