Anne par jeu

Anne par jeu

ANNE PAR JEU I/ Intro : L’epigramme est un poeme court de 8 a 10 vers chez Marot (1496-1544). On utilisait cette forme dans l’Antiquite pour composer de simples inscriptions (funeraires… ). Marot en fait un usage nouveau, bien des ecrits dedies a Anne d’Alencon, bien des textes amoureux sont des epigrammes qui traduisent toujours legerement les evenements de la vie quotidienne.

On etudiera donc a travers ce poeme les caracteristiques de ce genre que Marot a renouvele : A la forme, B Comment Marot met en valeur cette thematique et en C campe du paradoxes. * ne pas oublier que la lecture se fait a voix haute. II/ Developpement : A Une construction rigoureuse : 10 vers en decasyllabes. Une enonciation : le poeme demarre d’une maniere narrative; il s’agit du recit d’une anecdote. Anne (objet du poeme), par jeu, a jete de la neige a un narrateur qui apparait sous forme d’un « me » (1), « je » (2) enonciateur et « je » (3-4-5).

Le destinataire du poeme « Anne » apparait au vers 7, le poeme lui est adresse : l’annonciateur la tutoie (signe d’intimite) : lui qui brule pour elle, il l’enjoint : « ta seule grace » a repondre a sa flamme dans le dernier vers,

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qui produit un effet de chute : « mais par sentir un peu pareil au mieux » Au cours de cette anecdote, le narrateur mis accidentellement dans une situation impromptue, appelle celle qui l’y a « mis » a en sortir; cet appel au secours produit un effet plaisant.

B Mise en valeur de la thematique : Marot utilise la rhetorique medievale heritee de son pere, notamment en jouant sur les sonorites. On retrouve de nombreuses repetitions essentiellement d’alliterations : d’abord le « jeu », « jeta », « neige » (1), repete a la rime (en ai-je v. 2), les « je » du narrateur (2-4-6-7), symbolisant le fait qu’il s’agit d’abord d’un jeu dans la neige, montrant rieur et enjoue de la jeune fille, et qu’il est bien present dans l’histoire.

Ensuite, les alliterations en [F] froide (2), feu (3), fus (4), feu (5-8-10), plus les occurrences de feu insistent lourdement sur le fait que la boule de neige l’a embrase, plus le champ lexical du feu (embrase 4, ardre 7, eteindre 8) : l’usage poetique et precieux du mot « feu » signifie bien l’amour, mis en valeur par ce paradoxe : c’est la neige (le froid et en meme temps symbole de virginite) qui engendre le feu (l’amour). Ces alliterations restituent l’opposition neige/feu que Marot elabore ici a la maniere d’un alchimiste « le feu loge secretement dedans la Neige » (on notera ici la majuscule).

C Deuxieme paradoxe : seule la grace (rime de vers 7), opposee a la glace (rime du vers 9), symbole de froideur et d’indifference peut le guerir. L’antithese se trouve au niveau de la rime, mais aussi entre les vers 9 et 10 : on oppose la triple navigation des contraires, eau/neige/glace (les trois etat de l’eau). Au « feu pareil au mien » du vers 10, on joue de ce fait sur l’opposition des contraires, la chute du poeme est constituee par ce paradoxe d’alchimiste, par lequel on montre d’abord qu’un element peu engendre son contraire (la neige/le feu) puis que pour guerir ou eteindre ce feu, on soigne le feu par le feu.

III/ Conclusion : Marot, ainsi, procede a une alchimie savante entre la poesie medievale, heritee de son pere, et les antitheses petrarquistes donc renaissantistes du feu et de la glace. L’ensemble forme un jeu d’esprit plaisant et virtuose en meme temps, qui n’est pas sans evoquer Louise Labe. Mais s’il reussit a amuser et a produire de l’emotion, on ne peut oublier que Marot etait cependant avant tout un poete de la cour, un « technicien » de la poesie qui ecrivait pour un mecene. Anne, pour qui, il brulait d’un amour seulement platonique.