Charlotte Delbo

Charlotte Delbo

College anne frank Epreuve d’histoire des arts 2015 TEXTE DE L’ÉPREUVE DE FRANÇAIS DU BREVET 2014 Charlotte Delbo Anna CARLIER or 16 Description Sni* to View l. Biographie de l’aut Charlotte Delbo,n e le 10 ao t 1913 Vigneux-sur-Seine, en seine et Oise et morte le 1er mars 1985 à Paris, est une femme de lettres française et une résistante qui a vécu la déportation. Elle est l’une des cinq déportées présentées au pavillon français d’Auschwitz ; témoin non-juif de l’extermination.

Jeunesse de Charlotte Delbo Aînée de quatre enfants d’une famille modeste d’immigrés taliens, Charlotte Delbo est la fille d’un chef monteur, spécialisé dans les ouvrages en fer. Elle est attirée très jeune par l’écriture et la philosophie avec le projet de devenir professeur. La famille Delbo, en 1926, à Vigneux-sur-Seine. elle fait néanmoins quelques études de philosophie dans le cadre de l’Université Ouvrière où elle rencontre son futur mari, le militant communiste Georges Dudach (qui, formé à Moscou, deviendra un « véritable agent » communiste), qu’elle épouse le 17 mars 1936.

Georges Dudach, en 1935 Georges Dudach en 1937 (archives GASPI) Ayant une formation de secrétaire (sténodactylo bilingue en anglais), elle devient en 1937 1’assistante de Louis Jouvet au théâtre de l’Athénée,

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qu’elle a rencontré lors d’une interview qu’elle faisait pour le compte du petit journal communiste « Les Cahiers de la Jeunesse » que dirigeait Georges Dudach. Elle a notamment la charge de transcrire ses cours aux étudiants du conservatoire. Au début de la guerre En 1940, après l’arrivée des Allemands à paris, les limites imposées à la troupe par les occupants deviennent insupportables à Jouvet.

Il décide donc d’emmener la troupe n tournée, en Suisse d’ab mérique latine en mai PAGF où elle retrouve son mari et entre dans la Résistance clandestine le 15 novembre 1941. Charlotte Delbo dans les années 40-50 Rattaché au réseau Politzer, Georges Dudach s’occupe notamment des aspects techniques de publication de la revue clandestine La pensée libre, pour le compte du Comité National des Ecrivains qui donnera nalssance aux Lettres Françaises dont Jaques Decour sera rédacteur en chef. Charlotte est chargée de l’écoute de Radio Londres et Radio Moscou ainsi que de la dactylographie des tracts et revues.

Actions qui lui vaudront, près la guerre, d’être homologuée adjudant-chef au titre de la résistance française. Georges Politzer, le philosophe communiste qui avait donné son nom à ce groupe, est fusillé en mai. Charlotte et son mari sont arrêtés le 2 mars 1942 par cinq policiers des Brigades spéciales qui font irruption dans leur studio parisien lors de la série d’arrestations qui visent le mouvement intellectuel clandestin du Parti communiste français. Ils sont conduits à la prison de la Santé. Dudach est condamné à mort.

Le 23 mai 1942, ce sont les adieux à Georges, dans sa cellule. Il est fusillé le jou ême au fort du Mont Valérien. Il avalt 28 ans. Delbo et les camps de concentration Le 24 août 1942, Charlotte Delbo est transférée de la Santé au fort de Romainville pendant un an elle est passée par Compiègne pour être immédiatement uite à Auschwitz, par le racontera le destin, après la guerre. Il s’agit du seul convoi de déportées politiques françaises envoyé à Auschwitz. Elle est l’une des 49 femmes rescapées de ce convoi et portera, le reste de sa vie, le numéro 31661 tatoué sur le bras.

Cette proportion de rescapées plus importante que dans d’autres convois peut ‘expliquer par les incohérences de la politique d’Auschwitz, par le fait que des personnalités connues s’y trouvaient et qu’il aurait pu être gênant de les tuer toutes, mais aussi par la forte solidarité qui s’est développée dans ce groupe de femmes et parce qu’étant en majorité des résistantes, elles avaient parfois été formées à combattre et s’étaient déjà confrontées à l’idée de risquer de mourir pour leurs idées.

Charlotte Delbo est restée 27 mois à Auschwitz. Elle est revenue et elle a écrit. De l’horreur, de la barbarie, elle en a fait de la poésie, dans ces textes Charlotte Delbo fait l’éloge de ces femmes, de ces camarades de camp Mounette, Vivar Poupette, Marie- Laure, Denise, elle fait l’éloge de leur beauté, de l’amitié, de leur courage, de la solidarité, et de leur soif de vivre.

Charlotte Delbo estime qu’elle a survécu en particulier grâce aux poèmes qu’elle passe beaucoup de temps à chercher à se remémorer par un important effort de mémoire (elle arrivera à en « reconstituer » 57) et les textes de théâtre qu’elle est capable de se rappeler (notamment Le Misanthrope et Ondine) ainsi que par les souvenirs de sa vie ‘avant et le dialogue avec les autres déportées.

