Analyse litteraire de milly ou la terre natale par lamartine

Analyse litteraire de milly ou la terre natale par lamartine

Analyse Litteraire Milly, ou la Terre natale Leo J. Perrin

Table des matieres Entree en matiere : 6 Explication proprement dite : 6 Les idees 7 Le style 10 La langue 14 Les themes 15 Conclusion : 15 Analyse litteraire

Milly, ou la terre natale Cri de colere Ne permets pas, Seigneur, ce deuil et cet outrage! Ne souffre pas, mon Dieu, que notre humble heritage Passe de mains en mains troque contre un vil prix, Comme le toit du vice ou le champ des proscrits! Qu’un avide etranger vienne d’un pied superbe Fouler l’humble sillon de nos berceaux sur l’herbe, Depouiller l’orphelin, grossir, compter son or Aux lieux ou l’indigence avait seule un tresor, Et blasphemer ton nom sous ces memes portiques Ou ma mere a nos voix enseignait tes cantiques! Ah! que plutot cent fois, aux vents abandonne, Le toit pende en lambeaux sur le mur incline; Que les fleurs du tombeau, les mauves, les epines,

Sur les parvis brises germent dans les ruines! Que le lezard dormant s’y rechauffe au soleil, Que Philomele y chante aux heures du sommeil, Que l’humble passereau, les colombes fideles, Y rassemblent en paix leurs petits sous leurs ailes, Et que l’oiseau du ciel vienne batir son nid

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Aux lieux ou l’innocence eut autrefois son lit! Chant d’espoir Ah! si le nombre ecrit sous l’? il des destinees Jusqu’aux cheveux blanchis prolonge mes annees, Puisse-je, heureux vieillard, y voir baisser mes jours Parmi ces monuments de mes simples amours! Et quand ces toits benis et ces tristes decombres Ne seront plus pour moi peuples que par des ombres, Y retrouver au moins dans les noms, dans les lieux,

Tant d’etres adores disparus de mes yeux! Priere d’amour Et vous, qui survivrez a ma cendre glacee, Si vous voulez charmer ma derniere pensee, Un jour, elevez-moi…! non! ne m’elevez rien! Mais pres des lieux ou dort l’humble espoir du chretien, Creusez-moi dans ces champs la couche que j’envie Et ce dernier sillon ou germe une autre vie! Etendez sur ma tete un lit d’herbes des champs Que l’agneau du hameau broute encore au printemps, Ou l’oiseau, dont mes s? urs ont peuple ces asiles, Vienne aimer et chanter durant mes nuits tranquilles; La, pour marquer la place ou vous m’allez coucher, Roulez de la montagne un fragment de rocher; Que nul ciseau surtout ne le taille et n’efface

La mousse des vieux jours qui brunit sa surface, Et d’hiver en hiver incrustee a ses flancs, Donne en lettre vivante une date a ses ans! Point de siecle ou de nom sur cette agreste page! Devant l’eternite tout siecle est du meme age, Et celui dont la voix reveille le trepas Au defaut d’un vain nom ne nous oubliera pas! La, sous des cieux connus, sous les collines sombres, Qui couvrirent jadis mon berceau de leurs ombres, Plus pres du sol natal, de l’air et du soleil, D’un sommeil plus leger j’attendrai le reveil! La, ma cendre, melee a la terre qui m’aime, Retrouvera la vie avant mon esprit meme, Verdira dans les pres, fleurira dans les fleurs,

Boira des nuits d’ete les parfums et les pleurs; Et quand du jour sans soir la premiere etincelle Viendra m’y reveiller pour l’aurore eternelle, En ouvrant mes regards je reverrai des lieux Adores de mon c? ur et connus de mes yeux, Les pierres du hameau, le clocher, la montagne, Le lit sec du torrent et l’aride campagne; Et, rassemblant de l’? il tous les etres cheris Dont l’ombre pres de moi dormait sous ces debris, Avec des s? urs, un pere et l’ame d’une mere, Ne laissant plus de cendre en depot a la terre, Comme le passager qui des vagues descend Jette encore au navire un ? il reconnaissant, Nos voix diront ensemble a ces lieux pleins de charmes

L’adieu, le seul adieu qui n’aura point de larmes! Entree en matiere : Mise en contexte P ouvant certainement etre consideree comme une piece marquante de l’? uvre de Lamartine, Milly, ou la terre natale est un exemple caracteristique de l’impeccable harmonie propre a l’auteur. Ces lignes melodieuses illustrent magiquement l’amour et les souvenirs qu’evoque chez le poete son lieu de naissance. Dans ce poeme, ce dernier montre clairement l’attachement incroyable qui le lie au berceau de son enfance. Attachement menace, puisqu’au moment d’ecrire ces vers, sa situation financiere desastreuse allait potentiellement le voir contraint de se delaisser de cet inestimable bien.

Dans cet extrait, il prend donc la plume afin de denoncer sa pietre situation, qu’il juge injuste et inconcevable. Cette piece depeint un Lamartine orgueilleux et soucieux, victimisant son sort et protestant contre sa triste destinee. Frustre, la contrainte qu’il avait d’ecrire (la poesie etant son seul gagne-pain) se fait sentir : Lamartine nous apparait dans tout ce qu’il a de moins authentique, son genie restant toutefois entier. La vieillesse de l’auteur, au moment ou il a ecrit ces lignes, jumelee a sa situation precaire, transparaissent dans son amertume apparente, dans l’ecriture lourde et lechee, empreinte d’un orgueil a la hauteur de son genie. Sa piete et sa devotion nous parviennent aussi entieres dans cet extrait.

