Agnus scythicus-diderot

Agnus scythicus-diderot

Sequence 4 : Lecture analytique de l’article « Agnus Scythicus », Diderot. Texte : L’agnus Scythicus est une plante dont on disait qu’elle broutait… Plusieurs savants, sans l’avoir jamais vue, avaient vante ses proprietes prodigieuses. L’article de Diderot lui consacre est un exemple tres representatif de la methode de detournement employee par les encyclopedistes. Le choix d’une plante devient ainsi le pretexte d’un developpement critique denoncant ces jugements sans preuve, les prejuges, la croyance facile au merveilleux. Parallelement, se mettent en place les etapes d’un raisonnement qui releve de l’esprit d’examen.

Cet article nous fournira des reflexions plus utiles contre la superstition et le prejuge, que le duvet de l’agneau de Scythie contre le crachement de sang. Kircher3, et apres Kircher. Jules Cesar Scaliger4, ecrivent une fable merveilleuse ; et ils l’ecrivent avec ce ton de gravite et de persuasion qui ne manque jamais d’en imposer. Ce sont des gens dont les lumieres et la probite ne sont pas suspectes : tout depose en leur faveur ; ils sont crus ; et par qui ? par les premiers genies de leur temps ; et voila tout d’un coup une nuee de temoignages plus puissante que le leur qui le fortifient, et qui

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forment our ceux qui viendront un poids d’autorite auquel ils n’auront ni la force ni le courage de resister, et l’agneau de Scythie passera pour un etre reel. Il faut distinguer les faits en deux classes ; en faits simples et ordinaires, et en faits extraordinaires et prodigieux. Les temoignages de quelques personnes instruites et veridiques suffisent pour les faits simples; les autres demandent, pour l’homme qui pense, des autorites plus fortes. Il faut en general que les autorites soient en raison inverse de la vraisemblance des faits ; c’est-a-dire d’autant plus nombreuses et plus grandes, que la vraisemblance est moindre.

Il faut subdiviser les faits, tant simples qu’extraordinaires, en transitoires et per- manents. Les transitoires, ce sont ceux qui n’ont existe que l’instant de leur duree, les permanents, ce sont ceux qui existent tou- jours et dont on peut s’assurer en tout temps. On voit que ces derniers sont moins difficiles a croire que les premiers, et que la facilite que chacun a de s’assurer de la verite ou de la faussete des temoignages, doit rendre les temoins circonspects, et disposer les autres hommes a les croire. Il faut distribuer les faits transitoires en faits qui se sont passes dans un siecle claire, et en faits qui se sont passes dans les temps de tenebres et d’ignorance ; et les faits permanents, en faits permanents dans un lieu accessible ou dans un lieu inaccessible. Il faut considerer les temoignages en eux-memes, puis les comparer entre eux : les considerer en eux-memes, pour voir s’ils n’impliquent aucune contradiction, et s’ils sont de gens eclaires et instruits : les comparer entre eux pour decouvrir s’ils ne sont point calques les uns sur les autres, et si toute cette foule d’autorites de Kircher, de Scaliger, de Bacon5 de Libavius, de Licetus, d’Eusebe, etc. ne se reduirait pas ar hasard a rien, ou a l’autorite d’un seul homme. Il faut considerer si les temoins sont oculaires ou non ; ce qu’ils ont risque pour se faire croire ; cruelle crainte ou quelles esperances ils avaient en annon- cant aux autres des faits dont ils se disaient temoins oculaires : s’ils avaient expose leur vie pour soutenir leur deposition, il faut convenir qu’elle acquerrait une grande force ; que serait-ce donc s’ils; l’avaient sacri- fiee et perdue ? Il ne faut pas non plus confondre les faits qui se sont passes a la face de tout un peuple, avec ceux qui n’ont eu pour spectateurs qu’un petit nombre de ersonnes. Les faits clandestins, pour peu qu’us soient merveilleux, ne meritent presque pas d’etre crus : les faits publiques, contre lesquels on n’a point reclame dans le temps, ou contre lesquels il n’y a eu de reclamation que de la part de gens peu nombreux et mal intention- nes ou mal instruits, ne peuvent presque pas etre contredits. Voila une partie des principes d’apres lesquels on accordera ou l’on refusera sa croyance, si l’on ne veut pas donner dans des reveries, et si l’on aime sincere- ment la verite. Travail preparatoire : C’est un article de Diderot ecrit pour L’Encyclopedie.

