Christian Jacq Imhotep

Christian Jacq Imhotep

CHRISTIAN JACQ IMHOTEP, L’INVENTEUR DE L’ETERNITE LE SECRET DE LA PYRAMIDE ROMAN « L’Égypte des temps anciens, contrairement à ce qu’affirmait Hérodote, le père de l’histoire n, est bien moins un don du Nil qu’une miraculeuse création du divin. Si, plus de trois millénaires durant, il y eut une terre des pharaons, c’est que, bon gré mal gré, êtres humains qui pe fleuve se soumirent une règle universelle J. -C. Goyon, Science aras2 Sni* to View d’oasis jalonné par le Imhotep contempla le désert, le domaine interdit peuplé de bêtes féroces et de spectres agressifs. ?? la nuit tombante, le jeune homme de vingt ans aurait dû quitter ce territoire dangereux et rentrer chez lui. Mais au lendemain de la mort de son père, il éprouvait le besoin d’être seul, loin dun monde dont l’injustice lui pesait trop. Jusqu’à cette tragédie, l’existence lui avait paru presque facile. Simples paysans, ses parents s’étaient juré d’offrir à leur fils unique une vie meilleure. Lorsque Imhotep, cinq ans auparavant, avait été accepté comme apprenti chez les aller jusqu’au cœur de l’immensité avec l’espoir d’éteindre son insupportable souffrance.

Soudain, il s’arrêta. On le suivalt. Sans arme, comment affronter un fauve en chasse ? L’instinct de survie

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fut le plus fort, le jeune homme courut. Son souffle ne ravait jamais trahi, et ses camarades de jeu ou de travail enviaient sa résistance. Perdu au sein d’un univers hostile, Imhotep escalada les buttes, dévala des pentes caillouteuses, frôla des buissons d’épineux. La lueur de la pleine lune lui permit d’éviter maints obstacles, dont un cobra en maraude, et il s’immobilisa de nouveau. On le suivait toujours, mais il ne s’agissait pas d’un fauve.

Au loin, une ombre rouge ensanglantait le désert. Une ombre ouge de grande taille qui progressait de manière inexorable, gardant le même rythme, en direction de sa proie. Ainsi, les anciens ne mentaient pas ! Ces solitudes étaient bien hantées par des démons se nourrissant de l’âme des humains, et personne ne pouvait leur échapper. Imhotep songea à sa mère, rongée d’inquiétude. Venant de perdre son mari, elle ne voyait pas rentrer son fils. En n’écoutant que sa propre douleur, il lui infligeait une véritable torture.

Et s’il disparaissait, la malheureuse se laisserait mourir. Pestant contre son imprudence, Imhotep recommença à courir. Les cris horribles d’une bande de hyènes ne l’effrayèrent pas, et il se persuada qu’il parviendrait à distancer l’ombre rouge. Peine perdue. Elle ne cédait pas un pouc mais il résista à la tentation de s’allonger sur le sable et de s’avouer vaincu. Commençant à ressentir les premiers signes d’épuisement, il trouva de nouvelles ressources en implorant le dieu Ptah, protecteur des artisans, de ne pas l’abandonner.

Au-dessus de lui, un bruissement d’ailes. Un grand ibis blanc venait de le frôler. Baigné de la lumière lunaire, l’oiseau de Thot, le maître de la science sacrée et le patron es scribes, volait vers une zone aride et accidentée où le jeune homme serait obligé de ralentir l’allure et risquerait, à tout moment, de se fouler une cheville, voire de se briser les os. Néanmoins, Imhotep suivit l’ibis. À intervalles réguliers, l’oiseau décrivit de grands cercles de manière à ne pas semer son protégé. À la faveur d’une colline escarpée, l’ombre rouge gagna du terrain.

Les poumons en feu, l’artisan maintint une faible avance. D’un puissant élan, [‘ibis gagna le haut du ciel. Le spectacle que découvrit Imhotep, du sommet de la colline, le stupéfia. Le désert avait disparu, cédant la place à un paysage aradisiaque, formé d’étangs, de canaux, de vastes étendues de roseaux et de champs de blé atteignant des hauteurs prodigieuses. Là régnaient, selon l’enseignement des sages, la pax et rabondance éternelles. Là vivaient les âmes des bienheureux, les « justes de voix » reconnus tels par le tribunal d’Osiris.

Ils moissonnaient en robe blanche de fête sous un doux soleil, et leurs divers travaux s’effe moindre peine. de son vivant ? Imhotep poussa un cri de douleur. L’ombre rouge venait de toucher le talon de son pied gauche. Encore un instant, et elle grimperait le long de ses jambes. D’un bond, le jeune homme s’élança vers le pays des justes. L’ombre rouge ne le suivit pas, comme si une frontière invisible lui interdisait d’avancer. En se relevant, Imhotep la vit s’éloigner. À l’instant où, assoiffé, il but l’eau pure d’un canal, les premiers rayons du soleil naquirent à l’orient.