Seul salut, a un moment ou sa vie vacillait, sa foi nous est revelee dans toute son ampleur. Ce qui n’a rien de surprenant, contenu du fait que le texte est issu du recueil Harmonies poetiques et religieuses. Finalement, on voit une lueur d’espoir dans la lamentable vision qu’a le poete de son futur : a ses yeux, une humble mort et une simple fosse sur le terrain de son ancienne demeure sauront le lier mieux qu’autrement a son ancestrale et adoree demeure. Caractere du morceau Ce morceau lyrique est une optation, le poete y exprime son souhait de lui voir restitue, ou du moins, de ne pas lui voir confisquer son bien. On peut aussi dire qu’il s’agit d’une description, puisque le poete nous decrit son domaine. Plan de l’analyse

Apres avoir decortique ce texte, je me livrerai a l’analyse des idees qu’on y vehicule et du style employe pour ce faire. Veuillez noter que ne seront etudies que les quatre dernieres strophes du poeme complet, beaucoup plus long a l’origine. Explication proprement dite : « Ne permet pas mon seigneur […] que notre humble heritage passe de mains en mains troque contre un vil prix. […] Qu’un avide etranger vienne […] blasphemer ton nom sous ces memes portiques, ou ma mere en nos voix enseignait des cantiques. […] Que plutot […] le toit pende en lambeaux sur le mur incline. […] Puisse-je heureux vieillard y voir finir mes jours. […] Y retrouver au moins dans les noms, dans les lieux, tant d’etres adores disparus de mes yeux. […]

Et vous qui survivez a ma cendre glacee, si vous voulez charmez ma derniere pensee. […] Creusez moi dans ces champs la couche que j’envie. Et ce dernier sillon ou germe une autre vie. […] La sous des cieux connus, sous des collines sombres, qui couvrirent jadis mon berceau de leurs ombres, plus pres du sol natal, de l’aire et du soleil, d’un sommeil plus leger j’attendrai le reveil. » L’idee dominante Le message de ce poeme tres personnel est clair : Lamartine prefererais voir sa maison en ruine que d’y voir vivre un etranger, il espere donc pouvoir la garder, pour y vivre ses vieux jours et eventuellement y mourir en paix, parmi le souvenir des siens. Le plan du texte Le texte compte trois parties aux arguments distincts.

La premiere s’intitule Cri de colere et va des lignes 1 a 28. Tout le long de ces vers, Lamartine s’indigne principalement du fait qu’il pourrait se voir contraint de se departir de sa maison. Elle commence par une feroce apostrophe : « Ne permets pas, mon seigneur, ce deuil, cet outrage ». On apprend trois lignes plus loin que la raison de l’indignation du poete est qu’il pourrait se voir contraint de se departir de sa maison de campagne et que son nouvel habitant ne soit pas un homme vertueux. Il craint donc qu’un homme orgueilleux et avide vienne profaner son humble berceau natal et vienne « blasphemer sous ces memes portiques, ou ma mere a nos voix enseignait des cantiques. Par la suite il dit preferer sa maison en ruine, qu’occupee par cet indesirable etranger et decrit comment la nature s’accaparerait la demeure en partie detruite. La deuxieme partie s’intitule Chant d’espoir, elle se deroule depuis la 29eme ligne jusqu’a la 48eme. Lamartine s’imagine vieillir heureusement dans sa maison. Il souhaite reconnaitre dans ce domaine familier le souvenir de ses etres chers n’etant plus de ce monde. Allant des lignes 49 a 70, la troisieme partie du poeme, s’intitulant Priere d’amour raconte comment son successeur, celui qui acquerra la maison a sa mort, pourrait « charmer sa derniere pensee. » Il ne veut pas se faire eriger de splendide tombeau. Il souhaite uniquement se faire enterrer dans les champs de son enfance.

En guise de pierre tombale, il souhaite qu’on pose sur sa couche un rocher couvert de mousse et de vieillesse, preleve dans les montagnes. Il imagine par la suite ses cendres renaitre, et « verdir dans les pres et fleurir dans les fleurs. » Il espere que son esprit pourra reposer en paix en ces lieux de son enfance, en compagnie des esprits de sa famille. La scene finale decrit l’ame de Lamartine s’eveillant et retrouvant l’ombre de ces gens. Ensemble, ils font leur dernier adieu a leur Terre natale. Les idees Premiere partie La peur de l’etranger Retournons a la premiere strophe. Il est, en premier lieu, interessant de constater le degre eleve d’outrance de Lamartine en debut de texte.

Il commence en interpelant le Seigneur lui-meme. Il semble reellement indigne. Pourtant, il ne parle de malheurs que fictifs qui, dans les faits, ne se concretiseront que bien plus tard, et semble s’en frustrer comme s’il s’agissait de verites tangibles. Mais il y a lieu de se demander ce qui offusque tant Lamartine au juste. Est-ce le fait de perdre sa maison tant que le fait de la perdre au profit d’un etranger qu’il decrit comme avide et orgueilleux? Encore que nous restons dans l’univers des suppositions puisque quand bien meme qu’il perdrait sa maison, qu’est-ce qui lui porte a croire qu’elle tomberait necessairement entre les mains d’un homme de peu de vertu?

