1505gratuit

1505gratuit

Services publics et gratuité. D’une évidence mal partagée à une revendication de rupture : l’exemple des transports Martial Lepic Sur son front était marqué « AGCS » ! (1 ) 1) AGCS (Accord Général sur le Commerce et les Sep. ‘ices) : instrument juridique privilégié de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) pour livrer aux apétits mercantiles I zones rentabilisées d s or2A Sni* to View 45 Réfractions 15 ace à la Bête capitaliste, les ex-hérauts du deuxième monde effondré brandissent volontiers certains services publics pour leur solidarité fondée sur une relative gratuité.

Et nos chevaliers rouges – du sang des autres ! – de citer l’Éducation Nationale ou la Sécurité Sociale. Mais évoquez la gratuité des transports et ils crieront à la fausse bonne idée, acceptant à la rigueur une gratuité pour les chômeurs nécessiteux, mais revendiquant surtout un travail pour chacun, qui le mette en mesure de payer. Les plus verts d’entre les rouges s’interrogeront sur la gratuité illusoire, reste la voie de la déconstruction qui mettra à jour les parties faibles de l’édifice, et ouvrira des perspectives de reconstructlon nouvelle selon le principe de l’utilité sociale.

Or, en matière de services publics et de gratuité, les transports offrent un champ fécond,

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
dans lequel les réflexions anarchistes ont été renouvelées et enrichies ces dernières années, pour développer de vraies revendications de rupture, qui, pour peu qu’on s’y implique, peuvent trouver leur place dans les interstices de la carapace du monstre et y déposer un poil ? gratter émancipateur.

Services publics : droit et solidarité 46 Face à une notion aujourd’hui pervertie2, il nous faut affirmer une définition claire des services publics : leur fondement est de garantir l’accès égalitaire des membres ‘une société aux biens et services qu’ils jugent essentiels ou utiles (selon le degré de socialisation). Incidemment, une société humaine digne devrait d’abord garantir un service public de la nourriture et du logement. La particularité des transports dans cette loeique, est qu’ils sont à la PAGF 7 3 qu’entre 1 et 25% des ressources, qu’il faut mettre en regard de tous les coûts du système.

Les coûts directs tout d’abord. Coût de la production des billets. Coût des portillons commandés à Dassault Automations, toujours plus perfectionnés avec les billets électroniques sans contact Navigo en Ile-de-France, Transcarte dans le Nord-Pas-de-Calais… ). Coût de (2) Pour un résumé du dévoiement de la notion de service public, lire la brochure Service Public, un besoin essentiel (p. 9 à 13) de l’Union Syndicale Solidaires, déc. 2004. l’énorme investissement en recherche & développement informatique et électronique nécessaires à ce flicage à grande échelle.

Coût des automates de vente fournis, approvisionnés et maintenus par les Thalès, Schlumberger et autres caciques du capitalisme. Coût des matériels de surveillance (caméras, écrans, câblages, Coût des marchés e gardiennage que se partagent une douzaine de sociétés privées, souvent sous-filiales des tentaculaires Générale des Eaux au Lyonnaise des Eaux (pour parler en anciens Francs, car l’un des masques de ces entreprises, c’est leurs changements de noms réguliers).

Coût des campagnes d’affichage de la SNCF commandées à TBWA (géant des agences de communication) et placardées sur les panneaux de France Rail publicité (ex-filiale SNCF, c 3 3 dus à la congestion automobile des villes (car les transports payants freinent le transfert modal de la voiture vers les transports en commun). Coût de la violence et des dégradations liées ou aggravées par les situations de contrôle.

Le coût des personnels de contrôle est à considérer à part. Cest bien un coût des transports payants, car il mobilise des agents pour des tâches improductives en termes de services et de solidarité, mais il existe suffisamment de tâches plus utiles et valorisantes, non assurées aujourd’hui, vers lesquelles réorienter l’action de contrôleurs devenus inutiles.