Mai celui-ci n’est pas une simple definition. Agnus Scythicus sert de pretexte a un autre raisonnement. D’emblee on peu noter une repetition anaphorique de la tournure imperative : « Il faut » ; « Il ne faut pas ». Ceci evoque un ordre ou une obligation. De plus, « il faut » est suivit d’un verbe a l’infinitif : distinguer ; subdiviser ; distribuer ; considerer. ? Selon Diderot, il faut donc etablir des classements pour ne pas se tromper. Ce texte est une critique severe. Il y fait l’eloge de l’esprit critique Axes de lecture : I> Une structure rigoureuse et tres didactique.

II> Une critique du prejuge, element important pour la lutte contre les superstitions et les idees fausses lutte. I> Une structure rigoureuse et tres didactique. a) La disposition du texte b) Le titre c) La structure du raisonnement d) Bilan du 1er Axe L’article est concu comme un ensemble de recommandations methodologiques. Il presente les etapes successives de la recherche de la verite. La progression argumentative se fait sous forme d’enumeration tout a fait evidente : avec une reprise anaphorique de l’obligation « Il faut » => Cela donne au texte un ton didactique. a) Le texte est compose de 7 paragraphes.

Le premier etant nettement plus long que les autres. Notons la repetition anaphorique de la tournure imperative « Il faut » 5 fois ; « Il ne faut pas » une foi a la fin. – Le premier paragraphe (jusqu’a la ligne huit) est une introduction qui defini le contenu de l’article et le justifie. – Le dernier est une conclusion : « voila » ; « principe » ; « verite ». – Les paragraphes jusqu’a la ligne 62 developpent la methode de reflexion. On remarque que les infinitifs qui suivent la formule « Il faut » impliquent une classification, un examen des choses pour bien savoir de quoi on parle.

Il s’agit d’examiner des « faits » et des « temoignages ». b) Le titre est tout a fait mysterieux. Il s’agit du nom latin d’une plante et qui apparait tres rapidement comme un pretexte. Le theme de la plante est donc tres vite abandonne, au bout de quelques lignes (l. 8) pour poursuivre le vrai but de l’article : ? Denonciation des croyances fausses. Nous voyons bien ici les deux aspects de l’article qui sont identiques a ceux de l’Encyclopedie : Vulgarisation des connaissances et denonciation. c) – 1ere classification l. 8a13 (fin du paragraphe) : critere de L’ordinaire / L’extraordinaire

Les deux adjectifs sont cites par Diderot et sont accompagnes d’un autre adjectif qui en complete le sens : « simple et ordinaire » l. 9 ; « Extraordinaire et prodigieux » l. 9 Cette insistance montre a nouveau la volonte didactique de l’auteur. Ces deux types de fait sont distingues pour montrer la methode d’observation de chacun. La synthese de ce principe est donne en fin de paragraphe sous la forme d’une phrase comparative qui fait comprendre que moins il y a de vraisemblance dans un fait, plus il doit y avoir de temoignages d’autorite (personne de confiance) Il faut en general que les autorite soient en raison inverse de la vraisemblance des faits ; c’est-a-dire d’autant plus nombreuses et plus grandes, que la vraisemblance est moindre ». – 2nd classification l. 14a25 : critere de la duree On note le champ lexical de la duree : « transitoires », « permanents », « instant ». Diderot defini les faits en deux formules paralleles ligne 16a18 : « Les transitoires ce sont ceux qui n’ont existe que l’instant de leur duree » « Les permanents, ce sont ceux qui existent toujours et dont on peu s’assurer en tout temps ».

La distinction mise en place ici a pour objectif de faire remarquer que l’authenticite (verite et faussete) des faits permanents est plus facile a prouver. Donc on doit etre plus attentif pour des faits non permanents. Ces derniers son moins faciles a voir et a comprendre. -3e classification l. 26a32 : Celle-ci reprend les deux premiers types de faits. On retrouve les memes adjectifs. Diderot etablit donc une subdivision dont les criteres sont : Le temps / Le lieu Cette subdivision permet d’insister sur le processus tres rigoureux de l’esprit d’examen -4e classification l. 3a44 : Ici, Diderot met en place une demarche differente, comme le laisse entendre le verbe « considerer » l. 33. Il s’agit la, une fois les fait classes, d’examiner les temoignages. L’examen se fait par la confrontation, comme on le voit l. 34 « comparer entre eux ». C’est une etape importante dans la recherche de la verite. On le voit par son soucis d’explication : encore l’idee didactique. Les deux objectifs de ce critere sont : -Demasquer les contradictions l. 36 « S’ils n’impliquent aucunes contradictions » -Verifier l’authenticite des sources l. 7 « S’ils sont de gents eclaires et instruits » La comparaison l. 38 a pour but de verifier que les temoignages viennent bien de savants ayant reflechis independamment et qui n’ont pas ete copies. -5e classification l. 45a52 : cette etape de l’etude l’amene a examiner les motivations des temoins. Le critere est donne par l’adjectif « oculaire » et une serie d’interrogatives indirectes qui precisent leurs motivations. A la fin Diderot semble vouloir dire que risquer sa vie a un temoignage confere a celui-ci une plus grande force (ou autorite).