Toutefois, la colere de l’auteur s’apaise dans les strophes suivantes, ce qui porte a croire qu’il a lui-meme resonne ses angoisses initiales. Toutefois, il y a lui de s’interroger sur la justesse et la pertinence de son cri de colere. Encore une fois, lorsqu’il compare la maniere dont son domaine pourrait etre troque comme « Le toit du vice ou le champ des proscrits. », il y a moyen de voir une nette exageration, pas necessairement justifiee, le destin de sa demeure n’etant en rien scelle. Il est d’autant plus interessant de remarquer que le prix qu’il pourrait retirer de cette maison a laquelle il n’est supposement attache que par le lien du sentiment et des souvenirs, lui importe quand meme assez pour etre mentionne des le troisieme vers.

Par la suite, commence une description de tous les peches auquel l’etranger s’adonnerait dans la maison de Lamartine ou « l’indigence seule avait un tresor » et de toute les souillures auxquelles seraient ainsi soumise ladite demeure. Encore une fois, on generalise l’etranger comme un etre cupide et mauvais, en parlant du potentiel acheteur comme un blasphemateur qui depouillerait l’orphelin pour grossir son compte. On nous le decrit comme arrivant « d’un pied superbe » sur « l’humble sillon de nos berceaux sur l’herbe » comme si tout etranger etait necessairement une mauvaise personne. Il y a matiere a se demander si Lamartine n’aurait pas une certaine xenophobie, ou une legere misanthropie. L’humilite et la vertu Un autre element essentiel est le caractere humble et pur que le poete attribut a son domaine. A ce niveau, une certaine contradiction peut etre relevee.

Ainsi, ce lieu est selon l’auteur un « lieu ou l’indigence avait seule un tresor ». Or, Lamartine etait noble de naissance et jouissait donc, de par ce fait, d’un statut social eleve et d’une certaine richesse. Il est hasardeux de decrire sa vie passee comme l’indigence. Et quand il parle de cette demeure comme un endroit humble, le lecteur est en droit de se questionner a savoir de ce qu’il considere comme l’humilite. En effet, on y parle de portiques, de parvis, des nombreux pres et du paysage immense. Ainsi, non sans reconnaitre le caractere rustique de ce lieu, il est evident que la vie qu’il menait a cet endroit ne relevait pas du pauperisme.

On voit aussi, tout au long de cette strophe, les valeurs hautement catholiques de l’auteur. Par exemple : « sous ces memes portiques ou ma mere a nos voix enseignait tes cantiques », ou « aux lieux ou l’innocence eut autrefois son lit ». L’auteur exprime ensuite son souhait de voir plutot sa maison abandonnee et en ruine qu’habitee par l’horrible etranger decrit precedemment. Il decrit l’abandon de son bien a une nature romantique. Encore la, une certaine excessivite se fait sentir. Il envisage avec drame un sort qui n’est pas necessaire et qui n’est certainement pas assure. Deuxieme partie Ce n’est que dans la strophe suivante qu’il se calme un peu et modere sa colere.

Jusqu’alors, il etait outre et craintif du futur, et soudain, il se calme et s’imagine que le futur ne sera pas necessairement aussi sombre qu’il le depeint. « Puisse-je, heureux vieillard, y voir baisser mes jours, parmi ces monuments de mes simples amours! », l’auteur espere soudain ce qu’il n’osait meme entrevoir au debut du morceau. Le poeme devient donc optatif puisqu’un souhait est des lors adresse. En fait, Lamartine s’adresse reellement au dieu, au destin ou a la vie en general, a qui il demande de pouvoir profiter de cette maison cherie encore plusieurs annees, si ce n’est que jusqu’a sa mort. Bien entendu, il desir y vieillir seulement si « le nombre ecrit sous l’? l des destinees, jusqu’aux cheveux blanchis prolonge mes annees. » Autrement dit, si la mort n’est pour lui que dans longtemps, il veut d’ici la pouvoir vivre dans cette maison et « y retrouver au moins dans les noms, dans les lieux, tant d’etres adores disparus de mes yeux. » Ainsi, si la vie lui accorde le privilege de la vieillesse, il aimerait vivre dans le souvenir des gens qui comptent pour lui, decedes avant lui. Il s’imagine donc vieux et seul parmi l’ombre de ceux qu’il a autrefois cheri, sa famille entre autres. Troisieme partie Premiere strophe La mort et le reveil La derniere partie, divisee en deux strophes, est, a defaut des deux autres, d’une justesse sentimentale accrue.

On y voit reellement l’amour du poete pour sa terre natale et l’humilite discutable de la premiere strophe est remplacee par une reelle simplicite. Le poete l’adresse a son successeur en le decrivant comme « vous qui survivez a ma cendre glacee ». En l’appelant ainsi, on comprend qu’il ne considere pas cette personne avec une grande estime. En fait, sans etre aussi dedaigneux vis a vis le futur occupant, comme au depart, il est cette fois ci ouvert, et lui propose meme un moyen de charmer sa derniere pensee, tout en restant farouche. En fait, il lui demande simplement de lui creuser une tombe sur son domaine, ou il pourra humblement reposer en paix.

