03 Pre Histoire MJ Bonnot Les Fem Ds L Art Extrait

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Marie-Jo Bonnet « Les femmes dans l’art » Ed. de La Martinière pp. 11-18 CH. 1 : La préhistoire de l’art au féminin Ily a vingt-cinq mille ans, nos lointains ancêtres sculptaient déj? de petites statuettes féminines dites vénus, voire «vénus par leurs formes or 15 féminines disproport né de I’Homo sapiens, e omm cette époque, il va de historiens d’aujourd’ ar que était apparue ? piens était un homme, et que c’est parce qu’il était un homme qu’il s’intéressalt aux femmes.

Or, nous allons voir que cette évidence peut voler en éclats quand on egarde ces oeuvres d’un autre point de vue, comme nous a invité à le faire récemment le professeur LeRoy McDermott ((LeRoy McDermott, Self- Representation in Upper Paleolithic Female Figurines, Current Anthropology, Un iverity of Chicago Press, 1996. )). Etsi les statuettes du Paléolithique supérieur (entre 35 000 et 10 0000 avant J. -C. ) étaient des autoportraits de femmes enceintes, suggère-t-il? Et s’il avait raison?

Pour bien comprendre cette hypothèse révolutionn aire, nous devons d’abord donner quelques éléments d’ensemble France, jusqu’? l’Europe centrale et orientale. La plus ancienne a été découverte ? Willendorf, en Autriche. Elle mesure 11 cm de haut, elle est taillée dans le calcaire oolithique

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et date de vingt-quatre mille ans av. J. -C. La vénus de Lespugue, elle, a été trouvée dans la grotte du Rideau, en Haute-Garonne. Elle est plus jeune de mille ans, mesure un peu plus de 14 cm, et elle est taillée dans de l’ivoire de mammouth.

Une statuette présentant les mêmes caractéristiques et datant de 22700 av. J. -C. a été découverte dans la vallée du Don, en Russie, à Kosteinski. Elle est un peu plus petite et taillée dans le calcaire. On en aussi trouvé en Slovaquie, à Moravany, et en Italie, à Grimaldi. Ces dernières sont plus récentes de quelque trois mille ans, plus petites de moitié, plus parlantes aussi, puisqu’on les appelle « la Polichinelle » ou « la losange »; elles ont été sculptées dans de la stéatite jaune ou verte.

Cette unité de style repérable sur un immense territoire allant de l’Atlantique à l’Oural, et même jusqu’à la Sibérie, frappalt en outre par ce que les préhistoriens ont qualifié de « violation de certaines proportions du corps Les seins, le ventre, les hanches ont en effet l’air déformés et ?normes, alors que les pieds sont tout petits, et la tête paraît tellement négligée qu’elle se réduit la plupart du temps à une boule de forme oblongue. Ce n’est pas notre manière habituelle de voir la personne humaine.

Quand nous sculptons, nous voyons le modèle face à nous et respectons les proportions entre la tête, le buste et les jambes. Ce sera d’ailleurs la grandeur 15 respectons les la grandeur de l’art grec d’établlr un canon harmonieux du corps humain au moyen de mesures précises déterminant la taille du buste et des jambes en fonction de celle de la tête. Les remiers artistes ne semblent pas avoir procédé ainsi, et force nous est de constater qu’ils regardaient leur modèle autrement que nous. Autre sujet d’étonnement, ils ou elles ne regardaient que les femmes.

Il ny a pratiquement pas de figuration masculine à cette époque ou, s’il en existe, le fait est rare, comme à Lascaux, et beaucoup plus tardif, puisque ces fresques rupestres ont été réalisées en 1 5000 av. J. -C. , soit près de dix mille ans après la vénus de Willendorf. Cultes à la fécondité féminine Ainsi, les sculpteurs de l’Aurignacien ne s’intéressaient ni à la tête i au visage, et encore moins aux pieds, mais aux seins et au ventre, signe que la fécondité féminine était au cceur de leurs préoccupations. Doiton en déduire l’existence d’un matriarcat très ancien comportant des cultes aux déesses mères?

