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Extrait de la publication Éditions Gallimard, 1994. A ma mère or 17 Extrait de la publicatl Sni* to View iô ôv XéYexai noXka ARISTOTE p R EFACE À LA SECONDE ÉDITION Une réédition, c’est une occasion de faire le point c’en est même l’obligation, en quelque façon. La première édition du présent livre remonte à quelque quinze ans (cf. Infra p. 266 sqq. ). Je n’ai pu compléter cette dernière que très partiellement, dans les notes de la présente préface, en indiquant quelques- unes des études parues depuis 1979.

Parmi ces dernières, je niai pas cru inutile de citer notamment plusieurs de mes propres travaux, parus epuis la première édition du présent ouvrage, dans la mesure où ces derniers s’inscrivent (comme la présente réédition) dans le cadre d’une réflexion d’ensemble. 3. Cf. Jean-René Ladmiral, « 30 ans de traductologie de langue française Éléments de bibliographie », in TransLittérature, no 3, Juin 1992, pp. 13-22. II s’agit essentiellement d’une bibliographie, précédée d’un « chapeau » où je me sus essayé à proposer un bref survol de mes recherches depuis la première édition du présent livre.

Quant à la revue elle-même, c’est l’organe de IIA. T. LF. (Association des Traducteurs Littéraires de France) et d’

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ATLAS» (Assises de la Traduction Littéraire en Arles). renonçant au nous de modestie de la rhétorique académique traditionnelle, dont on verra que je ne m’en étais pas départi dans le corps du livre que je me trouve dans la position délicate d’autopréfacer ici. PAG » 7 voudrais d’emblée faire une remarque générale d’ordre épistémologi- que.

En vertu d’une idéologie qui, comme beaucoup de bonnes choses et, en l’occurrence, de moins bonnes, nous vient d’outre-Atlantique il semblerait qu’à peine quelques années après sa parution, un livre soit « dépassé » et doive disparaître es bibliographies en sciences humaines comme des libraires. À en croire d’aucuns, les livres vieilliraient en sciences humaines aussi vite qu’en sciences exactes ce qui, à l’évidence, est inexact et procède de cette idéologie qu’on appelle tout simplement depuis plus d’un siècle le positivisme.

L’idée est qu’il n’est de connaissance que scientifique, et que les sciences humaines ne seraient crédibles qu’autant qu’elles s’identifient aux sciences exactes, qu’elles les singent! Il y aurait beaucoup à dire sur cette idéologie philosophiquement simpliste et fausse et il n’est pas certain qu’elle ne ecouvre pas ici les intérêts corporatistes plus troubles d’une sorte de syndicat des nouveaux venus de la production intellectuelle, dans le cadre d’un contexte de concurrence universitaire (publish or perish ! ) et d’inflation éditoriale dont, au demeurant, beaucoup semblent se plaindre.

Je m’en tiendrai ? rappeler que les sciences humaines constituent une culture spécifique de la modernité une « troisième culture» pour ainsi dire, à côté de la « culture» traditionnelle et de ce qu’il faut bien appeler la culture scientifi ue4 donnent lieu ne sont (heureusement ! ) pas soums au même rythme d’obsolescence que les publications . Cf. Jean-René Ladmiral, « Pour une philosophie de la traduction ln Revue de métaphysique et de morale, no 1/1989, p. 14 et passim. Cest tout un dossier sur La traduction philosophique que rassemble ce numéro.

Au reste, on notera que je me suis efforcé d’indiquer, dans les notes de la présente préface, un bon nombre de ces numéros spéclaux de revues consacrés thématiquement à la traduction. émanant de la recherche scientifique (stricto sensu). Voit-on qu’il fallût renoncer à lire Freud et Piaget, Marx et Max Weber, Saussure et Jakobson, etc. au motif qu’ils seraient « dépassés » ? Beaucoup plus modestement (mais pour les mêmes raisons quant au fond), il ne m’a pas paru inutile de voir rééditer le présent ouvrage.

Et on voudra bien ne pas lire qu’un plaidoyer pro domo déguisé dans la mise au point épistémologique que je viens de faire (et dont voudrait s’autoriser ladite réédition). Cela dit, il est certain que la recherche et la réflexion en sciences humaines « avancent» ou « progressent D, elles aussi à leur façon. Plus spécifiquement, s’agissant de traduction, il y aurait une seconde remarque à caractère épistémologique ? faire, touchant le champ d’études lui-même.

