Adam smith est il un physiocrates gar en angleterre ?

Adam smith est il un physiocrates gar en angleterre ?

?Dissertation : Adam Smith est il un physiocrates egare en Angleterre ? Le XVIIIeme siecle voit en Europe l’emergence de l’economie comme discipline et comme science, de plus en plus autonome. C’est Francois QUESNAY qui s’essaie le premier a modeliser les circuits economiques dans son « Tableau economique » (1758 et 1766). Il fut en France le fondateur de l’ecole physiocrate (appelee aussi a l’epoque la « secte des economistes », tant leur entreprise inedite semblait incongrue). Anne Robert Jacques TURGOT fut l’autre membre eminent de l’ecole physiocrate, et aussi son dernier : elle e dissout avec lui et, quelques annees plus tard (en 1776), Adam SMITH publie ses « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », marquant ainsi l’emergence de l’ecole classique, dont la theorie fut plus tard parachevee par David RICARDO et critiquee de l’interieur par Karl MARX. Dans son ouvrage « Richesse et puissance, une genealogie de la valeur » (1989), Francois FOURQUET affirme que SMITH est « un physiocrate egare en Angleterre ». Accepter cette affirmation reviendrait a considerer sous un angle totalement different les fondements de l’ecole classique, consideree avantage que la physiocratie comme la fondation de la pensee economique (lorsqu’on parle d’ouvre fondatrice de l’economie, « La richesse des nations » vient plus

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facilement a la bouche que le « Tableau economique »). Pour discuter l’affirmation de FOURQUET, nous commencerons par effectuer un rappel de la pensee physiocrate avant d’y confronter la pensee smithienne. Nous nous interrogerons ensuite sur les consequences qu’aurait l’acceptation de cette affirmation sur l’apprehension de la pensee classique, avant de proposer une conclusion resultant de la question de savoir si TURGOT etait un veritable physiocrate.

Ce sont QUESNAY et TURGOT qui ont fonde l’ecole physiocrate, en France. « Physiocratie » signifie « pouvoir de la Terre, de la Nature ». A cette epoque, l’economie en tant que science n’existait qu’a l’etat embryonnaire, et ces pionniers de l’analyse economique cherchaient a etablir des analogies entre l’economie et d’autres sciences qui pourraient les aider a structurer leur pensee. Ainsi, QUESNAY etait chirurgien et TURGOT theologien. L’exploitation des connaissances, methodes et mecanismes de la chirurgie amena QUESNAY a considerer l’economie comme un circuit (son modele est base sur celui de la irculation sanguine) et la Terre, don de Dieu, comme unique source de richesse. Dans la pensee physiocrate, l’individu n’est pas considere en tant que tel mais comme membre d’une classe (la classe productive, sterile ou des proprietaires fonciers). Pour les physiocrates, il existe des lois divines, parfaites, qui regissent les differents domaines du monde (les fonctionnements du corps, de l’economie, de la societe. suivent tous ces lois naturelles). L’economie se reproduit alors a l’identique et le produit de la terre sert exactement a la subsistance et a la reproduction des individus.

Les physiocrates insistent (en verite c’est le fondement de leur pensee) sur le caractere divin et naturel du fonctionnement de l’economie. Qu’en est-il chez SMITH? « La richesse des nations » (1776) a ete precedee de « Histoire de l’Astronomie » (1756) et « Theorie des sentiments moraux » (1759). Dans l »Histoire de l’Astronomie », SMITH s’interroge sur les regles qui regissent le fonctionnement de l’univers et conclut a l’existence d’une « main invisible », la main de Dieu, qui, du chaos des atomes, fait sortir l’ordre de l’univers. Dans « La richesse des nations », si a aucun moment SMITH n’evoque xplicitement le nom de Dieu pour expliquer l’harmonie de la societe, la reference n’en est pas moins evidente : l’essentiel de son raisonnement est base sur le fonctionnement de la main invisible, qui « du chaos des decisions individuelles fait jaillir une societe harmonieuse ». Pour SMITH, chaque individu, en cherchant son propre profit, est inconsciemment guide par une main invisible qui l’amene a participer au bien-etre collectif tout en atteignant son propre interet. On retrouve une allusion a l’Astronomie (donc a Dieu) et a la physique newtonienne dans la description que fait SMITH de la gravitation du prix de arche (resultant de la confrontation entre offre et demande sur le marche) autour du prix naturel (correspondant au cout de production de la marchandise concernee, ie. Salaire, profit et rente) : la encore, une main invisible pousse le prix de marche vers le prix naturel. Pour SMITH, il existe donc des lois naturelles regissant l’economie, la societe et l’univers (la main invisible), lois auxquelles on ne peut ni ne doit s’opposer : c’est ce qui justifie le liberalisme (laisser-faire, laisser-passer) chez SMITH. L’economie de marche et le capitalisme sont donc naturels.