Cette 5e etape se termine par une interrogation oratoire qui a une valeur d’affirmation forte : « que serait-ce donc s’ils l’avaient sacrifiee et perdue ? » l. 51 – derniere classification l. 53a62 : celle-ci se differencie des autre car elle est introduite negativement : « Il ne faut pas ». De nouveau, nous avons le soucis de classification de la part de Diderot avec l’emplois du mot « confondre » qui equivaut ici a : il faut distinguer. Il relate les conditions d’existence des faits, c’est-a-dire le cadre ou les circonstances dans lesquels ils se sont produits. De maniere publique : « a la fasse de tout peuple » l. 54 -De maniere clandestine : « qui n’ont eu pour spectateurs qu’un petit nombre de personnes » l. 55 Le caractere clandestin rend les faits plus douteux tandis que le caractere public fait qu’ils sont plus difficiles a contredire. -conclusion de l’article l. 63a66 : Celle-ci est introduite par « voila » ce qui montre bien la fin de l’article. Diderot rappel l’importance des principes qu’il a enonce. «On accordera ou l’on refusera » Ici il emplois du future et non du conditionnel c’est encore une insistance. ) Bilan du 1er Axe : Les differents points abordes par Diderot correspondent aux etapes successives d’une demarche de classification, d’analyse, qui doit permettre devant les faits de conclure a leur authenticite et de detruire par la meme occasion les prejuges, les idees fausses, qui sont les bete noires des philosophes. On peu rattacher cette methode d’analyse a celle de Bayle et de Fontenelle, autant qu’a une enquete policiere de nos jours. La mise en evidence de cette methode constitue la refutation des prejuges, des critiques et de ce qu’il ne faut pas faire.

Complement sur deux autres auteurs : Bayle : 1647-1706. Il a ecrit « Pensees diverses sur la comete » 1682. Theme de l’? uvre : Une comete etait consideree comme une menace contre l’atheisme. L’? uvre fut ecrite pour denoncer les fausses croyances. « Commentaire philosophique » 1886. Theme de l’? uvre : la diversite des religions facilite la tolerance. Fontenelle : 1657-1757. Il a vecu 1 siecle et a ecrit « Histoire des oracle » 1687. II > Une critique du prejuge, element important pour la lutte contre les superstitions et les idees fausses lutte Diderot denonce la credulite de ceux qui croient ce qu’affirme des gent bien places, ceux qui on de l’autorite, les savants, ou tout simplement ce que dit le plus grand nombre. -Il critique la tendance a ne pas faire de distinction entre ce qui est ordinaire ou extra ordinaire etc. , le manque de rigueur et un penchant a croire encore plus ce qui est extra ordinaire, quitte a trouver de fausses explications dans la religions, la superstition, les miracles etc. -Il critique aussi l’absence de criteres solides pour juger de l’authenticite des faits : temps, lieux, temoins etc. Il denonce aussi la reconnaissance du principe d’autorite. C’est-a-dire croire ce que dit un superieur ou une autorite sous pretexte qu’il est au dessus de vous. Ainsi que l’absence d’esprit d’examen et de methode sure. On retrouve ici tout ce qui fait obstacle a la recherche de la verite et donc au progres. Au contraire, l’esprit d’examen est guide par la raison, la rigueur etc. Resume de l’article Agnus Scythicus : On trouvera ici des principes plus efficaces contre les croyances erronees que l’Agnus Scythicus contre certaines maladies. Plusieurs savants redigent successivement une histoire peu vraisemblable.

Leur autorite fait qu’on les croit et que cette histoire recueille d’innombrables confirmations. Et voila agnus scythicus un animal reel ! Il faut au contraire etablir plusieurs classifications successives : Une fois les faits definis comme ordinaire ou extraordinaires (ceux-ci demandent une autorite plus grande pour etre identifies) il faut envisager leur duree. Les faits ephemeres sont plus difficiles a croire que les faits durables. Les premiers (ephemeres) doivent encore etre juges par rapport a leur epoque, les second (durables) par rapport a leur lieus d’existence.

Il faut ensuite examiner les temoignages, chercher les contradictions, verifier les sources, reperer une eventuelle source unique, reprise par plusieurs, ou meme l’absence reelle d’origine. Pour les temoins, il importe d’envisager leur nature, leurs motivations : un temoignage donne au risque de sa vie serait d’une grande valeur. Enfin il faut separer les faits clandestins, peu veridiques des faits publiques plus facilement verifiables. Ce sont la quelques principes susceptibles de justifier ou non, une croyance si l’on cherche la verite.