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PATRICK BEAUDOIN LA FONCTION CULTURELLE DE L’ART CHEZ LE JEUNE NIETZSCHE ET SON ABOUTISSEMENT AVEC LE SURHOMME Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en philosophie pour l’obtention du grade de maître es arts (M. A. ) FACULTÉ DE PHILOSOPHIE UNIVERSITE LAVAL QUÉBEC 2007 or 134 Sni* to View Patrick Beaudoin, 2007 Remerciements Je tiens à remercier tout particulièrement Madame Marie-Andrée Ricard, pour sa patience et son soutien.

Ce mémoire n’aurait jamais vu le jour sans elle. Je tiens ussi à remercier mon épouse Stéphanie Miller, qui m’a toujours encourage, soutenu et compris. Je ne serais arrivé à rien sans elle. Merci aussi à mes parents et à ma sœur, pour leur compréhension. Merci enfin à tous d’avoir su pardonner à un philosophe un peu perdu dans ses « nuages du projet nietzschéen. L’art se trouvera analysé dans tous les chapitres, car il est le moteur même de la culture.

Les grands artistes sont les puissances à l’œuvre dans celle-ci et une vision artistique tragique de la vie est ce qui anime Nietzsche lui-même. TABLE DES MATIÈRES REMERCIEMENTS RÉSUMÉ TABLE DES MATIERES INTRODUCTION CHAPITRE 1 : CULTURE E CONSIDÉRATIONS INACTUELLES 6 Petite

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histoire des mots CIVILISATION DANS LES qu’est-ce que le rôle de l’art dans la culture chez Nietzsche ? Vers quel but l’art et la culture tendent- ils ? D’emblée nous pouvons tenter de répondre en un seul mot : le surhomme.

Cest là selon nous le but de l’art et de la culture chez Nietzsche. Mais peut-être allons-nous trop vite en vous dévoilant la fin de notre voyage, car c’est ainsi que nous voyons ce texte; un voyage dans la philosophie de Nietzsche, principalement via ses textes dits de eunesses où le jeune et brillant professeur de philologie sortit du domaine philologique pour notre plus grand bonheur à tous. Cest une de ces sorties que nous analyserons dans le premier chapitre en abordant les trois premières Considérations inactuelles.

Dans « Culture et civilisations dans les Considérations inactuelles » les notions de Bildung et de Kultur seront distinguées l’une de l’autre. Le véritable rôle de la culture, de toute culture, sera dévoilé. Dresser l’homme vers quelque chose, voilà le véritable but de la culture. Comment lire notre philosophe ? D’abord comme une tentative e séduction, tel que l’ont fait d’autres philosophes avant Nietzsche. La figure de Platon se profile ? notre horizon. La culture est toujours au centre de ses ouvrages et il veut séduire en faveur de la vie, pour qu’une nouvelle culture voie le jour.

En voulant mettre en valeur cette nouvelle notion de culture, Nietzsche mettra également à iour celle de sche identifie des philistins cultivésl que l’on pourrait appeler aussi les barbares érudits. Ceux-ci ont comme caractéristique de ne pas avoir de culture au sens de la Kultur, soit cette culture collective qui vient donner une unité au tout du roupe. Il n’y a plus cette culture, mais nous retrouvons cependant un éclectisme de connaissances que connaissent nos grands érudits. Or, un barbare à qui l’on apprend à lire et a écrire ne sera qu’un barbare qui lit et écrit et rien d’autre.

Les recherches qui sont faites par les grandes figures de l’histoire étaient des essais visant à transformer le monde et notre existence. Mais pour les philistins cultivés, la recherche ne vise rien d’autre que le divertissement. Rien ne doit troubler leur existence dans la vie de tous les jours. C’est précisément le contraire que veut faire Nietzsche. Il veut amener l’homme à changer vers une nouvelle culture. Cette nouvelle culture implique une nouvelle façon de se rapporter au monde et aux autres. Elle implique aussi une nouvelle façon de faire de l’histoire.

Cest dans la Seconde considération intempestive que Nietzsche aborde de front cette question de l’histoire. Comment les peuples écrivent l’histoire en dit long sur ceux-ci et sur leurs sociétés. Notre philosophe pose de nombreuses questions sur l’histoire et la société, toutes essentielles dans la question de la culture. Il débute la seconde Considération par la figur Le rapport ambigu qu’a paGF aisiblement dans le champ en dit long sur notre condition. Nul ne voudrait devenir telle une bête, mais en même temps nous ressentons un sentiment de perte devant la sérénité toute simple de l’animal.