Ainsi, on trouve bien chez SMITH des accents physiocrates dans la mesure ou il presente Dieu comme grand « commissaire priseur » (Leon WALRAS), permettant a des interets individuels divergents de s’harmoniser en s’additionnant. Pour autant, on ne peut pas affirmer que SMITH ne soit qu’un physiocrate egare Outre-Manche. SMITH est sans conteste le fondateur de ce qu’on a coutume d’appeler l’ecole classique. Son ouvre a directement et fortement inspire RICARDO, que MARX utilisera lui-meme comme point de depart de sa critique du capitalisme. Etudier la pensee classique nous permettra de remonter a ses sources (SMITH) t donc d’eclaircir les penchants physiocrates de son fondateur. En 1799, RICARDO lit « La richesse des nations ». En 1817, il publie ses « Principes d’economie politique et de l’impot », ouvre fortement inspiree de celle de SMITH (mais plus precise, utilisant les « mathematiques litteraires »). RICARDO cherche a definir la determination de la valeur uniquement en fonction du travail, parachevant ainsi le travail de SMITH, qui avait deja evoque la « valeur travail » des marchandises. On voit la une rupture evidente de SMITH avec ses supposes peres spirituels physiocrates : la terre n’est plus l’unique source de travail, seule capable de rendre plus u’on ne lui a donne : le travail, chez SMITH, est independant de la terre et productif, grace notamment a la division du travail qui permet d’accroitre sa productivite de facon considerable (objet du chapitre d’ouverture de « La richesse des nations »). Capital, travail et terre sont alors chez SMITH les trois facteurs de production dont la remuneration (le profit, le salaire et la rente) represente le cout de production, qui determine la valeur. RICARDO va plus loin et cherche a tout reduire a du travail. Le capital est divise en capital fixe et capital circulant; le capital fixe est considere omme du travail passe, cristallise; le capital circulant (les salaires) est considere comme du travail consomme pendant le cycle de production. Le capital est donc ramene a du travail. Quant a la terre (la rente), RICARDO evacue le probleme comme « negligeable » a travers sa theorie de la rente differentielle : la rente n’est qu’un residu, qui n’entre pas en compte dans la determination de la valeur, cette derniere pouvant donc etre reduite uniquement a du travail. MARX, parfois considere comme « dernier des classiques », considere le travail comme une « marchandise particuliere », capable de produire plus que ce u’elle coute, la difference etant la plus-value. Tous les auteurs de l’ecole classique, de SMITH a MARX, ont donc presente le travail comme determinant essentiel, voire unique, de la valeur. Comment alors qualifier de physiocrate le fondateur d’une ecole dont la conception de la valeur est totalement differente, sachant que le probleme de la fixation de la valeur etait l’enjeu principal de la science economique? Une reponse eventuelle consiste en un nom : TURGOT. TURGOT est la charniere evidente entre physiocrates et classiques, entre QUESNAY et SMITH. Post-physiocrate, pre-classique? Bien que TURGOT soit ange dans la categorie des physiocrates (ce qui parait la moindre des choses pour un theologien), son statut est plus flou qu’il n’en a l’air dans la mesure ou lui-meme evoque la valeur travail et affirme l’individu en tant que tel. En effet, selon TURGOT, la valeur d’une marchandise est determinee par le travail necessaire pour la produire. Il evoque meme la valeur utilite, dont l’existence est necessaire pour que l’echange se fasse, mais qui ne saurait determiner la valeur d’echange a elle seule. TURGOT developpe egalement l’importance de l’individu dans l’echange, ce que QUESNAY delaissait totalement.

Il reconnait que les individus accordent aux marchandises une valeur estimative (subjective) qu’ils se revelent mutuellement lors des negociations commerciales avant d’arriver a un prix objectif, egal a la moyenne des valeurs estimatives (en raison de l’egalite des rapports de force lors de la negociation). Chez SMITH egalement, et bien plus, l’individu est au centre des echanges, a la recherche de son interet propre, de meme que chez RICARDO. A premiere vue, SMITH peut sembler etre effectivement un physiocrate egare en Angleterre, dans la mesure ou Dieu (qui revet l’aspect de la main nvisible) est au centre de son analyse. Toutefois, l’ecole classique indeniablement fondee par SMITH s’oppose radicalement a la theorie de la valeur des physiocrates, creant ainsi un desaccord sur le point central de la theorie economique d’alors. Reste le probleme TURGOT, physiocrate qui a saborde son ecole en annoncant l’ecole classique (valeur travail, individualisme). Ne fut-ce la chronologie, on serait tente de qualifier TURGOT de « classique egare en France ». Pour repondre, il faut se souvenir qu’au XVIIIeme siecle le Clerge etait un pouvoir a part entiere et la religion une donnee universelle.

Il etait donc inconcevable, en 1776, de developper une theorie athee, et les penchants physiocrates de SMITH peuvent etre interpretes comme consequence ineluctable du contexte de l’Angleterre du XVIIIeme siecle. La pensee smithienne n’a rien d’egaree, elle prend ses racines dans le monopolisme des entrepreneurs anglais de l’epoque, qui refusaient la concurrence et occasionnaient une legislation du travail et du commerce aberrante. SMITH, qui pourfend avec fureur monopoleurs et mercantilistes tout au long de « La richesse des nations », ne considere les physiocrates que comme inoffensifs, bien qu’inconsequents.