Cette demande pourrait sembler issue d’une fausse piete, pourtant, la justification qui suit porte a croire qu’au moment ou le texte fut ecrit, Lamartine avait reellement ce desir. Il explique cette volonte par l’amour et l’attachement que lui suscite sa demeure, mais surtout de par le lien sentimental avec les gens disparus qu’il a cotoye dans le debut de sa vie qui ne sont presents pour lui que par cette maison et ce qu’elle lui rappelle. Il s’imagine meme, une fois mort, renaitre parmi eux ou, en quelque sorte, leur souvenir. Nous reviendront toutefois a cette image par apres. Le retour a la nature Cette strophe est marquee par une sorte de retour a la nature.

Le vieux rocher couvert de mousse que l’on utiliserais en guise de pierre tombale, sa tete etendue sur un lit d’herbe des champs et l’oiseau qui viendrait sur sa tombe chanter sont autant d’elements naturels, symbolisant le retour du corps vers son element premier, vers la nature qui l’a cree et nourrit. Difficile de dire si ce souhait d’une mort rustique est reel, ou s’il n’est qu’utopique, toutefois le texte le depeint crediblement. La petitesse de l’homme S’il est une phrase qui est incroyablement puissante en ces vers, ce serait bien celle-ci : « Devant l’eternite, tout siecle est du meme age ». De par cette phrase, Lamartine decrit la petitesse de l’homme et de toutes choses face a l’immensite du temps qui passe.

Il s’agit de sages paroles : c’est comme si, se rendant compte du fait que sa propre existence est vouee a n’etre qu’une fraction du monde, il acceptait sa mort plus aisement. Il fait d’ailleurs remarquer qu’il est inutile d’avoir un splendide tombeau, car quand bien meme il tomberait dans l’oubli, il est bon de savoir que « celui dont la voix reveille le trepas, au defaut d’un vain nom ne nous oubliera pas. », c’est-a-dire que Dieu reconnaitra sa vertu, la ou les autres ne verront qu’un rocher, pierre tombale de fortune. Deuxieme strophe La derniere strophe est pour le moins enigmatique. Y decrivant sa mort, le poete imagine ses cendres reprendre vie « avant son esprit meme ».

Il les imagine en fait reprendre vie par les fleurs et la vegetation qui s’en serviront comme nutriments pour s’alimenter. Le voila donc verdissant et fleurissant dans les pres! Deja, il est etrange de l’entendre parler de « cendres », l’incineration etant peu repandue a cette epoque. Mais l’image de sa vie qui reprend est tout aussi desarconnante, car elle implique selon lui une fusion de l’ame avec la nature, plutot que l’acces vers le paradis. Mais ce n’est rien, car la scene qu’il decrit par la suite est tout a fait surprenante. Il s’imagine « ouvrir son regard», revoir les lieux de son enfance et retrouver les siens. Plus precisement, il se decrit « rassemblant de l’? il tous les etres cheris, dont l’ombre pres de moi dormait sous ces debris ».

Cette image de retour a la vie est etrange venant d’un catholique, ce qu’il decrit ressemblant vaguement a des esprits hantant leur lieu de naissance. Hors, l’existence des fantomes n’est certes pas quelque chose reconnu par l’eglise. On suppose donc qu’il s’agit d’une figure pour illustrer sa vision du paradis, mais cette figure ne suit pas au pied de la lettre le catholicisme. Il ne me vient d’explication pour expliquer cette vision de la mort, si ce n’est qu’en disant que Lamartine devait avoir des vues sur ce sujet differentes de celles de sa religion. Le style On retrouve dans ce morceau l’harmonie typique aux ? uvres d’Alphonse Lamartine.

L’ecriture, plus lourde et dense qu’a l’habitude, est toutefois moins sincere qu’a l‘accoutumee, ce qui n’a rien d’etonnant puisque ce recueil fut – on le sait – ecrit plus par manque de revenu que sous l’impulsion reelle de l’emotion. Les figures employees sont d’ailleurs un brin pompeuses par moment. Attaquons-nous donc a l’etude detaillee du style de cette ? uvre. Premiere partie Figures On note, des le premier vers, une figure temeraire : une apostrophe adressee au Seigneur lui-meme. Il y a lieu de se demander s’il parle a Dieu, ou a une entite autre ou a la Vie au sens large. Au vers deuxieme, une formulation interessante s’offre a nous : «ne souffre pas mon dieu». Le erbe souffrir employe dans ce sens signifie « accepter », il s’agit d’une formulation vieillotte. Une comparaison suit, deux vers plus loin. Lamartine compare la maniere dont sa maison pourrait lui etre arrache a la maniere dont on se passe de mains en mains «le toit du vice ou le champ des proscrits». Il s’agit d’une comparaison hyperbolique. Il est a noter l’emploi de la periphrase, deux vers plus tot, «notre humble heritage» pour designer sa maison. Riche de sens, cette simple figure illustre a la fois la piete et la volonte d’humilite du poete et le cote familial de la demeure (par l’usage du « nous »). Il est toutefois peut-etre exagere de qualifier d’humble une maison de nobles qui, aussi rustique soit elle, reste une grande batisse.