Enfin, les transports payants incitent ? penser les lieux de transport comme des Les transports payants, d’abord instrument du ontrôle social Parce qu’ils sont nécessaires aux flux (essentiels au capitalisme) et à la maîtrise physique d’un territoire (exigence du pouvoir étatique), mais parce qu’ils renvoient aussi à la liberté de circuler, les transports sont un lieu privilégié des contradictions du système.

La mobillté est valorisée lorsqu’il s’agit d’accepter un travail dégradé loin des siens à la suite d’un licenciement, d’aller consommer dans les zones commerciales d’aller consommer du tourisme, 3 dangereuses dans des quartiers réservés et périphériques : banlieues pour tous types d’exclus, mais ussl abords d’autoroutes, de parkings ou de décharges pour les sans-abris ou les gens du voyage, ou encore zones de rétention pour les condamnés à l’expulsion, ou enfin la prison pour les récalcitrants…

Le vocabulaire est d’ailleurs symptomatique de cette dualité : le « voyage » de l’agence de voyage n’est pas le même que celui des gens du voyage, et la « rétention » des centres du même nom est d’un cynisme achevé lorsqu’il s’agit d’expulser. Les cerbères du système ne savent dès lors gérer ces contradictions qu’en renforçant toujours davantage les instruments « sécuritaires », c’est-à-dire 3) Pour une mise en perspective des expériences capitalistes de gratuité des transports collectifs, voir l’article « Retour sur les transports gratuits et autogérés » (Monde Libertaire na 1350, 11-17 mars 2004). 7 espaces de profits (cf. la pub et la commercialisation à outrance des emprises de transport), conduisant ? détourner les ressources de ces services publics vers des aménagements non directement utiles aux usagers. En faisant l’économie de tous ces coûts, les transports gratu PAGF s 3 Compiègne en France, Hasselt ou Mons en Belgique, Seattle aux USA, pour instaurer la gratuité des transports pour ous3. 48 de calibrage et contrôle d’une normalité et de répression des anormalités.

Cela saute aux yeux dans les transports : grillages électrifiés contre les clandestins autour du tunnel sous la Manche, barrières de portillons étroits dans les transports urbains, vidéo-surveillance généralisée, billet à puce électronique qui fiche vos déplacements, contrôleurs en nombre, vigiles et maîtres chiens de tous acabits, agents de sécurité de la SNCF et de la RATP disposant du port d’arme, patrouilles des différents servqces de police, voire patrouilles de l’armée avec Vigipirate. Le droit pénal vient en appui zélé.

En sur-pénalisant les espaces de transports en commun (une même infraction est punie plus sevèrement si elle est commise dans une gare, la seule nature du lieu étant qualifiée de circonstance aggravante). En créant des infractions spécifiques (cf. le délit de fraude habituelle qui punit jusqu’à 6 mois de prison ferme et 7500 euros d’amende l’infortuné qui aura accumulé lus de dix PV non réelés sur 12 mois PAGF 3 fraude » de la SNCF en 2004, voir l’article « Déjà 5% de prisonniers en plus » (Monde Libertaire na 1354, 8-14 avril 2004). dre de la comparution immédiate des lois Perben I et Il de 2002 et 2004), on peut estimer à plus de 8000 les dépôts de plainte des exploitants (environ 5000 par la SNCF sur toute la France, 2000 par la RATP en Ile-de-France, et 1000 cumulés sur tous les autres réseaux urbains), ayant conduit à quelque 2700 jugements déj? rendus, dont grosso modo un tiers de peine de prison ferme, un tiers de peine de prison avec sursis et un tiers de simple amende. (4) Derrière l’arsenal anti-« fraude », ce sont toutes ces polices qui s’exercent . olice des pauvres (sans-tickets, sansabris, précaires de toutes ortes… ), police des étrangers, police des actions de désobéissance civile (répression des actions anti-pub), renseignements généraux… Maintenir des transports en commun payants permet surtout de justifier cet arsenal global du contrôle social répressif. Transports gratuits et décroissance Au-delà de la résistance au contrôle — qui serait déjà une victoire, tant le totalitarisme capitaliste est pregnant aujourd’hui — les transports gratuits sont aussi un instrument d’application immédiate pour aller vers la décroissance.

