17C Kolte S Dans La Solitude Dans Les Camps De Coton

17C Kolte S Dans La Solitude Dans Les Camps De Coton

Dans la solitude dans les champs de coton Bernard•Marie Koltès (1985) (exemplaire de travail – copie et diffusion interdites) Un deal est une transaction commerciale portant sur des valeurs prohibées ou strictement contrôlées, et qui se conclut, dans des espaces neutres, indéfinis, et non prévus à cet usage, entre pourvoyeurs et quémandeurs, ‘Vipe next page par entente tacite, signes conventionnel but de contourner les risques de trahiso implique ? n’importe quelle heu des heures OF41 td q ble sens – dans le e telle opération ndépendamment d’ouverture réglementaires des lieux de commerce homologués, ais plutôt aux heures de fermeture de ceux-ci.

LE DEALER Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ; car si je suis à cette place depuis plus longtemps que vous et pour plus longtemps que vous, et que même cette heure qui est celle des rapports sauvages entre les hommes et les animaux ne m’en chasse pas, jettent sauvagement l’un sur l’autre, je m’approche, moi, de vous, les mains ouvertes et les paumes tournées vers vous, avec l’humilité de celui qui propose face à celui qui

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achète, avec ‘humilité de celui qui possède face à celui qui désire ; et je vois votre désir comme on voit une lumière qui s’allume, à une fenêtre tout en haut d’un immeuble, dans le crépuscule ; je m’approche de vous comme le crépuscule approche cette première lumière, doucement, respectueusement, presque affectueusement, laissant tout en bas dans la rue l’animal et l’homme tirer sur leurs laisses et se montrer sauvagement les dents.

Non pas que j’aie deviné ce que vous pouvez désirer, ni que je sois pressé de le connaître ; car le désir d’un acheteur est la plus mélancolique chose qui oit, qu’on contemple comme un petit secret qui ne demande qu’à être percé et qu’on prend son temps avant de percer ; comme un cadeau que l’on reçoit emballé et dont on prend son temps à tirer la ficelle. Mais c’est que j’ai mol-meme désiré, depuis le temps que je suis à cette place, tout ce que tout homme ou animal peut désirer à cette heure d’obscurité, et qui le fait sortir hors de chez lui maigre les grognements sauvages des animaux insatisfaits et des hommes insatisfaits ; voilà pourquoi je sais, mieux que l’acheteur inquiet qui garde encore un temps son mystère comme une petite vierge élevée our être putain, que 2 1 ce que vous me demanderez je l’ai déjà, et qu’il vous suffit, ? vous, sans vous sentir blessé de l’apparente injustice qu’il y a à être le demandeur face ? celui qui propose, de me le demander.

Puisqu’il n’y a pas de vraie injustice sur cette terre autre que l’injustice de la terre elle-même, qui est stérile par le froid ou stérile par le chaud et rarement fertile par le doux mélange du chaud et du froid ; il n’y a pas dinjustice pour qui marche sur la même portion de terre soumise au même froid ou au même chaud ou au même doux mélange, et tout homme ou animal qui peut egarder un autre homme ou animal dans les yeux est son égal car ils marchent sur la même ligne fine et plate de latitude, esclaves des mêmes froids et des mêmes chaleurs, riches de même et, de même, pauvres ; et la seule frontière qui 1/15 existe est celle entre l’acheteur et le vendeur, mais incertaine, tous deux possédant le désir et l’objet du désir, à la fois creux et saillie, avec moins dinjustice encore qu’il y a à être mâle ou femelle parmi les hommes ou les animaux. C’est pourquoi j’emprunte provisoirement l’humilité et je vous prête l’arrogance, afin que l’on nous distingue l’un de l’autre à cette eure qui est inéluctablement la même pour vous et pour moi.

Dites-moi donc, vierge mé ce moment où grognent 3 1 dites-moi la chose que vous désirez et que je peux vous fournir, et je vous la fournirai doucement, presque respectueusement, peut-être avec affection ; puis, après avoir comblé les creux et aplani les monts qui sont en nous, nous nous éloignerons l’un de l’autre, en équilibre sur le mince et plat fil de notre latitude, satisfaits au milieu des hommes et des animaux insatisfaits d’être hommes et insatisfaits d’être animaux ; mais ne me demandez pas de deviner votre désir ; je serais obligé d’énumérer tout ce ue je possède pour satisfaire ceux qui passent devant moi depuis le temps que je suis ici, et le temps qui serait nécessaire à cette énumération dessécherait mon cœur et fatiguerait sans doute votre espoir. LE CLIENT Je ne marche pas en un certain endroit et à une certaine heure ; je marche, tout court, allant d’un point à un autre, pour affaires privées qui se traitent en ces points et non pas en parcours ; je ne connais aucun crépuscule ni aucune sorte de désirs et je veux ignorer les accidents de mon parcours. J’allais de cette fenêtre éclairée, derrière moi, là-haut, à cette autre fenêtre ?clairée, là-bas devant moi, selon une ligne bien droite qui passe à travers vous parce que vous vous y êtes délibérément placé.

