Analyse

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Département d’anthropologie, Université Laval, 2005, 258 pp. Table des matières Introduction Gouvernementalisation des populations forestières : le socle historique sur lequel se déploient les stratégies de pouvoir contemporaines Héritage colonial et mise en place d’un complexe territoire- ressources-population dans le sud-est du cameraman L’émergence des premières mesures pour la protection des forêts Avec la décolonisation, apparition de nouveaux réseaux de pouvons-

Exploitation des ressources et développement durable : enjeux de pouvoir et savoirs experts se croisent dans la nouvelle 101 forestière connaisseur Savoirs experts et objectivement des populations locales Politiques de décentralisation et approche participative La nouvelle loi forestière de 1994 : une étape clef dans la mise en place du dispositif de développement durable au cameraman une convergence d’intérêts hétéroclites Un dispositif de développe en pays abdique 3 FO SE est aujourd’hui une option incontrôlable des politiques de « bonne gouvernante » et des programmes de « développement arable » imposés par les organismes occidentaux d’aide au développement et par les grandes institutions internationales aux pays « forestiers » du Tiers monde.

Mais, si dans les discours institutionnels et politiques dominants comme dans les énoncés des programmes de coopération internationale, les formules conventuelles du « développement durable » et

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de la « participation locale » se sont imposées de toute leur évidente bienveillance, leur mise en ouvre dans la pratique ne sert guère la cause de ceux qui sont censés en être les bénéficiaires. Certes, sur le terrain, les « marqueurs » du développement arable sont omniprésents, à tel point qu’il est aujourd’hui difficile de trouver une forêt de par le monde qui ne soit affublée d’un projet de conservation, une communauté forestière qui ne soit concernée de près ou de loin par un projet de développement durable avec une étiquette participative.

Mais partout aussi, cette réalité en côtoie une autre dans une dynamique qui semble a priori paradoxale : alors même que les espaces forestiers sont de plus en plus recensés, inventoriés, normalisés, cartographie, surveillés, aménagés, ils sont aussi exploités de façon de plus n plus anarchique. Alors même que rond prône partout la participation, les populations locales disposent de moins en moins de contrôle sur l’accès à leurs ressources naturelles. La perception et la crédibilité des projets de conservation- développement-durable à coloration participative souffrent bien souvent de leur confrontation avec l’exploitation forestière.

Intrusion des exploitants forestiers dans les aires protégées, coupes sauvages dans les forêts commune 4 FO SE des exploitants forestiers dans les aires protégées, coupes sauvages dans les forêts communautaires, ouverture de pistes ‘exploitation dans les terroirs villageois : non seulement les projets ne garantissent pas toujours la protection contre les débordements de l’industrie forestière dans leur aire d’intervention, mais leur présence peut aussi avoir comme effets pervers d’intensifier les coupes là ou ils ne sont pas présents. Cette proximité physique des mécanismes de conservation avec les mécanismes d’exploitation – leur déploiement dans les mêmes espaces ou dans des espaces mitoyens, leur négociation avec les mêmes populations – engendre une méfiance croissante à l’égard des discours comme des pratiques du développement arable. Dans les communautés boudées de la périphérie de la forêt du déjà, force est de constater que les projets de développement durable sont eux aussi contestés, parfois autant, voire plus que ne l’est l’exploitation forestière elle-même 1.

Dans le sud-est du cameraman, la présence simultanée dans les mêmes espaces forestiers d’exploitants européens et de projets de gestion forestière durable initiés par des organismes de coopération eux aussi européens, de même que les liens qu’ils entretiennent avec les mêmes populations, tout cela ne peut manquer de poser deux ordres de questions : celui des relations ostensibles entre l’ancienne colonie et l’ancien colonisateur, d’une part, et, d’autre part, celui des relations entre ces deux dynamiques a priori contradictoires que sont l’exploitation et la gestion-conservation des massifs forestiers. Dans cette région, comme dans toute l’affaire centrale forestière, l’exploitation des produits de la forêt (caoutchouc, bois) a toujours été au coureur des formes les plus violentes de la ré s FO SE produits de la forêt (caoutchouc, bois) a toujours été au coureur des formes les plus violentes de la relation coloniale, s’appuyant d’abord sur l’esclavage, puis sur le travail forcé.

Cependant, l’analyse classique privilégiant les relations de domination centre- périphérie, les relations de type encollais entre les « métro- pales » et leurs anciennes colonies n’apparaît plus suffisamment pertinente pour saisir dans son ensemble le paradoxe exploitation-conservation tel qu’il se manifeste aujourd’hui. Des travaux récents se sont attachés à analyser de façon souvent très détaillée les schémas de corruption et la criminalité politique et institutionnelle qui imprègnent l’aide publique au développement (bayer, elles et Hibou 1997 ; varechs 2003 ; varechs et hausser 2004 ; Olivier 2004). D’autres analysent la circulation de la violence dans le déploiement du cap ‘taillis en affaire (agir, copains et amorcée 1987 ; écoper 1994 ; choquer- vitrifiait 2002).

