Chapitre2

Chapitre2

CHAPITRE II LE PARATEXTE: ESCORTE ET SIGNIFIANCE « Le paratexte est donc pour nous ce par quoi un texte se fait livre et se propose comme tel à ses lecteurs, et plus généralement au public. Plus que d’une limite ou d’une frontière, il s’agit ici d’un seuil ou d’un « vestibule » qui offre à tout un chacun la posslbilité d’entrer ou de rebrousser chemin GENETTE, Gérard. se Chapitre Il : Le parat Introduction Le roman de Yasmin accompagné d’un 1987, p. 7. to View les loups» est certain nombre d’éléments paratextuels qui le révèlent au lecteur.

Celui-ci peut ainsi écouvrir le roman avant même d’en faire la lecture grâce aux informations qu’il va cueillir à partir les donnés paratextuelles dont l’œuvre est parée. « péri – texte », ou « méta – texte » sont des termes « Para texte qui désignent le même appareil textuel qui entoure un texte, le présente et l’annonce. Cette notion de paratextuallté se trouve mise à l’honneur dans les études littéraires, suite aux travaux fructueux de Gérard Genette.

Ce dernier déclarait en 1983: « Je m’apprête aujourd’hui ? aborder un autre monde de transcendance qui est la présence, rivilégié de son rapport au public et par lui

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au mondes 12111 5. Cet « espace textuel » nommé « paratexte » fait partie de ce que Gérard Genette appelle « la transtextualité » qui comprend hormis, la paratextualité, d’autres concepts notamment l’intertextualité, l’hypertextualité, métatextualité et l’architextualité.

Le paratexte est un appareil textuel qui se présente comme un outil indispensable pour cerner la signification de l’œuvre littéraire et livrer les clés de sa compréhension. Il participe à l’édification d’un lieu d’échange entre l’auteur et le lecteur en établissant «un acte de lecture » qui vise à orienter le processus de la réception de l’œuvre dés le départ. Ces lieux textuels qui accompagnent l’œuvre littéraire désignent « l’ensemble des dispositifs qui entourent un texte publié, en ce compris les signes typographiques et iconographiques qui le constituent.

Cette catégorle comprend donc les titres, sous — titres, préfaces, dédicaces, exergues , postfaces , notes infrapaginales, commentaires de tous ordres mais aussi illustrations et choix typographiques, tous les Signes et signaux pouvant être le fait de l’auteur ou de l’éditeur voire du diffuseur »12211 6. L’étoilement de l’appareil textuel ne se contente pas uniquement d’être un « discours d’escorte » qui accompagne tout le mode de publication, de circulatlon d’une 121 – GENETTE, Gérard, Cité par ACHOUR. C et BEKKAT.

A in Clefs pour la lecture des récits convergences critiques II Edition du tell, 2002 . p. 70 . 122- Le dictionnaire du littéraire. op. cit . p. 432 38 33 Chapitre Il : Le paratexte • escorte et signifiance œuvre mais aussi comme un « discours d’influence » dans sa situation de marché et de communication. L’oeuvre de Yasmina Khadra, « À quoi rêvent les loups contient beaucoup de onnées paratextetuelles, notamment le titre et tout ce qu l’entoure; l’illustration du roman et les épigraphes qui annoncent les différentes parties de l’ouvre.

Ces éléments paratextuels peuvent contribuer à éclairer notre étude et d’en faire des points d’ancrage susceptibles de rendre compte de l’inscription du lecteur dans le roman et d’entamer le processus de la réception de l’œuvre par le lecteur en orientant en même temps son « horizon d’attente » 39 Chapitre Il : Le paratexte : escorte et signifiance Il. 1. Le titre et sa symbolique « Avant le titre, il y a le texte, après le texte, il demeure le titre 23119 Le titre semble trôner d’une façon majestueuse sur l’ensemble des éléments paratextuels .

C’est un « aimant » qui semble détenir la principale clé pour aborder l’univers crée par l’auteur pour le lecteur. Le titre désigné comme « micro texte D, « texte à propos d’un texte ou première phrase imprimée, a suscité beaucoup de réflexions et a incité à de nombreuses investigations qui ont abouti à l’avènement d’une discipline de l’histoire littéraire dont le premier souci serait l’étude des titres ou la titrologie comme elle a été nommée par Claude que de brèves allusions au titre à cette ?poque en lui prêtant les propriétés de brièveté, d’intrigue pour faire surprendre le lecteur.

Cest à la linguistique que revient le mérite d’aiguiser le brin d’intérêt pour l’étude de l’appareil titulaire dans l’analyse textuelles en lui conférant quatre caractères essentiels : syntaxique, sémantique, pragmatique et symbolique. Ces différents visages de la titrologie ont trouvé leurs échos dans les travaux de Claude Duchet sur un corpus de titres du XIXe siècle ainsi que Léo Hoek qui considère le titre comme un phénomène psycho – social, une insertion dans la ociété et l’historicité.