Or il n’existe aucun moyen qui permette, à qui se rend d’une hauteur à une autre hauteur, d’éviter de descendre pour devoir remonter ensuite avec l’absurdité de deux mouvements qui s’annule 4 1 ensuite, avec l’absurdité de deux mouvements qui s’annulent et le risque, entre les deux, d’écraser à chaque pas les déchets jetés par les fenêtres ; plus on habite haut, plus l’espace est sain, mais plus la chute est dure ; et lorsque l’ascenseur vous a déposé en bas,il vous ondamne à marcher au milieu de tout ce dont on n’a pas voulu là-haut, au milieu d’un tas de souvenirs pourrissants, comme, au restaurant, lorsqu’un garçon vous fait la note et énumère, à vos oreilles écœurées, tous les plats que vous digérez déjà depuis longtemps.

Il aurait d’ailleurs fallu que l’obscurité fût plus épaisse encore, et que je ne puisse rien apercevoir de votre visage ; alors j’aurais, peut-être, pu me tromper sur la légitimité de votre présence et de l’écart que vous faisiez pour vous placer sur mon chemin et, à mon tour, faire un écart qui s’accommodât au ôtre ; mais quelle obscurité serait assez épaisse pour vous faire paraître moins obscur qu’elle ? il n’est pas de nuit sans lune qui ne paraisse être midi si vous vous y promenez, et ce midi-là me montre assez que ce n’est pas le hasard des ascenseurs qui vous a placé ici, mais une imprescriptible loi de pesanteur qui vous est propre, que vous portez, visible, sur les épaules comme un sac, et qui vous attache à cette heure, en ce lieu d’où vous évaluez en soupirant la hauteur des immeubles.

Quant à ce que ie désire, s s 1 e désir dont le puisse me s’il était quelque désir dont je puisse me souvenir ci, dans l’obscurité du crépuscule, au milieu de grognements d’animaux dont on n’aperçoit même pas la queue, outre ce très certain désir que j’ai de vous voir laisser tomber Ihumilité et que vous ne me fassiez pas cadeau de l’arrogance car si j’ai quelque faiblesse pour l’arrogance, je hais l’humilité, chez moi et chez les autres, et cet échange me déplaît -, ce que je désirerais, vous ne l’auriez certainement pas. Mon désir, s’il en est un, si je vous l’exprimais, brûlerait votre visage, vous ferait retirer les mains avec un cri, et vous vous enfuiriez dans l’obscurité comme un chien qui court si vite qu’on n’en aperçoit as la queue.

Mais non, le trouble de ce lieu et de cette heure me fait oublier si j’ai jamais eu quelque désir que je pourrais me rappeler, non, je n’en ai pas plus que d’offre à vous faire, et il va bien falloir que vous fassiez un écart pour que je n’en aie pas à faire, que vous déménagiez de l’axe que je suivais, que vous vous annuliez, car cette lumière, là-haut, en haut de l’immeuble, dont 2/15 s’approche l’obscurité, continue imperturbablement de briller ; elle troue cette obscurité, comme une allumette enflammée troue le chiffon qui prétend l’étouffer. Vous avez raison de penser ue ‘e ne descends de nulle part et ue le n’ai 6 1 vous auriez tort de croire que j’en éprouve du regret. J’évite les ascenseurs comme un chien évite l’eau. Non pas qu’ils refusent de m’ouvrir leur porte ni que je répugne à m’y enfermer ; mais les ascenseurs en mouvement me chatouillent et j’y perds ma dignité ; et, si j’aime être chatouillé, j’aime pouvoir ne plus l’être dès que ma dignité l’exige.

II en est des ascenseurs comme de certaines drogues, trop d’usage vous rend flottant, jamais monté jamais descendu, prenant des lignes courbes pour des lignes droites, et glaçant le feu en son centre. Pourtant, depuis le temps que je suis ? ette place, je sais reconnaître les flammes qui, de loin, derrière les vitres, semblent glacées comme des crépuscules d’hiver, mais dont il suffit de s’approcher, doucement, peut-être affectueusement, pour se souvenir qu’il n’est point de lueur définitivement froide, et mon but n’est pas de vous éteindre, mais de vous abriter du vent, et de sécher l’humidité de l’heure ? la chaleur de cette flamme.