Là où ils ont été mis en œ Lepic Les transports gratuits pour ous : reconsidérer les valeurs travail… et argent De droite ou de gauche, des discours ont toujours souligné les abus du capitalisme, et la nécessité d’atténuer la souffrance ? sa marge. Les transports gratuits sont alors politiquement tolérés comme une charité faite à ceux que l’on catégorise comme victimes du système, dans l’attente de leur « réinsertion Cela donne généralement des systèmes d’allocations complexes et coûteux. ui ne doivent pas remettre en cause le Services publics et gratuité principe des transports payants (il faut toujours un ticket, même s’il est gratuit, our maintenir l’usager en situation de contrôle), ni la valeur travail (car les bénéficiaires sont définis par rapport à la situation de chômeur ou d’allocataires des minima sociaux). (5) On entretient donc la séparation entre ceux qui sont au travail et ceux qui n’y sont pas, et la valeur travail comme seul gage d’intégration sociale (sauf pour ceux qui exploitent le travail des autres l).

On encourage donc cette forte contradiction actuelle du système qui érige plus que jamais comme principe premier une situation – le travail – qu’il ne eut garantir à chacun. Cest un B 3 on pourrait même remettre en ause l’argent comme monnaie universelle, à laquelle serait substitué un réglme de droits accordés à chacun du seul fait de sa participation à la création de richesses socialisées. Ce chemin théorique et pratique reste à faire, et engage beaucoup d’aspects de nos vies, mais il montre à quel point la gratuité peut être un outil révolutionnaire. 5) Pour une critique des gratuités catégorielles, voir l’article « Transports Gratuits Vite » (Monde Libertaire no 1367, 16-22 septembre 2004). (6) Pour une réflexion complémentaire sur la gratuité, voir l’essai pour la gratuité de Jean-Louis agot-ouvauroux, (Desclée De Brouwer, 1995), aujourd’hui gratuitement diffusable via le site Internet « Peripheries ». 49 faut repenser en fonction de l’usage accrû des transports en commun).

Cela ne dispense pas d’une interrogation sur quels moyens techniques, pour quels transports, pour quelles natures de déplacements. Une ville ? échelle humaine, appropriable dans toutes ses dimensions, quartier par quartier, pourrait conduire à un besoin moindre en transports collectifs lourds et un usage plus répandu des moyens ? énergie animale (marche, patins, vélo… ), out en garantissant ce qui a fait la ville, en Europe, iusqu’à la fin d PAGF 93 spectacles… ).

De plus, en étant fondés sur la solidarité entre tous, et non sur la consommation Indivlduelle des moyens de sa propre vie, les transports en commun gratuits invitent à sortir du mythe du développement et de la croissance comme buts et moyens du système. Des transports gratuits socialisés pour une vraie revendication de rupture 50 Révolutionnaire, le mot est lâché ! Car la gratuité en elle-même n’est pas le but de la revendication. Elle n’est que le moyen pour rompre avec la logique cap•taliste et emettre les besoins sociaux véritables au cœur de la préoccupation des services publics.

C’est la légitimité de la gratuité pour l’usager. (6) Reste à construire les instruments propres à s’assurer de l’utilité sociale. Or si l’on doit écarter les sociétés capitalistes privées du rôle de décider de la consistance des transports publics, il faut aussi écarter l’État qui, s’il a pu freiner un temps certaines ardeurs marchandes, roule fondamentalement pour le capitalisme, dont il entretient les conditions d’existence. Il n’est u’à voir auiourd’hui la destruction 73