Commentaire Incipit Rhinocéros Ionesco

Commentaire Incipit Rhinocéros Ionesco

Lecture analytique : L’incipit , début à « Jean et Bérenger se sont assis » p. IS Introduction À l’ouverture de la pièce, le lecteur peut être frappé par l’abondance et la précision des indications scéniques, et notamment par la longue didascalie initiale, titrée « Décor L’examen analytique du texte révélera effectivement l’importance des éléments non verbaux de ce début de pièce. Par ailleurs, on s’interrogera sur l’éventuelle fonction d’exposition de ce passage.

Sni* to View 1. Le cadre spatiote Traditionnellement, u comme au spectateu , fournit au lecteur, s au cadre spatiotemporel de l’action. En ce sens, l’ouverture de Rhinocéros reste en parte classique, si on la compare à d’autres pièces du théâtre des années 1950-1960, qui ancrent volontiers l’action dans un temps et un lieu indéterminés. a) e cadre spatial Dès la première phrase de la didascalie initiale, le lieu est posé Une place dans une petite ville de province P.

Série d’éléments visuels ensuite proposée avec une extrême précision : épicerie . 8 , clocher situé au second plan l. 10, café ( 1. 13 ) et terrasse ( l. 14) Identification des éléments du décor possible pour le spectateur par l’utilisation d’une inscription « épicerie »l. ou encore par

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la présence d’objets : « tables et chaises »l. 16 à la terrasse du café. Espace scénique pr proposé relève d’un univers banal et quotidien, qui ne renvoie ? aucune ville précise et qui reste donc sur ce point assez vague et général.

Entrée en scène des personnages qui renforce encore le caractère familier de cet univers : une femme qui fait ses courses 1. 22, une épicière (1. 25), deux amis qui ont rendez-vous au café. (l. 43). Espace ouvert, puisque Ionesco prend soin de lui donner une profondeur avec la présence du clocher « dans le lointain » 1. 11 et « la perspective d’une petite rue »1. 2. Cette situation contraste d’ailleurs avec celle de l’acte Ill, où Bérenger se trouve comme « enfermé » dans sa chambre, lieu clos cerné de toutes parts par les rhinocéros. résence assez mystérieuse d’un « arbre poussiéreux » 1. 16, élément incongru qui semble perturber l’apparente harmonie de l’ensemble. Hypothèse que cet arbre poussiéreux fonctionne comme indice de la présence latente de la rhinocérite en rappelant que la poussière envahira le plateau après le premier passage du rhinocéros. b) Le cadre temporel Didascalie initiale qul fournit au lecteur de précieuses indications : ? Cest un dimanche, pas loin de midi, en été »1. 18. Avant même le lever du rideau, « on entend carillonner » (l. 20) .

Cet élément sonore ancre la pièce en un instant précis, mais fonction plus symbolique : d’une part, il se substitue solennellement aux trois coups traditionnels du théâtre d’autre part il attire l’attention du lecteur et du spectateur sur la bande- son ; e du théâtre d’autre part il attire l’attention du lecteur et du spectateur sur la bande-son ; enfin on peut comprendre ce carillon comme une sorte de signal qui marque l’émergence d’un Si aucune époque n’est réellement précisée, indices d’une ertaine contemporanéité nombreux : épicerie, café, langage courant et actuel des personnages, costumes, montre-bracelet.

Le spectateur de 1960 se trouve donc face à un monde qui ressemble au sien ou qui lui est très proche. Si l’on peut considérer la rhinocerite comme représentation de la contagion du nazisme, on remarquera que la pièce évite cependant l’ancrage historique et invite par là-même à donner à la rhlnocérite une portée plus large. 2. Le système des personnages a)Leur entrée en scène La scène s’ouvre sur le passage silencieux d’un personnage, la ménagère( 1. 2 Puis c’est l’apparition de l’épicière (1. 5 ) et enfin celle de Jean et de Bérenger( 1. 33 Des personnages apparemment secondaires pour le lecteur (sans nom et sans identité réelle) précèdent de Jean et de Bérenger. On notera aussi que cette apparition retardée de Jean et de Bérenger est mise en valeur par le bref moment où le plateau se trouve vide (1. 31). Outre leur nom, d’autres précisions sont apportées notamment dans la description des costumes, qui les ancrent socialement dans une humanité moyenne.

