Beccaria Des D Lits Et Des Peines

Beccaria Des D Lits Et Des Peines

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routine, aussi funeste qu’il est général, fait qu’une opinion de Carpzovius, un vieil usage indiqué par Clarus, un supplice imaginé avec une barbare complaisance par Farinacius, sont les règles que suivent froidement ces hommes qui devraient trembler lorsqu’ils décident de la vie et de la fortune de leurs concitoyens. C’est ce code informe, qui n’est qu’une monstrueuse production des siècles les plus barbares, que j’ai voulu examiner dans cet ouvrage. Mais je ne m’attacherai qu’au système criminel, et j’oserai en signaler les abus à ceux-là qui sont chargés de protéger a félicité publique, sans trop m’étudier à répandre sur mon style ce charme qui séduit l’impatience des lecteurs vulgaires.

Si j’ai pu rechercher librement la vérité, si je me suis élevé audessus des opinions communes, je dois cette indépendance à la douceur et aux lumières du gouvernement sous lequel j’ai le bonheur de vivre. Les grands rois et les princes qui veulent le bonheur des hommes qu’ils gouvernent sont amis de la vérité, lorsqu’elle leur est montrée par un philosophe qui, du fond de sa retraite, déploie un courage exempt de fanatisme, et se contente e combattre avec les armes de la raison les entreprises de la violence et de l’intrigue. D’ailleurs, en examinant les abus dont nous allons parler, on remarquera qu’ils font la satire et la honte des siècles passés, mais non de notre siècle et de ses législateurs. Si quelqu’un veut me faire l’honneur de critiquer mon livre, qu’il cherche d’abord à bien saisir le but que je m’y suis proposé.

Loin de penser à diminuer l’autorité légitime, on verra que tous mes efforts ne tendent qu’à l’agrandir; et elle s’agrandira en effet, lorsque l’opinion publique sera plus puissante que la force, orsque la douceur et l’humanité feront pardonner aux princes leur puissance. Des critiques, dont les intentions n’ont pu être droites, ont attaqué cet ou 2 62 princes leur puissance. attaqué cet ouvrage en l’altérant. Je dois m’arrêter un instant, pour imposer silence au mensonge qui se trouble, aux fureurs du fanatisme, lâches calomnies de la haine. Les principes de morale et de politique reçus parmi les hommes dérivent généralement de trois sources : la révélation, la loi naturelle et les conventions sociales.

On ne peut établir de comparaison entre la première et les deux autres, sous le rapport e leurs fins principales; mais elles se ressemblent toutes trois, en cela qu’elles tendent également à rendre les hommes heureux ici-bas. Discuter les rapports des conventions sociales, ce n’est pas attaquer les rapports qui peuvent se trouver entre la révélation et la loi naturelle. Puisque ces principes divins, quoiqu’ils soient immuables, ont été dénaturés en mille manières dans les esprits corrompus, ou par la malice humaine, ou par les fausses religions, ou par les idées arbitraires de la vertu et du vice, il doit sembler nécessaire d’examiner (en mettant de côté toutes considérations ?trangères) les résultats des simples conventions humaines, soit que ces conventions aient réellement été faites, soit qu’on les suppose pour les avantages de tous.

Toutes les opinions, tous les systèmes de morale doivent nécessairement se réunir sur ce point, et l’on ne saurait trop encourager ces louables efforts, qui tendent à rattacher les plus obstinés et les plus incrédules aux principes qui portent les hommes à vivre en société. On peut donc distinguer trois classes de vertus et de vices, qu 3 62 les hommes à vivre en société. On peut donc distinguer trois classes de vertus et de vices, qui nt aussi leur source dans la religion, dans la loi naturelle et dans les conventions politiques. Ces trois classes ne doivent jamais être en contradiction entre elles; mais elles n’ont pas toutes trois les mêmes résultats et n’obligent pas aux mêmes devoirs. La loi naturelle exige moins que la révélation, et les conventions sociales moins que la loi naturelle.

Ainsi, il est très important de bien distinguer les effets de ces conventions, c’est-à-dire des pactes exprimés ou tacites que les hommes se sont imposés, parce que c’est là que doit s’arrêter l’exercice légitime de la force, ans ces rapports de l’homme à l’homme, qui n’exigent pas une mission spéciale de l’être suprême. On peut donc dire avec raison que les idées de la vertu politique sont variables. Celles de la vertu naturelle seraient toujours claires et précises, si les faiblesses et les passions humaines n’en ternissaient la pureté. Les idées de la vertu religieuse sont immuables et constantes, parce qu’elles ont été immédiatement révélées par Dieu même, qui les conserve inaltérables.