Elle déclarera en 1974 que, malgré l’aspect horrible du camp de concentration dont « aucun animal ne serait revenu elle considère qu’elle a « appris là quelque chose 6 a « appris là quelque chose qui n’a pas de prix » : le courage, la bonté, la générosité, la solidarité et que cela lui a donné une « très grande confiance dans son semblable. » Elle et ses compagnes de déportation ont l’obsession qu’au moins l’une d’elles revienne afin de témoigner de ce qui leur est arrivé.

Cest donc pendant sa déportation qu’elle décide que, i elle survit, elle écrira un livre pour témoigner de ce que ces femmes ont vécu, dont elle choisit déjà le titre : Aucun de nous ne reviendra, d’après un vers de Guillaume Apollinaire. Dès la fin de la guerre, elle écrira et tirera de ces années de déportation cette œuvre majeure, qui, partant de l’expérience concentrationnaire, nous parle de la vie du corps qu’on maltraite, du deuil, de la perte irrémédiable, dans une langue à la fois sobre, dense et poétique, qui marque à jamais son lecteur. Qui dira Auschwitz, qui dira l’appel qui n’en finit pas, les heures à se tenir debout dans le froid, ui dira les travaux forcés, qui dira les cadavres gelés, le mouroir, les hurlements de celles qu’on emmène aux fours crématoires ? Tenir, tenir, un jour encore, c’est parce que tu auras tenu aujourd’hui encore que tu reviendras si un jour tu reviens. Revenir, revenir c’est l’obsession. Lutter, même le cœur rétréci par le froid, lutter contre la conscience qui est une souffrance, lutter pour ne pas s’abandonner à la mort, utter pour qu’il y en ait une, au moins une qui revienne, une qui revienne pour dire. Vivant dans l’ombre et pour l’écriture, elle demeurera cependant ne femme très engagée, mais aussi une femme vive, joyeus PAGF s 6 demeurera cependant une femme très engagée, mais aussi une femme vive, joyeuse, amoureuse de la vie, refusant l’apitoiement, et gardant une foi inébranlable dans la capacité de l’homme à faire le bien. par la suite elle est envoyée à Ravensbrück parmi un petit groupe de huit personnes, le 7 janvier 1944.

Elle réussit à y organiser des représentations de pièces de théâtre dont elle reconstitue le texte de mémoire. Libérée par la Croix-Rouge le 23 avril 1945, elle est rapatriée en France le 23 juin 1945 en passant par la Suède. Sa personnalité après la guerre se caractérise par un bonheur de vivre et un caractère épicurien, comme si, après avolr frôlé la mort, elle jouissait pleinement du reste de sa vie et souhaitait profiter du moindre moment.

Après la guerre Après la guerre, Charlotte Delho travaille de nouveau avec Louis Jouvet de septembre 1945 à avril 1947, mais le rythme et les horaires que demandent le travail au théâtre se révèlent trop fatigants. Charlotte Delbo vers 1950 (Fonds Annie Delbo) Elle trouve alors un travail à l’ONU (Organisation des Nations Unies) à Genève. Et à partir de 1960, elle rentre en France et ejoint son maitre, le philosophe et sociologue Henri Lefebvre, dont elle devient la collaboratrice au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique).

Elle continue néanmoins sa carrière littéraire. Durant la Guerre d’Algérie, elle se situe clairement dans l’opposition à la guerre, la dénonciation de la torture et le soutien aux insoumis et « porteurs de valises » du réseau Jeanson. Elle publie une série de correspondances sur ce thème dans Les Belles lettres (1961). Elle s ce qu’elle a vécu à Aus PAGF 6 6 correspondances sur ce thème dans Les Belles lettres (1961).

Elle estime qu’après ce qu’elle a vécu à Auschwitz, elle ne risqu[e] rien et n’a pas peur de prendre des engagements qui peuvent faire scandale : le suicide de membres de la Bande à Baader dans les années 1 970 (et la polémique qui s’en suit, des militants considérant que ces terroristes avaient en fait été assassinés) la choque au point qu’elle n’hésite pas à écrire une tribune dans Le Monde pour soutenir la Bande à Baader en déclarant que si des terroristes avaient réussi à tuer Adolf Hitler et Benito Mussolini lors d’une de leurs rencontres, elle n’aurait pas été déportée.

Elle s’était également impliquée dans les années 1970 contre le négationnisme de Robert Faurisson. Jusqu’à la fin de sa vie Charlotte Delbo s’est sentie concernée par ‘histoire contemporaine. Ses derniers textes, rassemblés par ses soins sous le titre La Mémoire et les jours, et publiés après sa mort, illustrent cet intérêt pour le présent. Cest au cœUr de l’événement que se trouve la source de son inspiration, elle a également construit son œuvre à la mémoire de ses camarades décimés, comme un monument littéraire capable de vaincre le temps.

Elle décède le 1er mars 1985 à Paris. Le centenaire de sa naissance, l’an passé, a été roccasion de nombreuses manifestations et il semble que le président de la République ait même envisagé de la faire entrer au Panthéon. Charlotte Delbo à Breteau, dans sa résidence secondaire, dans les années 70. 7 6 Une scène jouée dans la mémoire est une pièce de théâtre de Charlotte Delbo qui retrace ses derniers moments partagés avec son mari, Georges. Elle témoigne ici de ce que fut l’engagement de sa jeunesse. Au-delà, elle nous délivre le secret d’un amour condamné.

