Art

Qu’est-ce que « l’Art » ? QU’EST-CE QUE L’ART I – INTRODUCTION On peut partir de la définition de Malraux : « L’œuvre art répond ? cette définition aussi facile à énoncer que difficile à comprendre : avoir survecu Une idée fausse serait d’y voir un processus continu : l’ humanité produirait de l’art, et chaque époque, qui aurait forcément meilleur goût que les précédentes, éliminerait ensuite ce qui n’était qu’effet de mode. En réalité, chaque époque, pour des raisons complexes, élimine ce que d’autres avait admiré, et admire ce que d’autres avaient ignoré. Par exemple, la Rena-

Antiquité : non pas a or 10 que, jusque là, les ge édifices gréco-romai nous passons devant s œuvres de aglques, mais parce culptures ou des ence avec laquelle , dans certains squares, de certaines personnalites barbichues aujourd’hui inconnues de la IIIème République et que nous ne considérerions jamais comme des œuvres d’ Art ; et puis, pour des raisons mystérieuses et complexes, un beau jour, les hommes se sont mis à les considérer comme des œuvres d’ Art -ce qui sera peut- être un jour le sort glorieux de ces petits bustes des squares que personne ne regarde, il est impossible d’affirmer que ce ne

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sera amais le cas.

Ainsi, chaque époque pourrait-elle communier, à travers l’ art, avec des époques précéde Swipe to vlew next page précédentes, illustrant la phrase de Malraux « Les religions et l’art sont les deux seules choses que Ihomme a trouvé ? opposer à la mort » ? Trop beau pour être vrai, car le même Malraux écrit ailleurs : « Toute communion est fondée sur un malentendu » (et qui s’applique à bien des choses : la communion religieuse, politique, etc. ; en fait, nous croyons communier avec des sensibilités dont, en réalité, nous ignorons tout, car ous ne pourrons jamais entrer dans l’esprit des hommes ayant vécu dans d’autres sociétés et d’autres époques que la nôtre ; par exemple, si quelqu’un se mettait à peinturlurer des statues grecques exposées au Louvre, il serait aussitôt emprisonné pour vandalisme ; or, on sait qu’ elles étaient toutes recouvertes de peintures aux couleurs criardes et violentes sans lesquelles leurs contemporains ne les appréciaient absolument pas ; il en est de même de nos « blanches cathédrales qui étaient violemment peintes.

Il faut donc lever ce malentendu ; quand quelqu’un écrit ujourd’hui « ce qui fait le génie de Baudelaire » il entend : « ce pour quoi NOUS l’admirons » ; il faut y rajouter l’élément, que nous ne pouvons absolument pas connaitre « ce pour quoi les siècles prochains l’admireront autrement, et qui n’a rien ? voir avec les raisons pour lesquelles nous radmirons -ou au contraire, ce pourquoi les siècles prochains l’abandonneront ? un oubli total » : on ne peut prévoir la vie posthume des œuvres d’art.

Si nous-mêmes ne lisons pas Baudelaire comme 10 prévoir la vie posthume des œuvres d’art. Si nous-mêmes ne lisons pas Baudelaire comme le lisaient ses contemporains, c’est u’entretemps nous avons lu Rimbaud et bien d’autres : nous portons en nous un Musée Imaginaire fait de tout ce que nous connaissons, musée qui métamorphose toutes les œuvres que nous y faisons entrer, et cette métamorphose permanente nous sépare de tout génie par toutes les créations qui ont succédé aux siennes. l- LA MORT DE L’IMAGINAIRE CHRÉTIEN On sait que la notion de l’ Art en tant que « production de la sensibilité personnelle d’un individu » est tout à fait récente ; sans remonter aux peintures rupestres préhistoriques type Lascaux, dont on ignore les fonctions soclales exactes et combien e leurs contemporains pouvaient les regarder, dans l’ Egypte pharaonique, l’artiste n’était qu’un exécutant d’une œuvre qui n’avait qu’une fonction purement symbolique —à la fois religieuse et politique – et on voit, dans certaines peintures tombales, les corrections à effectuer indiquées par les prêtres, en fonction de critères qui ne relevaient en rien de l’esthétique ; ce que nous appelons aujourd’hui l’ « artiste » n’était qu’un technicien exécutant, comme un maçon pour une maison contemporaine, dont il serait impossible de reconnaitre le style personnel, et à qui l ne serait jamais venu à [‘idée de signer son œuvre. Du XIIIème au XVIIIè siècle, le chrétien a subi une mutation totale, son lien avec l’imaginaire ayant totalement changé. Le Moyen-Age a cru a son Imagin mutation totale, son lien avec l’imaginaire ayant totalement changé.