Le canal, les étangs, les roseaux et les champs de blé disparurent. Très vite, l’aube imposa sa loi, et les créatures du désert rentrèrent dans leur tanière. Autour de l’artisan, du sable et des roches. Levant les yeux, il aperçut le grand ibis blanc qui, après avoir tracé un nouveau cercle, ‘éloigna d’un vol majestueux. Malgré la fatigue, Imhotep réussit ? le suivre. Et quand apparut la première palmeraie, il sut qu’il avalt échappé à l’ombre rouge. 2. Comment cette proie si facile avait-elle pu lui échapper ? ‘interrogea l’ombre rouge en regagnant le corps de l’être qu’elle habitait. D’ordinaire, elle approchait de sa victime sans se faire repérer, Penveloppait d’une brûlure mortelle et avalait son âme, désormais incapable de renaître. Marquée au sceau de la mort, [‘Ombre rouge se nourrissait du Mal, des ténèbres, de la violence et de la destruction. Son unique but ?tait de lutter en permanence contre l’étab aât, la règle d’harmonie domaine interdit. Une occasion inespérée, une chasse trop aisée ! Et pourtant, l’ombre rouge revenait bredouille.

De quelle force disposait ce garçon pour avoir réussi à lui échapper ? Incapable de franchir l’enceinte invisible protégeant la campagne des bienheureux, FOmbre rouge supposait que le fuyard s’était désagrégé au contact de l’au-del? puisque aucun humain, de son vivant, ne pouvait voir les canaux et les champs du paradis des justes. Un doute subsistait. Ce jeune homme, un magicien expérimenté, équipé de formules e connaissance et capable de percer les murailles de l’invisible ? Impossible ! Néanmoins, il eût été préférable de l’identifier et de l’éliminer.

Au cas où l’imprudent croiserait de nouveau la route de la prédatrice, elle ne lui accorderait pas la moindre chance de survie. L’heure venait de regagner la cour, en proie à une vive agitation. Grâce à l’action occulte de rombre rouge, le royaume d’Égypte ne tarderait pas ? éclater en mille morceaux. L’anarchie se répandrait, le palais serait pillé et les demeures d’éternité dévastées. Le souffle du malheur emporterait tout sur son assage, et l’élan des premiers pharaons se briserait à jamais. ? l’entrée du village, personne. D’ordinaire, des enfants jouaient et le vieux gardien du four à pain sommeillait en buvant de la bière. Intrigué, Imhotep s’aperçut que les portes et les fenêtres des modestes maisons en briques, peintes en blanc, étaient closes. En ce début de matinée, I e maison auraient dû jusqu’à chez lui, à l’extrémité nord de la bourgade, proche de la cap tale des Deux Terres, Memphis. Il poussa la porte et découvrit sa mère accroupie, en sanglots. Me voici ! éclara Imhotep de sa voix puissante et impérieuse ui continuait ? impressionner ses collègues de l’atelier des foreurs de vases. Khérédou ouvrit les yeux. Toi, mon fils… C’est bien toi ? Il l’aida à se relever et ils s’embrassèrent tendrement. —Je craignais de t’avoir perdu. Sans ton père, sans toi… je serais morte de chagrin. Où te trouvais-tu ? — J’ai marché au hasard, la nuit durant. Tu aurais pu être victime des démons ! — L’âme de mon père m’a protégé. Ton pied gauche saigne ! — Rien de grave, une simple blessure au talon.

J’ai dû heurter une pierre coupante. Khérédou alla chercher de l’eau et nettoya la plaie. Comme elle admirait cet homme de vingt ans qui faisait beaucoup plus vieux que son âge ! Grand, musclé, le front large, les mains fermes mais fines, il possédait un regard d’une vivacité inhabituelle. En lui brûlait un feu dont l’intensité gênait parfois ses interlocuteurs. Solitaire, peu bavard, travailleur infatigable, disposant d’une surprenante capacité de concentration, Imhotep s’était distingué très tôt des autres enfants.

Ses parents avaient vite compris qu’il ne resterait pas paysan et qu’il fallait lui permettre de fréquenter une école. Engagé chez un potier à qui il donnait plei Imhotep avait été apprentissage, des conditions de travail exigeantes, un milieu rude. Évitant de se plaindre, l’adolescent se concentrait sur son travail et ne songeait qu’? progresser en assimilant les techniques enseignées. De l’avis général, il était devenu le meilleur spécialiste de sa corporation et aurait mérité depuis longtemps une promotion.

Son caractère farouche et son refus de flatter ses supérieurs expliquaient cette stagnation. Imhotep ne s’en souciait guère, préférant approfondir ses connaissances auprès de vieux professionnels détenant des secrets de métier qu’ils ne confiaient as volontiers. Son salaire avait amélioré l’ordinaire de la famille qui ne manquait de rien et se régalait des légumes provenant du potager qu’entretenait ? merveille Khérédou. Hier, le père fournissait les céréales, le lait, la bière et les fruits ; le fils apportait souvent de la viande, du poisson et du vin.