A partir du moment que le titre invite à l’identification de l’œuvre littéraire et ? souligner son contenu, Hoek a désigné deux classes de titres : subjectaux qui annoncent le sujet du texte et objectaux qui désignent le texte en tant qu’objet. Cette classification des tltres n’ôte en rien au titre, sa fonction première, celle d’annoncer, de résumer et de programmer l’acte de lecture.

Le titre doit accrocher l’attention du lecteur, éveiller son intérêt pour la trame romanesque par l’établissement des normes littéraires et musicales et l’instauration des onctions qui servent à stimuler et à assouvir la curiosité du lecteur. Tel que le texte publicitaire, le titre remplit trois fonctions : la fonction reférentielle qui sert à informer, la 123 – HAUSSER. M , Cité par DELACROIX . M , HAL YN . F, op . Cit. p. 210. 40 Chapitre Il : Le paratexte nifiance convaincre et la fonction poétique qui vise à séduire et ? provoquer l’admiration.

D’autres théoriciens de la titrologie ont proposé d’autres fonctions pour le titre notamment Charles Grivel, pour qui, le titre permet d’abord d’identifier l’œuvre, ensuite ? désigner son contenu et enfin à la mettre en valeur . Quand à Roland Barthes, il préfère attribuer au titre le fonctions suivantes : la fonction apéritive qul doit susclter l’intérêt du lecteur, la fonction abréviatrice qui aborde le contenu de roman d’une manière brève en l’annonçant sans le dénoncer totalement et la fonction distinctive par laquelle, le texte est singularisé et distingué des autres textes.

Les fonctions du titre citées précédemment ont pour objet principal la définition et la détermination des rapports qui existent entre le texte et le titre. Le titre est étroitement lié à l’œuvre, c’est lui qui lui confère sa égitimité en lui donnant un « nom Le titre contribue à l’interprétation et à la signification de l’œuvre. II joue un rôle important dans la relation dialogique entre le texte et le lecteur.

Il Instaure le processus de la réception en ouvrant l’œuvre devant les perspectives du lecteur en le guidant, en l’orientant dans la lecture du texte. L’indissociable relation entre le titre et le roman reflète un rapport de complémentarité entre les deux, qui se trouve confirmé dans les propos de Christiane Achour et Amina Bekkat : « l’un annonce, l’autre explique, développe un énoncé rogrammé jusqu’à reproduire arfois en conclusion son titre, comme mot de la fin et cl s OF fin et clé de son texte ». 24121 Le titre voile le roman de sa présence en se manifestant comme « étiquette », promettant savoir et plaisir, «mémoire ou écart » dans la mesure où il rappelle au lecteur quelque chose de déjà familier et pré – existant, ce qui fait appel ? une fonction mnésique et comme « incipit romanesque» du moment qu’il amorce le texte et l’annonce, le titre donc « résume et assume le roman et en oriente la lecture »125122. 124 – ACHOUR C , BEKKAT A, op. cit. p. 72. 25 – DUCHET .

C cité par ACHOUR. C , BEKKAT , A. Ibid . p. 74. 41 42 Le choix d’un titre n’est nullement le fait d’un hasard. Sa formulation est longuement méditée par l’auteur pour qu’il puisse mettre le lecteur sur les rails de la compréhension du sens de l’œuvre et de décoder le message qu’elle véhicule. «À quoi rêvent les loups » est un titre qui attire immédiatement l’attention du lecteur. Phrase interrogative qui exprime une demande d’information, il constitue une question qui interpelle une réponse.

Le lecteur dérouté et intrigué par cette forme interrogative du titre, à la fois oétique et énigmatique, n’accède à la réponse que vers la fin du roman qui éclaircit l’énigme posée par le titre dans le contexte socio – C’est une visée intentionnelle de la part de l’auteur car la métaphorisation des textes romanesques provoque un effet fictionnel et littéraire qui les différencie des textes de langage ordinaire.

L’image qui se présente dans la conscience du lecteur en face de ce titre est celle de deux mondes qui ne peuvent se joindre ; celui des « rêves » et celui des « loups ». Deux univers qui s’opposent et se retrouvent d’emblée dans une «confusion lexicale » de ce qui e rapporte à l’homme ou à l’animal. Ce rapport homme/animal a toujours été une révélation sur les civilisations antérieures. ? Mise à distance on assimilation de la bête ? l’homme, exploitation de l’animal par l’homme, divination, attrait on rejet s’accompagnent de rituels qui établissent une communication entre les hommes et le règne animal »126 . 124 Croire à la « métamorphose » et à la « métempsycose » a favorisé l’assimilation de l’homme à un « double » de l’animal, ce qui a donné naissance au mythe de l’incarnation des hommes dans les peaux d’animaux ainsi que leur âmes et sprits.