Aussi, une enumeration : «depouiller l’orphelin, grossir, compter son or» laquelle presente une ellipse en son centre, on omet de dire deux fois «son or», qui est sous-entendu. Par la suite, une exclamation vient, au milieu de la strophe, marquer l’apogee de l’irritation du poete et completer son cri de colere. Il y exprime son desarroi et son emportement. Le reste de la strophe est une optation, on y marque un souhait du poete. Il y dit preferer voir sa maison en ruine, laissee comme cadeau a la nature, que de la voir occupe par un indesirable etranger. Les deux possibilites de cette optation, occupant chacune une moitie de la strophe, formant entre elles une antithese.

Soit la nature humble, versus l’homme orgueilleux. Quelques anaphores suivent aussi : une serie de vers, suivant l’exclamation, commencent par le pronom relatif « que ». Il s’agit toutefois d’une figure purement esthetique. Une jolie metonymie se fait aussi remarquer : lorsque l’on emploi Philomele pour designer les rossignols en general. Style general Tout le long de cette strophe, on remarque deja la lourdeur des alexandrins. Peu de cesures et de pauses, une abondance d’enumerations et de periphrases et un rythme lent donnent une cadence lourde au poeme. On peut aussi remarquer l’emploi abusif de qualificatifs («l’avide etranger», «le lezard dormant», etc. et de groupes prepositionnels («L’oiseau du ciel», «le toit du vice», etc. ) employes comme complements du nom. Fait interessant, on assiste a une veritable isotopie de l’humilite. En une seule strophe, on fait mention de «notre humble heritage», de «l’humble sillon» et de «l’humble passereau». Sans compter les mention de l’indigence, de l’innocence et autres. Ceci en opposition a une autre isotopie bien claire, celle de l’orgueil, se manifestant dans tous les qualificatifs en lien avec l’etranger. Cette surabondance de l’humilite, et cette denonciation continuelle de l’orgueil viennent a friser la fausse modestie, creant une ambiance lourde.

Finalement, la fin de cette strophe est quasiment pompeuse, voir pompiere. On fait affaire a des figures classiques (tel que l’humble passereau, la colombe fidele, Philomele et autres) et, quant a moi, d’un gout approximatif. Deuxieme partie Figures La deuxieme strophe debute sur une exclamation, rapidement suivie d’un euphemisme. Celui-ci est tres interessant puisqu’il consiste en un moyen efficace et poetique de parler de la date de mort. « Le nombre ecrit sous l’? il des destinees» n’est autre que le moment ou mourra l’auteur. Cette formulation, employee de la sorte, confere un caractere mystique au texte, qui cadre avec l’ambiance de sa conclusion. Suit une metonymie, «jusqu’au cheveux blancs».

L’auteur se sert d’un des effets de la vieillesse pour designer cette derniere. On voit par la suite une autre periphrase, «y voir baisser mes jours» pour « m’y voir mourir ». La prochaine figure de style merite toute notre attention, l’auteur emploi la phrase suivante «parmi ces monuments de mes simples amours» pour parler de sa demeure. On voit dans cette figure la puissance des sentiments evoques chez l’auteur par sa Terre natale. En fait, cette maison qui lui rappelle ses «simples amours» lui rappelle tout ce qu’il a perdu : sa jeunesse, son enfance et sa famille. Ces amours sont simples parce qu’il n’y a rien de particulier a ces biens dont on ne reconnait parfois la valeur que lorsqu’on les a perdus.

Et c’est justement la simplicite de ces amours qui fait leur beaute. En comprenant cette phrase, on comprend en fait tout ce qui rattache le poete a cette demeure, et donc, la raison meme de ce texte. Attardons-nous sur une derniere figure pour cette strophe. Lorsque l’on parle de «tristes decombres», il est evident que des decombres ne peuvent reellement etre tristes. On attribue aux decombres l’emotion qu’ils suscitent chez le poete, il s’agit donc d’une hypallage. Style general Cette strophe marque, dans son ton, une transition entre la premiere et la troisieme partie. Lamartine s’y modere et les figures, sans s’alleger, gagnent en qualite.

Elle comporte, elle aussi, un caractere optatif, indique par l’emploi de la locution « puisse-je ». Les vers s’harmonisent d’une melodieuse facon et gagnent en souplesse. Troisieme partie Figures Premiere strophe La premiere strophe de la troisieme partie commence par une metaphore : «Et vous, qui survivrez a ma cendre glacee». Celle-ci indique le peu de bons sentiments qu’entretient Lamartine envers son successeur, en demontrant toutefois la mince ouverture qu’il entrevoit. Sa « cendre glace » renvoi au concepts de mort consciente et de reveil de l’esprit mentionnes precedemment. Une periphrase (encore) est utilisee afin de designer un cimetiere. Soit « pres des lieux ou dort l’humble espoir chretien».

