Biographie de Michel de Montaigne

Biographie de Michel de Montaigne

Cet auteur incarne Ihumanisme: diplomate pendant les guerres civiles religieuses et politiques, parlementaire, maire de Bordeaux, proche d’Henri IV, il s’est aussi consacré à la méditation. A cheval ou dans sa bibliothèque d’auteurs antiques et contemporains, il a construit son oeuvre (Les Essais, 1 595) en « essayant » librement sa pensee. Michel de Montaigne est issu d’une famille de riches négociants bordelais, les Eyquem. En 1477, son arrière-grand-père, Ramon Eyquem (1402-1478), fait l’acquisition de la petite seigneurie perigourdine de Montaigne, arrière-flef de la baro nobles et d’une mais étape de l’accession

Son grand-père, Gri Sv. ivx to posée de terres ion est la première , fils de Ramon Eyquem et de Isabeau de Ferraygues (1428-1508), reste marchand et continue à faire prospérer la maison de commerce de Bordeaux8. Son père, Pierre Eyquem, premier de la famille à naitre au château de Montaigne, en 1495, rompt avec le commerce et embrasse la carrière des armes. Il participe aux campagnes d’Italie. En 1519, « noble homme, Pierre Eyquem, seigneur de Montaigne, écuyer », rend hommage à Jean de Foix, archevêque de Bordeaux, suzerain de la baronnie de Montravel. Sa roture est définitivement éteinte.

En 1529, il épouse Antoinette de Louppes de Villeneuve (ou Lape Lopez de

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Villanueva), fille et nièce de marchands toulousains et bordelais enrichis dans le commerce du pastel. La famille d’Antoinette est d’origine espagnole, descendant peut-être de julfs convertisg, mais parfaitement intégrée dans le cadre de la société française et chrétienne. Les Louppes de Villeneuve jouissent dune fortune identique à celle des Eyquem, mais sont en retard sur eux d’une génération dans l’accession à la noblesse. Ils abandonneront le nom de Louppes pour celui de Villeneuve, comme Montaigne celui d’Eyquem.

Les deux premiers enfants du couple meurent en bas âge ; Michel est le premier qui survit. Il sera l’aîné de sept frères et sœurs. Pierre de Montaigne, excellent gestionnaire de ses biens, arrondit son domaine avec l’aide de son épouse, forte personnalité et intendante hors-pair, par achats ou par échanges de terres10. Reconnu et considéré par ses concitoyens bordelais, il parcourt tous les degrés de la carrière municipale avant d’obtenir en 1 554 la mairie de Bordeaux. Si Michel de Montaigne montre dans les Essais son admiration et sa reconnaissance pour son père, il ne dit presque rien de a mère.

Il aurait eu des rapports tendus avec elle. Pierre de Montaigne devait en être conscient, qui a pris soin dans son testament de définir dans les moindres détails les conditions de cohabitation entre la mère, fière d’avoir par son travail avec son mari, « grandement avaluée, bonifiée et augmentée » la maison de Mon par son travail avec son mari, « grandement avaluée, bonifiée et augmentée » la maison de Montaigne, comme elle l’écrit dans son testament de 1597, cinq ans après la mort de Michel, et le fils qui s’est contenté de jouir palsiblement de l’héritage acquis.

Montaigne est le frère de Jeanne Eyquem de Montaigne, mariée à Richard de Lestonnac, et donc l’oncle de sainte Jeanne de Lestonnac. ? Le bon père que Dieu me donna m’envoya dès le berceau, pour que j’y fusse élevé, dans un pauvre village de ceux qui dépendaient de lui et m’y maintint aussi longtemps que j’y fus en nourrice et encore au-delà, m’habituant à la plus humble et ? la plus ordinaire façon de vivrel 1 écrit Montaigne qui ajoute : « La pensée de mon père visait aussi à une autre fin : m’accorder avec le peuple et cette classe d’hommes qui a besoin de notre ide, et il estimait que je devais être obligé à regarder plutôt vers celui qui me tend les bras que vers celui qui me tourne le dos Son dessein n’a pas mal réussi du tout : je me dévoue volontiers envers les petits. » père cultivé et tendre, Pierre Eyquem donne à son fils de retour au château une éducation selon les principes humanistes, en particulier inspirée du De pueris instituendis d’Érasme, se proposant de lui donner le goût de l’étude « par une volonté non forcée et de son propre désir12 L’enfant est élevé sans contrainte. La sollicitude paternelle va jusqu’à le faire éveiller « par n joueur d’épinette » pou contrainte. La sollicitude paternelle va jusqu’à le faire éveiller « par un joueur d’épinette » pour ménager ses sens fragiles.