Ce dernier ne peut parler, car il ne peut retenir assez longtemps le début même d’une idée. Aussitôt qu’il pourrait commencer à nous parler, il oublie ce qu’il voulait nous dire et il abandonne aussitôt. La bête oublie tout au fur et ? mesure, ne gardant rien. L’homme malheureusement se souvient. Il doit apprendre à se souvenir de certaines choses et à en oublier d’autres. Bien plus, il doit apprendre à se ouvenir lorsqu’il en est temps et oublier lorsqu’il se doit d’oublier. La maîtrise de la mémoire est la maitrise du futur de l’homme. Une figure se dessine alors ? l’horizon, il s’agit du surhomme.

Celui qui sait oublier le sens historique et le sens non historique lorsqu’il en est temps est tel l’homme qui est amoureux d’une femme. Plus rien d’autre n’a d’importance que l’objet visé. Cet homme regarde vers le passé et, voyant les grandes figures de l’histoire se dit « oui! cela est possible » et crée. Nietzsche va donc faire tout le chemin et nous montrer toutes les façons de faire de ‘histoire, de celle de ces « philistlns cultivés » jusqu’à celle de ces hommes qui savent s’inspirer du passé pour créer les chefs-d’œuvre de l’avenir.

Cet avenir ne saurait donc être sauvé sans la résence de créateurs qui sauront regarder le passé Troisième considération inactuelle, Nietzsche aborde la question du génie ? l’aide de la figure de Schopenhauer. Comment crée-t-on des genies qui renouvellent la culture ? Quelles sont les causes de leur apparition dans une société à un certain moment ? Schopenhauer fut un éducateur pour Nietzsche. Ceux qui nous ont aidés à nous révéler à nous-même en disent long sur ous. Ils sont tels des catalyseurs. Mais qui peut prétendre avoir reçu une éducation digne de celle des Grecs anciens comme le veut Nietzsche ?

Lui-même nous dit avoir dû se contenter du peu que représente le fait d’avoir comme éducateur un auteur, et donc un livre plutôt qu’un professeur en chair et en os selon la tradition philosophique ancienne. Mais les seuls philosophes qui s’offrent à nous sont ceux qui servent l’État dans les universités. Comment alors pourraient-ils critiquer la main qui les nourrit ? De plus, la plupart de ces philosophes ont été mis en place par l’État lui- ême nous dit Nietzsche. En cela, il répète les mots de Schopenhauer. ? travers les trois Considérations, nous voyons donc que le thème qui revient est celui de la culture et de ses divers problèmes. Dans La naissance de la tragédie, Nietzsche abordera la question de la culture encore plus en détail. Mais il décrira plus encore ce que représente pour lui cet idéal de la culture grecque de l’Anti uité_ Nous verrons donc plus en profondeur ce que correspond donc cette culture qui est au cœur même de la réflexion de Nietzsche, cette culture tragique qui serait la seule permettant la venue de grands ommes, de grands artistes de la vie ?

Comprendre Nietzsche nécessite de comprendre sa conception de la culture tragique et de l’évolution qu’a subie la culture grecque, son berceau. Cette évolution de la culture grecque se fait en trois temps. Tout d’abord, il y a la culture artistique. Cette culture est celle de l’art de la beauté. Mais cette dernière ne saurait résister au dieu dansant de la tragédie, Dionysos. La culture tragique fait alors son apparition. L’apogée culturelle de la Grèce ancienne est atteinte selon Nietzsche. Mais le dieu dansant ne saura résister à la pression du dialecticien, Socrate.

Cest la culture socratique qui fait son entrée dans la culture grecque via les pièces d’Euripide. Toutefois, cette culture socratique tremblera sur ses bases, car en elle résident les germes de sa propre fin. Les problèmes de la culture d’aujourd’hui sont ceux-là mêmes qui étaient annoncés par la culture socratique. Cependant, Nietzsche ne désespère pas pour autant. La nalssance de la tragédie possède en elle la possibilité d’une rédemption pour la culture. La figure de Socrate s’exerçant à la musique fait son apparition.

