Analyse calligramme apollinaire

Analyse calligramme apollinaire

Histoire des arts Thématique ART, RUPTURES, CONTINUITÉS Document : La colombe poignardée et le jet d’eau, recueil Calligrammes, 1918 INTRODUCTION – Présentation du texte Il s’agit d’un calligramme d’Apollinaire écrit sur le front pendant la to View nextÇEge première Guerre Mondiale. Le sous-titr Poèmes de la paix et de la guerre Ami d Apollinaire essaie de une écriture poétiqu org pet. es est d’ailleurs ‘ sso, Braque), c l’espace de la page – Il s’inscrit dans la thématique : Art, ruptures, continuités – Contexte de création : Dans la revue « Les Soirées de Paris » qu’il a fondé deux ans uparavant, Apollinaire, journaliste et poète, signe, en 1914, cinq poèmes figuratifs, créations auxquelles il donne le nom d’idéogrammes.

Il envisage alors de faire publier en album sous le titre de Et moi aussi je suis peintre, un ensemble d’ « idéogrammes lyriques et coloriés L’album ne paraitra pas car au mois d’août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France : c’est le début de la première guerre mondiale et Apollinaire s’engage dans et de la guerre (1913-1916) est publié. Il réunit vingt-quatre poèmes dont une vingtaine de calligrammes. – Thème du poème : A travers deux figures, une colombe

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et un jet d’eau, le poète évoque les amours perdues et les amis dispersés par la guerre. Problématique : Le calligramme est-il une poésie purement décorative ? Qu’apporte de plus le dessin ? Tourne-t-on le dos à la poésie traditionnelle ? -Plan : 1ère partie : Description de l’œuvre 2ème partie : Analyse Conclusion Développement 1. Description A. Le calligramme, une création d’Apollinaire ? Calligramme, n. m. (du grec KALOS « beau » et GRAMMA « lettre b), poème dont les lignes sont disposées de manière à former un dessin évoquant énéralement le theme du texte.

Cest le poète Guillaume Apollinaire qui, en 1918, a créé le mot calligramme pour désigner ce qui auparavant était appelé des vers figurés et qu’on nomme aussi poésie visuelle ou poésie figurative. Mais si Apollinaire a inventé le mot, il n’a pas inventé la chose, les « poèmes-dessins » ont une longue histoire, qui commence dans Douces figures poignardées chères lèvres fleuries Mya Mareye Yette et Lorie Annie et toi Marie Où êtes-vous ô jeunes filles Mais près d’un jet d’eau qui pleure et qui prie Cette colombe s’extasie Tous les souvenirs de naguère

O mes amis partis en guerre Jaillissent vers le firmament Et vos regards en l’eau dormant Meurent mélancoliquement Où sont-ils Braque et Max Jacob Derain aux yeux gris comme l’aube Où sont Raynal Billy Dalize Dont les noms se mélancolisent Comme des pas dans une église Ou est Cremnitz qui s’engagea Peut-être sont-ils morts déj? De souvenirs mon âme est pleine Le jet d’eau pleure sur ma peine. Ceux qui sont partis à la guerre / au Nord se battent maintenant Le soir tombe sanglante mer Jardins où saigne abondamment / le laurier rose fleur guerrière.

Formes moderne et traditionnelle juxtaposées La première strophe est irrégulière, composée de vers pairs mais inégaux. Les rimes de la première strophe, en [i], ne subissent aucune alternance. Elles n’obéissent à aucune règle de versification savante. La deuxième strophe, un quatorzain, est composée d’octosyllabes auxquels s’ajoute les vers du « bassin » : cinq autres octosyllabes dont le découpage est moins cl re des rimes V est vers réguliers, facilement identifiables (le jet d’eau). 2. Analyse A.

Les amours perdues et les amis dispersés par la guerre Le recueil Calligrammes, paru en avril 1918, sous-titré Poèmes de paix et de la guerre 1913-1916), est dédié à René Dalize, ami d’enfance de Guillaume d’Apollinaire avec qui il avait fondé la revue Les Soirées de Paris en 1912. René Dalize est une victime de la guerre, des vers lui sont adressés en hommage : « A la mémoire ‘du plus ancien de mes camarades / mort au Champ d’Honneur / Le 7 mai 1917 Rapports entre le poème et le dessin Le poème est composé de façon symétrique selon un axe central qui va du C (pouvant figurer le pommeau du poignard tuant la colombe) au ? au milieu du jet d’eau) et au O à la base du jet d’eau. . La colombe assassinée évoque la guerre (l’oiseau, emblématique e la paix, est poignardé) et s’adresse aux amours perdues du narrateur de la poesle. D’ailleurs le vers 1 est brisé au milieu par la disposition de ‘ poignardées  » et le C majuscule. La guerre a détruit les relations affectueuses qu’entretenait le poète : « douces figures poignardées Pleurent-elles et prient-elles, comme le jet d’eau du poème, les hommes partis sur le front ?