Vers deux ans, il quitte sa nourrice puis a pour précepteur domestique un médecin allemand nommé Horstanus, qul doit lui enseigner les humanités et entretenir l’enfant en latin seulement (seconde langue de toute l’élite européenne cultivée, comme une langue maternelle), règle à laquelle se plie également le reste de la maisonnée : « Cétait une règle inviolable que ni mon père ni ma mère ni valet ni chambrière n’employassent, quand ils parlaient n ma compagnie, autre chose que des mots latins, autant que chacun en avait appris pour baragouiner avec moi. » La méthode réussit parfaitement : « Sans livre, sans grammaire, sans fouet et sans larmes, j’avais appris du latin – un latin aussi pur que mon maître d’école le connaissait. » Mais ajoute Montaigne, « j’avais plus de six ans que je ne comprenais pas encore plus de français ou de périgourdin que d’arabe « 13. De 7 à 13 ans, Montaigne est envoyé suivre le « cours » de grammaire et de rhétorique au collège de Guyenne à Bordeaux, haut lieu de l’humanisme bordelais, dirigé par un Portugais, André de Gouvéa entouré d’une équipe renommée : Cordier, Vinet, Buchanan, Visagier.

Rétif à la dure discipline de l’époque, il gardera le souvenir des souffrances et des déplaisirs subis: « Le collège est une vraie geôle pour une jeunesse captive. On la rend déréglée en la punis PAGF déréglée en la punissant de l’être avant qu’elle le soit. La belle manière d’éveiller Pintérêt pour la leçon chez des âmes tendres et crantives que de les y guider avec une trogne effrayante, les mains armées de fouet 12 ! » Il y fait cependant de solides études et y acquiert le goût des livres (il lit Ovide, Virgile, Térence et Plaute), du théâtre (Gouvea encourageait la représentation des tragédies en latin) de la poésie (latine), et des joutes rhétoriques, véritable gymnastique de l’intelligence selon Érasme. On ne sait presque rien de sa vie de 14 à 22 ans.

On retrouve le jeune Montaigne vers 1 556 conseiller à la cour des Aides de Périgueux, reprenant la charge de son père qui étant devenu maire de Bordeaux pour deux ans, au moment des guerres de religion. Ses biographes en ont déduit qu’il avait suivi, dans le collège de Guyenne, des cours de philosophie de la Faculté des Arts où enseignait Ihumaniste Marc Antoine Muret puis ait des études de droit à l’université de Toulouse, de Paris ou probablement dans ces deux villes, rien ne permet à ce jour de trancher de façon décisive14. La carrière juridique peut surprendre pour un ainé traditionnellement dirigé dans la noblesse vers la carrière des armes, la diplomatie ou les offices royaux. À l’inverse de son père, Montaigne était peu doué pour les exercices physiques ? l’exception de l’équitation.

Son tempérament nonchala était peu doué pour les exercices physiques à l’exception de l’équitation. Son tempérament nonchalant a peut-être déterminé Pierre Eyquem à orienter son fils vers la magistrature. Montaigne a été élevé dans la religion catholique et en respectera rigoureusement toutes les pratiques jusqu’à sa mort. Ses contemporains n’ont pas douté de la sincérité de son comportement. Ses convictions intimes sont-elles en harmonie avec cette dévotion extérieure ou se contente-t-il d’accepter la religion en usage dans son pays (« Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes ou périgourdins ou allemands15. ?, « Ce n’est pas par la réflexion ou par notre intelligence que nous avons reçu notre rellgion, c’est par voie d’autorité et par un ordre étranger16. ) ? es interprétations sont contradictoires (à la toute fin des Essais, Montaigne, par le biais d’une citation d’Horace, recommande sa vieillesse à Apollon). On a vu en lui un incrédule (Sainte-Beuve, Gide), un catholique sincère (Villey), un esprit favorable à la Réforme (Nakaml 7), un fidéiste (Tournonl 8, Onfrayl 9), un nouveau-chrétien contraint de taire les origines juives de sa famille (Jama20). Les Essais, reçus avec indulgence ? Rome lors de son voyage de 1581 (le Saint-Office lui demandera seulement de retrancher ce qu’il jugerait « de mauvais goût »), seront mis à [‘Index en 1676 à la demande de Bossuet.