Peut-être, bien que l’on ne sache pas s’il y eut des échanges entre ces différentes régions, et si ces statuettes, qui révèlent un même esprit et une même approche du corps humain, sont l’expression d’un archétype préformé et commun à cette civilisation ou les signes d’un culte dédié à la fécondité féminine. On a même pensé que ces statuettes pouvaient être des représentations d’une déesse, montrant l’aptitude de nos ancêtres à symboliser les formes à partir d’une idée centrale. Une chose est sûre, en to de nos ancêtres à symboliser les formes à partir d’une idée centrale.

Une chose est sûre, en tout cas, c’est que ces figures, mêmes déformées, touchent notre sentiment esthétique. L’équilibre entre les différentes masses du corps est parfait. De plus, la composition de toutes ces statuettes s’inscrit dans un losange, comme l’a montré le préhistorien A. Leroi-Gourhan Elles ne tournent pas, ne s’écrasent pas et ne penchent pas d’un côté. J’ajouterai qu’elles révèlent 2 une élaboration conceptuelle remarquable qui témoigne du développement et de la coopération des deux cerveaux : l’analytique et le synthétique.

Reste que cela n’explique pas tout à fait pourquoi les sculpteurs ont négligé à ce point la tête et les pieds. Cest pour répondre à cette question que le professeur LeRoy McDermott a cherché le point de vue requis pour réaliser de telles vénus. Spécialiste des relations entre la psychologle de la perception isuelle et l’histoire de l’art, il a proposé une explication qui bouleverse complètement notre approche de l’art préhistorique et de la division sexuelle des tâches.

Les déformations propres aux statuettes aurignaciennes seraient le fait de femmes enceintes sculptant leur autoportrait sans l’aide du miroir, qui n’existait pas alors. Autrement dit, à côté de la nécessaire reproduction de l’espèce, les femmes avaient une activité artistique. Car ces déformatlons ne sont pas des distorsions symboliques, poursuit-il. Elles sont la conséquence de la façon correcte de se regarder uand on est enceinte et qu’on ne peut voir une image globale de son cor s à l’aide d’un PAGFd 5 regarder quand on est enceinte et qu’on ne peut voir une image globale de son corps à l’aide d’un miroir.

Il a fait l’expérience en montrant ce que voit une femme enceinte quand elle se regarde pour sculpter son autoportrait dans une défense de mammouth. Elle ne voit pas autre chose que deux gros seins, un ventre proéminent et deux pieds minuscules. Si elle se regarde par-derrière, elle voit deux bouts de fesse, et de même pour les côtés. Une chose est sûre elle ne voit pas sa tête, et il est probable u’elle ne pense pas que la tête de sa mère présente des caractéristiques semblables à la sienne ou à celle de ses compagnes. ême si elle peut percevoir leurs ressemblances. Des autoportraits de femmes enceintes Sur les photographies réalisées par LeRoy McDermott on voit parfaitement bien le point de vue de la « sculptrice » en train de regarder son corps pour r éaliser son autoportrait. Il s’agit d’un processus créatif déterminé par la position des yeux fixes qui donnent les « attributs exacts » des différents états de la vie biologique des femmes, écrit-il.

Et de fait un homme (ou une femme) ne peut pas sculpter ce type de forme s’il regarde une femme enceinte « de l’extérieur». Ce qui fait dire à LeRoy McDermott : « Si le soi est l’armature sur laquelle s’est construite la 1ère image de l’humanité, quand et comment les images basées sur l’apparence des autres ont-elles supplanté celles basées sur le soi ? Quelles évolutions de l’actlvité culturelle ont causé ce changement fondamental des modes de représentation ? Comme il semble que l’on a négligé l’importance du rôle qu PAGF s 5