Le dessin peut être interprété de plusieurs façons : cette strophe suggère la colomb u-dessus du jet d’eau, peintres (Braque, Derain), écrivains ou journalistes (Max Jacob, Billy) et notamment René Dalize, l’ami d’enfance avec qui il avait fondé la revue Les soirées de paris en 1912, dont il n’a pas de nouvelles à cause de la guerre. Sont-ils morts ? Le temps est aux souvenirs qui assaillent le narrateur poète.

Apollinaire invente un verbe pour signifier combien le nom de ses amis provoque alors en lui de la nostalgie se mélancolisent Le lien avec le premier dessin se fait par l’allusion au  » jet d’eau ‘ de la première strophe :  » Mais près d’un jet d’eau qui pleure et qui prie Le dessin du jet d’eau suggère à la fois un mouvement vertical, ascendant jaillissent vers le irmament mais aussi une chute Le soir tombe »). Là encore, des contraires sont juxtaposés.

Mais ce jet d’eau peut être interprété aussi comme des pleurs :  » Le jet d’eau pleure sur ma peine Le jet d’eau représente les pleurs du poète ou des jeunes femmes citées dans la première strophe. Quant à la base du dessin, de forme ovale, elle suggère bien sûr le bassin du jet d’eau, mais aussi une bouche (au début, le poème évoquait les  » Chères lèvres « ) ou un œil ouvert avec sa pupille (O) au centre et versant des larmes. Le dessin a valeur de figure de st le roche de l’allégorie.

Donc, le graphisme n’a pas Un poème élégiaque traditionnel Malgré sa mise en page surprenante, ce poème s’inscrit, par sa thématique, dans la tradition de la poésie élégiaque traditionnelle. (Définition : une élégie est un poème lyrique exprimant une plainte douloureuse, des sentiments mélancoliques) La colombe: le thème des amours perdues, de la mélancolie est un thème récurrent dans la poésie élégiaque. Importance des prénoms féminins . Mia, Mareye, Yetter Lorie, Annie (il s’agit d’Annie Playden dont Apollinaire fut amoureux), Marie (Marie

Laurencin, artiste-peintre et autre grand amour du poète). Ces prénoms sont tous en majuscules : ils sont très importants pour lui ! Importance des échos sonores : toutes ces figures féminines sont reliées par l’allitération l’assonance Jeu d’intertextualité (dans lequel le lecteur doit retrouver des références à d’autres textes littéraires, antérieurs) :  » Où êtes-vous ô jeunes filles ‘ Apollinaire s’exprime comme le poète médiéval Fran ois Villon dans la Ballade des dames du temps jadis poètes (Max Jacob) et d’autres moins connus aujourd’hui par le grand public.

Ceux-ci sont partis en uerre Là aussi, importance de la nostalgie, thème élégiaque par excellence. Jeu d’intertextualité l? aussi avec la  » Complainte  » du poète médiéval Rutebeuf : « Que sont mes amis devenus » (l’ O mes amis où sont-ils ? Importance de l’anaphore  » Où sont-ils « ,  » Où sont « ,  » Où est  » et du ? placé au centre du jet d’eau qui insiste sur la mélancolie du narrateur poète, par ailleurs évoqué explicitement dans un néologisme « les noms se mélancolisent b.

Les vers du jet d’eau peuvent se lire comme des octosyllabes traditionnels :  » Tous les souvenirs de naguère mes ans partis guerre Le soir tombe Ô sanglante mer  » : le  » Ô  » est caractéristique de la poésie élégiaque ; mais il est possible d’entendre aussi  » le soir tombeau poème devient alors un poème-tombeau, une épitaphe : le poète célèbre les noms de ses amies et ses amis dispersés par la guerre. raditionnelle de la deuxieme, la poésie lyrique et l’apparente modernité du poèmedessin (longtemps oubliée et déconsidérée, la poésie visuelle est remise au goût du jour par Apollinaire), révocation de l’actualité (la première guerre mondiale) et le recours aux références du moyen-âge (Villon, Rutebeuf), l’alternance du éminin et du masculin à travers les figures des proches du poète. Ces éléments éloignés sont complémentaires pour le poète puisqu’ils font l’objet d’une association dans un même poème, et c’est la guerre qui les réunit.

Chez Apollinaire, l’union de la parole poétique et du dessin est à la fois un retour aux sources vives de l’inspiration créatrice sacrée (quand, par exemple, les scribes égyptiens gravaient dans la pierre des mots-dessins, des hiéroglyphes, signes de l’écriture sacrée ») et une revendication de liberté : liberté pour le peintre d’être poète aussi les collages des peintres cubistes, Braque ou Picasso, ont ouvert la voie, en mêlant les images et les mots ; des peintres comme Picabia publient des recueils de poèmes) ; liberté pour le poète d’être peintre aussi.

Ce calligramme est l’expression même de ce souci de nouveauté qui anime la poésie des premières années du XXème siècle tout en restant attaché à des traditions. Il est l’exemple même de la rupture (dans la forme) et de la continuité (dans les thèmes abordés) dans l’art : en cela, il s’inscrit bien dans la thématique ART, RUPTURES et CONTINUITES.