Il n’est guère douteux qu’aujourd’hui on s’intéresse à la traduction, de multiples façons, et qu’elle est devenue un objet de recherche et de réflexion à part entière. Mais quand, en 1979, la première édition de ce livre a paru, il n’en allait s de même PAGFd0F17 quand, en 1979, la première édition de ce livre a paru, il n’en allait pas de même s’agissait alors encore de fonder la dlscipline elle-même, qui allait spécifiquement prendre les phénomènes de traduction pour objet et avec d’autres, je suis de ceux qui ont travaillé ? donner droit de cité au mot, mais aussi surtout au concept de traductologie 5.

Sur ce dernier point de terminologie, les choses sont en passe d’être acquises mais il convient d’apporter quelques précisions sur le statut de ladite discipline. pour des raisons qui tiennent à l’histoire des sciences humaines, c’est dans le cadre de la linguistique qu’il a été question de la traduction quand il en a été question, c’est-àdire très peu. Il y avait là une certaine logique dans la mesure où la linguistique fournit une méthodologie et une terminologie qui permettent d’étiqueter les réalités évidemment langagières avec lesquelles la traduction a affaire et de les conceptualiser.

Il reste que ce n’est que par une approximation provisoire qu’on avait cru devoir faire de la traductologie un chapitre, une sousdiscipline de la linguistique outre-Rhin on tend même ? l’identifier à la Linguistique Appliquée (l’anglicisme de la 5. Cf. notamment mon étude, « Philosophie de la traduction et linguistique d’intervention in Lectures, n04-5, août 1980, pp. 11-41. Il s’agit d’un numéro spécial sur le thème Traduzione tradizione de la revue italienne bilingue publiée par des universitalres de Bari chez Dedalo libri. ouble maiuscule étant c ici la cohérence d’une PAGF la publication ouble majuscule étant censé marquer ici la cohérence d’une spécialité à part entière). En fait, la théorie de la traduction et la connaissance des phénomènes connexes exigent une ouverture interdisciplinaire qui va bien au-delà de la seule linguistique et met à contribution la quasi-totalité des « lettres et sciences humaines en aval de quoi peut se constituer une traductologie autonome.

Il est clair, par exemple, qu’il y a place pour une psychologie du traducteur et, plus précisément, des processus mentaux qui sont à l’oeuvre lors de ce transfert interlinguistlque qu’implique la traduction. D’aucuns, comme Eugene A. Nida et Charles R. Taber ont souligné que la pratique traduisante s’inscrit dans le contexte d’une société (et d’une époque) et qu’en somme il y a une dimension « ethno-sociologique» de la traduction qui fait que la traductologie est aussi dans le prolongement des sciences sociales.

Qu’il y ait une histoire (voire aussi une géographie) des modes de traduire, ce n’est que trop évident. point n’est besoin non plus d’insister sur la parenté existant entre le travail du philologue et celui du traducteur. Il faut noter au passage aussi le lien de la traduction avec l’ethnologie, ainsi qu’avec ‘ethnopsychiatrie comme l’avait déjà indiqué un Georges Devereux et comme viennent le confirmer des travaux plus récents, etc.

Mais ce n’est pas seulement avec les sciences humanes (stricto sensu) que la traduction a à voir, c’est aussi avec les études littéraires ne fût-ce bien sûr que parce que la littérature comparée fait fond sur des trad comparée fait fond sur des traductions mais plus encore parce que la traduction est une modalité spécifique de l’écriture, et pas seulement la traduction littéraire, dans la mesure où tout traducteur est un « réécrivain », un « co-auteur » (cf. nf. , p. 22 et passim).

Il n’est pas jusqu’à la théologie et ses corollaires que sont l’exégèse et Iherméneutique, dont la traductologie niait beaucoup à apprendre rappelons que la Bible est le texte le plus traduit et que c’est à saint Jérôme et à Luther qu’on doit des réflexions sur la traduction qui sont inaugurales et, justement, d’inspiration théologique 6. Enfin, et surtout, s’agissant de réflexion autant et plus que de savoir proprement dit, c’est-à-dire de faire la théorie de cette pratique assez connue qu’est la traduction, c’est à un mode de pensée d’ordre 6. Sur le lien entre traduction et théologie, cf. nf. philosophique que renvoient les raisonnements et les analyses qui constituent l’essentiel de la traductologie_ L’ampleur de ces horizons interdisciplinaires faisait qu’il y a une quinzaine d’années je me trouvais dans la situation de tenir sur la traduction un discours à dominante linguistique, pour les raisons qui viennent d’être indiquées, mais qu’en même temps (et pour ces mêmes raisons) j’étais conduit à souligner l’autonomie de la traductologie et à dire qu’au bout du compte, cette sous-discipline de la linguistique n’en était pas vraiment une.