Nietzsche croit en la possibilité d’un renouvelle ture par la musique. llemande, et européenne. Pourtant, Nietzsche sera déçu par Wagner, ce dernier sombrant dans le christianisme vers la fin de sa vie. La possibilité d’un renouvellement de la culture par la musique est alors considérée par Nietzsche comme étant illusoire. On ne saurait baser toute une culture sur la musique. Nietzsche cherchera une autre figure qui pourra renouveler la culture, qui pourra donner un nouveau souffle à l’humanité et l’inspirer à se dépasser.

Cette figure du grand artiste de la vie sera le surhomme. Nietzsche n’abandonne donc pas l’idée d’un renouveau de la culture, mais il ne ‘adresse maintenant plus à ses contemporains. Cest vers les générations futures que vont ses espoirs. Il s’adresse maintenant à tous ceux qui auront ce qu’il faut pour le comprendre. Élargir la compréhension de son message pour que le plus grand nombre puisse le comprendre n’est pas dans les intentions de Nietzsche. Son message s’adresse à une petite minorité de gens qui sauront le comprendre.

Ces gens sauront comprendre la figure du surhomme. Ils vont reconnaitre cette cible qu’ils recherchaient tous, pour s’élancer vers elle telles des flèches. Cette figure est d’abord un grand artiste de la vie. Il sait réaliser cette culture tragique telle que les Grecs de l’Antiquité ont su la réaliser. Le surhomme combat donc toute la mentalité chrétie e nihiliste de notre ont définitivement enterré toute les possibilités pour la culture tragique de survivre. La décadence amorcée par la philosophie socratique va s’accroitre avec l’arrivée du christianisme.

Nietzsche combattra donc par la suite ces deux figures de la décadence que sont Socrate et le Christ. Il s’attaquera à ces constructions nihilistes que sont les arrière-mondes. Les paradis ou encore les mondes des idées sont autant e moyens mis en place par les curés et autres personnages décadents pour mieux domestiquer le troupeau humain. Mais cette domestlcation se fait au profit d’une culture nihiliste. Nietzsche propose donc à son tour une domestication de la bête humaine.

Mais cette domestication se fera vers d’autres buts que ceux qui ont toujours été les nôtres dans la culture occidentale depuis Socrate. La « castration » des désirs telle que le préconise la culture nihiliste chrétienne est une injure faite à l’existence ellemême. Il faut savoir « canaliser » les désirs sans pour autant vouloir les extirper de oi dirions-nous aujourd’hui. Mettre le plus de distance possible entre soi-même et la morale chrétienne est ce que nous propose Nietzsche. Le Surhomme est tout autre que le saint du christianisme.

Le surhumain dit oui à la vie et il ne cherche pas à se consoler du tragique de l’existence par des « autres mondes » ou « arrièremondes Il n’est pas non plus une bête brute. Il sait spiritualiser ses instincts pour faire de sa vie et de son œuvre ui ne sauraient être dissociées, un hymne à la vie dissociées, un hymne à la vie elle-même. Tout comme un grand artiste, Nietzsche a su faire des ?preuves de son existence des tremplins vers la création et la vie. Il fut à l’Image même de ce qu’il a écrit, un artiste de la vie. Cest ce cheminement que nous explorerons ensemble.

CHAPITRE 1 Culture et civilisation dans les Considérations inactuelles Petite histoire des mots 2 Le mot civilisation a son histoire liée à celui de culture. Ce dernier était, au XVIIIe siècle, une notion dynamique qui allait de pair avec la notion de progrès3. Elle résultait d’ « une interprétation optimiste »4 de l’évolution. Mais le terme « civilisation » comportait déjà une connotation nationale; il fut ‘abord utilisé en français et c’est chez Mirabeau et Condorcet que l’on retrouve la notion de civilisation associée à la France, à « une mission française en Europe »5.

Chez les Allemands, le mot Kultur est très présent dans les réflexions politiques et philosophiques, y tenant une place semblable à celle du mot « civilisation » en France à la même époque6. Mais au-delà des divergences que ces deux termes peuvent comporter, ils sont tous deux contraires à la barbarie. La culture est alors vue comme le résultat de l’activité de l’être humain et pas comme celle d’une PAGF OF