Assistante de Louis Jouvet, Charlotte Delbo a écrit Une cène jouée dans la mémoire, d’abord intitulé Ceux qui avaient choisi, quelques années après son retour des camps d’Auschwitz et Ravensbrück. Charlotte Delbo a choisi le genre dramatique pour évoquer ce moment-là, mais cette forme s’est imposée à elle à l’instant même où elle l’a vécu: la puissance des dernières paroles échangées établie leur dialogue dans le théâtre intemporel de l’histoire, et si la fidélité à l’époux ordonnait d’en arrêter la lettre, le théâtre permettrait de la rejouer sans fin.

Texte original Le texte original complet, Ceux qui avaient choisi, est une es premières pièces de théâtre de Charlotte Delbo, restée longtemps inédite peut-être par une sorte de pudeur, parce qu’elle s’y livrait trop, et aussi à cause d’une sensibilité politique exacerbée. La pièce en deux actes, n’est pas seulement l’évocation d’un des épisodes les plus douloureux de la guerre pour Charlotte Delbo.

Ceux qui avaient choisi est aussi un acte de mémoire et de fidélité à une lutte, celle de la Résistance, avec sa passion politique pour un peuple et pour la liberté. Résumé de l’œuvre intégrale La pièce est construite autour de la scene bouleversante des erniers moments à la prison de la Santé de Françoise, Charlotte Delbo avec son mari, Paul, Georges Dudach, qui sera fusillé après cet entretien. Mais cette pièce est aussi un acte d 16 Georges Dudach, qui sera fusillé après cet entretien.

Mais cette pièce est aussi un acte de bravoure dramatique, car cette scène appartient au passé : l’action se situe vingt ans après la Guerre, à la terrasse paisible d’un café d’Athènes, où Françolse, fait la rencontre d’un homme, un ancien officier allemand de la Wehrmacht, Werner. Cest la réminiscence de cette scène, sa résonance décisive sur le présent de cette femme élégante t délicate mais qui connut d’un peu trop près la dureté de la vie, qui est représentée. Celle qui fut la collaboratrice de Louis Jouvet exploite ici, une fois de plus, l’art qu’elle en avait appris, pour décrire comment se détermine une volonté.

Werner tente de se tourner vers l’avenir en cette nouvelle compagnie étant donné que lui aussi a perdu sa femme durant le confllt, il prétend justifier sa passivité de naguère, face aux désastres du nazisme, par la passion de la Grèce antique… C’est par fidélité à son passé que Charlotte résiste de céder au charme de cette encontre et expose sèchement à son interlocuteur, malgré la délicatesse dont ils font preuve l’un envers l’autre, ses derniers instants avec son mari: la scene jouée dans la mémoire est en fait racontée et partagée avec le distingué universitaire allemand.

Deux personnages s’affrontent avec courtoisie : cette résistante déportée élégante mais armée de la connalssance inutile SI chèrement acquise en face de la cruauté des hommes et trop souvent de leur faiblesse, et un universitaire allemand, spécialiste de la Grèce antique et donc symbole vivant de tout l’amour llemand du savoir et de l’ordre de l’intelligence qui célébra le nazisme – donc échoua devant lui. C’est donc, PAGF 16 savoir et de l’ordre de l’intelligence qui célébra le nazisme – donc échoua devant lui.

C’est donc, en somme, une pièce européenne, fixant les conditions d’un partenariat vérldique et non pas oublieux entre les ennemis d’hier. Peu après avoir mis à cette pièce un point final, le coup d’État des colonels du 21 avril 1967 allait dramatiquement changer le décor politique dans ce pays que Charlotte Delho connaissait et aimait. Il fallait un peu de recul, et attendre le retour de la norme pour apprécier a justesse de la pièce en deux actes, sa bravoure littéraire et mesurer la force de son appel à la fidélité historique prononcé ? contretemps.

Une scène jouée dans la mémoire et le brevet En 2014, plus de 730. 000 candidats se sont présentés ? l’examen national du brevet de série générale. Malheureusement pour cet acte de publication et d’éducation à grande échelle, une négligence assez regrettable a été commise par le ministère de l’Éducation nationale. L’imprimé du brevet fait référence ? une édition posthume de 2001 intitulée Une scène jouée dans la mémoire. Or cette référence fait obstacle à l’œuvre originale et ne respecte pas le droit moral de fauteur.

Charlotte Delbo a écrit ce texte en février-mars 1967 (comme l’indique clairement le manuscrit). Aucune édition intégrale n’eut lieu du vivant de l’auteur. Charlotte Delbo en a elle-même extrait et un peu modifié cette scène en 1977, pour qu’elle soit lue à l’occasion d’une émission radiophonique correspondant au format exigé pour les dramatiques de France Culture. C’est cette version qui fut éditée bien après sa mort. Cest sur cette version que les collégiens ont dû travailler. Plutôt que de présenter