Celui qui parle des conventions sociales et de leurs résultats peut- il donc être accusé de montrer des principes contraires à la loi aturelle ou à la révélation, parce qu’il n’en dit rien?… S’il dit que l’état de guerre précéda la réunion des hommes en société, faut- il le comparer à Hobbes, qui ne suppose à l’homme isolé aucun devoir, aucune obligation naturelle?… Ne peut-on pas au contraire considérer ce qu’il dit comme un fait, qui ne fut que I 4 62 obligation naturelle?… Ne peut-on pas au contraire considérer ce qu’il dit comme un fait, qui ne fut que la conséquence de la corruption humaine et de l’absence des lois?

Enfin, n’est-ce pas se tromper que de reprocher à un écrivain, qui examine les ffets des conventions sociales, de ne pas admettre avant tout l’existence même de ces conventions?… La justice divine et la justice naturelle sont, par leur essence, constantes et invariables, parce que les rapports qui existent entre deux objets de même nature ne peuvent jamais changer. Mais la justice humaine, ou, si ron veut, la justice politique, n’étant qu’un rapport convenu entre une action et l’état variable de la société, peut varier aussi, à mesure que cette action devient avantageuse ou nécessaire à l’état social. On ne peut bien déterminer la nature de cette justice, qu’en examinant avec ttention les rapports compliqués des inconstantes combinaisons qui gouvernent les hommes.

Si tous ces principes, essentiellement distincts, viennent à se confondre, il n’est plus possible de raisonner avec clarté sur les matières politiques. C’est aux théologiens à établir les limites du juste et de l’injuste, selon la méchanceté ou la bonté intérieures de l’action. Cest au publiciste à déterminer ces bornes en politique, c’est-à-dire sous les rapports du bien et du mal que l’action peut faire à la société. Ce dernier objet ne peut porter aucun préjudice à l’autre, parce ue tout le monde sait combien la vertu politique est au-dessous des inaltérables vertus qui émanent de la Divinité. Je le répète donc, si l’on veut faire à mon livre S 62 vertus qui émanent de la Divinité.

Je le répète donc, si l’on veut faire à mon livre l’honneur d’une critique, que l’on ne commence point par me supposer des principes contraires à la vertu ou à la religion, car ces principes ne sont pas les miens; qu’au lieu de me signaler comme un impie et comme un séditieux, on se contente de montrer que je suis mauvais logicien, ou ignorant politique; qu’on ne tremble pas ? chaque proposition où je soutiens les intérêts de l’humanité; qu’on prouve l’inutilité de mes maximes, et les dangers que peuvent avoir mes opinions; que l’on me fasse voir les avantages des pratiques reçues. J’ai donné un témoignage public de mes principes religieux et de ma soumission au souverain, en répondant aux Notes et Observations que l’on a publiées contre mon ouvrage. Je dois garder le silence avec les écrivains qui ne m’opposeront désormais que les mêmes objections.

Mais celui qui mettra dans sa critique la décence et les égards que les hommes honnêtes e doivent entre eux, et qui aura assez de lumières pour ne pas m’obliger à lui démontrer les principes les plus simples, de quelque nature qu’ils soient, trouvera en moi un homme moins empressé de défendre ses opinions particulières, qu’un paisible ami de la vérité, prêt à avouer ses erreurs. 5 Ier Introduction Les avantages de la société doivent être également partagés entre tous ses membres. Cependant, parmi les hommes réunis, on remarque une tendance continuelle à rassembler sur le plus petit nombre les privilèges, la puissance et le bonheur, pour ne laisser à la multitude que misère t faiblesse.

Ce n’est que pa Ce n’est que par de bonnes lois qu’on peut arrêter ces efforts. Mais, pour l’ordinaire, les hommes abandonnent à des lois provisoires et à la prudence du moment le soin de régler les affaires les plus importantes, ou bien ils les confient à la discrétion de ceux-là mêmes dont l’intérêt est de s’opposer aux meilleures institutions et aux lois les plus sages. Aussi, n’est-ce qu’après avoir flotté longtemps au milieu des erreurs les plus funestes, après avoir exposé mille fois leur liberté et leur existence, que, las de souffrir, réduits aux dernières xtrémités, les hommes se déterminent à remédier aux maux qui les accablent.

Alors enfin ils ouvrent les yeux à ces vérités palpables, qui, par leur simplicité même, échappent aux esprits vulgaires, incapables d’analyser les objets, et accoutumés à recevoir sans examen et sur parole toutes les impressions qu’on veut leur donner. Ouvrons l’histoire : nous verrons que les lois, qui devraient être des conventions faites librement entre des hommes libres, n’ont été le plus souvent que l’instrument des passions du petit nombre, ou la production du hasard et du moment, jamais ‘ouvrage d’un sage observateur de la nature humaine, qui ait su diriger toutes les actions de la multitude à ce seul but : tout le bien-être possible pour le plus grand nombre.