Le Moyen-Age a cru à son imaginaire comme un vrai communiste croyait au communisme, et non pas comme les habitants des pays démocratiques croient à la démocratie, c’est- à-dire distraitement. Le temps de Saint-Louis est un cinéma religieux dans lequel statues, vitraux, images n’imitaient pas e qu’ils représentaient, ils formaient le SEUL monde d’images existant, et le moyen le plus puissant de communication avec le surnaturel. L’important était l’invisible, et les images ne figuraient que lui, ou que ce qui s’y rapportait ; et la cathédrale dans laquelle se trouvaient ces statues, ces tableaux et ces vitraux leur apportait ce que le fond d’or apportait aux icônes byzantines : la particpation à Flnaccessible.

Et puis vint la Renaissance ; s’il nous faut faire un effort pour comprendre ce qui a déconcerté à ce point les hommes de cette époque, c’est que la pluralité des civilisations nous est une notion amilière : or, à Pépoque, elle ne l’était à presque personne , et cela eu une conséquence majeure, une des plus grandes métamorphoses de humanité : la religion est devenue relative : ceci n’a pas détruit la foi, mais elle en a détruit tout l’imaginaire ; jamais ne reparaîtront les siècles où l’ Imaginaire avait été la Vérité, et la fol, févidence : le monde chrétien est devenu, même pour les chrétiens, un monde parmi d’autres : et on ne construira presque plus de cathédrales. En résumé : la chrétienté s’est 0 d’autres : et on ne construira presque plus de cathédrales.

En résumé : la chrétienté s’est métamorphosée lorsque le chrétien a cessé de tenir son imaginaire religieux pour vérité suprême : et c’est alors qu’est né ce que le XIX ème siècle appellera « Art Si la Renaissance rejoint l’ Antiquité, c’est parce que lorsqu’un sculpteur romain sculptait une déesse, elle ne se confondait pas, pour lui, avec la statue d’une mortelle, mais elle ne représentait pas, pour lui, son Imaginaire de Vérité l’action qui va devenir une valeur suprême est celle d’une beauté codifiée : on appellera désormais « beau » ce qui plaira. Avec l’imprimerie, apparaitront es premières anthologies, les premières reproductions d’œuvres du monde entier, réalisées par quelques très rares amateurs, qui ont voyagé, les ont dessinées, puis fait imprimer : elles stupéfieront le reste de l’humanité, lui faisant découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence (au Moyen Age, très peu de gens voyageaient, et ceux qui le faisaient n’allaient pas visiter des musées qui n’existaient pas ; même les grands peintres français ignoraient tout de la peinture flamande, italienne ou espagnole, sans parler de la russe).

Mais pour que l’imaginaire profane atteigne la dignité et ‘importance de l’imaglnaire religieux du Moyen Age, il faudra attendre que la littérature devienne enfin l’égale, en diffusion, de la peinture, de la sculpture et des vitraux. Ill. L’IMAGINAIRE DE L’ÉCRI Lire la Bible sans la rapporter a PAGF s 0 sculpture et des vitraux. Ill- L’IMAGINAIRE DE CECRI Lire la Bible sans la rapporter au culte, à la superstition ou ? l’ Histoire, dire que « nous la lisons pour rien, juste pour elle- même signifie que nous la lisons en tant que texte littéraire – de même que transporter une sculpture de la cathédrale où elle se trouvait à un musée veut dire que nous la faisons passer du ande de la foi au monde de l’art, autrement dit que nous en changeons la nature : toute œuvre née pour un lieu d’irréel se métamorphose lorsque l’irréel du lieu a disparu.

On avait déj? connu le même phénomène lorsque les gens, à la fin du Moyen Age, ont commencé à posséder, chez eux, une Vierge d’ivoire, transformant la piété liturgique collective en piété prlvée ; et cet imaginaire collectif a été remplacé à la Renaissance par un autre, celui du théâtre et de la fiction théâtrale : on n’avait plus joué l’ Homme dans une salle de spectacle depuis l’ Antiquité. En France, le mythe de Racine devient peu à peu symbole unique du classicisme, s’étend aux arts, à l’architecture, à l’esprit : il impose pour deux siècles à la société cette notion si étrangère au Moyen Age : le bon goût, la plus complète rationalisation de l’art qui soit. Et puis, nouvelle révolution, arrive le romantisme, qui exige de la llttérature qu’elle annule la distance qui sépare l’œuvre du spectateur, alors que le classicisme, lui, est inséparable de cette distance : il continue à se tenir pour rexpression suprême de l’homme depuis l’ Ant 6 0