La conversation de Jean et de Bérenger révèle enfin qu’il s’agit de deux amis, qui ont l’habitude de se retrouv onversation de Jean et de Bérenger révèle enfin qu’il s’agit de deux amis, qui ont l’habitude de se retrouver : « Toujours en retard évidemment »1. 47, « Comme vous ne venez jamais ? l’heure »1. 60. Enfin, on observera la présence d’un personnage encore invisible, l’épicier, auquel s’adresse son épouse( 1. 28 Dès le début de la pièce, se met ainsi en place un jeu avec l’espace hors-scène qui sera particulièrement exploité dans la scène de métamorphose de Jean. ) Des systèmes d’opposition Cette ouverture de pièce présente deux couples de personnages antithétiques : -d’un côté la ménagère et l’épicière de l’autre Jean et Bérenger ( nom utilisé d’ailleurs pour le héros des autres pièces, Tueur sans gage, Le roi se meurt, le piéton de l’air = cycle Bérenger ) La première réplique de l’épicière suggère une situation latente de « conflit » avec la ménagère : «Ah ! Celle-là ! »1. 28. L’entrée en scène de ces deux personnages est marquée par l’absence de communication : la ménagère passe « en silence »1. 4 et l’épicière ne lui adresse pas la parole ; elle se parle d’abord à elle-même, puis interpelle son mari resté dans la boutique. Cette situation d’opposition s’accentue avec l’arrivée de Jean et e Bérenger. Déplacement sur scène révélateur : leur apparition simultanée s’effectue par les deux côtés opposés du plateau (« Par la droite apparaît Jean ; en même temps, par la gauche, apparaît Bérenger »1. 33). Tenues vestimentaires et appare PAGF temps, par la gauche, apparaît Bérenger »1. 33).

Tenues vestimentaires et apparences physiques respectives forment un fort contraste : soin visible du costume de Jean( 1. 35 ), négligence de Bérenger ( 1. 38 Le début de la conversation pointe le décalage entre les deux personnages. La parole de Jean est celle du reproche et de ‘autorité, bien marqués par les tournures syntaxiques et l’emploi d’adverbes toujours » 1. 47, évidemment 1. 47, jamais (1. 60 ) qui laissent deviner un ton péremptoire. Celle de Bérenger exprime sa culpabilité et fait transparaître, par l’usage des points de suspension( 1. 8, 64 ses hésitations, un manque de confiance en soi. On devine la psychologie de Bérenger : il ne finit pas ses phrases, il s’excuse fréquemment. Nous voyons en lul un être mou qui traverse la vie en somnambule. Mais la parole de Jean est aussi celle de la mauvaise foi : il n’hésite pas à justifier son propre retard par celui, habituel, de Bérenger. Il y a chez ce personnage une volonté nette de domination, le désir d’écraser l’autre de ses certitudes, attitude qui, d’une certaine manière, annonce la métamorphose de l’acte Il. 3.

La parole et l’action en question a) Une parole marginalisée Ce lever de rideau surprend le spectateur par le traitement particulier de la parole. Celle-ci se trouve d’abord comme marginalisée par la part accordée dans l’écriture scénique au langage non verbal : décor, gestes, costumes, etc. Il s’agit de construir l’écriture scénique au langage non verbal : décor, gestes, costumes, etc. II s’agit de construire une image avant que de onner à entendre un dialogue. par ailleurs la parole semble ici vide. Le dialogue frappe par son extrême banalité.

Car de quoi parle-t-on exactement ici ? D’une ménagère qui ne fait plus ses courses chez l’épicier de la place, de l’heure et d’un retard qui de toute évidence n’a rien d’exceptionnel. Rien ne conduit à lancer une quelconque action. b) La faillite du langage Enfin, on assiste d’entrée à une sorte de faillite du langage. Il est d’abord, nous l’avons vu, instrument de conflit et de désaccord. Il est aussi l’objet d’une manpulatlon de la part de Jean dont l’argumentation relève de la mauvaise foi et du désir e culpabilisation de l’autre.

Quant à Bérenger, ses répliques sont marquées par la difficulté à dire qui annonce sa difficulté à être. Conclusion On notera qu’en dépit de son apparence « classique ce début de pièce revêt un caractère peu informatif et produit un effet d’étrangeté par sa banalité et sa vacuité. Lecteurs et spectateurs se trouvent face à un unlvers qui semble déjà à la dérive et qui deviendra une proie facile pour la rhinocérite. On peut aussi souligner que l’auteur pose un cadre réaliste qui rendra d’autant plus saisissants le surgissement des rhinocéros puis la contagion de la rhinocérite.