Et la mère tissait de confortables vêtements en utillsant du lin de bonne qualité. Tu parais transformé, observa Khérédou. Que t’est il arrivé cette nuit ? Imhotep hésita à répondre. Raconter sa dangereuse aventure et son incroyable vision risquait d’ajouter au trouble de la veuve. ?? J’ai commis l’imprudence d’affronter le désert et j’ai failli m’y perdre. Pardonnemoi de t’avoir inquiétée. Tu es revenu, c’est l’essentiel ! —Je dois partir travailler, mère. N’as-tu pas remarqué l’état du village ? une terrible catastrophe nous accable, mon fils !

Toutes les activités sont interrom ues, la peur hante les cœurs, chaque reeard est lèvera-t-il plus, peut-être l’air de la vie viendrat-il à manquer. — Pour quelle raison ? Le pharaon est mort. Et nul ne sait s’il aura un successeur. (2] La cité sainte d’Abydos abritait les sépultures des premiers pharaons d’Égypte. Ils isaient dans des tombeaux en briques, plus ou moins vastes, en forme de banquette. [3] Aussi la cour s’était-elle déplacée afin de célébrer les funérailles du rol Khâsekhemouy , décédé au terme d’un règne de dix-neuf années.

Les hauts fonctionnaires de l’État faisaient grise mine, ? commencer par le jovial Ânkhy , prêtre du dieu faucon Horus et chef des ritualistes. Bon vivant, fin connaisseur des textes sacrés, organisateur des cérémonies, ce quadragénaire épanoui était vêtu d’une robe imitant une peau de panthère. Face à la stèle, il lisait les formules de glorification de ‘âme du défunt que le tribunal de l’au-delà reconnaîtrait « juste de voix Mais à qui le chef des ritualistes remettrait-il le bâton de commandement , signifiant ainsi la légitimité à gouverner ?

Certes, l’imposant Djéser, le fils du défunt, apparaissalt comme un successeur probable. Néanmoins, le grand conseil ne s’était pas encore exprimé, et des bruits contradictoires circulaient. En Égypte, il ne suffisait pas d’être fils de pharaon pour le devenir a son tour. De mauvaises langues reprochaient ? prétendant au trône, un colosse de trente-cinq ans aux yeux petits et acérés. ommettes saillantes, lèvres charnues, menton affirmé rendaient son visage impérieux, et nul ne pouvait douter de sa volonté inflexible.

Impossible de lui manquer de respect ou de lui désobéir. Et personne ne se vantait d’avoir obtenu ses confidences et de connaitre ses intentions. Le chef des ritualistes prit soin de lire lentement et d’une voix ferme les paroles divines permettant l’ouverture des yeux, de la bouche et des oreilles de la momie. Elles transformaient un cadavre en corps osirien, support de résurrection. Au terme de soixante-dix jours d’embaumement et de rites funéraires, le roi eposait enfin au sein de sa demeure d’éternité, à l’abri des forces de destruction.

Ses membres et ses os réunis et au complet, il disposait d’un nouveau cœur de pierre, inaltérable. [7] Sa veuve, Nimaât , se montrait d’une dignité remarquable. À l’approche de la soixantaine, sa prestance demeurait intacte. Profondément éprouvée par la mort de son mari, elle avait conscience de ses devoirs et du rôle qu’elle remplissait au service de son pays. Aussi longtemps que le grand conseil n’aurait pas salué l’avènement d’un pharaon en l’acclamant, Nimaât exercerait le pouvoir suprême et réserverait l’unité des Deux Terres. Une unité fragile, un équilibre précieux et vital.

Plusieurs chefs de province n’hésiteraient pas à fomenter des troubles afin d’acquérir davantaee d’autonomie e favoriserait leurs desseins, et tous redoutaient la venue au pouvoir de Djéser dont la force de caractère n’était plus à démontrer. Nimaât ne mésestimait pas le danger. De son point de vue, Djéser possédait les qualités nécessaires pour lier le Nord et le Sud, affronter l’hostilité et servir les dieux en maintenant la cohérence de son peuple. Peu importaient ses sentiments de mère, seule omptait sa lucidité de femme d’État. ?? Désirez-vous un peu d’eau, Majesté ? lui demanda sa principale collaboratrice, la jolie princesse Redjit, chargée de diriger la Maison de la Reine qui comprenait écoles d’écriture, de musique et de danse, ateliers et terrains agricoles. Les cheveux d’un noir de jais, les yeux brillants de la même couleur, élégante et fine, la jeune femme de vingt-cinq ans n’était pas issue d’une famille aisée. Elle ne devait ce poste envié qu’à ses seules qualités, et quiconque la considérait comme une séductrice écervelée se trompait lourdement.

Déterminée, ambitieuse et ravailleuse, Redjit se contentait d’amants de passage et se consacrait à sa lourde tâche. Attentive aux phases ultimes de la cérémonie, Nimaât dédaigna l’offre. Bientôt, la porte de la tombe se refermerait et le sarcophage disparaîtrait dans les profondeurs du caveau, seule partie du monument recouverte de dalles de calcaire. Conformément à la tradition, le reste de la demeure d’éternité du roi défunt se composait de briques crues disposées avec soin, d’après les ordres du maître bâtisseur Hézyrê, un homme âgé, mai re et sévère, patron des scri s du palais. Mieux valait PAGF ID OF