La forte influence de Lamartine par la Chretiente n’est plus a demontrer, l’usage de cette mielleuse periphrase n’est donc pas de nature a surprendre. «Ce dernier sillon ou germe une autre vie» est une autre periphrase destinee a designer sa couche dans l’herbe. «Dernier sillon», parce qu’il s’agit du dernier lieu ou son corps reposera, et «germe une autre vie» pour illustrer le retour a la vie de ses cendres par les vegetaux, tel que mentionne plus tot. Plus loin, on parle de la mousse «incrustee» dans les flancs du rocher, comme si il parlait de gemmes precieuses incrustees dans un diademe, montrant toute la valeur de la «mousse des vieux jours» (un antique lichen) sur le rocher, et rehaussant les propos tenus plus haut.

Le vers suivant releve d’une incroyable qualite. Il dit, en parlant de la mousse, qu’elle «donne en lettre vivante une date a ses ans». Il illustre par cette metaphore que la mousse est un indicateur vivant de la vieillesse incommensurable du rocher. Une derniere periphrase attirera notre attention : «celui dont la voix reveille le trepas» pour parler de Dieu dans une immensite qui va non sans rappeler les deites helleniques! Deuxieme strophe En tout debut de strophe, on parle de collines et de montagnes couvrant le berceau de Lamartine de leurs ombres. Il s’agit dune metaphore, puisque une ombre ne couvre pas reellement une surface comme un drap le ferait.

Il est un caractere mignon a cette figure ; on imagine le bebe couvert et berce par les ombres, comme une agreste couverture le protegeant du soleil. Une repetition subtile, mais riche de sens, vient par la suite, aux lignes 52 et 53, le mot « puis » est repete deux fois, creant un lien entre la proximite de sa Terre natale et la legerete de son sommeil. Il est une inversion de parler de la « terre qui m’aime » a la ligne 54, parce que bien sur, ce n’est pas sa Terre qui l’aime, mais plutot lui qui aime sa Terre. Il parle ensuite de son ame buvant les parfums et les pleurs des nuits d’ete. Cette metaphore montre le cote enivrant de ces dites nuits d’etes, comme s’il buvait ses relents comme on boit du vin.

D’ailleurs, parfums et pleurs forment ensemble une enivrante antithese. Observons les lignes 57 et 58 : «Et, quand du jour sans soir la premiere etincelle / viendra m’y reveiller pour l’aurore eternelle». On comprend avant tout que «le jour sans soir» et «l’Aurore eternelle» doivent etre deux choses de meme nature comme ces expressions sont quasiment synonymes, a l’exception du fait que «l’aurore eternelle» implique l’idee du leve du soleil. Quant a cette nature, elle est mystique pour sur, mais du reste, elle depend de la vision de la mort qu’a l’auteur. On pourrait croire que «le jour sans soir» doit etre une notion de mort consciente vaguement semblable au paradis.

Ces mysterieuses periphrases laissent au lecteur une certaine liberte d’interpretation. Une question persiste pourtant : qu’est-ce que cette premiere etincelle? On ne peut que penser qu’il s’agit de la premiere gerbe de lumiere emise par l’astre solaire du jour eternel, donc, peut-etre, l’elevation de la conscience vers le paradis. Plus loin, on fait mention de «l’ombre» de ces etres chers. Il s’agit ici d’une metaphore pour designer leur esprit. Dans le meme ordre d’idee, Lamartine dit se reveiller et ne plus laisser «de cendres en depot a la terre», autrement dit il suggere l’idee que son tout psychique persiste, la ou les restes de son corps physique ont ete decomposes et assimiles par la nature.

Vient, au deux lignes suivantes, une comparaison par laquelle le poete trace des similitudes entre la vie et la mort avec un navire qui nous a amene a bon port, et que l’on voit maintenant s’eloigner. Une metonymie peut etre signalee a la ligne 69 («nos voix diront») ; une voix ne dit rien, c’est l’etre qui parle, on a donc inverse le contenant et le contenu. Finalement, une repetition sur le mot adieu vient accentuer sa portee, en ce vers final. Style general Plus harmonieux que jamais, le style de Lamartine ressemble, en ces deux strophes, beaucoup a celui la premiere strophe. Si ce n’est que des propos plus lourds, qui exigent un style en consequence : plus tragique, dramatique, mais surtout mystique. Ainsi, les vers s’etirent inlassablement en d’interminables periphrases et en de surabondants qualificatifs : les idees sont allongees.

Versant dans l’exces et l’emportement, ce poeme a un style pareil a ses idees, c’est-a-dire parfois inutilement dramatique. Malgre cela, les images creees par l’emploi incessant de metaphores mysterieuses et nebuleuses ont tout de meme une force considerable. Et quelques superbes vers, melodieusement employes, se glissent ca et la, frappant le lecteur par la puissance de leurs sentiments, exprimes a l’aide de brillantes periphrases. Notons entre autre les vers 57 et 58. Un certain manque de rythme se fait sentir dans ces strophes. La ponctuation ailleurs qu’a la fin des vers est rarissime. La longueur des strophes contribue aussi a leur densite.

Quelques enumerations descriptives viennent aussi alourdir le texte deja touffu. On peut conclure que le style de Lamartine, tres leche sur le plan des mots et de l’harmonie, meriterait d’etre peaufine sur le plan du rythme, ce dernier etant beaucoup trop lent et lourd. La langue Lamartine nous offre ici un texte relativement simple au niveau du langage. Certaines expressions pourront toutefois etre precisees par mes bons soins. * «Ne souffre pas, mon Dieu» ligne 2 : Le verbe souffrir employe dans ce sens signifie permettre ou allouer plutot que subir une douleur. Il s’agit d’une vieille formulation. * Le «champ des proscrits» ligne 4 : Le mot proscrit signifie banni ou exclu.