Car, quoi que vous en disiez, la ligne sur laquelle vous marchiez, de droite peut-être qu’elle était, est devenue tordue lorsque vous m’avez aperçu, et j’ai saisi le moment précis où vous m’avez aperçu par le moment récis où votre chemin devint courbe, et non pas courbe pour vous éloigner de mol, mais courbe pour venir à moi, sinon nous ne nous serions jamais rencontrés, mais vous vous seriez éloigné de moi dava s marchiez à la vitesse de 41 seriez éloigné de moi davantage, car vous marchiez à la vitesse de celui qui se déplace d’un point à un autre ; et je ne vous aurais jamais rattrapé car je ne me déplace que lentement, tranquillement, presque immobilement, de la démarche de celui qui ne va pas d’un point à un autre mais qui, à une place invariable, guette celui qui passe devant lui et attend qu’il modifie légèrement son arcours.

Et si je dis que vous mes une courbe, et que sans doute vous allez prétendre que c’était un écart pour m’éviter, et que j’affirmerai en réponse que ce fut un mouvement pour vous rapprocher, sans doute est-ce parce qu’en fin de compte vous n’avez point dévié, que toute ligne droite n’existe que relativement à un plan, que nous bougeons selon deux plans distincts, et qu’en toute fin de compte n’existe que le fait que vous m’avez regardé et que j’ai intercepté ce regard ou l’inverse, et que, partant, d’absolue qu’elle était, la ligne sur laquelle vous vous déplaciez est devenue relative et complexe, ni droite ni ourbe, mais fatale. Cependant je niai pas, pour vous plaire, de désirs illicites. Mon commerce ? moi, je le fais aux heures homologuées du jour, dans les lieux de commerce homologués et illuminés d’éclairage électrique. Peut-être suis-je putain, mais si ie le suis, mon bordel n’ 8 1 onde-ci ; il s’étale, le lumière légale et ferme ses portes le soir, timbré par la loi et éclairé par la lumière électrique, car même la lumière du soleil n’est pas fiable et a des complaisances.

Qu’attendez-vous, vous, d’un homme qui ne fait pas un pas qul ne soit homologué et timbré et légal et inondé de lumière électrique dans ses oindres recoins ? Et si je suis ici, en parcours, en attente, en suspenslon, en déplacement, hors-jeu, hors vie, provisoire, pratiquement absent, pour ainsi dire pas là – car dit-on d’un homme qui traverse l’Atlantique en avion qu’il est à tel moment au Groenland, et l’est-il vraiment ? ou au cœur tumultueux de l’océan ? – et si j’ai fait un écart, bien que ma ligne droite, du point d’où je viens au point où je vais n’ait pas de raison, aucune, d’être tordue tout ? coup, c’est que vous me barrez le chemin, plein d’intentions illicites et de présomptions à mon égard d’intentions illicites.

Or sachez que ce qui me répugne e plus au monde, plus même que l’ ntention illicite, plus que l’activité illicite elle-même, c’est le regard de celui qui vous présume plein d’intentions 3/15 illicites et familier d’en avoir ; non pas seulement à cause de ce regard luimême, trouble pourtant au point de rendre trouble un torrent de montagne, – et votre regard à vous ferait remonter la boue au fond d’un verre d’eau – mais parce que, du seul poids d r moi, la virginité qui est mol, la virginité qui est en moi se sent soudain violée, l’innocence coupable, et la ligne droite, censée me mener d’un point lumineux à un autre point lumineux, à cause de vous evient crochue et labyrinthe obscur dans l’obscur territoire où je me suis perdu. Vous tâchez de glisser une épine sous la selle de mon cheval pour qu’il s’énerve et s’emballe ; mais, si mon cheval est nerveux et parfois indocile, je le tiens avec une courte bride, et il ne s’emballe pas si facilement ; une epine n’est pas une lame, il sait l’épaisseur de son cuir et peut s’accommoder de la démangeaison. Cependant, qui connaît tout à fait les humeurs des chevaux ?

Parfois ils supportent une aiguille dans leur flanc, parfois une poussière restée sous le harnais peut les faire ruer et tourner sur eux- êmes et désarçonner le cavalier. Sachez donc que si je vous parle, à cette heure, ainsi, doucement, peut-être encore avec respect, ce n’est pas comme vous : par la force des choses, selon un langage qui vous fait reconnaître comme celui qui a peur, d’une petite peur aiguë, insensée, trop visible, comme celle dun enfant pour une taloche possible de son père ; moi, j’ai le langage de celui qui ne se fait pas reconnaître, le langage de ce territoire et de cette part du temps où les hommes tirent sur la laisse et où les porcs se co nent la tête contre l’enclos ; moi, je tiens ma 0 1