Ce mythe se trouve enrichi dans certains rites où les animaux sont choisis par certalns Dieux en tant que « masques » pour se manifester comme une force démoniaque et un esprit néfaste. Ce qui confirme la nature inquiétante et la représentation de la mort dévorante des animaux. 126- PONT- HUMBERT, ca nnaire des symboles, des précisément cette dévoration, cette terreur animale alimentant le quotidien algérien de la décennie noire qui a conduit Yasmina Khadra à opter pour un titre ou l’animalité est représentée par « les loups » ?

Ces derniers, considérés dans l’imaginaire opulaire comme des animaux féroces qui n’hésitent pas à user de leurs forces contre des êtres plus faibles qu’eux comme il est cité dans les contes et les fables pendant des siècles durant ; tel que, le fameux conte de Perrault « le petit chaperon rouge » et la fable de la fontaine « le loup et l’agneau « L’agneau » qui symbolise la bonté et la bienveillance, et « le loup » qui incarne la méchanceté, la force brutale et sauvage qui s’oppose toujours à la bonté, au droit et à la justice.

Cependant, « le loup par le fait de sa lourdeur et de sa sottise tombe, fréquemment dans les pièges tendus par des êtes plus intelligentes et plus rusées que lui comme le montre généralement la fin des contes et des fables. Cest ce qui arrive finalement à Nafa Walid, le personnage principal du roman et ses compagnons de sang vers la fin du roman. En faisant confiance à un sympathisant de leur idéologie, qui les a dénoncé à l’armée algérienne, ils sont tombés dans leur propre piège et se sont fait avoir « comme des rats» p 274.

Le choix de Yasmina Khadra pour le mot « loups » comme un sème important, stéréotype de la dévoration, a été guidé par les images quotidiennes d’« égorgement ‘«amputation» et d’ « ensanglantement» dans le vécu algérien. Cest une tentative de réponse à la question : ««Que voi ? » Q’ est ce que «tu » me veux ? Ou tous aussi bien » voulo 33 voi ? » Q’ est ce que «tu » me veux ? Ou tous aussi bien : que peux «tu » vouloir d’autre que me dévorer ». 27 Cest une 125 interrogation qui engendre une réalité douloureuse; celle de « l’effacement des frontières entre l’ordre de l’humain et l’ordre de l’animal »1281 . Ce qui a accouché d’une grande 26 horreur dont les échos se renvoie jusqu’à nos jours. Yasmina Khadra, refusant « cet effacement » déclare « les ?crivains sont des sauveurs de l’espèce humaine. Ils n’interprètent pas le monde, ils l’humanisent.

J’ai toujours voulu être au service de ce dernier bastion contre l’animalité ». 1 29127Les propos de l’auteur se trouvent confirmés dans sa production littéraire notamment « les agneaux du 127- GELAS, Bruno , Rôles et altérations du roman policier chez Yasmina Khadra in Echanges et mutations des modèles littéraires, entre Europe et Algérie . Ed l’Harmattan, paris, 2004. p. 47. 128- Ibid. 129 – KHADRA, Yasmina. op. cit. p. 47.

Seigneur » paru en 1998 et « À quoi rêvent les loups » paru en 999 (objet de notre étude) qui racontent tous les deux l’histoire terrible de l’Algérie contemporaine (celle des années Le syntagme nominal « loups » est cité trois fois dans le roman; une première rait personnage principal du roman lui a raconté son histoire avec « les Raja la grande famille bourgeoise algéroise dont il était le chauffeur ainsi que le drame dont il était témoin dans la forêt de Baïnem L’allusion au « loups » par l’imam Younes était pour représenter ce qui ‘il a appelé « les grosses fortunes » p85.

Il parlait d’eux comme «… des gens immondes, sans pitié et ans scrupules. Ils s’invitent pour ne pas se perdre des yeux, se délestent cordialement. Un peu comme les loups 13020, ils opèrent en groupes pour se donner de l’entretien et n’hésitent pas un instant à dévorer cru un congénère qui trébuche » p 85.

Cette représentation des « loups » (hommes riches) reflète une prise de position vis à vis de la classe sociale bourgeoise qui dénote une certaine situation conflictuelle au sein de la société algéroise pour s’étendre à la société algérienne en générale: celle de la classe sociale « pauvre » qui habite les quartiers populaires et celle de la lasse sociale « riche qui réside dans les « beaux quartiers Cette représentation des « loups » semble être celle des « islamistes » que l’imam Younes se présente comme un de leurs portes paroles dans le roman.

L’évocation du mot « loups » pour la seconde fois ne désigne pas la même représentation que la première fois. Le mot « loups » est cité par « le muphti » de ce qu’on appelait « VAIS » (Armée Islamique du Salut) la branche armée du parti politique FIS (Front Islamique du Salut), dissous à l’insu de l’arrêt du processus électoral en Algérie en 1992. Selon le muphti c es opportunistes