Le champ des proscrits est une part de terre concedee a ces parias de la societe, donc, de peu de valeur. * «D’une pied superbe» ligne 5 : Superbe employe dans ce sens signifie orgueilleux ou superieur. * «Parvis» ligne 14 : Il s’agit d’une place pavee situee devant un edifice. Ce qui laisse croire que la maison de Lamartine n’etait pas si humble qu’il le pretend. * «Philomele» ligne 16 : Personnage de tragedie grecque metamorphosee en rossignol pour echapper au roi Pandion. Son nom est fortement associe a celui du rossignol. * «La couche que j’envie» ligne 34 : Une couche signifie une fosse. * «Que nul ciseau ne taille et n’efface» ligne 41 : A cette epoque, on entendait par ciseau un petit couteau, utile pour tailler, entre autres, le bois. «Agreste» ligne 45 : Mot peu commun, synonyme de rustique. La ponctuation Peu presente en milieu de vers, la ponctuation joue un role majeur en fin de ligne dans l’ecriture de Lamartine. Indiquant tour a tour des phases enumeratives et exclamatives, elle donne un ton au sentiment et vient agreablement completer le style. «Ne permet pas, mon dieu, ce deuil et cet outrage ! » On vient affirmer le caractere clair et imperieux de cette apostrophe grace a ce point d’interrogation bien place. «Un jour elevez moi… non ne m’elevez rien ! » Encore une fois, le caractere impetueux, brusque et soudain de cette phrase nous est amene avec plus de force par ce point d’exclamation. Verdira dans les pres, fleurira dans les fleurs, boira des nuits d’ete les parfums et les pleurs;» La ponctuation fait ici le lien entre deux phrases pour indiquer qu’il y a enumeration, et pour indiquer la ou cette enumeration se termine. Rimes et structure Les rimes sont plates (A/A, B/B, C/C, etc. ). Leur richesse est tres variable. Il y a quelques rimes pauvres ca et la, par exemple «Et que l’oiseau du ciel vienne batir son nid / Aux lieux ou l’innocence eut autrefois son lit» ou «Depouiller l’orphelin, grossir, compter son or / Aux lieux ou l’indigence avait seule un tresor». La plupart des rimes sont toutefois suffisante. «Ah ! que plutot cent fois aux vent abandonne / Le toit pende en lambeaux sur le mur incline», «Y retrouver au moins, dans les noms, dans les lieux/ Tant d’etres adores disparus de mes yeux» ou encore «Ah ! si le nombre ecrit sous l’? l des destinees / Jusqu’aux cheveux blanchis prolonge mes annees». Plusieurs rimes riches, par exemple «Et blasphemer ton nom sur ces memes portiques / ou ma mere a nos voix enseignait des cantiques», et meme tres riches, comme «La, ma cendre melee a la terre qui m’aime / Retrouvera la vie avant mon esprit meme», brillent aussi par leur presence. Aucune predominance entre rimes males ou femelle ne peut etre observee. Ce poeme est ecrit en alexandrins, tout les vers ont douze pieds (Ex. : «La, pour marquer la place ou vous m’allez coucher» : douze pieds), ce qui n’a rien d’etonnant puisqu’il s’agit d’un poeme ecrit pendant la periode romantique, ou l’alexandrin faisait fureur.

Aucune structure particuliere ne peut etre degagee, les strophes sont irregulieres dans leur nombre de vers (respectivement 20 vers, 8 vers, 20 vers et 22 vers), fait d’autant plus frappant lorsque l’on regarde le poeme complet ou les differences entre le nombre de vers est encore plus marquee. Les themes Suite aux precedentes etudes, se degagent plusieurs themes, omnipresents dans cette ? uvre. Il est en premier lieu evident que sa maison, et sa potentielle perte, est le theme principal de cette ? uvre. Pilier central de la pensee developpee, cette maison n’est pourtant qu’un pretexte, un point tournant, pour amener differents autres themes.

De ceux-ci, plus dignes de notre interet parce qu’etant la ou se situent les reels sentiments, se distingue premierement l’amertume. Une haine profonde de cet etranger qui viendrait lui confisquer son dernier bien, voila ce que denonce Lamartine. On voit ici un homme seul, ayant perdu la plupart de ses amis et des membres de sa proche famille, qui, a cette epoque, etait loin de connaitre son succes d’antan, et a qui il ne reste que cette maison, lien avec son enfance et les temps heureux qu’il regrette, ses «simples amours», comme il les appelle. Sa mere, son pere, ses s? urs, voila ce qu’est reellement son manoir. Il est en realite la seule presence materielle de souvenirs qui autrement n’existeraient pour lui qu’en pensee.