Heureuses les nations (s’il y en a quelques-unes) qui n’ont point attendu que des révolutions lentes et des vicissitudes incertaines fissent de l’excès du mal un acheminement au bien, et qui, par des lois sages, ont hâté 62 incertaines fissent de l’excès du mal un acheminement au bien, et qui, par des lois sages, ont hâté le passage de l’un à l’autre. Qu’il est digne de toute la reconnaissance du genre humain le hilosophe qui, du fond de sa retraite obscure et dédaignée, a eu le courage de jeter parmi la multitude les premières semences longtemps infructueuses des vérités utiles! Les vérités philosophiques, répandues partout au moyen de l’imprimerie, ont fait connaître enfin les vrais rapports qui unissent les souverains à leurs sujets et les peuples entre eux. Le commerce dest animé, et il s’est élevé entre les nations une guerre d’industrie, la seule digne des hommes sages et des peuples policés.

Mais si les lumières de notre siècle ont déjà produit quelques vantages, elles sont loin d’avoir dissipé tous les préjugés qul nous restent. On ne s’est élevé que faiblement contre la barbarie des peines en usage dans nos tribunaux. On ne s’est point occupé de réformer l’irrégularité des procédures criminelles, de cette partie de la législation aussi importante que négligée dans toute l’Europe. On a rarement cherché à détruire, dans leurs principes, ces suites d’erreurs accumulées depuis plusieurs siècles; et bien peu de personnes ont tenté de réprimer, par la force des vérités immuables, les abus d’un pouvoir sans bornes, et de faire cesser es exemples trop fréquents de cette froide atrocité, que les hommes puissants regardent comme un de leurs droits.

Et pourtant, les douloureux gémissements du faible, sacrifié à la cruelle ignorance ou aux lâches opulents,’ les tourments affreux que la barbarie prodig 8 62 à la cruelle ignorance ou aux lâches opulents; les tourments affreux que la barbarie prodigue pour des crimes sans preuves, ou pour des délits chimériques; le hideux aspect des prisons et des cachots, dont Ihorreur s’augmente encore par le supplice le plus insupportable pour les malheureux, l’incertitude; tant ‘usages odieux, partout répandus, auraient dû réveiller l’attention des philosophes, de cette sorte de magistrats dont l’emploi est de diriger et de fixer les opinions humaines. Cimmortel Montesquieu n’a pu traiter que par occasion ces matières importantes. Si j’ai suivi les traces lumineuses de ce grand homme, c’est que la vérité est une, et partout la même. Mais ceux qui savent penser (et c’est pour ceux-là seulement que j’écris) sauront distinguer mes pas des siens. Heureux SI, comme lui, je puis être l’objet de votre secrète reconnaissance, ô vous, disciples obscurs et paisibles de la raison! Heureux si je puis exciter quelquefois ce frémissement, par lequel les âmes sensibles répondent à la voix des défenseurs de Phumanité!

Ce serait peut-être ici le moment d’examiner et de distinguer les différentes espèces de délits et la manière de les punir; mais la multitude et la variété des crimes, d’après les diverses circonstances de temps et de lieux, nous jetteraient dans un détail immense et fatigant. Je me contenterai donc d’indiquer les principes les plus généraux, les fautes les plus communes et les erreurs les plus funestes, en évitant également les excès de eux qui, par un amour mal entendu de la liberté, cherchent ? introduire l’anarchie, et de ceux qui voudraient sou 9 62 amour mal entendu de la liberté, cherchent à introduire l’anarchie, et de ceux qui voudraient soumettre les hommes à la régularité des cloîtres.

Mais quelle est l’origine des peines, et quel est le fondement du droit de punir? Quelles seront les punitions assignées aux différents crimes? La peine de mort est-elle véritablement utile, nécessaire, indispensable pour la sûreté et le bon ordre de la société? Les tourments et les tortures sont-ils justes? Conduisent- ls au but que se proposent les lois? Quels sont les meilleurs moyens de prévenir les délits? Les mêmes peines sont-elles également utiles dans tous les temps? Quelle influence ont-elles sur les mœurs? Tous ces problèmes méritent qu’on cherche à les résoudre, avec cette précision géométrique qui triomphe de l’adresse des sophismes, des doutes timides et des séductions de l’éloquence.

Je m’estimerais heureux, quand je n’aurais d’autre mérite que celui d’avoir présenté le premier à l’Italie, sous un plus grand jour, ce que d’autres nations ont osé écrire et commencent ? ratiquer. Mais, en soutenant les droits du genre humain et de l’invincible vérité, si je contribuais à sauver d’une mort affreuse quelques- unes des tremblantes victimes de la tyrannie, ou de l’ignorance également funeste, les bénédictions et les larmes d’un seul innocent revenu aux sentiments de la joie et du bonheur me consoleraient des mépris du reste des hommes. Origine des peines et droit de punir La morale politique ne peut procurer à la société aucun avantage durable, si elle n’est fondée sur les sentiments Ineffaçables du cœur de l’homme. Toute loi qu 00F 162