D’autres enfin abordent la condition même de la relation née-coloniale contemporaine par rapport au remodelage de l’organisation provinciale de ces sociétés (bayer 1989, 1996). Mais dans la plupart des cas, l’analyse des formes de pouvoir durant l’épisode colonial n’est abordée que dans la dimension coercitive qui lie colonisateurs et colonisés. Il nous importe dans cet article de partir plutôt de la genèse de formes de pouvoir à-coup plus complexes et beaucoup plus diffuses que le seul pouvoir répressif autoritaire et d’essayer de mettre en lumière des liens entre ces formes de pouvoirs installées sous le accolant et celles qui opèrent aujourd’hui dans le sud-est du cameraman.

Les travaux le moindrement critiques qui portent sur l’instauration de projets de développement durable ou sur l’exploitation 6 FO SE critiques qui portent sur l’instauration de projets de développement durable ou sur l’exploitation forestière ont tendance à examiner ces deux domaines d’intervention de façon très dichotomie en les considérant comme des dynamiques entrecroisées. Nous préférons poser qu’il s’agit de deux modes d’opération a priori concurrentiels qui font partie du même régime de rationalité, qui se déploient dans un même « appareil » de relations poste-coloniales à l’intérieur duquel on peut chercher à montrer des liens.

L’analyse de l’ensemble complexe de relations de pouvoir entre les différents acteurs du développement durable et de l’exploitation forestière dépasse évidemment les limites de cet article. Il s’agit plutôt pour nous de proposer ici des outils d’analyse à même de nous aider à comprendre comment ‘impose un régime de rationalité qui est capable d’autoriser simultanément l’exploitation et la préservation des ressources dans un même espace forestier. Pour saisir le paradoxe de ces deux mécanismes a priori contradictoires, il faut comprendre que l’un ne peut exister qua la condition d’être systématiquement pensé dans les termes de l’autre.

Autrement dit, la préservation de la forêt et son usage par les populations locales ne peuvent être envisagés, conçus, acceptés que s’ils sont posés dans les termes de gestion rationnelle propres aux formes modernes d’exploitation des massifs forestiers que fond promet dans le vallonnement durable. Dans une première partie, nous analyserons le pouvoir mis en place sous le accolant comme une forme de gouvernementale s’appuyant sur un mode de gestion combinée de la nature et du social et constituant le socle historique sur lequel se sont déployés les réseaux de pouvoirs et les stratégies contemporaines des AC FO SE lequel se sont déployés les réseaux de pouvoirs et les stratégies contemporaines des acteurs de l’exploitation forestière.

Nous essaierons ensuite de montrer comment, à un moment donné, les intérêts apparemment divergents de l’exploitation forestière t du discours scientifique prônant la gestion durable des forêts vont se croiser ; ils donneront naissance, par le biais d’une nouvelle loi forestière, à un « dispositif de développement durable » qui s’appuiera sur toute une gamme de normes et de « technologies » pour définir des modes d’utilisation de rescapé. Enfin, nous expliquerons comment exploitants forestiers et acteurs du développement durable, en prenant comme cible les populations boudeuses dans leurs stratégies de pouvoir, participent les uns comme les autres à la production d’une forme de subjectivistes de ces populations.

Gouvernementalisation des populations forestières : le socle historique sur lequel se déploient les stratégies de pouvoir Retour à la table des matières La notion de gouvernementales désigne le processus par lequel la population devient à un moment donné de l’histoire la cible principale du pouvoir politique ; le moment où elle cesse d’être la cible de l’exercice de la puissance du souverain, pour devenir la fin et l’instrument du gouvernement ; elle n’est plus seulement une simple variable composant le territoire, mais, parce qu’elle est considérée comme une richesse, elle devient le but premier e l’exercice du gouvernement, l’objet central du pouvoir de l’État administratif. À partir de ce moment, le territoire en soi n’est plus l’objectif de la souveraineté, mais c’est l’ensemble du complexe « territoire-ressources- population » ui est pris en charge. Cette population est dépendant E « territoire-ressources- population » qui est pris en charge. Cette population est dépendante d’un certain nombre de facteurs (système d’impôt, circulation, répartition du profit) sur lesquels on intentent artificielles pour la contrôler. Le problème politique de la population renvoie à la bibliophilie, c’est-à- ère la technologie avec laquelle on gère cette population.

Les phénomènes biologiques inhérents au vivant (vie, mort, maladie) vont être pris en compte en tant qu’ils affectent la population, notamment par le biais de recensements, l’instauration de politiques de santé, la diminution de la mortalité infantile, la prévention des épidémies par les campagnes de vaccination, etc.. (factuel 1976 : 818-825, 1978). bayer (1989) s’est inspiré d’une approche focalisent pour analyser la circulation de la violence dans les sociétés africaines contemporaines. AI interprète la gouvernementale home une « politique du ventre mais son analyse concerne principalement le fonctionnement de l’appareil d’État dans sa dimension coercitive.

embué (1990, 1997), lie étroitement gouvernementale, accumulation du capital et économie de la violence, mais selon lui la gouvernementale concerne avant tout la façon dont on intervient dans le but de gérer les « structures mentales » des individus. En suivant cette démarche, nous nous attacherons à voir aussi dans la gouvernementale un mode d’intervention sur des « régimes de subjectivité » (factuel 1976, 1978, 1 982) dont le but est de produire des sujets adaptés au D’autres auteurs ont utilisé la gouvernementale comme outil conceptuel pour analyser le jeu complexe de relations de pouvoir mises en ouvre dans les politiques de développement dans diverses régions (forgeron 1994 diverses régions (forgeron 1 994 ; escorta 1995 ; crus 1995 ; Saint-hilare 1996).