On sent donc toute l’amertume d’un auteur brise, au bord de l’oubli, qui se console par l’ombre des temps qui jadis lui sourirent. De la, decoule le theme de la vieillesse. Aborde plus en douceur et en subtilite, on le voit dans la facon dont il s’imagine passer ses vieux jours dans son domaine. De la vieillesse, on passe rapidement a la mort. Sera consacre a ce theme deux strophes entieres. Lamartine imagine sa douce mort, sa tombe, et ce qui suit cette fin de l’existence. On a l’impression qu’il voit en la mort une espece de delivrance. Comme si elle seule pouvait l’unir a sa demeure et aux siens, et lui faire oublier ses amertumes. Comme si une mort chretienne et romantique pouvait racheter le bonheur qu’il a perdu, et la simple joie qu’il ne sait plus trouver.

Le lecteur avertit remarquera que ces trois themes se lient en un seul : l’imaginaire. Car Lamartine se conforte dans sa reverie : Que ce soit en s’outrant du comportement de cet horrible etranger, en se rememorant les souvenirs de son enfance et ses «douces nuits d’etes», que ce soit en imaginant sa vieillesse heureuse ou que ce soit en planifiant sa mort, il ne nous parle que de songes, de potentialite. Les reveries d’un vieil homme, voila ce qu’est ce poeme. Conclusion : L oin de moi la sotte idee d’affirmer que Milly ou la Terre natale est une des plus grandes ? uvres d’Alphonse Lamartine. Elle est toutefois hautement representative de cette plus sombre epoque de sa vie qu’est sa vieillesse.

La qualite harmonique des textes de cet auteur n’est, certes, plus a demontrer et ne fait pas plus defaut a ce morceau qu’elle ne le fait aux autres crus de son genie. Mais la qualite sentimentale qu’il arrivait precedemment si justement a trouver n’est pas presente dans ce texte. Se perdant tour a tour en emportements dramatiques ou enumeratifs d’une qualite moyenne, il n’arrive pas a atteindre le lecteur, a susciter en nos c? urs les vives emotions qu’il etait venu chercher par ses Meditations. Il me vient a l’idee que ceci n’est pas un probleme de contenant, mais bien de contenu. Peut-etre que ses vicissitudes financieres ont eu raison des doux et melancoliques sentiments qui l’habitaient dans sa jeunesse, mais toujours est-il que la source s’est tarie.

L’inspiration et l’emotion ne lui viennent tout simplement plus, c’est la seule conclusion a laquelle on peut aboutir en lisant pareil texte. Ce qui est dommage, est que son genie reste entier. Autrement dit, ce sont de magnifiques vers qui s’offrent a nous, mais tisse autour de si peu de matiere qu’ils donnent au lecteur l’impression d’avoir ete etires au possible. Comment ecrire le plus possible, avec le moins d’idee, voila l’exercice auquel s’adonne Lamartine. Mais techniquement parlant, il reste un magicien du lyrisme et nous epate, comme a son habitude, de par ses vers impeccablement ficeles et dangereusement melodieux. Et malgre tout, peuvent etre remarques plusieurs lignes memorables.

Je citerais notamment ce merveilleux passage sur le rocher couvert de mousse, allant comme suit : «La, pour marquer la place ou vous m’allez coucher / Roulez de la montagne un fragment de rocher; / Que nul ciseau surtout ne le taille et n’efface / La mousse des vieux jours qui brunit sa surface, / Et d’hiver en hiver incrustee a ses flancs, / Donne en lettre vivante une date a ses ans! / Point de siecle ou de nom sur cette agreste page! / Devant l’eternite tout siecle est du meme age, / Et celui dont la voix reveille le trepas / Au defaut d’un vain nom ne nous oubliera pas! ». Ces huit vers a eux seuls decrivent l’immensite de la vie et du temps. Faire passer ce message en ne parlant que d’un banal rocher ; voila bien un passage qui marque certainement et merite beaucoup plus qu’une rapide lecture.

J’ajouterais que le message de ce texte est cache en dessous de ce qui est dit. Ainsi, sous cette obsession de l’humilite, se cache une reelle piete (qui est aussi clairement illustree dans les dernieres strophes ou l’ont parle clairement de Dieu et de la mort), et surtout, j’oserai y deceler une aspiration subtile et amere d’etre pris en pitie. Enfin, ce qui est clair, c’est que Lamartine se voit comme une vertueuse victime, sur qui s’abat un sort non merite. Axe sur lui-meme, ce poeme depeint ses peines, ses regrets et ses angoisses sans reellement s’arreter a leur raison. Malheureusement, Lamartine ne voit son salut qu’en la mort, qui l’apaiserait et scellerait son ame a celle de cette Terre natale tant adoree.

Peut-etre trouverait-il neanmoins d’avantage de quietude s’il s’ouvrait au reste du monde, son ecriture en serait toutefois probablement bien meilleure, car il est idiot de penser que ressasser se memes angoisses qui le tailladent sans cesse peut etre considere comme de l’inspiration. Je dois donc deplorer le fait que Lamartine ne puisse mener une vie a la grandeur de son genie, et que ses idees ne soient pas un peu plus lumineuses. Est malheureusement gaspille un talent qui ne peut servir qu’a l’introspection et a la victimisation lyrique. Mais si la flamme de Lamartine etait eteinte, son harmonie n’aura cependant de cesse d’impressionner, et ses vers restent delectables a la lecture, en plus d’etre representatifs d’une epoque moins glorieuse et plus sombre de la vie de ce poete : sa fin.