Entre-temps, il est intervenu un certain nombre de renouvelle PAGF70F17 n’en était pas vraiment une. Entre-temps, il est inten’enu un certain nombre de renouvelle- ments dans le champ intellectuel qui me conduiraient aujourd’hul à une double inversion de perspective. D’abord, la linguistique n’est plus tout à fait ce qu’elle était, pure et dure.

On se souviendra qu’il y a quelque deux (ou trois) décennies, c’est à la phonétique et à la syntaxe que tendait à se limiter ce qui faisait le cœur de la linguistique, dont était corrélativement exclue la sémantique dans la mesure où la éférence au sens était disqualifiée comme relevant d’un « mentalisme» non scientifique.

Ce positivisme que la linguistique américaine avait emprunté au béhaviourisme d’une psychologie déjà vieillie allait souvent de pair, notamment en France; avec un terrorisme théoriciste qui ne dédaignait pas d’aller parfois chercher du côté de la version althussérienne de la philosophie des sciences de Bachelard les arguments d’une « coupure épistémologique» simplifiée, discréditant toute recherche qul allait à s’écarter des orthodoxies linguistiques dominantes d’alors.

Sur ce plan, on en conviendra, les choses nt bien changé. La linguistique d’aujourd’hui intègre ce qui relevait hier de la « linguistique externe» et fait une place à la sémantique, mais aussi à la pragmatique, etc. Or il est bien clair qu’en traduction tout procède d’un passage par le sens, dont on postule nécessairement qu’il est accessible sauf à rêver une « machine à traduire» fantasma- tique plus proche du miracle de la Pentecôte que des promesses à venir d’une recherche scientifi ue en cours.

Il es proche du miracle de la Pentecôte que des promesses à venir d’une recherche scientifique en cours. Il est tout aussi lair que si l’exclusion de la sémantique du champ de la linguistique hier faisait que la traductologie ln statu nascendi ne pouvait guère non plus s’y maintenir, il en va tout autrement aujourd’hui où on assiste à une redistribution des champs de recherche. Ainsi la linguistique elle-même tend-elle à se fondre dans un champ de recherches plus vaste, rebaptisé sciences du langage où elle se trouve rejointe par des approches complémentaires.

Il y a là plus qu’une simple « valse des étiquettes » promotionnelle dans le meilleur des cas et dès lors, la traductologie y trouve (ou retrouve) naturellement sa place ‘est-elle pas en effet, en ce sens, une science du langage ? Cest d’autant plus vrai que cette réorganisation va plus loin et que lesdites sciences du langage tendent elles-mêmes à rejoindre les sciences cognitives. Du même coup, les problèmes que pose la dite « machine ? traduire » prennent un sens renouvelé dans le cadre de cet ensemble où s’interpénètrent sciences du langage et sciences cognitives.

Il faut dire d’abord qu’il y a là un domaine spécifique, dont il a toujours été d’emblée bien clair qu’il ne relève pas de cette « vision » fantasmatique et proprement « magique» qui vient d’être évoquée. Plus sérieusement, en même temps que se sont produits un certain nombre de changements dans le champ de ce qu’il est convenu d’appeler la « traduction humaine qui est ce qui nous occupe ici, les recherches touchant la traduction automatiq humaine », qui est ce qui nous occupe ici, les recherches touchant la traduction automatique (T. A. ont elles-mêmes pris un tour nouveau. Peu après la Seconde Guerre mondiale, ces recherches avaient été menees dans l’enthousiasme, avec de gros moyens et sous le couvert du secret stratégique et industriel, les enjeux économiques étant l? particulièrement importants. Après une période de crise et de remises en question (notamment budgétaires), il y a eu une reprise des recherches dans ce domaine très spécifique et relativement fermé. Parallèlement, il s’est produit comme un éclatement de l’objet lui-même la traduction entièrement automatique (T.

A. ) se trouvant renvoyée à une échéance au mieux très lointaine, les recherches se sont plutôt fixé comme objectif la traduction assistée par ordinateur (T. A. O. ) et plutôt que de rechercher une automatisation du processus de la traduction elle-même, on cherche à mettre en place toute une synergie ‘aides à la traduction, allant de la documentation automati- que, et particulièrement terminologique, à la mise au point d’un poste de travail du traducteur intégré mettant à disposition tout un ensemble d’outils informatiques 7.

S’il reste vrai que la 7. Il est clair qu’il y aurait matière à donner là une bibliographie immense, et à peine dominable il n’entre pas dans mon propos ni dans T. A. et la T. A. O. constituent un domaine bien spécifique et tout à fait distinct du monde de la traduction humaine encore une fois, est notre seul ob’et ici même et qui doit nécessairement faire fon du sens, alors que la paGF 17